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“Participatory scenariology”: A social learning approach to conceive the future of Mitidja’s irrigated agriculture


Cahiers Agricultures. Volume 18, Number 5, 417-24, septembre-octobre 2009, Étude originale

DOI : 10.1684/agr.2009.0324

Résumé   Summary  

Author(s) : Amar Imache, Mathieu Dionnet, Sami Bouarfa, Jean-Yves Jamin, Tarik Hartani, Marcel Kuper, Patrick Le Goulven , Institut national agronomique (INA) Département du Génie rural El Harrach 16 200 Hassan-Badi Alger Algérie, Cemagref Umr G-Eau BP 5095 F-34196 Montpellier cedex 5 France, Lisode BP 5095 F-34196 Montpellier cedex 5, Cirad Umr G-Eau F-34398 Montpellier cedex France, IAV Hassan II Département Génie rural BP 6202 Rabat Instituts Maroc, IRD Whymper 442 y Coruña AP 17 12 857 Quito Équateur.

Summary : In order to help the actors of the agricultural sector think about the future, we developed a participatory approach in the Algerian Mitidja irrigation scheme. It focuses on the arrangements put in place by farmers to promote efficient management of water and land. Several types of participatory workshops were organized, bringing together farmers and representatives of local agricultural agencies. Following a social learning goal, this so-called “participatory scenariology” approach allows the participants to identify the actual constraints of agricultural development and explore evolution scenarios. This step leads to the definition of a common vision of the future between participants. This work reveals a recurring and essential need for farmers to continuously organize themselves around water and land through informal arrangements. The “participatory scenariology” also initiates a constructive discussion which constitutes the first step of a real co-management of irrigated agriculture in this area.

Keywords : economy and rural development, territory, land use, agricultural and food production policy, tools and methods, training, water

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ARTICLE

Auteur(s) : Amar Imache1,2, Mathieu Dionnet3, Sami Bouarfa2, Jean-Yves Jamin4, Tarik Hartani1, Marcel Kuper4,5, Patrick Le Goulven6

1Institut national agronomique (INA) Département du Génie rural El Harrach 16 200 Hassan-Badi Alger Algérie
2Cemagref Umr G-Eau BP 5095 F-34196 Montpellier cedex 5 France
3Lisode BP 5095 F-34196 Montpellier cedex 5
4Cirad Umr G-Eau F-34398 Montpellier cedex France
5IAV Hassan II Département Génie rural BP 6202 Rabat Instituts Maroc
6IRD Whymper 442 y Coruña AP 17 12 857 Quito Équateur

Les politiques agricoles et foncières des pays en développement ont suivi deux grands modèles : la collectivisation dans les pays dits socialistes et les grandes propriétés dans les pays dits capitalistes. Selon Petit (2006), la collectivisation des terres a fortement marqué les exploitations agricoles des pays socialistes. Après son indépendance, l’Algérie a suivi une politique de collectivisation (Bessaoud, 2005). À la fin des années 1980, après un désengagement rapide de l’État, des exploitations agricoles collectives (EAC) ont remplacé les grands domaines socialistes. Les attributaires des EAC furent alors amenés à mettre en place des arrangements de proximité afin de pouvoir produire en dehors du cadre collectif imposé. De tels arrangements sont une forme de coordination non marchande, indispensable pour les acteurs qui les mettent en place (Beuret, 1999).

Dans la plaine irriguée de la Mitidja, les arrangements existants sont encore informels et non reconnus par l’État. Afin de pouvoir comprendre ces arrangements et aider les agriculteurs à réfléchir sur leur avenir, nous avons mis au point une méthode participative innovante, impliquant différents acteurs. Depuis une vingtaine d’années, l’implication des acteurs est de plus en plus admise dans l’élaboration et la mise en œuvre d’actions de développement (Bonnal et al., 2003). Des études récentes montrent que la participation d’acteurs liés par un bien commun à une réflexion collective, permet d’élaborer des solutions de gestion partagées (Beuret, 1999 ; Beuret et Mouchet, 2000 ; D’Aquino, 2002).

Cette étude aborde en premier lieu les mécanismes sur lesquels reposent les dynamiques agraires dans la Mitidja, avec un bref rappel historique. Elle présente ensuite les différentes phases de notre démarche de « scénariologie participative », de la conception à l’organisation d’ateliers à l’échelle des EAC et du territoire irrigué de la Mitidja. Enfin, les résultats sont présentés et discutés.

La Mitidja et les réformes agraires

À l’indépendance de l’Algérie, en 1962, l’ensemble des terres occupées par les colons devint propriété de l’État. De nombreuses fermes vacantes étant menacées d’occupation privée, la nationalisation des terres se fit dans l’urgence, et la structure des nouvelles fermes fut donc calquée sur celle des fermes coloniales (Chaulet, 1971). Ces terres publiques furent d’abord structurées en grands domaines dits autogérés, mais qui fonctionnaient cependant à l’opposé du concept d’autogestion défini par le maréchal yougoslave Tito – « …l’entreprise doit être gérée par ceux qui y travaillent » (Chen, 1986), et étaient en fait soumises à une gestion centralisée.

En 1971, le président Boumediene lança la révolution agraire, avec la constitution de coopératives puis de domaines agricoles socialistes (Adair, 1982). En 1987, devant l’échec de la collectivisation, une nouvelle réforme agraire entama un découpage de ces domaines en exploitations agricoles individuelles (EAI) et collectives (EAC). Les attributaires d’une EAC – 3 à 20 attributaires pour 9 à 50 hectares – bénéficient d’un droit de jouissance perpétuelle sur les terres, qui « doivent être exploitées collectivement et dans l’indivision, avec des quotes-parts égales entre chacun des membres du collectif librement associé. Chaque producteur ne peut prétendre à plus d’une quote-part ni faire partie de plus d’un collectif » (Loi 87/19, JORA, 1987).

Cependant, sans partage possible de la terre et du travail entre attributaires, « le principe contenait les germes de sa propre dissolution » (Aït Amara, 2002). Le statut foncier et les règles de gestion des EAC sont comparables à ceux des ejidos au Mexique, qui réunissent un groupe de paysans bénéficiaires sur des terres distribuées par l’État : les dotations ejidales ne peuvent être ni vendues, ni louées, ni hypothéquées (Hoffmann, 1998).

La figure 1 récapitule les grandes évolutions des structures agraires algériennes depuis 1962.

Dès les premières années après la réforme de 1987, des arrangements informels apparurent pour gérer les différents facteurs de production (foncier, eau, capital…). Certaines EAC furent ainsi partagées à l’amiable (« éclatement » interne). Certains attributaires s’organisèrent autour de forages pour pallier les dysfonctionnements du réseau collectif de surface. Des locataires firent leur apparition, pratiquant le maraîchage de plein champ, puis sous serre. Aujourd’hui, plus de 70 % des EAC sont divisées de fait, seules les EAC agrumicoles restant encore unies : la présence pérenne des agrumes y constitue en effet une orientation stratégique qui ne peut être remise en débat à chaque campagne.

Matériel et méthode

Suite à un important travail d’enquête et à la réalisation d’une typologie des EAC (Imache, 2008), une démarche participative a été conçue, afin d’affiner l’analyse des arrangements dans les EAC et de mettre en place un dialogue prospectif entre agriculteurs (attributaires et locataires) et institutions agricoles locales. Une première phase s’est déroulée en communauté de pratiques (Wenger, 1998), avec des chercheurs montpelliérains travaillant sur la mise en œuvre et l’amélioration d’outils participatifs pour la recherche-action. Plusieurs ateliers ont été organisés : des ateliers méthodologiques, pour concevoir la démarche et les supports adéquats, puis des ateliers de tests, lors desquels ont été simulées les différentes étapes de la méthode (figure 2).

Ce travail a conduit à la création d’une démarche originale que nous avons nommée « scénariologie participative ». Elle intègre des caractéristiques spécifiques, des exercices de simulation politique, comme la mise au point, l’expérimentation et l’analyse de scénarios (Duke et Geurts, 2004 ; Toth, 1988), ainsi que des techniques de modélisation participative, comme la construction commune de modèles correspondant à la représentation que se font les participants d’une situation (Daniell, 2008). À la différence des démarches de prospective plus classiques, qui visent à construire une image du futur sur la base d’une expertise externe, la « scénariologie participative » vise à projeter les participants dans un avenir dont ils sont acteurs à part entière. Cette démarche s’est également inspiré des jeux de rôles développés au Maroc par Dionnet et al. (2008) pour accompagner des agriculteurs dans la conception de projets d’irrigation.

La démarche de « scénariologie participative » repose sur une combinaison de différents types d’ateliers (figure 3) impliquant des agriculteurs (ateliers 1 et 2), des institutions (atelier 3), et les deux types d’acteurs ensemble (atelier 4). Cette combinaison vise à impliquer les participants dans un processus d’apprentissage social (Pahl-Wostl et al., 2008), pour aboutir à une discussion constructive et identifier des solutions partagées avec une optique de cogestion des problèmes identifiés. Pour permettre aux participants de s’approprier ce processus, des supports de discussion pédagogiques et une technique d’inversion des rôles entre participants, ont été mobilisés. L’ensemble des ateliers de terrain a été animé en arabe pour faciliter l’expression de tous les acteurs.

Les premiers ateliers (ateliers 1, figure 3) ont été conduits avec quatre EAC différentes. Chaque atelier est structuré en trois étapes : i) construire un plan de l’EAC, avec les différents centres de décision, les points d’eau et les cultures, à l’aide de cartons prédessinés ; ii) sur la base de cette représentation coconstruite, discuter des arrangements entre attributaires et locataires à l’intérieur et à l’extérieur de l’EAC et de leurs principales contraintes ; iii) faire une analyse prospective en se référant aux contraintes identifiées et déterminer des scénarios d’évolution avec des stratégies d’adaptation (figure 4).

Les trois ateliers suivants ont été conduits quelques mois plus tard. Les ateliers 2 et 3 (figure 3) ont été menés, avec d’un côté des agriculteurs ayant participé aux ateliers 1, et de l’autre des représentants d’institutions agricoles locales. Ces ateliers ont suivi la même trame que les ateliers 1, mais avec un objectif différent : mettre chaque type d’acteur à la place de l’autre, les institutionnels en se projetant dans une EAC type, et les agriculteurs en débattant à l’échelle régionale. L’atelier 2 a amené les agriculteurs à réaliser un diagnostic à l’échelle de la Mitidja, avec une vision de gestionnaires, et à discuter des opportunités et contraintes du développement agricole de leur région. Dans le jeu de rôle de l’atelier 3, les institutionnels se sont vus confier la gestion d’une EAC divisée, où chacun incarnait un agriculteur particulier (situation familiale, relation avec les autres membres de l’EAC, cultures pratiquées, accès à un forage, etc.) ; ils ont été amenés ainsi à décrire un projet d’exploitation et à débattre de leur avenir.

Enfin, l’atelier final (atelier 4, figure 3) a permis de regrouper agriculteurs et institutionnels. L’objectif était, grâce à la permutation des rôles réalisée lors des ateliers 2 et 3, de faire apparaître les convergences de points de vue sur la situation actuelle et son évolution, et d’identifier ainsi des solutions possibles. Pour cela, et après validation de l’objet du débat par les participants, un arbre à problème (Cracknell, 2000 ; Jackson, 2001) a été élaboré sur le dysfonctionnement du réseau collectif d’irrigation (figure 5). Sur la base des causes identifiées, un travail de planification stratégique a ensuite été conduit, pour identifier les solutions potentielles, les moyens à mettre en œuvre, et les responsabilités de chaque acteur dans ce dysfonctionnement.

À l’issue de chaque atelier, une évaluation collective « à chaud » de la démarche et des résultats obtenus a été réalisée. Puis des entretiens individuels ont été faits avec tous les participants, pour une évaluation ex post. Ces évaluations avaient pour but d’apprécier la pertinence de notre démarche en termes de représentativité des résultats, d’apprentissage collectif et de perception des participants les uns vis-à-vis des autres. Les participants ont été également sollicités pour formuler des recommandations d’amélioration de la démarche.

Résultats

Importance et diversité des arrangements pour l’accès aux ressources

Malgré la multiplication des centres de décisions, le cadre collectif des EAC continue à être utilisé quand l’intérêt du groupe est en jeu. C’est le cas pour les forages collectifs creusés après la création des EAC, ou pour les subventions d’État qui ne peuvent être obtenues sans la signature de tous les membres d’une EAC. Le jeu de rôle proposé aux acteurs institutionnels a d’ailleurs mis en évidence l’importance de ce type d’arrangement pour la survie des EAC. Placés dans le rôle d’agriculteurs d’une EAC divisée, ils ont ainsi été amenés à décider de creuser un forage collectif illicite pour assurer la survie de leurs activités virtuelles.

Pour financer son activité, un attributaire peut donner en location une partie de sa terre, et/ou faire une demande de crédit aux fournisseurs d’intrants. D’autres types d’arrangements, pour les arboriculteurs, concernent la vente sur pied des productions à des acheteurs, qui les financent alors dès le début de la campagne. L’allocation de l’eau est soumise à des changements annuels en raison d’un turnover rapide du marché locatif. Mais il y a un corps de règles stable, sur le partage des frais d’énergie et d’entretien entre les bénéficiaires d’un forage.

Les arrangements autour des forages sont de plusieurs types :

  • investissement collectif dans un forage, un moteur, une pompe ;
  • - exploitation collective (entretien, tour d’eau) d’un forage antérieur à la réforme de 1987 ;
  • ventes d’eau ponctuelles aux locataires durant une campagne agricole.

Le partage du foncier est beaucoup plus stable, locations mises à part. Il n’y a que dans une EAC où un atelier a révélé un échange de 10 % de la surface avec une EAC voisine, arrangement d’ailleurs passé sous silence lors des enquêtes individuelles du fait de son caractère illégal, mais que notre démarche a permis de faire ressortir via le support ludique. Les ateliers participatifs ont ainsi permis de discuter des frontières des exploitations et de confirmer ou modifier les résultats des enquêtes individuelles.

Accès à l’eau et foncier : deux contraintes majeures au développement des agrumes

L’identification et la hiérarchie des contraintes lors des différents ateliers ont permis de mieux comprendre la situation dans les périmètres irrigués de la Mitidja (tableau 1). Pour les agriculteurs, le statut foncier collectif est la première contrainte dans les EAC ; leur idéal est de devenir des paysans indépendants, possédant chacun leur terre. Pour les acteurs institutionnels, les agriculteurs manqueraient d’encadrement et d’appuis. Ils pensent que leurs services, peu sollicités, pourraient augmenter la rentabilité de l’agriculture dans la région.

Le manque d’eau constitue une contrainte commune aux deux types d’acteurs. Le problème de la gestion du réseau collectif d’irrigation fut ainsi l’objet du débat final. Ce débat releva toute la complexité de l’organisation annuelle nécessaire autour de l’eau. Les contraintes qui entravent le fonctionnement du réseau collectif ont été décomposées sur plusieurs niveaux afin d’identifier des leviers d’actions accessibles aux participants et de trouver des solutions aux problèmes. L’une des solutions proposées par les acteurs pour résoudre un problème de facturation forfaitaire, jugée trop élevée, a ainsi été la prise en charge, par les agriculteurs, de l’installation de compteurs individuels.

Enfin, et à partir de ces contraintes, un travail prospectif à l’aide de scénarios de dynamiques agraires a été conduit. Le scénario prédominant pour les agriculteurs et les institutionnels est la croissance des plantations d’agrumes et donc une demande en eau plus importante.

Tableau 1 Hiérarchie des contraintes dans la Mitidja selon les différents types d’acteurs.Table 1. Hierarchy of constraints according to different Mitidja stakeholders.

Priorité

Agriculteurs

Institutionnels

1

Le foncier

Le manque d’encadrement

2

La difficulté d’accès aux crédits

Le manque d’eau

3

Le manque d’eau

La difficulté d’accès aux crédits

Un intérêt des acteurs du monde agricole pour ce type d’approche

Comme le montre la figure 6, la majorité des participants exprime un fort intérêt vis-à-vis de la démarche de « scénariologie participative ». La moitié d’entre eux estime que les résultats produits étaient de qualité et, pour une majorité, la démarche pourrait avoir un impact sur leurs activités. Elle a en outre permis de changer les perceptions de l’agriculture et de ses acteurs. Ces changements potentiels seraient dus, d’une part à une nouvelle vision que les participants auraient construit les uns vis-à-vis des autres (reconnaissance des locataires en tant qu’acteurs à part entière) et, d’autre part, à la possibilité de se projeter dans l’avenir grâce aux différents scénarios discutés.

Cependant, comme le suggèrent les participants, une telle démarche ne peut aboutir à des résultats tangibles sans une poursuite et une répétition des rencontres, et donc sans mise en place d’une relève au niveau local pour l’animation.

Discussion et conclusion

Les arrangements de proximité : preuve de dynamisme ou de fragilité ?

Dans plus des deux tiers des EAC de nombreux conflits entre attributaires sont apparus et en réaction, les partages informels, de terres se sont multipliés. Nos travaux révèlent une réorganisation annuelle autour de l’eau et de la terre pour permettre des accès individuels. Néanmoins, cette recomposition des EAC avec plusieurs centres de décision individuels n’est pas rigide, et les attributaires peuvent s’unir en cas de besoin. La « décollectivisation » ne constitue pas l’unique contexte de telles dynamiques centrifuges, puisque même des agricultures paysannes familiales, comme par exemple celle des Wolofs au Sénégal, connaissent un éclatement des unités de production et une multiplication des centres de décision (Chia et al., 2006).

Du fait de l’interdiction de la réalisation de nouveaux forages et des volumes insuffisants délivrés par le réseau collectif, les arrangements se sont avérés indispensables pour les irrigants. Ces arrangements revêtent un caractère informel, fragile et risqué, du fait de l’absence de documents officiels pouvant protéger les parties concernées en cas de litige. Mais le partage du risque offre cependant une certaine stabilité dans le temps.

Retour sur l’apport de la communauté de pratiques

Le recours à une communauté de pratiques, regroupant des chercheurs ayant expérimenté ce type d’approche dans d’autres contextes ou ayant travaillé sur les champs théoriques de la participation, a contribué à la réussite de la démarche. L’orientation méthodologique de la « scénariologie participative » s’inspire ainsi d’une diversité d’expériences permettant d’anticiper les pièges des démarches participatives. À la différence des communautés de pratiques classiques décrites par Wenger (1998), notre communauté s’est orientée vers le test virtuel et la simulation des différentes étapes de notre démarche. Ces tests, organisés en jeux de rôles, nous ont permis d’anticiper les situations et de construire les éléments nécessaires au bon déroulement du processus avec les acteurs de terrain. Ces tests ont ainsi permis de calibrer la gestion du temps des ateliers, le rassemblement, l’organisation des propos et le partage du temps de parole entre les participants. Enfin, cette expérience a également renforcé la cohésion de notre communauté de pratiques, en constituant une référence commune, tant du point de vue de la production d’une démarche innovante, que de l’animation de la communauté elle-même.

« Scénariologie participative » : une démarche pour favoriser l’apprentissage social ?

La démarche de « scénariologie participative » a permis d’aboutir à une vision partagée entre agriculteurs et représentants des institutions agricoles, quant à la situation actuelle et ses évolutions possibles. Les ateliers ont, selon les participants, permis de créer un espace de dialogue neutre et objectif. Les enjeux contextuels qui auraient pu bloquer le processus ont été atténués par le caractère pédagogique et ludique de notre représentation des EAC et de la Mitidja. Les ateliers 2 et 3, lors desquels les participants devaient changer de rôle, se sont également avérés très efficaces pour leur permettre de prendre du recul vis-à-vis de leur situation personnelle. La rencontre mixte a montré une forte implication des participants qui ont estimé que les résultats produits (des solutions potentielles pour améliorer la gestion du réseau collectif d’irrigation) correspondaient bien à leurs visions de la réalité. Ces différents résultats montrent que la démarche a bien atteint l’objectif de favoriser un apprentissage social entre les différents acteurs. Néanmoins, certains attributaires sont restés perplexes pour ce qui est de la portée de ce travail au niveau des responsables agricoles, qui sont, selon eux, contraints d’exécuter les décisions d’un système très centralisé.

On note ainsi un fort décalage entre le cadre institutionnel formel, qui ne tient pas compte de la nouvelle configuration des EAC, et les activités agricoles, qui se sont rapidement adaptées au contexte économique et social (développement du maraîchage sous serre et des locations). Une amélioration du cadre législatif semble nécessaire pour permettre l’intégration, l’appui et le financement de tout agriculteur-producteur (avec des droits et des devoirs), pour une durabilité des dynamiques agraires sur les terres publiques irriguées. La « scénariologie participative », a permis de lancer un débat constructif dans ce sens.

Enfin, d’autres ateliers mixtes sont prévus afin de poursuivre les débats et l’analyse prospective sur l’avenir du foncier agricole public dans la Mitidja et la durabilité des ressources en eau souterraines. Si cette démarche a permis d’amorcer les prémices d’une cogestion de l’agriculture dans la plaine de la Mitidja, son application dans d’autres contextes semble pertinente pour rapprocher agriculteurs et représentant des institutions agricoles dans la construction des règles allant régir leur avenir commun.

Remerciements

Ce travail s’inscrit dans le cadre du projet Sirma (Économies d’eau en système irrigué au Maghreb, www.eau-sirma.net), financé par le ministère français des Affaires étrangères et européennes.

Références

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