ARTICLE
Auteur(s) : Seyni HamadouSeyni Hamadou1, Zoumana Tou2, Patrice Toé2
1Centre international de recherche-développement sur
l’élevage en zone subhumide (Cirdes), 01 BP 454, Bobo-Dioulasso 01,
Burkina Faso
2Institut du développement rural (IDR), 01 BP 1091,
Bobo-Dioulasso 01, Burkina Faso
Depuis le début des années 1980, les filières agricoles
d’Afrique subsaharienne (ASS) sont sous l’influence des Programmes
d’ajustement structurels (PAS) (Fraval, 2000). Ces réformes qui
devaient accroître la production et favoriser l’insertion des
petits producteurs dans le marché n’ont pas atteint leurs
objectifs. De leur côté, les politiques d’intégration régionale ne
présagent pas un renversement de la situation actuelle d’insécurité
alimentaire (Snrech, 1994 ; Union économique et monétaire
ouest-africaine, 2002) et de pauvreté généralisée (REPA et al.,
2005). Dans la zone de l’Union économique et monétaire
ouest-africaine (UEMOA), le tarif extérieur commun (TEC) a en
effet, depuis 2000, sensiblement diminué la protection des marchés
intérieurs et la compétitivité de l’agriculture de la zone. Il
vient d’être étendu à la Communauté économique des États de
l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) (Coulibaly et Plunkett, 2006) qui
doit signer en décembre prochain un accord de partenariat
économique (APE) avec l’Union européenne.
Dans ce contexte, il est utile d’étudier les processus de
diversification des systèmes de production vers l’activité
laitière. Une bonne connaissance de ces stratégies est primordiale
pour cadrer les initiatives des acteurs et optimiser l’impact des
politiques. Le cas du lait est particulièrement instructif car il
traduit à la fois la complexité et l’ambiguïté des politiques
actuelles. Alors que le TEC impose un taux de taxation de la poudre
de lait en sac de 25 kilos limité à 5 %, l’Afrique de
l’Ouest détient un des plus grands effectifs mondiaux de ruminants
(Food and Agriculture Organisation of the United Nations, 2004) et
le lait constitue une source de revenus stratégique pour les
producteurs (Duteurtre et Atteyeh, 2000).
Cette étude a pour objectif de cerner les déterminants des
stratégies de production des quatre types d’élevage de la
périphérie de Bobo-Dioulasso (Hamadou et al., 2003a) et de mesurer
l’intensité des processus de diversification à l’échelle des
exploitations voire de l’ensemble du bassin laitier.
Travaux préliminaires
L’accroissement de la production, une préoccupation au cœur des
actions de développement
Au Burkina Faso, l’accroissement de la production locale du lait
est devenu un enjeu depuis le début des années 1970 où les
importations ont frôlé les 30 000 tonnes équivalent lait pour plus
de 6,5 milliards de francs CFA1 (Food and Agriculture Organisation of the
United Nations, 2003). Cependant, c’est à partir de 1990 que les
pouvoirs publics vont en faire une priorité (Hamadou et Sanon,
2005). Depuis lors, d’importantes actions d’amélioration sont
entreprises, notamment, la révision de la réorganisation agraire et
foncière (RAF) qui consacre désormais le droit privé à la propriété
foncière, la création d’un Centre national d’amélioration génétique
(CNAG) des bovins avec promotion de l’insémination artificielle
(IA), l’élaboration d’un plan d’actions pour le développement de la
filière, l’adoption de la démarche filière comme outil d’aide à la
décision, le développement des capacités organisationnelles des
éleveurs.
Zone d’étude et principaux systèmes d’élevage
L’étude a été réalisée à Bobo-Dioulasso, second pôle de
consommation des produits laitiers au Burkina Faso (Ministère des
ressources animales, 2000). Elle est située dans la zone subhumide,
où l’élevage y est en plein essor malgré la trypanosomiase (Benoît,
1977 ; Bauer et al., 1992; Tano et al., 2001 ; Sidibé et
al., 2004). En 2001, plus de 457 exploitations ont été dénombrées
dans la périphérie immédiate de la ville. Parmi elles, 334 ont été
intégrées au diagnostic préalable aux actions du Programme concerté
de recherche-développement sur l’élevage en Afrique de l’Ouest
(Procordel) dont l’objectif était de faire la typologie
opérationnelle des élevages en accord avec le cadre de référence du
programme. L’analyse a alors combiné une classification par la
méthode des nuées dynamiques (k-means) et une analyse discrimante.
Elle a permis de faire ressortir quatre grands types d’élevage
(Hamadou et al., 2003a) :
- – les élevages à faibles intrants (EFI) de type
A1 (92,5 % des effectifs) dont les propriétaires
analphabètes détiennent à peine 1 hectare. Les infrastructures
sont inexistantes et l’essentiel des charges est destiné aux soins
de santé du troupeau de 71 bovins en moyenne. Ce type produit 1
423 tonnes de lait/an, soit 92,6 % de la production
totale du bassin estimée à 1 500 tonnes de lait cru en
2001 ;
- – les EFI de type A2 (6 %) installés sur
environ 5,21 hectares de surfaces propres. Les infrastructures sont
rudimentaires et la taille moyenne du troupeau est de 61 bovins. La
contribution de ce type à la production laitière du bassin est de
5,7 % ;
- – les élevages à visée commerciale (EVC) de type B
(1 %). Il s’agit d’exploitations bâties sur environ 11
hectares de surfaces propres. Les infrastructures atteignent
8,7 millions de F CFA et les dépenses d’alimentation plus
de 500 000 F CFA/an. Ces élevages détiennent en moyenne
63 bovins et contribuent à 0,7 % de la production totale du
bassin ;
- – les EVC de type C (0,5 %). Il s’agit de fermes
modernes privées de plus de 40 hectares avec production de
fourrages. Les infrastructures avoisinent 67 millions de
F CFA et les dépenses d’alimentation 1,1 million de
F CFA/an. Le troupeau bovin est de 81 têtes. Ces fermes
produisent 1,1 % de la production du bassin.
Matériel et méthode
Échantillonnage
Il a été raisonné en tenant compte de l’inégale répartition des
types et des ressources. La taille de l’échantillon a d’abord été
fixée à un maximum de 50 exploitations, soit 15 % des 334
élevages. Après pondération, l’échantillon théorique se répartit en
46 élevages de type A1, 3 de type A2, 1 de
type B et 1 de type C. Pour réajuster les effectifs, les taux de
sondage ont été plafonnés à 10 % pour le type à grand effectif
(A1), 50 % pour celui à effectif intermédiaire
(A2) et 100 % pour les classes à effectifs réduits,
soit 31 élevages de type A1, 10 de type
A2, 3 de type B et 2 de type C. Une fois la taille de
l’échantillon fixée, les critères de choix des élevages ont été
fondés sur leur proximité au centre de leur groupe et leur
localisation à un maximum de 35 km de la ville.
Collecte et analyse des données
Les données ont été collectées à l’aide d’un questionnaire en deux
volets, le premier visant à cerner le fonctionnement
socio-économique d’ensemble des exploitations et, le second, les
logiques décisionnelles et l’intensité des enjeux de
diversification des productions. Les résultats ont été discutés au
regard des trois pôles (homme, animal, ressources) des systèmes
d’élevage (Landais, 1992) et des six variables (éleveur, animaux,
habitat, conduite d’élevage, hygiène, alimentation) influençant la
productivité des élevages (Meyer et Denis, 1999).
Résultats et discussion
Caractéristiques générales des exploitations
Les élevages enquêtés sont situés en moyenne à 22 km autour de
la ville ; ils sont majoritairement détenus par des hommes, de
l’ethnie Peule, analphabètes à 80 % et ayant pour activité
principale l’élevage seul ou associé à l’agriculture. Eu égard à la
répartition des types, ces traits sont également ceux des EFI
tandis que la situation est autre pour les EVC où les ethnies des
fermiers sont différentes et où des femmes chefs d’exploitation y
sont recensées (tableau 1). La
taille des troupeaux est élevée dans tous les systèmes ; il
s’agit de troupeaux naisseurs avec un nombre limité de vaches
traites.
Dans toutes les exploitations, le lait est principalement
commercialisé : 78 à 83 % de la production des EFI et 79
à 100 % de celle des EVC. Ces taux corroborent ceux obtenus
par Abdou (2005) dans la périphérie de Ouagadougou mais sont de 4 à
25 points supérieurs à ceux obtenus par Dieye et al. (2003) au sud
du Sénégal. L’autoconsommation est donc réduite et s’établit à
0,23 L/pers./jour dans le type A1, à
0,28 L/pers./jour dans le type A2, à
0,43 L/pers./jour dans le type B ; elle est nulle dans le
type C.
Tableau 1 Caractéristiques socio-économiques et
principaux objectifs de production poursuivis par les quatre types
d’exploitations enquêtées.Table 1. Socio-economic characteristics
and main production goals targeted by the 4 farm types surveyed.
|
Variables
|
Types
|
Total (%)
|
|
A1
|
A2
|
B
|
C
|
|
Distance par rapport à la ville (km)
|
22 ± 10
|
23 ± 9
|
15 ± 5
|
21 ± 0
|
22 ± 10
|
|
Sexe du CE* (n)
|
|
Hommes
|
31
|
10
|
2
|
1
|
44 (95,65)
|
|
Femmes
|
0
|
0
|
1
|
1
|
2 (4,35)
|
|
Ethnie du CE (n)
|
|
Peul
|
29
|
9
|
1
|
0
|
39 (84,78)
|
|
Mossi
|
1
|
0
|
0
|
0
|
1 (2,17)
|
|
Turka
|
0
|
1
|
0
|
0
|
1 (2,17)
|
|
Gourounsi
|
1
|
0
|
0
|
0
|
1 (2,17)
|
|
Pougouli
|
0
|
0
|
1
|
0
|
1 (2,17)
|
|
Djan
|
0
|
0
|
0
|
1
|
1 (2,17)
|
|
Bwaba
|
0
|
0
|
1
|
1
|
2 (4,35)
|
|
Profession actuelle CE (n)
|
|
Éleveur
|
18
|
4
|
0
|
0
|
22 (47,83)
|
|
Agroéleveur
|
10
|
4
|
0
|
0
|
14 (30,43)
|
|
Agriculteur
|
0
|
1
|
0
|
0
|
1 (2,17)
|
|
Employé du secteur privé
|
2
|
1
|
0
|
0
|
3 (6,52)
|
|
Fonctionnaire en activité
|
1
|
0
|
0
|
0
|
1 (2,17)
|
|
Fonctionnaire retraité
|
0
|
0
|
2
|
0
|
2 (4,34)
|
|
Vétérinaire privé
|
0
|
0
|
1
|
2
|
3 (6,52)
|
|
Taille du troupeau bovin (n)
|
72 ± 33
|
55 ± 5
|
59 ± 37
|
52 ± 32
|
69 ± 33
|
|
Objectif de production
|
|
Lait
|
9,7
|
30
|
66,7
|
100
|
21,7
|
|
Viande
|
80,6
|
70
|
33,3
|
0
|
71,7
|
|
Non défini
|
9,7
|
0
|
0
|
0
|
6,5
|
*Chef d’exploitation.
Objectifs de production et influence sur le système
d’élevage
Contrairement à nos hypothèses, la viande est le premier objectif
de production poursuivi à l’échelle du bassin : elle est citée
par 72 % des éleveurs enquêtés. Le lait vient en seconde
position avec seulement 22 % des intentions exprimées. Seuls
7 % des éleveurs de la périphérie de Bobo-Dioulasso n’ont pas
un objectif clairement affiché, ils relèvent tous du type
A1 dont ils représentent 10 % des effectifs.
Partout où un objectif de production a été exprimé, il imprime
alors au système une configuration particulière.
Ainsi, le type A1 s’apparente à une agriculture de
subsistance pratiquée par des pasteurs transhumants tandis que le
type A2 recouvre plutôt une agriculture de rente basée
sur l’association coton-maïs pratiquée par de petits agropasteurs
(tableau 2). La production est
alors perçue comme le résultat du processus de l’intégration
agriculture-élevage plutôt que comme étant issue d’une réelle
volonté de produire du lait pour le marché. D’après SNV/BF (1999),
les origines de ce système dans la zone de Bobo-Dioulasso
remonteraient aux années 1850. Il a émergé à partir de 1990 avec le
démarrage du projet de développement de la production laitière
(PDPL). Dans ce cadre, le système d’élevage a été amélioré grâce au
regroupement des éleveurs, à leur formation à la complémentation
des vaches laitières et au suivi sanitaire des animaux, ainsi qu’à
l’installation d’une laiterie d’une capacité de 1 200 litres
par jour avec la garantie d’acheter le lait frais à
250 F CFA le litre toute l’année (Marichatou et al.,
2002). Ce dispositif a permis de tripler la production qui est
passée de 530 000 litres en 1990-1991 (Le Troquer, 1994) à 1
500 tonnes en 2001 (Hamadou et al., 2003b). Cette évolution
traduit la capacité des éleveurs à développer des systèmes de
production innovants.
Pour les EVC, les objectifs déclarés et l’exploitation de soles
fourragères (Bassinga, 2005 ; Hamadou et al., 2005) permettent
de conclure à la présence de fermes prioritairement orientées vers
le lait. Ces exploitations privées dont les origines remontent
seulement au début des années 1990 sont le produit des rares
tentatives de modernisation de l’agriculture ouest-africaine. Les
infrastructures ont été malheureusement disproportionnées si bien
que le coût de production de ces fermes est de l’ordre de
450 F CFA le litre de lait frais (Hamadou et Bouyer,
2005) contre 15 à 19 F CFA dans les EFI (Hamadou et
Kiendrébéogo, 2004) et environ 200 F CFA pour le lait
reconstitué à partir de la poudre (Oudet, 2005). Avec un prix de
vente de 250 F CFA le litre de lait frais, il apparaît que ces
fermes sont condamnées comme en témoignent les cas d’abandon. Avec
l’ouverture des marchés de la zone, ces fermes resteront marginales
et leur survie dépendra non seulement d’une revalorisation du prix
du lait, mais aussi de l’aptitude des promoteurs à maîtriser les
coûts de production et à mobiliser des ressources additionnelles
pour financer la production.
Tableau 2 Superficies cultivées (hectares) et
rendements (kg/ha) des principales productions dans les
exploitations enquêtées.Table 2. Hectarage and yield of the
principal productions on the farms surveyed.
|
Types d’exploitation
|
Ensemble du bassin
|
|
A1
|
A2
|
B
|
C
|
|
Sup
|
Rdt
|
Sup
|
Rdt
|
Sup
|
Rdt
|
Sup
|
Rdt
|
Sup
|
Rdt
|
|
Maïs
|
1,5 (0,9)
|
1 550 (1 025)
|
3,5 (0,9)
|
875 (391)
|
5,2 (3,8)
|
1 800 (1397)
|
0,5 (0,7)
|
500 (707)
|
2,1 (1,7)
|
1 374 (976)
|
|
Sorgho
|
1 (0,9)
|
769 (541)
|
0,5 (0,7)
|
600 (849)
|
0
|
0
|
0
|
0
|
0,8 (0,9)
|
700 (735)
|
|
Mil
|
0,5 (0,9)
|
456 (205)
|
0
|
0
|
0
|
0
|
0
|
0
|
0,4 (0,8)
|
409 (176)
|
|
Niébé
|
0,1 (0,2)
|
261 (669)
|
0,5 (0,3)
|
280 (598)
|
0,3 (0,6)
|
267 (462)
|
0
|
0
|
0,1 (0,2)
|
254 (618)
|
|
Fourrage
|
0
|
0
|
0
|
0
|
1,3 (2,1)
|
789 (1116)
|
4,8 (6,7)
|
1 956 (2 520)
|
0,4 (1,6)
|
195 (756)
|
|
Coton
|
0
|
0
|
1,2 (0,8)
|
975 (320)
|
0
|
0
|
0
|
0
|
0,2 (0,7)
|
143 (113)
|
Croisement des races bovines
Cette stratégie vise à concilier deux impératifs : la
résistance taurine à la trypanosomiase et la productivité en lait
et viande des zébus. Ces pratiques méritent une attention
particulière car, dans le sud-est du Burkina Faso, elles font déjà
peser des menaces de disparition des races taurines autochtones
(Tano et al., 2003).
Dans les EFI, elle se traduit par la présence dans les troupeaux
de type A1, de 65,5 % de métis zébu-taurin et de
28 % de zébus peuls. Dans le type A2, par la
présence de 53 % de métis zébu-taurin, 38,6 % de zébus
peuls et 6,4 % de zébus goudalis. Ces résultats corroborent
ceux de Tano et al. (2001), Sidibé et al. (2004) et Hamadou et
Kamuanga (2004).
Dans les EVC, nos observations font état de l’éviction totale
des races taurines locales. Elles corroborent celles de Bassinga
(2005) et Traoré (2005). Ainsi, les troupeaux du type B se
composent à 49,7 % de métis zébus peuls-zébus goudalis,
25,8 % de zébus goudalis, 14 % de zébus peuls et 8 %
de zébus azaouaks. Quant au type C, leurs troupeaux se composent à
49 % de métis à sang goudali et/ou azaouak, 25,8 % de
zébus goudalis, 14 % de zébus peuls, 8 % de zébus
azaouaks et 2,4 % de métis et/ou races pures importées
(Holstein, Montbéliarde, Gir ou Brune des Alpes). En outre, ce type
recourt systématiquement à l’IA pour le croisement. Pour promouvoir
cet outil, les leaders de « l’Association des éleveurs
progressistes » dénommée « Prolait Bobo » ont créé
le Club d’insémination artificielle de Bobo (CIA/B) dont les
actions sont appuyées par le Projet d’appui aux filières
bioalimentaires (PAF). Financé par la coopération canadienne, le
projet subventionne l’IA à 83 %, ce qui permet de réduire
l’acte à 7 500 F CFA au lieu de 45 000 F CFA.
Entre 2004 et 2006, le projet a mis à la disposition du
CIA/B, 423 paillettes de semences de Holstein et 218 de Brune
des Alpes. Le PAF soutient aussi les éleveurs traditionnels qui
souhaitent améliorer les performances laitières de leurs vaches. En
2006, il a mis à leur disposition 100 paillettes de semences de
Jersey.
Alimentation et santé des animaux
L’alimentation et les soins de santé aux animaux participent
également à une évolution des pratiques liée à la diversification.
Outre la conduite systématique des animaux au pâturage, parfois
tard dans la nuit (tableau 3), les
soins de santé et la complémentation des vaches traites sont des
pratiques systématiques dans toutes les exploitations. Les
trypanosomoses et les maladies transmises par les tiques sont les
affections prioritairement soignées tandis que la complémentation
porte à la fois sur les minéraux, les sous-produits agricoles (SPA)
et agro-industriels (SPAI) et les fourrages achetés. Aujourd’hui,
la complémentation est si généralisée que le commerce des intrants
zootechniques est devenu un véritable enjeu économique (tableau 4). Des tentatives de promotion des
cultures fourragères ont été faites pour palier le coût élevé des
aliments concentrés, mais leur généralisation bute sur des
contraintes techniques et socio-économiques (Hamadou et al.,
2005).
Tableau 3 Heures de début de pâturage et de durée
totale de pâture des animaux pour les quatre types
d’exploitations.Table 3. Hours of departure to pasture and total
grazing time by the animals for the four types of farms.
|
Faibles intrants
|
Visée commerciale
|
|
A1
|
A2
|
B
|
C
|
|
Début
|
Durée
|
Début
|
Durée
|
Début
|
Durée
|
Début
|
Durée
|
|
Saison sèche (SS)
|
|
Minimum
|
0
|
8
|
8
|
5
|
6
|
9
|
8
|
2
|
|
Moyenne
|
7 (3)
|
12 (2)
|
8
|
8 (4)
|
7 (1)
|
11 (2)
|
9
|
5
|
|
Maximum
|
21
|
18
|
8
|
10
|
8
|
12
|
9
|
8
|
|
Saison pluvieuse (SP)
|
|
Minimum
|
6
|
6
|
8
|
9
|
9
|
3
|
9
|
8
|
|
Moyenne
|
8 (2)
|
9 (2)
|
8
|
10 (1)
|
9
|
7 (3)
|
9
|
8
|
|
Maximum
|
14
|
15
|
8
|
10
|
9
|
9
|
9
|
8
|
Tableau 4 Dépenses annuelles de santé et d’alimentation
des animaux pour les 4 types d’exploitation (1 000
F CFA).Table 4. Annual expenditure for animal health and feed
for the 4 types of farms (1,000 F CFA).
|
Faibles intrants
|
Visée commerciale
|
Bassin
|
|
A1
|
A2
|
B
|
C
|
|
|
Santé
|
41 (31)
|
94 (72)
|
145 (109)
|
54 (47)
|
61 (57)
|
|
Minéraux
|
19 (21)
|
36 (24)
|
68 (33)
|
127
|
29 (29)
|
|
SPA
|
3 (5)
|
5 (7)
|
16 (18)
|
0
|
4 (7)
|
|
SPAI
|
52 (39)
|
68 (48)
|
1 106 (1 181)
|
749
|
141 (379)
|
|
Total
|
74 (52)
|
109 (62)
|
1 191 (1 187)
|
867
|
174 (396)
|
Stratégies de diversification des revenus et de sécurisation
foncière
La diversification des revenus participe au financement de la
production laitière. Cette stratégie se traduit par la pratique de
l’embouche des gros et petits ruminants dans le type A1
et celle des gros ruminants dans le type A2. Dans les
EVC, elle a trait à la réforme des animaux, la vente et/ou la
location des mâles issus des IA, l’élevage d’espèces à cycle court
(porc et volaille), l’arboriculture fruitière et le maraîchage.
En ce qui concerne le désir de sécurisation foncière, alors
qu’en 2001, le rapport « terres exploitées sans droit de
propriété » sur « surfaces en propriété » s’établit
à 1,31 pour les A1, 0,36 pour les A2 et 0,29
pour les B, en 2006, ces chiffres passent respectivement à 0,54,
0,11 et 0,05 traduisant l’effort d’acquisition foncière des
producteurs, en particulier du type A1 (tableau 5). Cette situation qui s’apparente
au processus de consolidation des exploitations décrit à la Réunion
par Alary et al. (2002), dénote d’une évolution majeure des EFI.
Elle est perçue comme les prémices d’une sédentarisation massive
des élevages qui fera évoluer les trajectoires des exploitations du
type A1 vers le type A2. Une telle évolution
constitue une transformation majeure dans cette zone où,
traditionnellement, l’éleveur est sans terre et son activité
synonyme de transhumance.
Tableau 5 Évolution de la tenure foncière des
exploitations enquêtées entre 2001 et 2006 (hectares).Table 5.
Evolution of land tenure of the surveyed sample between 2001 and
2006 (hectares).
|
Types
|
Surfaces en propriété
|
Surfaces en location
|
Surfaces en dotation a
|
Surfaces totales
|
|
2001
|
2006
|
2001
|
2006
|
2001
|
2006
|
2001
|
2006
|
|
A1
|
1,26 (0,15)
|
2,9 (0,68)
|
0,02 (0,26)
|
0
|
1,63 (0,68)
|
1,56 (1,04)
|
2,9 (0,97)
|
4,47 (2,3)
|
|
A2
|
5,21 (1,77)
|
13,5 (6,26)
|
0,05 (0,22)
|
0
|
1,8 (0,19)
|
1,5 (0,12)
|
7,06 (2,51)
|
15 (4,14)
|
|
B
|
11,33 (2,86)
|
14,67 (1,5)
|
0
|
0
|
3,33 (0,77)
|
0,67 (0,15)
|
14,67 (8,58)
|
15,33 (5,5)
|
|
C
|
45 (7,07)
|
45 (7,07)
|
0
|
0
|
0
|
0
|
45 (7,07)
|
45 (7,07)
|
aSurfaces prêtées sans contrepartie, c’est-à-dire dont
la mise en valeur ne fait l’objet de versement d’aucune redevance
au titre de fermage ou de métayage.
Conclusion
À Bobo-Dioulasso, la production laitière est largement issue des
élevages à faible utilisation d’intrants, c’est-à-dire les petits
éleveurs pauvres. La prédominance de ce système tient à la fois à
la prépondérance numérique des exploitations mais, surtout, au
savoir-faire traditionnel qui permet à ces éleveurs d’exploiter
judicieusement les ressources naturelles et de tirer le meilleur
parti des actions de développement. Plusieurs stratégies de
diversification sont mises en œuvre ; elles méritent d’être
consolidées et encadrées car certaines présentent des risques pour
l’écosystème, en particulier celles sur l’amélioration génétique
des animaux. Aux côtés de ces élevages, on trouve les élevages à
visée commerciale dont la compétitivité est entravée par la
modernisation outrancière de l’outil de production –
surdimensionnement des équipements – beaucoup plus que le
libéralisme du tarif extérieur commun. Avec les prix actuels du
lait et dans la perspective des accords de partenariat économiques
UE-ACP, leur marginalisation est appelée à se renforcer.
Remerciements
Les auteurs remercient l’Union européenne qui a financé, via le
Conseil ouest et centre africain pour la recherche et le
développement agricole (CORAF/WECARD), le projet « Intégration
régionale, accès aux marchés et diversification de l’agriculture
dans la zone UEMOA : Options politiques pour des filières
laitières compétitives et durables politiques laitières dans la
zone de l’Union économique et monétaire Ouest Africaine
(UEMOA) » communément appelé Projet politiques laitières
(PPL), dans le cadre duquel cette activité a été entreprise. Ils
remercient également très sincèrement les experts anonymes dont
l’évaluation a permis d’améliorer sensiblement la qualité du
document.
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1 1 F CFA = 0, 00152 euro
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