ARTICLE
Auteur(s) : Khaled
Attrassi1, Rachid Benkirane1, Benaissa
Attarassi2, Allal Douira1
1Laboratoire de botanique et de protection des
plantes, UFR de mycology, Département de biologie, Faculté des
sciences, Université Ibn Tofail, BP133, Kénitra, Maroc
2Laboratoire de microbiologie appliquée, UFR des eaux
usées, Département de biologie, Faculté des sciences, Université
Ibn Tofail, BP133, Kénitra, Maroc
Depuis longtemps, certains chercheurs (Delong, 1937 ;
Garman et Mathis, 1956 ; Sugar et al., 1988) ont mis l’accent
sur l’importance du calcium dans le développement des maladies et
accidents physiologiques des pommes et des poires. Une relation
très étroite a été observée entre la quantité de calcium contenue
dans ces fruits et l’incidence de maladies telles que le bitter pit
ou les « taches amères » des pommes (Perring, 1986) et le
cork spot des poires (Raese, 1988 ; Raese et Stahly,
1988).
Les pertes économiques dues au pourrissement (Gautier,
1979 ; Bondoux, 1992 ; Palazon et al., 1984), les risques
de pollution des fruits par les résidus et l’apparition de souches
résistantes suite à l’utilisation répétée de fongicides (Prusky,
1985 ; Maouni et al., 2002) justifient des applications
phytosanitaires avec des produits comme les dérivés calciques, tant
au verger en prérécolte qu’avant l’entreposage.
Certains travaux ont mis l’accent sur l’importance du calcium
dans la lutte contre les maladies fongiques et physiologiques des
pommes et des poires (Garman et Mathis, 1956 ; Meheriuk et
al., 1984 ; Botton et al., 1990 ; Dris et Niskanen,
1998 ; Bennett et Klich, 2003 ; Cocci et al., 2006 ;
Chapeland-Leclerc et al., 2005 ; Harker et al., 2005 ;
Harker et al., 2006a ; Harker et al., 2006b ; Lara et
al., 2006) et des bananes (Zambrano et Manzano, 1995 ;
Antenette et Anjani, 2002 ; Perera et Karunaratne, 2002 ;
Gunasinghe et al., 2004 ; Ümit Ünal, 2007). En effet, le
calcium confère aux pommes une grande résistance vis-à-vis des
champignons parasites. Il empêche le développement des désordres
physiologiques et peut entraîner une diminution du taux général de
sénescence des tissus (Sharples et Johnson, 1977). Ainsi, les
pommes trempées dans une solution de CaCl2 restent
fermes par rapport aux pommes n’ayant reçu aucun traitement
(Bangerth et al., 1972).
Tous les travaux qui ont montré l’importance du calcium dans la
lutte contre la pourriture des pommes n’ont concerné que certains
champignons tels que Penicillium spp. (Biggs et al., 1993) et
Leucostoma personii (Biggs et al., 1994). Mais cette pourriture est
généralement due à une association complexe de champignons
(Selmaoui et Douira, 1997). En effet, dans une même lésion peuvent
coexister de nombreux champignons participant ensemble à
l’altération des pommes (modification de pH, la couleur et la
teneur en eau). Ces modifications peuvent également favoriser
l’installation ultérieure d’autres champignons (Selmaoui et al.,
1999 ; Oukabli, 2004).
Les sels de calcium utilisés doivent être efficaces à l’égard de
tous les champignons susceptibles de provoquer des altérations chez
les pommes en conservation.
Matériel et méthode
Espèces fongiques retenues
Les pommes pourries en conservation, sont collectées dans
différentes chambres froides de Kenitra. Ces pommes sont
désinfectées par l’alcool à 90 % et les fragments présentant
la maladie sont par la suite découpés et déposés dans des
conditions aseptiques sur le milieu de culture Potato Dextrose Agar
(PDA) solidifié (additionné après stérilisation de 100 mg par
litre de chloramphénicol pour empêcher la croissance des
bactéries), les boites sont ensuite déposées dans un incubateur à
25 °C et les champignons qui se sont développés sont repiqués
dans de nouvelles boîtes contenant du PDA pour avoir des cultures
pures.
La détermination des espèces fongiques isolées a été réalisée
par l’utilisation de plusieurs clés de détermination (Botton et
al., 1990 ; Pitt, 1988 ; Samson et al., 1984 ).
Les champignons identifiés sont au nombre de douze espèces
fongiques qui ont été isolées à partir des pommes en conservation
au Maroc : Rhizopus stolonifer, Penicillium expansum,
Aspergillus niger, Aspergillus fumigatus, Alternaria alternata,
Cladosporium herbarum, Fusarium oxysporum, Saccharomyces
cerevisiae, Monilia fructigina, Cryptosporiopsis malicorticis,
Spilocaea pomi et Trichothecium roseum. En effet, elles se
développent de façon très importante sur le milieu PDA, produisent
des lésions très largement sur les pommes et favorisent
généralement leur pourriture.
Sels de calcium testés
Quatre sels de calcium, le chlorure de calcium (CaCl2),
le nitrate de calcium (Ca(NO3)2), le
carbonate de calcium (Ca CO3) et l’hydroxyde de calcium
(Ca(OH)2), ont été testés in vitro et in vivo à
40 g/L. L’hydroxyde de calcium a été testé in vitro à 1 ;
2 ; 5 ; 10 et 20 g/L pour déterminer les
concentrations inhibitrices de 50 % CI50 et de
90 % (CI50 et CI90, respectivement) du
champignon.
Effet in vitro des sels de calcium sur les trois stades de vie
des champignons
Pour évaluer la croissance mycélienne des espèces fongiques
testées, les solutions de chaque sel de calcium sont incorporées au
milieu PDA encore en fusion et le mélange est coulé sur des boîtes
de Petri. L’inoculation est effectuée par un disque mycélien issu
de culture âgée de 10 à 15 jours. La croissance mycélienne a
été évaluée après 10 jours d’incubation à 25 °C, par
mesure du diamètre des colonies. Dans ce test, trois essais ont été
effectués et pour chaque essai trois boîtes sont utilisées avec une
seule inoculation dans chaque boîte.
Ainsi, pour la germination conidienne, une suspension de spores
(105spores/mL) est étalée à la surface de boîtes de
Petri contenant un mélange agar-sels de calcium. Les composés
calciques ont été ajoutés au milieu gélosé encore en fusion. Le
comptage des spores germées a été effectué sur un total de
200 spores après 24 heurs d’incubation à 25 °C et à
l’obscurité, avec trois essais, et pour chaque essai trois boîtes
sont utilisées avec trois inoculations.
Alors que pour la sporulation des espèces fongiques, quatre
disques de 5 mm de diamètre ont été prélevés à partir de la
bordure des cultures des champignons et ont été placés dans un tube
contenant 1 mL d’eau distillée stérile. Après écrasement des
disques et agitation au vortex pendant 30 secondes, les spores
ont été comptées à l’aide d’une cellule de Malassez à raison de
trois comptages par suspension. La sporulation est exprimée en
nombre de conidies par unité de volume (spores/mL). Pour chaque
traitement, trois répétitions ont été effectuées, chacune des
répétitions représente la moyenne de dix comptages.
L’efficacité de chaque composé calcique est déterminée selon la
formule suivante et pour les trois stades de vie des
champignons.
Où :
- – Nt : estimation de la croissance mycélienne, de
la germination conidienne ou de la sporulation chez le
témoin ;
- – N : estimation de la croissance mycélienne, de la
germination conidienne ou de la sporulation en présence de sels de
calcium.
Les CI50 et les CI90 ont été déterminées
graphiquement à partir de la relation linéaire entre le logarithme
décimal de la concentration en composé minéral calcique et les
valeurs probits issues des pourcentages d’inhibition de la
germination, de la croissance ou de la sporulation.
Effet in vivo des sels de calcium sur le développement de la
pourriture des pommes en conservation
Les pommes de la variété Golden Delicious ont été stérilisées en
surface à l’alcool 90 % pendant 1 minute, rincées
3 fois à l’eau distillée stérile et séchées avec du
papier-filtre stérile. Des blessures de 2 mm de profondeur ont
été réalisées avec des aiguilles de 1 mm de diamètre en
3 points de la zone équatoriale des fruits. Les fruits ainsi
blessés sont trempés 3 minutes dans les différentes solutions
de sels de calcium à une concentration finale de 400 ppm
Ca++ (Biggs et al., 1994), les pommes sont laissées
12 heures sous hotte à flux laminaire. L’inoculation a eu lieu
au niveau des blessures avec des fragments mycéliens de 1 mm
de diamètre provenant de cultures âgées de 15 jours. Les
fruits ainsi traités sont répartis séparément dans des sachets en
plastique fermés, préalablement imbibés d’eau distillée stérile
afin de maintenir une humidité relative élevée. Ces sachets sont
placés dans de grands sachets en plastique noir pour assurer une
obscurité totale. Ils sont conservés 2 mois à 4 °C ou
10 jours à température ambiante (22 à 25 °C). La
croissance a été évaluée par mesure du diamètre et l’efficacité de
chaque agent minéral a été déterminée comme précédemment.
Pour chaque test, trois essais séparés dans le temps ont été
effectués et pour chaque essai, trois pommes ont été utilisées.
Où :
- – Di : diamètre de la pourriture du fruit traité
par les sels de calcium ;
- – D : diamètre de la pourriture du témoin.
Analyse statistique
Le traitement statistique des données est réalisé par le test de
Duncan (Duncan’s multiple range test) au seuil de 5 % pratiqué
sur l’efficacité moyenne calculée pour chacun des trois essais du
test.
Résultats
Effet des sels de calcium sur les trois stades de vie des
champignons
Des résultats illustrés dans le tableau 1 on peut déduire que pour tous les
champignons testés, le pourcentage d’inhibition de la croissance
mycélienne le plus important est obtenu avec l’hydroxyde de calcium
et le chlorure de calcium. En effet, les pourcentages d’inhibition
varient entre 49,90 et 97,72 % respectivement pour
Saccharomyces cerevisiae en présence du chlorure de calcium et pour
Rhizopus stolonifer en présence de l’hydroxyde de calcium.
En présence du nitrate de calcium et du carbonate de calcium, la
croissance mycélienne des champignons testés est sensiblement
affectée (les pourcentages d’inhibition compris entre 11,40 et
34,75 %) à l’exception de Saccharomyces cerevisiae et de
Trichothecium roseum qui se sont montrés résistants au
Ca(NO3)2 et Fusarium oxysporum au
Ca(CO3). Ainsi, l’effet des sels de calcium sur la
germination montre que l’hydroxyde de calcium et le chlorure de
calcium sont efficaces de 69,20 à 100 % sur la germination des
12 espèces fongiques. En revanche, le nitrate de calcium et le
carbonate de calcium sont moins actifs sur la germination de ces
espèces fongiques. Saccharomyces cerevisiae, Monilia fructigina,
Cryptosporiopsis malicorticis et Trichothecium roseum sont
faiblement sensibles au Ca(CO3) (tableau 1), alors que l’effet des sels de
calcium sur la sporulation est le même que sur la croissance
mycélienne, les sels de calcium sont consignés en deux groupes
selon leur efficacité (tableau 1).
Le premier groupe est constitué par le Ca(OH)2 et le
CaCl2. Ces produits ont inhibé la sporulation de tous
les champignons d’une façon remarquable (le pourcentage
d’inhibition de la sporulation varie entre 46,35 et 90,75 %).
Le second groupe, constitué par le Ca(NO3)2
et le CaCO3, est caractérisé par une efficacité très
faible (le pourcentage d’inhibition varie entre 3,99 et
14,39 %).
Les sels de calcium à savoir le Ca(NO3)2
et le CaCO3 n’ont montré aucune efficacité aussi bien
sur la germination que sur la croissance mycélienne et la
sporulation de tous les champignons étudiés.
Tableau 1 Efficacité ou pourcentage d’inhibition de
quatre sels de calcium sur la croissance mycélienne, la germination
conidienne et la sporulation de douze agents pathogènes fongiques
des pommes après 10 jours d’incubation à 25 °C.Table 1.
Efficiency or percentage of inhibition of four calcium salts on
mycelium growth, conidial germination and sporulation of twelve
pathogenic fungal agents in apples after 10 days of incubation at
25°C.
|
Sels de calcium à 4 %
|
Champignons
|
|
Croissance mycélienne
|
|
Rs
|
Pe
|
An
|
Af
|
Aa
|
Ch
|
Fox
|
Sc
|
Mf
|
Cm
|
SP
|
Tr
|
|
Ca(OH)2
|
97,72a
|
95,40a
|
96,00a
|
95,20a
|
92,20a
|
78,80a
|
89,50a
|
75,50a
|
80,00a
|
80,50a
|
86,66a
|
94,00a
|
|
CaCl2
|
60,11b
|
59,09b
|
62,60b
|
58,90b
|
96,00b
|
52,20b
|
59,77b
|
49,90b
|
52,20b
|
56,08b
|
54,80b
|
58,61b
|
|
Ca(NO3)2
|
34,75c
|
24,05c
|
33,33c
|
34,75b
|
42,00c
|
34,00c
|
18,55c
|
10,10d
|
34,40c
|
20,76c
|
18,00c
|
6,48d
|
|
CaCO3
|
20,10d
|
16,88d
|
22,77d
|
18,33c
|
11,66d
|
11,40d
|
6,66d
|
16,00c
|
12,22d
|
13,88d
|
16,70c
|
12,22c
|
|
Sels de calcium à 4 %
|
Germination
|
|
|
Rs
|
Pe
|
An
|
Af
|
Aa
|
Ch
|
Fox
|
Sc
|
Mf
|
Cm
|
SP
|
Tr
|
|
Ca(OH)2
|
100,00a
|
95,00a
|
98,00a
|
97,15a
|
92,00a
|
84,16a
|
100,00a
|
89,66a
|
92,00a
|
100,00a
|
98,23a
|
89,76a
|
|
CaCl2
|
82,55b
|
72,05b
|
74,66b
|
72,05b
|
80,68b
|
78,89b
|
87,35b
|
70,10b
|
83,23b
|
87,35b
|
83,66b
|
69,20b
|
|
Ca(NO3)2
|
26,08c
|
32,36c
|
41,55c
|
32,36c
|
20,96c
|
20,00c
|
39,22c
|
20,00c
|
24,50a
|
32,36c
|
25,00c
|
25,00c
|
|
CaCO3
|
16,39d
|
18,88d
|
16,23d
|
16,23d
|
13,26d
|
18,88c
|
18,92d
|
10,10d
|
12,14d
|
13,57d
|
16,23d
|
9,78d
|
|
Sels de calcium à 4 %
|
Sporulation
|
|
|
Rs
|
Pe
|
An
|
Af
|
Aa
|
Ch
|
Fox
|
Sc
|
Mf
|
Cm
|
SP
|
Tr
|
|
Ca(OH)2
|
87,50a
|
76,50a
|
90,05a
|
88,50a
|
87,00a
|
86,33a
|
90,75a
|
79,50a
|
84,00a
|
82,00a
|
83,75a
|
80,05a
|
|
CaCl2
|
50,00b
|
50,00b
|
58,16b
|
50,00b
|
52,31b
|
52,60b
|
58,16b
|
50,00b
|
52,16b
|
51,00b
|
53,05b
|
46,35b
|
|
Ca(NO3)2
|
5,55c
|
5,55d
|
5,88d
|
5,75d
|
7,25d
|
5,88d
|
9,45c
|
8,50c
|
3,99d
|
5,55d
|
9.45d
|
5,88d
|
|
CaCO3
|
10,19d
|
10,13c
|
12,07c
|
10,13c
|
14,53c
|
12,00c
|
14,39d
|
14,38d
|
16,33c
|
10,13c
|
14,39c
|
12,07c
|
CI50 et CI90 de Ca(OH)2 sur
les trois stades de développement des champignons étudiés
Les valeurs des CI50 et CI90 révèlent que
Ca(OH)2, avec des doses allant de 1 900 ppm à 19
900 ppm, est très efficace sur la germination des spores, la
croissance mycélienne et la sporulation de toutes les espèces
fongiques étudiées (tableau 2).
L’hydroxyde de calcium s’avère efficace, à une concentration qui ne
dépasse pas 2.104ppm.
Tableau 2 CI50 et CI90 (ppm) de
l’hydroxyde de calcium Ca(OH)2 sur les trois stades du
cycle de développement de douze espèces fongiques responsables de
la pourriture des pommes en conservation.Table 2. CI50
and CI90 (ppm) of calcium hydroxide Ca(OH)2
on the three stages of the development cycle of twelve fungal
species responsible for apple rot during conservation.
|
Espèces fongiques
|
CI50
|
CI90
|
|
Ger.
|
Cr.
|
Sp.
|
Ger.
|
Cr.
|
Sp
|
|
Rhizopus stolonifer
|
1 900
|
9 500
|
3 500
|
2 000
|
12 500
|
8 900
|
|
Penicillium expansum
|
1 900
|
16 500
|
3 100
|
2 000
|
19 900
|
12 500
|
|
Aspergillus niger
|
1 900
|
16 500
|
5 600
|
2 000
|
19 900
|
13 500
|
|
Aspergillus fumigatus
|
2 000
|
16 500
|
5 000
|
2 000
|
18500
|
13 500
|
|
Alternaria alternata
|
2 200
|
13 100
|
14 100
|
2 500
|
14 100
|
15 800
|
|
Cladosporium herbarum
|
2 200
|
9 900
|
3 500
|
2 000
|
12 500
|
8 900
|
|
Fusarium oxysporum
|
1 800
|
13 500
|
3 100
|
2 000
|
19 000
|
12 500
|
|
Saccharomyces cerevisiae
|
1 900
|
16 500
|
6 600
|
2 200
|
19 900
|
12 500
|
|
Monilia fructigina
|
1 900
|
16 500
|
5 600
|
2 500
|
19 900
|
13 500
|
|
Cryptosporiopsis malicorticis
|
2 000
|
13 100
|
5 000
|
2 000
|
18 500
|
8 800
|
|
Spilocaea pomi
|
2 200
|
9 500
|
14 100
|
2 200
|
12 500
|
12 500
|
|
Trichothecium roseum
|
2 200
|
13 000
|
3 500
|
2 500
|
19 900
|
15 800
|
Effet des sels de calcium sur le développement de la pourriture
des pommes
Les sels de calcium qui ont montré in vitro une efficacité sur la
croissance mycélienne, la germination des spores et la sporulation,
sont aussi efficaces in vivo sur l’évolution de la pourriture
provoquée par tous les champignons testés. L’hydroxyde de calcium
et le chlorure de calcium diminuent ou inhibent totalement la
progression de tous les champignons. Une différence significative
au seuil de 5 % est enregistrée entre ces sels et le témoin,
et cela pour l’ensemble des champignons testés.
Ainsi, les résultats obtenus à basse température (figure 1) montrent
que tous les champignons testés sont plus sensibles à
Ca(OH)2, suivi de CaCl2 et de
Ca(NO3)2 à l’exception de Penicillium
expansum, Fusarium oxysporum et Trichothecium roseum, qui sont plus
sensibles à Ca(NO3) et Alternaria alternata qui est plus
sensible à CaCl2.
À température ambiante, toutes les espèces fongiques testées
sont globalement moins sensibles à CaCl2,
Ca(NO3) et CaCO3 et plus sensible à
Ca(OH)2.
Il ressort de ces résultats que l’hydroxyde de calcium et le
chlorure de calcium présentent une efficacité importante vis-à-vis
des champignons étudiés aussi bien in vitro qu’au niveau des
traitements postrécolte des pommes avant leur conservation. Les
autres sels de calcium (carbonate de calcium et nitrate de calcium)
sont moins fongitoxiques et ne présentent aucun intérêt pour les
traitements postrécolte des pommes.
Discussion et conclusion
Des quatre sels de calcium testé in vitro, seuls l’hydroxyde de
calcium et le chlorure de calcium ont montré une toxicité
importante vis-à-vis de tous les champignons testés. Ces résultats
rejoignent en partie ceux obtenus avec Leucostoma persoonii,
champignons parasites de pêche (Biggs et Peterson 1990 ; Biggs
et al., 1994). L’inefficacité de la plupart des champignons testés
in vitro justifie bien que les champignons tolèrent parfaitement le
calcium et que la sensibilité au Ca(OH)2 peut être liée
aux hydroxydes, autrement dit à un pH basique élevé. Néanmoins, on
doit préciser que les cations Ca++ peuvent modifier la
perméabilité membranaire. In vivo et à des températures très
basses, la plupart des sels de calcium se sont avérés plus
efficaces sur les principaux agents fongiques testés. Des résultats
similaires ont été obtenus avec Penicillium expansum et Alternaria
spp. isolés à partir des pommes (Conway, 1982a ; Conway,
1982b ; Botton et al., 1990 ; Biggs et al., 1993;
Selmaoui, 1999 ; Bennett et Klich, 2003 ; Cocci et al.,
2006 ; Chapeland-Leclerc et al., 2005 ; Harker et al.,
2005 ; Harker et al., 2006a ; Harker et al., 2006b ;
Lara et al., 2006), ainsi qu’avec Monilia fructicola isolé à partir
des pêches (Conway et al., 1987).
De même, le CaCl2 appliqué au verger ou au drencher
réduit d’une façon significative l’incidence de la pourriture des
pommes provoquée par Alternaria spp.(Biggs et al., 1993).
Le traitement des pommes par le calcium peut prévenir contre la
destruction de la pectine par l’enzyme pectique (Faust, 1974). Le
calcium confère également aux cellules une grande résistance à
l’activité enzymatique du champignon et diminue ainsi le taux de la
maladie due au Penicillium expansaum. Ce rôle protecteur ne peut
être réalisé que dans le cas où les fruits présenteraient un niveau
important de calcium durant la production ou pendant l’application
postrécolte (Meheriuk et al., 1984 ; Conway et al.,
1987 ; Dris et Niskanen, 1998 ; Zambrano et Manzano,
1995 ; Antenette et Anjani, 2002 ; Perera et Karunaratne,
2002 ; Gunasinghe et al., 2004 ; Ümit Ünal, 2007).
Le mécanisme proposé dans le cas de l’inhibition des champignons
responsables de la pourriture des pommes par les sels de calcium
suggère un empêchement de l’activité enzymatique pectolytique par
les Ca++ associés avec les substances pectiques
intercellulaires des fruits (Bateman et Lumsden, 1956 ; Conway
et al., 1987). Ce mécanisme proposé peut être opérationnel pour le
système variété de pomme Nittany causé par Alternaria spp.
Les ions Ca2+ peuvent réduire l’efficacité de
l’enzyme polygalacturonase, fréquemment produite par les
champignons et les bactéries dans les tissus malades de l’hôte
(Bateman et Millar, 1966 ; Barash et Angel, 1970 ;
Barmore, 1979) et qui participe avec la pectine méthyle estérase à
l’altération des tissus des poires. Cette réduction est réalisée
par la formation des cations avec les acides pectiques constituant
ainsi une muraille de cellules résistantes à la dégradation par
l’enzyme polygalacturonase (Conway et al., 1987).
Par ailleurs, Kohle et al. (1985), suggèrent que les ions
Ca2+ stimulent probablement la synthèse des
phytoalexines et/ou des phénols qui jouent un rôle très important
dans la résistance des plantes aux agressions parasitaires (Seiji,
1983 ; Nicholson et Hammershmidt, 1992). Ces composés
traduisent notamment une action inhibitrice de l’activité des
enzymes hydrolytiques parasitaires telles que les pectinases (Davet
et Ravise, 1976) et les cellulases (Reddy et Mahadevan, 1976). Les
composés phénoliques peuvent également inhiber la biosynthèse des
toxines parasitaires (Desjardins et al., 1988) et la production des
enzymes hydrolytiques (Bostock et al., 1999). Il semble que
l’apport de calcium aux pommes leur confère, à basses températures,
une résistance vis-à-vis des champignons. Des travaux effectués
dans ce sens (Conway et al., 1987) ont suggéré que les ions
Ca2+ peuvent s’associer aux acides pectiques, empêchant
ainsi l’activité de l’enzyme polygalacturonase. À des températures
plus élevées, le calcium semble être insuffisant pour empêcher une
telle activité enzymatique. Il convient donc de suggérer une
utilisation des dérivés calciques tels que Ca(OH)2,
CaCl2, et Ca(NO3)2 tant au verger
en prérécolte (pulvérisation) qu’en station avant l’entreposage
(trempage), en raison de leur efficacité contre les maladies
d’origine physiologique et fongique et aussi, de leur nature non
polluante.
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