ARTICLE
Auteur(s) : Philippe Debaeke1,
Michel
Bertrand2
1Institut national de la recherche agronomique
(Inra), UMR 1248 Agrosystèmes et Développement territorial,
INRA-ENSAT, BP 52627, F-31326 Castanet-Tolosan
2Institut national de la recherche agronomique (Inra),
UMR 211 Agronomie INRA-AgroParisTech, BP 1, F-78850
Thiverval-Grignon
Depuis 1976, l’agriculture française a connu plusieurs épisodes
de sécheresse, dont les derniers (2003, 2005, 2006) ont été
particulièrement marqués. Selon les années, il s’agissait de
sécheresse édaphique, affectant l’humidité du sol au printemps et
en été, de sécheresse hydrologique, pénalisant la recharge
hivernale des aquifères ou de situations mixtes, accompagnées ou
non de hautes températures estivales (Choisnel, 1993 ; Amigues
et al., 2006).
Doit-on s’attendre pour autant à une augmentation de la
fréquence et de l’intensité des sécheresses dans un avenir
proche ? Depuis 20 ans, on observe déjà une diminution de
10% de la pluviométrie estivale dans le sud de la France associée à
une augmentation de la température moyenne annuelle. C’est
pourquoi, les sécheresses récentes pourraient bien s’inscrire dans
le cadre d’une évolution relevant du changement climatique (Amigues
et al., 2006).
L’évaluation des impacts de la sécheresse aux échelles nationale
et régionale s’impose non seulement dans le cadre des cellules de
vigilance ministérielles et préfectorales, lors des procédures de
compensation des calamités, mais aussi en vue d’évaluer la
sensibilité des systèmes de culture à une fréquence accrue des
épisodes de sécheresse et de proposer des adaptations agronomiques
et génétiques (Bootsma et al., 1996 ; Brisson et al.,
2006).
Plusieurs sources de données peuvent renseigner a posteriori sur
les baisses de rendement consécutives à la sécheresse. En premier
lieu, les données statistiques régionalisées sur les rendements
moyens (Agreste, 1989-2006) sont les plus mobilisées ; la
baisse de production imputable à la sécheresse s’apprécie alors
souvent par rapport à la moyenne des 5 années précédentes. De
manière plus locale, des réseaux de référence basés sur
l’expérimentation agronomique (ou l’enquête) servent à évaluer la
sensibilité intrinsèque des cultures au déficit hydrique à
différentes phases du cycle avec le défaut d’être souvent implantés
en milieu favorable (sols profonds).
Des approches en temps réel peuvent être menées à l’aide
d’indices agroclimatiques dont la précision s’affine au cours de la
saison (Wu et al., 2004) ou par le biais de données radiométriques
satellitaires (réflectance du couvert, température de surface)
(Unganai et Kogan, 1998).
Enfin, les modèles de simulation climat-sol-plante, qui
s’appuient sur la connaissance agronomique validée mais dont le
paramétrage reste délicat, sont davantage utilisés pour typer les
scénarios climatiques passés ou prévisibles et en évaluer les
conséquences ex ante pour une gamme large de sols et de systèmes de
culture (Keating et Meinke, 1998 ; Yacoubi et al., 1998 ;
Brisson et al., 2006).
À la suite des sécheresses passées, des monographies, par
exemple, des notes de conjoncture du Service central des enquêtes
et études statistiques (SCEES) du ministère de l’Agriculture,
relayées par la presse agricole, ont chiffré chaque année les
conséquences de la sécheresse sur la production et le revenu des
agriculteurs en France. Pour autant, on ne dispose pas réellement
d’une évaluation complète et rétrospective des pertes de rendement
imputables à la sécheresse par culture et par région.
L’objectif de cette étude est de proposer une évaluation de
l’impact de la sécheresse sur la production des principales grandes
cultures, fondée sur l’analyse des séries historiques de rendement
issues de la statistique agricole française.
Méthode d’estimation du déficit de production attribué à la
sécheresse
Dans quatre régions françaises (Picardie, Centre, Poitou-Charentes,
Midi-Pyrénées), exprimant un gradient climatique Nord-Sud, les
séries chronologiques de rendement du SCEES ont été analysées
depuis 1970 pour cinq cultures majeures (blé tendre, maïs-grain,
colza d’hiver, orge d’hiver, tournesol, par ordre décroissant de
surfaces en 2005).
Pour le blé dur, le sorgho-grain, le soja, la betterave
sucrière, la pomme de terre, dont la localisation est méridionale
pour les trois premières, septentrionale pour les deux dernières,
seule la statistique nationale a été utilisée. Pour le pois
protéagineux, on ne dispose de statistiques fiables que depuis
1989, ce qui limite la portée d’une analyse des séries
chronologiques selon la démarche classique en agrométéorologie.
À partir de la droite de régression reliant le rendement à
l’année culturale, on a calculé, pour chaque année, aux échelles
régionale et nationale, un rendement de référence qui traduit le
rendement accessible, étant donné le progrès génétique,
l’amélioration des techniques culturales, et le changement
climatique (hausse des températures au cours des années 1990, par
exemple).
Tout écart négatif suffisamment important par rapport au
rendement de référence traduit l’action d’un facteur limitant
majeur aux échelles nationale ou régionale. Généralement, ce
facteur limitant est d’origine agroclimatique : sécheresse,
maladies cryptogamiques induites par un climat doux et humide,
conditions de récolte ou d’implantation très défavorables. La perte
de rendement est exprimée relativement à la valeur de référence
pour l’année considérée.
Lors des années 1976, 2003, 2005 et 2006, les impacts de la
sécheresse ont été ressentis à l’échelle nationale, bien qu’une
certaine variabilité interrégionale subsiste dans ce domaine. Les
cartes publiées par Météo-France en attestent. Afin d’avoir une
vision dynamique de l’installation de la sécheresse, on compare ici
le déficit pluviométrique (pluie-évapotranspiration potentielle)
cumulé de novembre à août pour ces quatre années de sécheresse sur
trois postes climatiques exprimant un gradient Nord-Sud (figure 1) :
Versailles (78), Lusignan (86), Toulouse (31). Le déficit
pluviométrique est très prononcé à Toulouse pour les quatre années
(1976 n’étant pas l’année la plus sèche), à Lusignan en 1976
et 2005, mais uniquement en 1976 à Versailles. En 2003, bien
qu’intense, la sécheresse s’est installée plus tardivement au
printemps en raison d’une pluviométrie hivernale satisfaisante
(sécheresse édaphique). En 2005 et 2006, la recharge des
sols et des nappes a été insuffisante au cours de la phase
hivernale, avec des conséquences pour les ressources en eau
d’irrigation (sécheresse hydrologique).
Résultats
Pertes de rendement à l’échelle nationale
À l’aide de la figure 2, on illustre
bien la progression annuelle moyenne des rendements pour 7 grandes
cultures à l’échelle nationale : + 1,6 % (maïs, betterave), +
1,5 % (blé tendre, pomme de terre), + 1,4 % (orge
d’hiver), + 1,3 % (sorgho, colza). Pour le soja, la
progression des rendements est plus faible (+ 1 %). Pour
le tournesol, on distingue une période de fort accroissement des
rendements jusqu’en 1988 (+ 2,1 %), puis une stagnation
au-delà (soit + 0,7 % par an entre 1970 et 2006).
C’est pourquoi, le rendement de l’année 2000 (25,2 q/ha), qui
est le plus élevé, a été retenu comme niveau de référence après
1988. Pour le pois, après le maintien à des valeurs élevées
entre 1989 et 1999, les rendements ont chuté depuis 2000.
La perte de rendement liée à la sécheresse a été pratiquement
générale en 1976, 2003, 2005 et 2006, avec des exceptions pour le
colza, la pomme de terre et la betterave pour les années récentes
(figure 2).
Dans le Sud-Ouest, d’autres épisodes de sécheresse ont davantage
touché les cultures d’été non irriguées (comme le sorgho) en 1986,
1989, 1990 et 2004. En 2001, les céréales à paille et le colza ont
été pénalisés par l’excès d’eau entre octobre et avril ; le
rendement de la betterave a été très déprimé par des implantations
tardives en conditions humides.
La variabilité non liée au progrès des rendements est la plus
faible pour les cultures industrielles, les céréales à paille et le
maïs puisque la part expliquée par ce progrès dans la variabilité
interannuelle des rendements est comprise entre 82 et 90 %
(r2 de 0,82 à 0,90). Cette variabilité est plus forte
pour le sorgho (culture non irriguée du Sud de la France), le soja
(dont les modes d’irrigation ont beaucoup varié au gré des primes
compensatoires), et le colza (culture subissant fortement les
dégâts des ravageurs et pathogènes).
À l’échelle nationale les plus fortes pertes de rendement ont
été enregistrées en 1976 et 2003, puis en 2006 (tableau 1), la sécheresse 2005 ayant été
plus modérée. Parmi les cultures d’hiver, le colza et l’orge sont
souvent les moins pénalisés, en raison notamment de capacités
d’esquive de la sécheresse de début d’été (semis précoces). Les
pertes en blé tendre varient de 7 à 18 % selon les années. Les
pertes en maïs-grain varient de 7 à 23 % : elles
traduisent le fait qu’une proportion importante du maïs est
pluviale (71 % en 1988, 55 % en 2000) et que des
restrictions d’irrigation peuvent pénaliser la culture dans
certaines régions (Gleises et Rieu, 2004). Si l’on compare la
sensibilité à la sécheresse des cultures entre 1976
et 2003, les ordres de grandeur sont conservés pour le colza
(8 %), le blé (16 %) et le maïs (21 %).
Depuis quelques années, le SCEES distingue rendements du maïs en
sec et en irrigué. Une forte baisse du rendement a été observée en
non irrigué en 2003 (- 30 % par rapport à aux
années 2002 et 2004, contre – 12 % avec
irrigation). Les baisses ont été plus faibles en 2005 et en 2006
(perte de 10 à 11 % sans irrigation) (tableau 2).
Ce sont les cultures d’été non irriguées (tournesol et surtout
sorgho) qui sont les plus exposées à la sécheresse, en dépit de
leur tolérance intrinsèque, car elles sont principalement conduites
en sol superficiel à faibles potentialités dans la moitié Sud de la
France. Les pertes varient ainsi de 12 à 37 % pour le sorgho
(7 à 32 % pour le tournesol). La réponse du soja est très
contrastée (< 3 à 31 %) : elle est liée à la
proportion de surfaces irriguées, fluctuant de 50 à 90 % selon
les contextes réglementaires.
De la même manière, alors que pomme de terre et betterave
étaient fortement pénalisées en 1976 (38 et 20 %
respectivement), l’extension de l’irrigation pour ces cultures
(36 % des pommes de terre étaient irriguées en 2000) maintient
les pertes en deçà de 5 % dans les sols profonds du
Nord-Bassin parisien.
Tableau 1 Perte de rendement (%) liée à la sécheresse
pour quelques grandes cultures (données France entière).Table 1.
Yield loss (%) due to drought for some major crops at national
level (French data).
|
Blé Tendre
|
Orge Hiver
|
Colza
|
Tournesol
|
Maïs
|
Sorgho
|
Soja
|
Pomme de terre
|
Betterave
|
|
1976
|
17,5
|
-
|
7,5
|
31,5*
|
23
|
15,5
|
15,5
|
38
|
20
|
|
2003
|
15
|
18,5
|
8
|
13,5**
|
19,5
|
36,5
|
31
|
-
|
5,5
|
|
2005
|
7
|
-
|
-
|
7,5**
|
7,5
|
15,5
|
6
|
-
|
-
|
|
2006
|
11,5
|
7,5
|
16
|
11,5**
|
7
|
11,5
|
-
|
4,5
|
-
|
Tableau 2 Rendement et surfaces couvertes par le maïs
selon le mode d’irrigation.Table 2. Maize: acreages and yields as a
function of irrigation supply.
|
|
2002
|
2003
|
2004
|
2005
|
2006
|
|
Maïs non irrigué
|
Surfaces (hectares)
|
1 027 000
|
900 500
|
1 011 000
|
931 500
|
827 500
|
|
Rendement (q/ha)
|
84
|
59 (- 30 %)
|
83
|
74 (- 11 %)
|
75 (- 10 %)
|
|
Maïs irrigué
|
Surfaces (hectares)
|
753 000
|
735 000
|
755 500
|
683 500
|
636 500
|
|
% du total maïs
|
42
|
45
|
43
|
42
|
43
|
|
Rendement (q/ha)
|
101
|
89 (- 12 %)
|
103
|
98 (- 4 %)
|
104
|
Variabilité des pertes de rendement à l’échelle régionale
Si les sécheresses de 1976, 2003, 2005 et 2006 ont eu une portée
nationale, leur manifestation régionale a été plus variable. Ainsi,
c’est l’année 2003 qui a été la plus pénalisante pour le blé
d’hiver en Midi-Pyrénées alors que c’est 1976 qui reste la
référence en Picardie et en Poitou-Charentes, la région Centre
ayant été la plus sévèrement affectée tant en 1976 qu’en 2003 (tableau 3). Les pertes maximales varient
assez peu selon les régions : 17 à 23 %. En 2005, c’est
en Picardie que la perte de rendement du blé a été la plus forte
(12 %) pour un rendement de référence de 92 q/ha. En
2006, les pertes pour le blé ont été modérées mais
généralisées : 7 à 13 % selon les régions.
Toutes les régions productrices de maïs ont été fortement
déprimées en 1976 (20 à 36 %). En 2003, la sécheresse a été
plus marquée au Sud. En 2005, les restrictions d’utilisation de
l’eau ont été très sévères en Poitou-Charentes d’où une perte de
31 % alors qu’en Midi-Pyrénées où la ressource est exogène et
sécurisée, la perte n’a pas excédé 5 % en dépit de déficits
climatiques comparables (tableau 3). Pour les mêmes raisons, les
pertes ont été limitées en 2006 pour le maïs en Midi-Pyrénées,
alors qu’elles se situaient entre 7 et 10 % dans les autres
régions.
Le taux d’irrigation du maïs-grain varie selon les
régions : cette culture est majoritairement pluviale en
Picardie, très inégalement irriguée en Poitou-Charentes (de 5 à
plus de 75 % selon les cantons), majoritairement irriguée dans
la région Centre et surtout en Midi-Pyrénées (Gleyses et Rieu,
2004).
Par ailleurs, le taux d’irrigation du maïs a très fortement
augmenté depuis les années 1970, réduisant d’autant la sensibilité
de la culture à la sécheresse dès lors que la ressource est
disponible pour cet usage (Morardet et al., 1998).
Enfin, Tollenaar et Wu (1999) indiquent qu’une partie du progrès
génétique observé chez le maïs peut être attribuée à une meilleure
tolérance au stress hydrique, d’où de possibles baisses des pertes
de rendement entre 1976 et les années récentes lors de fortes
sécheresses.
Tableau 3 Pertes de rendement du blé tendre et du maïs
(%) imputables à la sécheresse pour quatre régions et quatre années
(1976, 2003, 2005, 2006).Table 3. Bread wheat and maize yield
losses (%) due to drought at regional level: 1976, 2003, 2005,
2006.
|
Blé tendre
|
Maïs
|
|
Picardie
|
Centre
|
Poitou-Charentes
|
Midi-Pyrénées
|
Picardie
|
Centre
|
Poitou-Charentes
|
Midi-Pyrénées
|
|
Perte 1976 (%)
|
18
|
23
|
20,5
|
7
|
33,5
|
28
|
36
|
19,5
|
|
Perte 2003 (%)
|
10,5
|
21
|
7,5
|
17
|
7,5
|
12,5
|
16,5
|
30
|
|
Perte 2005 (%)
|
10,5
|
6
|
-
|
-
|
3,5
|
-
|
31
|
5
|
|
Perte 2006 (%)
|
11,5
|
13
|
10
|
7
|
7,5
|
9
|
9,5
|
-
|
Discussion
La méthode proposée pour quantifier les pertes de rendement
imputables à la sécheresse suppose qu’il existe une progression
régulière des rendements. Ce fait est acquis pour la plupart des
grandes cultures pour lesquelles des variétés gagnant en potentiel
de rendement sont régulièrement inscrites au catalogue officiel.
Ainsi, Brancourt-Hulmel et al. (2003) attribuent au progrès
génétique du blé d’hiver un accroissement annuel du rendement de
0,36 à 0,63 q/ha selon l’intensification de la conduite de
culture. Derieux et al. (1987) chiffrent à 0,8 q/ha en moyenne
le progrès génétique pour le maïs grain. L’amélioration des
conduites de culture permet un gain à peu près équivalent (Turner,
2004). Pour le tournesol, si le gain génétique annuel est évalué à
0,33 q/ha (Vear et al., 2003), l’extensification de la
culture, sa localisation en situations pédoclimatiques séchantes et
l’extension des maladies cryptogamiques ne permettent pas de
valoriser ce progrès, d’où la stagnation des rendements (Debaeke et
al., 1998).
La méthode utilisée, basée sur la statistique publique permet
d’avoir accès à une évaluation globale des pertes de rendement sur
le plan national et régional. Barakat et Handoufe (1998) ont
utilisé une démarche similaire pour la production de céréales au
Maroc. Cependant, étant donné que l’on utilise une espérance de
rendement, on sous-estime certaines années la perte réelle, en ne
considérant pas la production potentielle accessible lors d’années
climatiques favorables.
Par ailleurs, la perte théorique par rapport à une culture bien
irriguée est encore supérieure à ces estimations. Ainsi, sur la
période 1970-1992, dans le cadre du dispositif expérimental
d’Auzeville, la perte moyenne en culture sèche (par rapport à un
témoin bien irrigué) était de 25 % (tournesol), 28 %
(sorgho), 33 % (soja) et 42 % (maïs) (Cabelguenne et al.,
1982 ; Debaeke et Hilaire, 1997), soit bien au-delà des pertes
calculées dans le tableau 1.
L’étude met en évidence des pertes de rendement très variables
selon les années et les cultures. Dans certains cas, les pertes
dues à la sécheresse sont du même ordre que celles attribuées aux
attaques parasitaires mal contrôlées (phomopsis sur tournesol,
rouille brune sur blé…). Plusieurs causes peuvent expliquer les
pertes importantes observées en 1976 par rapport aux
sécheresses récentes : la précocité, l’intensité et la
généralisation du déficit pluviométrique (figure 1), la plus
faible proportion de cultures irriguées à cette époque (Morardet et
al., 1998), une plus faible rusticité des variétés de maïs ou de
tournesol (Derieux et al., 1987 ; Merrien et Champolivier,
1995 ; Tollenaar et Wu, 1999).
La sensibilité globale des cultures à la sécheresse dépend de la
sensibilité intrinsèque des espèces cultivées (phases sensibles et
critiques, capacités d’extraction d’eau, processus d’endurcissement
et d’ajustement…), mais aussi des conditions de culture qui leur
sont appliquées (période de semis, irrigation) et des choix
variétaux qui sont faits (précocité…). La perte de rendement
résulte in fine du stade où survient le plus fréquemment le déficit
hydrique. Il faut superposer ces informations pour comprendre la
sensibilité des cultures à la sécheresse telle qu’elle nous est
révélée par la statistique agricole. Cela peut expliquer des
classements d’espèces différents de ceux donnés par Doorenbos et
Kassam (1979) ou Cabelguenne et al. (1982) qui ne considèrent que
la réponse physiologique au défaut d’alimentation en eau.
Ainsi, le sorgho, réputé tolérant à la sécheresse (Krieg et
Lascano, 1990), apparaît ici comme une culture sensible si on le
compare au maïs. Le sorgho est en effet cultivé bien souvent sans
irrigation d’appoint, en sol de coteau argilo-calcaire. De ce fait,
il est affecté par les sécheresses précoces qui ne permettent pas
une bonne implantation et un tallage suffisant. En revanche, il
peut endurer des déficits hydriques marqués au cours de l’été en
raison d’un enracinement efficace et d’une activité
photosynthétique et transpiratoire maintenue pour une gamme étendue
d’états hydriques du sol.
Le tournesol, culture semée au printemps, confirme sa bonne
tolérance à la sécheresse (Unger, 1990), les pertes calculées étant
proches de celles du blé d’hiver. De même, le colza dont
l’enracinement est profond et le cycle décalé par rapport aux
fortes demandes évaporatives permet d’esquiver régulièrement la
sécheresse de fin de cycle, mais la culture est plus sensible au
risque de sécheresse d’automne en phase d’implantation.
Conclusion
Les modèles de simulation offrent des possibilités étendues en
matière d’évaluation des impacts de la sécheresse et de recherche
de voies d’adaptation. Des bases de données climatiques et
pédologiques sont disponibles à cet effet (Brisson et al., 2006).
Des applications opérationnelles spatialisées existent pour la
production fourragère (Ruget et al., 2006) mais pas encore pour les
grandes cultures. Cependant, la représentation réaliste des
pratiques agricoles pose un problème pour l’évaluation des
conséquences de la sécheresse et son utilisation dans le cadre de
procédures d’indemnisation.
L’approche satellitaire permet une représentation spatialisée
des états de la végétation à plusieurs moments du cycle cultural
(indice foliaire, indice de stress hydrique…). Ces données peuvent
être assimilées dans les modèles de simulation des cultures évoqués
plus haut. Cependant, la prévision du rendement est encore un
objectif difficile à atteindre car de nombreux facteurs limitants
peuvent survenir en fin de cycle.
Pour ces raisons, l’exploitation de données statistiques, dont
il faudrait discuter par ailleurs la représentativité et la
précision, reste une méthode de base pour l’évaluation des impacts
de la sécheresse en grande culture aux échelles nationale et
régionale.
Références
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