ARTICLE
Auteur(s) : Clarisse
Pulchérie Barro-Kondombo1, Kirsten Vom
Brocke2, Jacques
Chantereau2, Fabrice Sagnard3,
Jean-Didier
Zongo4
1Institut de l’environnement et des recherches
agricoles (Inera), Centre régional de recherches environnementales
et agricoles (CRREA) du Centre, Saria BP 10, Koudougou Burkina
Faso
2Centre de coopération internationale en recherche
agronomique pour le développement (Cirad), Unité propre de
recherche (UPR) « Agrobiodiversité des plantes de
savanes », Avenue Agropolis, TA A-08/01, 34398 Montpellier
cedex 5 France
3Centre de coopération internationale en recherche
agronomique pour le développement (Cirad), Unité propre de
recherche (UPR) « Gestion des ressources génétiques et
dynamiques sociales », Campus CNRS/CEFE, 1919, route de Mende,
34293 Montpellier cedex 5 France
4Unité de formation et de recherche en sciences de la
vie et de la terre (UFR/SVT), Université de Ouagadougou, 03 BP
7021, Ouagadougou 03 Burkina Faso
La préservation des ressources phytogénétiques des espèces
cultivées nécessite une connaissance approfondie de leur diversité
à des fins de meilleure gestion et valorisation par l’amélioration
des plantes. Au Burkina Faso, le sorgho est la première céréale
alimentaire. Il occupe 48 % des superficies céréalières et sa
production est presque entièrement assurée par les variétés locales
dominées par la race Guinea dont la variabilité est très importante
(Zongo, 1991 ; Ollitrault et al., 1997). La baisse de la
pluviométrie (Some, 1989), créant une inadéquation entre la durée
du cycle des variétés et la durée de la saison des pluies, semble
constituer un facteur d’érosion génétique. De plus, le
développement de la culture cotonnière ces vingt dernières années
conduit les producteurs à cultiver préférentiellement le maïs en
rotation après le coton en raison de sa meilleure réponse à
l’engrais par rapport au sorgho (Belem et al., 2001). De ce
fait, le sorgho est de plus en plus relégué aux sols marginaux dans
les régions cotonnières entraînant la disparition de certaines
variétés, en particulier celles à cycle long ou sensibles à divers
stress. Tous ces facteurs compromettent l’importance et la richesse
variétale de cette céréale au Burkina Faso.
Pour préserver et valoriser la diversité existante, des
prospections ont été réalisées en 2003 dans trois régions agricoles
du Burkina Faso : le Centre-Nord (région de climat
subsahélien), la Boucle du Mouhoun et le Centre-Ouest (régions de
climat nord- et sud-soudanien). Ces régions sont représentatives de
la diversité des environnements agro-pédoclimatiques de la culture
du sorgho au Burkina Faso. Toutefois, la culture du coton est
prépondérante dans la Boucle du Mouhoun où les sols sont plus
fertiles.
Nous rapportons ici les résultats de l’étude agromorphologique
réalisée sur les variétés prospectées dans les deux dernières
régions, avec comme objectifs l’évaluation de la diversité de la
collection et l’identification des principaux caractères qui la
structurent.
Matériel et méthode
Matériel végétal
L’étude a été conduite sur 190 variétés locales prospectées en
2003, dont 81 variétés issues de 10 villages de la région
de la Boucle du Mouhoun et 109 variétés provenant de
10 villages de la région du Centre-Ouest (figure 1 et tableau 1) (Vom Brocke et Simpore, 2004).
Les deux régions agricoles de la prospection sont situées dans
trois zones climatiques : la zone 1 (Z1) qui relève du
climat subsahélien entre les isohyètes 500 et 700 mm, la
zone 2 (Z2) du climat nord-soudanien entre les isohyètes 700
et 900 mm et la zone 3 (Z3) du climat sud-soudanien entre
les isohyètes 900 et 1 100 mm (Guinko, 1984). Les sols en
majorité peu fertiles sont de type ferrugineux tropicaux
(fragilisés par l’érosion éolienne et hydrique) avec des
ondulations peu marquées, présentant des sols plus profonds et
argileux en bas de toposéquence où sont cultivées des variétés de
sorgho plus tardives qu’en haut ou au milieu de toposéquence.
Relativement à ce zonage, 17 variétés proviennent de la
zone 1, 131 de la zone 2 et 42 de la zone 3).
Tableau 1 Origine géographique des variétés locales de
sorgho collectées en 2003 au Burkina Faso.Table 1. Geographic
origin of collected sorghum varieties in 2003 in Burkina Faso.
|
Région agricole
|
Province
|
Village
|
|
Zone climatique
|
|
Sourou
|
Kiembara
|
10
|
Z1 (500-700 mm)
|
|
Sourou
|
Kassoum
|
7
|
Z1
|
|
Kossi
|
Bomborokouy
|
9
|
Z2 (700-900 mm)
|
|
Nayala
|
Biba
|
10
|
Z2
|
|
Mouhoun
|
Tchériba
|
9
|
Z2
|
|
Banwa
|
Founa
|
9
|
Z2
|
|
Banwa
|
Yasso
|
8
|
Z2
|
|
Banwa
|
Bena
|
9
|
Z3 (900-1 100 mm)
|
|
Balé
|
Sybi
|
6
|
Z3
|
|
Mouhoun
|
Kiera
|
4
|
Z3
|
|
Centre Ouest
|
Boulkiemdé
|
Velia
|
14
|
Z2
|
|
Boulkiemdé
|
Baonghin
|
3
|
Z2
|
|
Boulkiemdé Sanguié
|
Bologo
|
6
|
Z2
|
|
Sanguié
|
Tiogo
|
22
|
Z2
|
|
Sanguié
|
Kya
|
14
|
Z2
|
|
Ziro
|
Pouni-nord Tékourou
|
27
|
Z2
|
|
Ziro
|
Lon
|
8
|
Z3
|
|
Sissili
|
Bieha
|
6
|
Z3
|
|
Sissili
|
Bourra
|
4
|
Z3
|
|
|
5
|
Z3
|
Site et dispositif expérimental
La classification raciale selon Harlan et de Wet (1972) et la
caractérisation phénotypique du matériel collecté ont été réalisées
à la station de recherche de Saria (2° 09’ W,
12° 16’ N) située entre les isohyètes 700 et 900 mm.
Avec l’ajout de trois témoins communs aux expérimentations, le
dispositif expérimental a été un Alpha Lattice (Patterson et
Williams, 1976) à quatre répétitions, soit 12 blocs de
7 entrées par répétition pour le matériel de la Boucle du
Mouhoun et 14 blocs de 8 entrées pour celui du
Centre-Ouest. Pour chaque entrée, deux lignes de 4 m ont été
semées en poquets le 14 juin 2003 avec un espacement de
80 cm entre les lignes et 40 cm entre les poquets sur la
ligne. Un démariage à 2 plants par poquet a été effectué une
dizaine de jours après la levée. L’essai a été conduit dans des
conditions d’alimentation hydrique satisfaisante avec une
pluviométrie utile de 646 mm et totale de 808 mm.
Variables observées
Vingt-sept variables, dont 13 quantitatives, ont permis de
décrire les variétés. Les variables quantitatives suivantes ont été
mesurées : durée du cycle semis épiaison (Cse), hauteur de la
plante mesurée à partir de sa tige principale (Hp), longueur des
entre-nœuds (Len), diamètre de tige (Dt), nombre de talles utiles
(Tu), longueur de panicule (Lpa), longueur (Lf) et largeur (Laf) de
la troisième feuille sous-paniculaire, nombre d’étages de
ramification paniculaire (Ner), les poids de panicules (Ppa), de
grains (Pgr), de 1 000 grains (P1g). La vitrosité du grain
(Vit) a été notée selon l’échelle International Board for Plant
Genetic Resources, International Crops Research Institute for the
Semi-Arid Tropics (1993). Les mesures ont été réalisées sur cinq
plantes aléatoirement choisies par entrée à l’exception des mesures
de rendement (Ppa, Pgr) faites sur la parcelle et du poids de 1 000
grains (P1g) fait sur un prélèvement de battage de parcelle. Les
caractères qualitatifs étaient essentiellement des descripteurs de
l’épillet : longueur (Lep) et persistance (Pep) de l’épillet
pédicellé, longueur (Lgl) et ouverture (Ogl) des glumes, compacité
de la panicule (Cpa), forme du grain (Fg), rotation du grain (Rgr).
D’autres caractères ont été aussi observés : anthocyane du
feuillage (Ant), couleur des glumes (Cgl), couleur du grain (Cgr),
taches d’anthocyane sur le grain (Tg), aristation des glumelles
(Ar), adhérence des glumes (Ad) et couche brune du grain (Cb).
Des analyses univariées ont été réalisées avec le logiciel
PLABSTAT version 3A-pre (Utz, 2005). Une analyse en composantes
principales (ACP) suivie d’une classification hiérarchique
ascendante (CHA), d’une analyse des correspondances multiples (ACM)
et d’une analyse factorielle discriminante (AFD) a été réalisée
avec le logiciel XL-STAT-PRO version 7.5 1995-2000 (Fahmy, 1999).
Pour l’ACM, les variables quantitatives ont été transformées en
modalités. Seize variables peu informatives ou présentant des
données manquantes ou avec une distribution anormale ont été
traitées comme variables supplémentaires ou éliminées. Onze
variables (Cse, Lpa, Hp, Vit, Lgl, Rgr, Lep, Pep, Ogl, Cpa, P1g)
éclatées en 32 modalités ont servi à l’analyse finale.
Résultats
Les 190 variétés locales appartiennent à trois races
botaniques avec 96,8 % attribuées à la race Guinea (dont
95,1 % de gambicum et 4,9 % de margaritiferum),
1,6 % à la race Durra et 0,5 % à la race Caudatum
probablement issues de la recherche (1,1 % étant des
intermédiaires difficiles à classer). Par ailleurs, 96,8 % des
variétés locales sont anthocyanées, 79,5 % sont à glumes
noires et 67,9 % sont à grains blancs, et enfin 80,0 %
des variétés ont un grain de vitrosité très bonne à bonne (1,5-3).
Les neuf variétés Guinea margaritiferum ont des cycles
végétatifs très variables (68,1-106,6 jours semis-épiaison)
allant de la grande précocité à la grande tardivité. Par ailleurs,
dans le matériel autre que margaritiferum, les variétés à grains
rouges sont plutôt précoces avec en moyenne un cycle semis-épiaison
de 84,1 jours et les variétés à grains blancs sont plus
tardives avec un cycle moyen de 91,8 jours (figure 2).
Les analyses de variances ont été réalisées avec les
6 variables quantitatives (Cse, Hp, Lpa, Ner, P1g, Vit) qui
ont pu être intégralement notées.
L’examen des histogrammes de fréquences a montré une
distribution normale, avec une amplitude de variation importante.
Par région, l’effet variétal est statistiquement significatif pour
tous les caractères mesurés (tableaux 2
et 3). La différence entre les variétés est encore
significative pour le caractère durée de cycle (Cse) à l’échelle de
la zone climatique et à l’échelle du village (tableaux 4 et 5). À l’opposé, le
caractère Ner est le moins souvent significatif.
Le facteur variété explique 94,6 % de la variabilité du
cycle, 80,2 % du poids moyen d’un grain et 75,2 % de la
vitrosité. Les facteurs village (20 villages) et zone
climatique (3 zones) ne sont que faiblement explicatifs, sauf
pour le cycle dont la détermination leur est un peu plus
attribuable : respectivement pour 17,3 et 8,2 %.
Les corrélations entre les variables sont en général faibles. La
plus forte valeur de corrélation positive est trouvée entre le
cycle et la hauteur de plante (r = 0,71). Le cycle est négativement
corrélé à la vitrosité (r = - 0,48) et au poids de 1
000 grains (r = - 0,33) rendant peut-être compte d’un
mauvais remplissage des grains lié à des déficits hydriques pour
les variétés tardives. Ces résultats vont dans le sens de ceux de
Zongo (1991) et Chantereau (1993).
Les deux premiers axes de l’ACM sur les variables Cse, Lpa, Hp,
Vit, Lgl, Rgr, Lep, Pep, Ogl, Cpa, P1g expliquent 37,8 % de la
variance totale. Le premier axe factoriel associe principalement
des modalités du développement végétatif et discrimine les sorghos
de cycle précoce, de taille réduite sans rotation du grain, aux
sorghos de cycles longs, de haute taille présentant une rotation
moyenne à forte du grain. Le second axe est essentiellement
constitué par des modalités de caractères descriptifs de
l’inflorescence.
La représentation des variétés locales dans le plan
1 x 2 de l’ACM met en évidence une structuration à
caractère racial en différenciant trois grands groupes
raciaux : les Guinea gambicum, les Guinea margaritiferum et
les Durra (figure 3). Les
variétés indéterminées se rattachent plutôt au groupe des Guinea
gambicum. Cette analyse confirme que les Guinea margaritiferum sont
bien distincts des autres sorghos.
Une classification hiérarchique des 190 variétés, réalisée
avec le critère d’agrégation de Ward à partir des valeurs moyennes
ajustées des 6 variables de l’analyse de variance, produit le
dendrogramme de la figure 4. Un premier
niveau de troncature sépare les variétés en deux ensembles de
précocité différente avec respectivement 70 et 120 individus
(ensembles I et II). Un découpage plus fin identifie
5 groupes (tableau 6).
L’ensemble I est composé principalement des margaritiferum
très précoces (groupe 1), d’un groupe de gambicum à grains
blancs (groupe 2) et d’un groupe de gambicum à grains rouges
(groupe 3) moyennement précoces. En plus de sa précocité, cet
ensemble I se caractérise par le regroupement de sorghos à
grains de faible vitrosité avec des rendements élevés en grains.
L’ensemble II réunit des Guinea caractérisés par un cycle long
(groupe 4) ou un cycle très long (groupe 5). Cet
ensemble II se distingue aussi par des grains plutôt petits et
vitreux et de fortes valeurs de hauteur de plante et de longueur
paniculaire.
La caractérisation de ces groupes par l’AFD indique une
probabilité associée aux valeurs de F hautement significative
au seuil alpha de 5 %. La recherche des variables les plus
discriminantes montre que les groupes sont établis, par ordre
d’importance, sur la base de la durée du cycle, la hauteur de
plante, le poids moyen d’un grain, la vitrosité et la longueur des
panicules.
Tableau 2 Région Centre-Ouest : paramètres
statistiques pour les six variables quantitatives intégralement
notées.Table 2. Centre-West region: statistical parameters of the
studied quantitative variables.
|
Variable
|
Minimum
|
Maximum
|
Moyenne
|
F variété
|
CV (%)
|
|
Cse (jour)
|
67
|
112
|
89,0
|
71,3**
|
1,8
|
|
Hp (cm)
|
170
|
510
|
401,8
|
7,4**
|
6,7
|
|
Lpa (cm)
|
14,9
|
47,2
|
32,5
|
10,9**
|
6,5
|
|
Ner
|
7
|
17
|
12,0
|
1,5**
|
13,1
|
|
P1g (g)
|
12,1
|
36,4
|
24,2
|
12,5**
|
5,6
|
|
Vit
|
1
|
3
|
3,1
|
16,2**
|
10,8
|
Tableau 3 Boucle de Mouhoun : paramètres
statistiques pour les six variables quantitatives intégralement
notées.Table 3. Boucle du Mouhoun: statistical parameters of the
studied quantitative variables.
|
Variable
|
Minimum
|
Maximum
|
Moyenne
|
F variété
|
|
|
Cse (jour)
|
68
|
108
|
90,7
|
153,7 **
|
1,7
|
|
Hp (cm)
|
192
|
496
|
392,0
|
12 ,2 **
|
6,1
|
|
Lpa (cm)
|
21
|
52
|
36,7
|
14,3 **
|
5,8
|
|
Ner
|
7
|
18
|
12,1
|
1,7 **
|
12,0
|
|
P1g (g)
|
13,4
|
39,1
|
22,2
|
25,3 **
|
6,4
|
|
Vit
|
1
|
5
|
3,1
|
5,8 **
|
14,2
|
Tableau 4 Mesure de l’effet variété au niveau
« zones pluviométriques » pour les six variables
intégralement notées.Table 4. Performance (for the quantitative
traits) of varieties pooled by rainfall zone and statistical
significance of variety factor within zone.
|
Zone
|
Effectif
|
Cse (jour)
|
|
|
Ner
|
|
Vit
|
|
I
|
17
|
87,5**
|
387,9**
|
37,9**
|
12,1
|
22,2**
|
3,1
|
|
II
|
131
|
88,7**
|
398,1**
|
34,1**
|
12,0
|
23,1**
|
3,1**
|
|
III
|
42
|
95,3
|
412,2**
|
34,2**
|
12,2
|
22,0**
|
3,0**
|
Tableau 5 Mesure de l’effet variété au niveau
« villages » pour les six variables intégralement
notées.Table 5. Performance (for the quantitative traits) of
varieties pooled by village and statistical significance of variety
factor within village.
|
Village
|
|
|
|
Ner
|
|
Vit
|
|
Baonghin
|
81,67**
|
389,33**
|
33,94**
|
11,89**
|
22,3**
|
2,83**
|
|
Bena
|
98,11**
|
398,44
|
39,12
|
13,00
|
19,6**
|
2,67**
|
|
Biba
|
89,70**
|
345,55**
|
32,40**
|
11,80
|
22,7**
|
3,25**
|
|
Bieha
|
102,25**
|
434,17**
|
30,02**
|
11,25
|
20,5**
|
3,00**
|
|
Bologo
|
84,06**
|
391,22*
|
30,63**
|
11,33
|
26,3**
|
3,50**
|
|
Bomborokouy
|
86,33**
|
367,11**
|
36,29**
|
13,11
|
21,9**
|
2,94*
|
|
Boura
|
92,53**
|
410,40
|
31,91**
|
13,13
|
23,1*
|
3,10**
|
|
Founa
|
86,44**
|
344,42
|
35,74**
|
11,78
|
21,2**
|
3,61**
|
|
Kassoum
|
87,14**
|
399,57**
|
40,20**
|
12,14**
|
20,6**
|
3,07**
|
|
Kiembara
|
87,60**
|
339,80**
|
33,22**
|
12,50
|
23,6**
|
3,05
|
|
Kiera
|
100,25**
|
404,75
|
35,55
|
12,75
|
21,0**
|
2,75**
|
|
Kya
|
87,14**
|
403,50
|
32,97*
|
12,14
|
24,0
|
2,96**
|
|
Lon
|
95,67**
|
438,61**
|
32,96**
|
12,67
|
22,3**
|
3,00**
|
|
Pouni Nord
|
88,26**
|
409,23
|
31,98**
|
12,19
|
24,2**
|
2,81
|
|
Sybi
|
91,00**
|
312,83
|
28,98**
|
12,00**
|
23,2**
|
3,33**
|
|
Tchériba
|
92,89**
|
421,75
|
40,62**
|
11,89
|
23,7
|
2,94**
|
|
Tékourou
|
91,25**
|
409,54
|
33,98**
|
11,63
|
23,7**
|
3,19**
|
|
Tiogo
|
88,65**
|
385,47**
|
33,69**
|
11,76
|
23,1**
|
3,39**
|
|
Velia
|
89,57**
|
401,95*
|
33,08**
|
12,12
|
23,4**
|
3,50**
|
|
Yasso
|
99,50**
|
413,63
|
37,15
|
11,63
|
18,5**
|
3.00
|
Tableau 6 Caractéristiques des groupes issus de la
classification hiérarchique ascendante (CHA).Table 6.
Characterisation of the groups obtained from AHC.
|
Ensemble
|
Groupe
|
Effectif
|
|
|
- Cycle semis épiaison
- (jour)
|
|
Longueur panicule (cm)
|
|
Vitrosité du grain
|
|
Gg*
|
Gm**
|
Autres
|
Blanc
|
Rouge
|
|
I
|
1
|
6
|
0
|
83,3
|
16,7
|
83,3
|
16,7
|
69,8
|
273,8
|
33,7
|
15,0
|
3,5
|
|
2
|
37
|
86,5
|
0
|
13,5
|
97,3
|
2,7
|
82,7
|
371,2
|
30,7
|
25,4
|
3,0
|
|
3
|
27
|
100
|
0
|
0
|
3,7
|
96,3
|
82,3
|
374,7
|
32,7
|
25,1
|
4,7
|
|
(total 70)
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
II
|
4
|
89
|
98,990,3
|
1,1
|
0
|
96,6
|
3,4
|
91,8
|
419,6
|
36,0
|
23,0
|
2,8
|
|
5
|
31
|
|
9,7
|
0
|
87,1
|
12,9
|
104,5
|
426,5
|
36,3
|
18,4
|
2,7
|
|
(total 120)
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Discussion
La diversité raciale des sorghos cultivés dans la région
Centre-Ouest et la Boucle du Mouhoun au Burkina Faso est faible,
avec un important fonds génétique Guinea (96,8 %) dont une
majorité de gambicum et quelques margaritiferum. La composition
raciale de notre échantillon est comparable à celui de Zongo (1991)
qui rapporte une proportion de 93,1 % de Guinea sur l’ensemble
du Burkina Faso. Cette présence dominante des Guinea s’explique par
la situation biogéographique du pays, en relation avec l’histoire
de la domestication du sorgho, au coeur du centre de diversité de
la race Guinea, par une forme d’homogénéité culturelle concernant
les pratiques agricoles et en partie par le facteur
climatique : les Guinea sont adaptés aux zones les mieux
arrosées comme dans la zone 3 de l’étude où seuls les Guinea
sont cultivés. Il en va différemment dans d’autres pays de la
sous-région. Ainsi, les Guinea ne représentent que 40,2 et
7,0 % des variétés cultivées au Nigeria et Tchad
respectivement (Yagoua, 1994).
Le fait que le facteur village n’explique que faiblement la
variabilité agromorphologique traduit l’existence d’une diversité
importante des sorghos à l’intérieur d’un village, sans doute en
réponse à la diversité des sols, des systèmes de culture et
d’usages commune aux villages visités (par exemple, sorghos à
bière, sorghos de case, sorghos de bas-fonds). La durée de cycle
qui est une variable significativement associée aux zones
climatiques serait le principal critère d’adaptation d’une variété
au climat local. Néanmoins, il existe dans chaque village, un panel
variétal présentant une large gamme de cycles en relation avec la
complexité environnementale et des besoins traditionnels (coutumes,
pharmacopée). Enfin, des échanges importants de semences entre
villages de mêmes ou différentes zones climatiques concernées par
notre étude existent pour des raisons de liens familiaux ou
ethniques, par simple désir de tester de nouvelles variétés ou par
insuffisance de stock semencier (Delaunay, 2005). Il y a sans doute
là aussi une explication de la diversité variétale existant au
niveau villageois.
La diversité phénotypique des sorghos est structurée par le
facteur racial. Les sorghos Guinea margaritiferum se différencient
des sorghos gambicum et confirment une nouvelle fois leur
originalité (Degremont, 1992 ; Deu et al., 2006). En
revanche, la structuration de la diversité révélée par l’analyse
multivariée des seuls caractères quantitatifs est expliquée
essentiellement par la durée de cycle et le type de grain. Un
groupe original de sorghos est constitué par les variétés à grains
rouges, autres que Guinea margaritiferum, qui se retrouvent
pratiquement au sein d’un même ensemble (groupe 3) sur la base
de leur précocité, de la grosseur et de la faible vitrosité de
leurs grains. Ils ont également une utilisation particulière
(sorghos à bière). Le groupe des sorghos à grains blancs est moins
homogène, notamment par rapport à la durée de cycle. Les
différences de phénologie et de pression de sélection sont sans
doute à l’origine de cette structuration en plusieurs ensembles
entre lesquels les brassages génétiques semblent être limités.
Chacun de ces groupes constitue donc une entité évolutive
spécifique.
En termes de conservation des ressources génétiques, notre étude
montre l’importance de l’implication paysanne à l’échelle
villageoise dans la gestion de la diversité des sorghos au Burkina
Faso et elle souligne le besoin d’accorder une attention
particulière au groupe des sorghos à grains rouges utilisés
traditionnellement pour la bière. L’utilisation de marqueurs
moléculaires permettra une analyse plus fine des facteurs
d’évolution de la diversité génétique et une utilisation mieux
raisonnée du germoplasme local dans les programmes d’amélioration.
L’enjeu est de maintenir et valoriser une diversité variétale et
génétique originale maîtrisée par les agriculteurs, bien adaptée
aux contraintes environnementales et capable de répondre à leur
évolution. La culture du sorgho continuera alors à jouer son rôle
dans la sécurisation et la diversification de la production
céréalière du pays.
Remerciements
Albert Barro, Dominique Compaoré, Sansan Da, David Kambou, Gnissa
Konaté, Grégoire Pale, Jacob Sanou, Jean-Baptiste Taonda (Inera,
Burkina Faso), Bettina Hausmann (International Crops Research
Institute for the Semi-Arid Tropics, ICRISAT, Niger).
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