ARTICLE
Auteur(s) : Komi
Apédo Atchemdi
Institut d’agropastoralisme, Centre universitaire, BP 1028,
Djelfa 17003 Algérie
La production ovine est à l’évidence une composante
indissociable de l’espace steppique de Djelfa (Algérie). En 2002,
cette zone regroupait à elle seule 2 002 264 têtes, soit
13,42 % du cheptel steppique total algérien estimé à
14,92 millions de têtes. Au total, l’effectif national est de
18,21 millions d’ovins (Haut commissariat pour le
développement de la steppe, 2002). La région possède le plus gros
marché à bestiaux du pays où se rencontrent les offreurs et les
demandeurs. C’est à partir de cette confrontation que s’obtient le
prix du produit ovin. Cependant, ce prix subit des fluctuations
périodiques sur le marché. Comment et suivant quels paramètres
fluctue le prix de l’ovin sur le marché ? Certaines catégories
d’intervenants sur ce marché peuvent-elles tirer des avantages de
ces fluctuations ? Pour répondre à ces questions, les
hypothèses suivantes ont été retenues :
- – les variations climatiques saisonnières conduisent les
éleveurs à déstocker en saison sèche, ce qui conduit à une
augmentation de l’offre sur les marchés, et donc à une baisse des
prix ;
- – une sécheresse est bien supportée par les systèmes
d’élevage lorsqu’elle ne dépasse pas une année. Dans ce cas,
l’offre d’ovins et le prix proposé ne sont que peu affectés par le
manque de précipitations.
La méthodologie adoptée pour vérifier les hypothèses repose
principalement sur les informations recueillies grâce à une
observation hebdomadaire du marché ovin de gros. À partir de
là, l’analyse a requis une démarche microéconomique se basant
particulièrement sur les activités des opérateurs intervenant sur
le marché.
Les systèmes d’élevage locaux et leur logique
Au cours des cinq dernières décennies, la région de Djelfa a connu
d’importants changements aussi bien dans son climat que dans
l’utilisation des terres et des terres de parcours (Carrière et
Toutain, 1994). Cette région, tout comme la région du Sahel, a
connu plusieurs épisodes de sécheresse et en même temps une forte
anthropisation du milieu par un important défrichement (Boulain,
2004) de la steppe pour une mise en culture notamment fourragère
destinée à l’alimentation des troupeaux en forte augmentation.
En Algérie, la majorité des systèmes d’élevage de mouton sont
situés dans la steppe, et en particulier dans la région de Djelfa
(figure 1).
L’important cheptel de moutons peut s’expliquer à la fois par les
contraintes du milieu et des pratiques sociales lointaines. En
effet, cette région couvre 3 228 063 hectares avec des
parcours s’étendant sur 2 122 428 hectares et possède une
superficie agricole de 378 665 hectares dont 13
072 hectares sont irrigués (Direction des services agricoles
de Djelfa, 2005). Chaque saison, les systèmes de culture et la
production animale dépendent étroitement de l’intensité et de la
répartition des précipitations (Food and Agriculture Organisation,
1999).
Les parcours sont constitués d’une steppe qui n’offre que des
conditions extrêmes pour l’établissement et le maintien d’une
végétation pérenne. Cette végétation joue un rôle important dans la
structure et le fonctionnement de l’écosystème dont elle constitue
une expression du potentiel biologique (Bouchetata, 2002). Dans ces
zones à hivers rigoureux des hauts plateaux et au climat
semi-aride, le cycle de croissance des plantes se situe entre 75 et
180 jours (Food and Agriculture Organisation, 2005). Ainsi,
progressivement, des éléments biotiques, tels que la pression
humaine et l’utilisation des terres qui en résulte, définissent
l’état des ressources naturelles (Dixon et al., 2001).
Par ailleurs, le mouton remplit deux fonctions socio-économiques
majeures (Tillard et al., 1997) dans l’ensemble de la région
de Djelfa. Ils constituent des comptes d’épargne et de sécurité que
les groupes de pasteurs (United Nations Sudano-Sahelian Office
(UNSO) et United Nations Development program (UNDP), 1993)
mobilisent facilement pour l’acquisition des biens économiques dont
ils ont besoin. En outre, les valeurs sociales et culturelles (Sere
et Steinfeld, 1995) attachées au bétail et à ses produits sont
encore très fortes et le mouton occupe lui-même une place
importante dans la matérialisation des rapports sociaux (Tillard
et al., 1997) (sacrifice d’animaux lors des cérémonies
religieuses, don, etc.).
Les zones agricoles de Djelfa sont en concurrence avec les
terres pastorales. Les principaux systèmes d’élevage qu’on trouve
dans ces zones sont, d’une part, les systèmes pastoraux qui
comprennent les nomades (en forte diminution depuis la
colonisation), les transhumants et les semi-transhumants et,
d’autre part, les systèmes agropastoraux. Les ménages agropastoraux
poursuivent un certain nombre de stratégies de réduction de risques
qui diffèrent selon le système de production et leur situation. La
stratégie générale consiste à atteindre un résultat optimal à
partir d’une combinaison des activités d’élevage et de culture. En
effet, l’association céréaliculture-élevage permet de mieux
maîtriser les variations climatiques saisonnières qui peuvent
affecter leurs recettes voire remettre en cause la pérennité de
leur exploitation. Dans ces systèmes mixtes (Bourbouze, 2000), les
activités de culture - notamment une céréaliculture modeste,
aléatoire et peu productive (Bessaoud, 2000) et d’élevage sont en
concurrence pour le même ensemble de facteurs rares tels que la
terre, le travail, les capitaux et le progrès technique (Claude,
1992). Par conséquent, le niveau de production de l’élevage dans
les systèmes mixtes (taux de croissance et de reproduction) est
inférieur à celui des systèmes spécialisés.
Les systèmes d’élevage à l’herbe fondent principalement leur
stratégie sur la productivité naturelle des parcours et leur
mobilité face à la variabilité de leur environnement. Cette
stratégie est rendue possible par la persistance de vastes
territoires à usage collectif (Bourbouze, 2000). Ces ressources en
eau et en pâturage, du fait de leur variabilité dans l’espace
steppique de Djelfa et dans le temps, ne deviennent accessibles aux
herbivores qu’à travers des déplacements qui s’inscrivent dans des
cycles journaliers, saisonniers ou annuels, et qui peuvent avoir
d’importantes répercussions non seulement sur la ressource primaire
(piétinement, compaction du sol) et sur sa gestion (transhumance,
nomadisme), mais aussi sur le devenir des produits d’élevage
(transport, commercialisation), voire même sur la stabilité
politique des sociétés humaines (conflits entre tribus, vols de
bétail). Cette mobilité peut d’ailleurs conduire les activités
d’élevage à sortir du cadre strict des terres de parcours, pour
exploiter des zones agricoles, en posant ainsi le problème de la
fertilité des terres et du transfert des nutriments du sol, des
écosystèmes pâturés vers les agrosystèmes (Carrière et Toutain,
1994).
Le troupeau est soumis à des migrations massives et saisonnières
(Faye et Alary, 2001). En réalité, les variations thermiques
commandent les migrations (figure 1), désormais
décidées individuellement, vers les régions présahariennes situées
au sud de Djelfa en hiver, celles des zones céréalières étant, pour
l’essentiel, remplacées par le transport des fourrages de l’Atlas
tellien vers les troupeaux. Elles se font sous la conduite de
bergers salariés ou des propriétaires, en hiver quand les gelées
inhibent la poussée de l’herbe, ou en été quand les fortes chaleurs
ralentissent l’activité biologique des végétaux induisant en même
temps la rareté ou la pénurie des aliments de bétail, mais aussi
l’éclosion de certains parasites contre lesquels il faudra
nécessairement engager des dépenses.
Pour cela, les déplacements constituent un comportement
rationnel (Bourbouze, 2000) des éleveurs pour ne pas brader leur
produit sous la pression des besoins financiers en ces périodes, au
cours desquelles le prix s’effondre, notamment de mai en septembre.
Il n’en existe pas moins d’autres mesures d’adaptation telles
qu’une faible implication dans les systèmes marchands liée à
l’éloignement du marché de gros de Djelfa, de faibles intrants, et
une part importante d’autoconsommation des produits du troupeau
(Tillard et al, 1997).
Les différenciations entre ces systèmes vont conduire aux
stratégies appropriées pour s’affranchir autant que faire se peut
des variations climatiques en réduisant les risques productifs.
Mais la spécialisation des systèmes d’élevage réduit les
possibilités de diversification des risques et les mesures
préventives peuvent s’avérer insuffisantes face à l’intensité
exceptionnelle d’un facteur climatique. Les systèmes sont soumis à
une forte dynamique et des mutations sont perceptibles (Bessaoud,
2000) dans tous les types d’élevage du milieu en question. Ces
mutations peuvent se résumer en trois ensembles de stratégies liées
aux interactions entre systèmes d’élevage-variations
climatiques : i) régression de la mobilité et redécoupage de
l’espace pastoral ; ii) nouvelle complémentarité
agriculture/élevage ; iii) nouvelles stratégies d’élevage en
région marginale.
Au cours de la période allant de 1997 à 2001 nous avons suivi
les valeurs moyennes des principaux paramètres climatiques :
la température, l’amplitude diurne et la précipitation (tableau 1). Ces paramètres climatiques sont
comparés à ceux de l’année 2002. En hiver, la chute des moyennes
mensuelles de température et des amplitudes diurnes contrastent
avec leur hausse en été. En 2002, elles se caractérisent par une
hausse légère par rapport à la normale saisonnière vers la fin de
la période d’hiver. La synthèse des résultats du même tableau
fournit aussi des moyennes mensuelles des précipitations comprises
entre 150 et 315 mm/an. En 1997, la moyenne des précipitations
est de 314 mm par an. Elle reste l’année la plus arrosée sur
toute la période d’observation. En 2001, la région étudiée a reçu
238,9 mm de pluie contre 212,8 mm l’année suivante. Mais
la fin de l’hiver 2002 est particulièrement caractérisée par un
déficit pluviométrique de fréquence inhabituelle qu’on ne peut
qualifier autrement que de sécheresse (Taamallah et Dhaou, 2004) et
devrait se traduire par un impact sur les systèmes de production de
mouton si elle perdurait sur de longues saisons.
Il s’agit de traiter les problèmes liés aux écarts de type
saisonnier (saison sèche, saison humide) (Programme des Nations
unies pour le développement (PNUD) et Fonds environnemental mondial
(FEM), 2003 ; Quezel et Barbero, 1993) caractérisant les
régimes climatiques semi-arides, qui sont pris en compte dans les
stratégies, ponctuelles, mais bien réelles, des éleveurs (Gastellu,
1998) impliquant l’adaptation des animaux, des troupeaux et de leur
gestion par les exploitants (réserves alimentaires, rotation des
parcours, alimentation de complément, transhumance et
semi-transhumance, nomadisme et toutes les techniques de gestion
des troupeaux et des parcours de la région) (Le Houérou, 1992).
Les variations saisonnières exercent trois types de risques sur
les principales activités des systèmes d’élevage - ceux liés :
i) à leur approvisionnement et à tout ce qui rentre dans leurs
systèmes productifs ovins (prix des intrants par exemple) ;
ii) à leurs activités de production proprement dites (aléas
climatiques et de rendement végétal et animal) ; iii) aux
débouchés et à tout ce qui sort (risque de prix et de qualité)
(Carrière et Toutain, 1994). La caractérisation des risques que les
éleveurs de la région de Djelfa doivent prendre en compte dans
leurs activités permet de comprendre les diverses stratégies
adoptées et le recours à la possibilité de déstocker en saison
sèche et d’absorber la sécheresse, même si certaines mesures
antirisques sont insupportables sur le long terme du point de vue
socio-économique et écologique (Bourbouze, 2000).
Tableau 1 Les moyennes mensuelles des
précipitations (mm), des amplitudes diurnes (°C) et des
températures (°C) (source : Office national de météorologie,
ONMD, 2005).Table 1. The monthly average of rainfall (mm),
daytime temperature amplitudes (°C) and the temperatures (°C).
(source : Office national de météorologie, ONMD, 2005).
|
Mois
|
J
|
F
|
M
|
A
|
M
|
J
|
J
|
A
|
S
|
O
|
N
|
D
|
|
1997
|
|
Précipitations
|
39,0
|
5,0
|
1,0
|
87,0
|
43,0
|
9,0
|
2,0
|
45,0
|
77,0
|
11,0
|
55,0
|
17,0
|
|
Amplitude diurne
|
7,9
|
12,7
|
15,0
|
10,6
|
13,2
|
15,7
|
15,2
|
14,0
|
11,6
|
11,4
|
9,0
|
8,6
|
|
Température
|
5,4
|
7,6
|
8,4
|
11,1
|
17,7
|
23,3
|
26,3
|
25,8
|
19,1
|
14,5
|
9,5
|
6,3
|
|
1998
|
|
Précipitations
|
7,0
|
26,0
|
5,0
|
35,0
|
38,0
|
2,0
|
NT
|
19,0
|
28,0
|
5,0
|
3,0
|
9,0
|
|
Amplitude diurne
|
9,1
|
11,7
|
13,9
|
13,3
|
11,2
|
14,5
|
16,8
|
15,0
|
12,6
|
12,4
|
10,9
|
10,8
|
|
Température
|
4,8
|
6,4
|
8,8
|
12,4
|
15,1
|
23,2
|
27,6
|
28,5
|
22,0
|
12,4
|
9,0
|
4,0
|
|
1999
|
|
Précipitations
|
61,0
|
24,0
|
25,1
|
0,9
|
3,0
|
13,0
|
3,0
|
16,6
|
25,0
|
29,0
|
26,0
|
69,0
|
|
Amplitude diurne
|
8,0
|
5,2
|
10,1
|
- 3,4
|
14,6
|
15,1
|
15,8
|
15,2
|
12,5
|
11,9
|
8,7
|
8,0
|
|
Température
|
4,6
|
3,8
|
8,4
|
13,4
|
20,4
|
25,1
|
26,4
|
28,4
|
21,5
|
17,5
|
7,5
|
4,9
|
|
2000
|
|
Précipitations
|
/
|
/
|
1,0
|
10,0
|
27,0
|
3,2
|
0,4
|
1,5
|
63,0
|
8,0
|
15,0
|
23,1
|
|
Amplitude diurne
|
12,6
|
14,3
|
14,3
|
13,9
|
13,3
|
15,6
|
14,9
|
16,3
|
13,7
|
10,1
|
10,3
|
11,0
|
|
Température
|
2,2
|
6,5
|
10,5
|
13,3
|
19,3
|
22,5
|
27,4
|
25,2
|
20,5
|
13,2
|
9,7
|
6,8
|
|
2001
|
|
Précipitations
|
60,0
|
12,0
|
2,0
|
3,7
|
3,0
|
/
|
0,4
|
22,8
|
78,0
|
28,0
|
12,0
|
17,0
|
|
Amplitude diurne
|
9,2
|
11,4
|
13,0
|
14,1
|
13,7
|
16,4
|
15,8
|
14,6
|
12,7
|
12,9
|
10,2
|
9,8
|
|
Température
|
5,3
|
5,6
|
12,7
|
12,4
|
16,9
|
25,3
|
28,0
|
26,9
|
21,6
|
19,2
|
8,9
|
5,3
|
|
2002
|
|
Précipitations
|
11,0
|
5,3
|
2,0
|
38,2
|
4,9
|
5,9
|
13,0
|
35,6
|
7,6
|
15,3
|
37,9
|
36,1
|
|
Amplitude diurne
|
10,0
|
14,1
|
12,8
|
12,2
|
13,2
|
15,3
|
14,8
|
13,2
|
13,5
|
13,5
|
8,6
|
8,9
|
|
Température
|
4,5
|
7,2
|
10,4
|
12,5
|
17,6
|
24,2
|
25,6
|
24,5
|
20,0
|
15,8
|
9,9
|
7,2
|
Approche analytique des facteurs physiques de fluctuations du
prix
Le produit de l’élevage de la région, la viande rouge, est
essentiellement orienté vers le marché intérieur par le biais du
marché de gros de Djelfa. Il occupe un lieu géographiquement
central dans le pays (centre nord : figure 1) où les
possibilités de relations ne sont pas contrariées, voire empêchées,
par un obstacle physique.
En effet, le marché de la région joue un rôle important, d’abord
en tant qu’espace de transactions, de rencontres des participants
au marché, mais aussi en tant que vecteur d’approvisionnement de
presque tous les autres marchés intérieurs du pays, voire de ceux
des pays voisins, notamment la Tunisie et le Maroc (figure 1). La
consommation de viande rouge dans le pays varie en volume en
fonction des régions : le Nord du pays est un grand
consommateur en raison de la concentration humaine qu’il connaît et
de l’importance des catégories sociales disposant de revenus élevés
qui y résident. La steppe ne consomme que 15 % de sa
production, le reste est particulièrement destiné aux centres
urbains du Nord-Est algérien (Haut commissariat pour le
développement de la steppe, 2001). En temps normal, les périodes de
vente s’étalent d’avril à septembre. D’importantes transactions se
déroulent dans le marché en faisant intervenir diverses catégories
d’acteurs (figure 2) :
éleveurs, maquignons (locaux et nationaux), courtiers et
bouchers.
En fait, l’importance des maquignons est liée à la nature du
marché étudié (Hamlauoi, 1974) qui est principalement un marché de
production où le nombre des vendeurs est nettement supérieur à
celui des acheteurs. Les transactions s’effectuent généralement
entre maquignons et éleveurs (figure 2). Mais il
existe une catégorie de vendeurs (65 %) qui sont à la fois
maquignons et éleveurs. Les opérateurs, surtout les grands
commerçants nationaux, sont conscients de la valeur de
l’information. Ils déploient d’importants efforts consacrés à la
recherche d’informations grâce à d’importants réseaux (environ
trois courtiers par opérateur). L’accès à l’information permet
alors des gains de temps et des réductions des coûts (Zeyl et Zeyl,
1997).
Le sol, l’aridité et la pluviométrie
Le tableau 1 montre que la zone
d’étude est une région semi-aride : non seulement les pluies y
sont peu abondantes en période pluvieuse (150-315 mm par an),
mais, de surcroît, l’évaporation y est très forte à cause de la
chaleur d’été (35-37 °C) et le sol est peu profond. La
complexité des interactions entre l’aridité climatique et l’aridité
édaphique est bien identifiée. Les mêmes contraintes climatiques et
édaphiques n’entraînent pas forcément les mêmes conséquences sur la
fragilité des milieux et la préservation de leurs potentialités
(Roger, 2001). La végétation naturelle est affectée par la
variation pluviométrique non seulement dans sa composition
floristique et dans sa structure, dans l’adaptation morphologique
et écophysiologique des espèces qui la composent mais aussi dans
l’état de surface du sol, sa structure et sa perméabilité et donc
dans ses réserves hydriques (Bourbouze, 2000).
Les variabilités intermensuelles sont très importantes dans la
région étudiée. En réalité, la précipitation minimale est de
2,00 mm. La pluviosité maximale est de 25,60 mm. On
obtient un écart type (σ) d’une valeur de 14,664 avec le
coefficient de variation pluviométrique (CV = 82.70 %) le plus
élevé de la série des variables climatiques étudiées (tableau 2). Les déficits pluviométriques
saisonniers succèdent à des périodes pluvieuses selon un rythme de
plus en plus irrégulier accentué par une variation
spatio-temporelle complexe avec des périodes sèches de plus en plus
nombreuses et un climat de plus en plus aride. Les modifications
dans le fonctionnement des écosystèmes ont des effets certains sur
les systèmes de production de moutons tributaires des flux de
matières au sein de ces systèmes, de la végétation, du sol, du
nombre des espèces floristiques présentes et de leurs métabolismes
(Boulain, 2004).
Malgré l’implantation locale de l’Office national de l’aliment
du bétail vers 1980 (Office national de l’aliment du bétail, 1995),
la multiplication de petites entreprises privées d’aliment
concentré dans la région et la pratique de la complémentation chez
notamment les éleveurs du système semi-extensif, l’alimentation du
bétail dépend encore, pour l’essentiel, des grands types de milieux
qui servent de support aux activités d’élevage (Carrière et
Toutain, 1994) et reste donc soumise aux variations climatiques.
Durant les deux dernières décennies, le déséquilibre entre
l’évolution des effectifs des troupeaux de la région et celle de la
disponibilité alimentaire (Chehat, 2000) n’a cessé de se creuser
sous les effets conjugués du climat et de l’homme avec la
dégradation des ressources naturelles (Dixon et al., 2001).
Les difficultés nées de cet état de fait poussent les éleveurs
(petits et moyens sont les premiers) à brader leurs produits sur le
marché de gros de Djelfa.
Une saison dite bonne suppose une pluviosité supérieure ou égale
à la moyenne saisonnière avec une bonne distribution entraînant
l’abondance des herbes dans les parcours pour nourrir les troupeaux
de moutons. La précipitation est finalement efficace lorsqu’elle se
répartit sur toutes les périodes et sur toute la région en
améliorant la productivité des pâturages et des cultures
fourragères, lesquelles prennent une proportion sans cesse
grandissante dans l’alimentation des animaux. Mais les périodes les
plus significatives sont l’automne, la fin de l’hiver et le début
de printemps jusqu’en avril. Ces périodes sont propices à la
croissance des herbes et à la réussite de la campagne agricole du
milieu steppique.
On sait que, au cours des périodes de sécheresse prolongée, la
tendance est d’anticiper les ventes afin de se prémunir contre la
dépréciation excessive. À l’inverse, suite à des hausses
jugées excessives en cours de saison, les acheteurs peuvent
différer leur achat en attendant que le prix retombe à des niveaux
jugés plus raisonnables avec un retour à la normale du climat
(Gauthier et Leroux, 1981). L’abondance de l’herbe réduit les
besoins financiers des exploitations. Une fois les parcours
épuisés, la sécheresse persistante et le durcissement des
conditions d’élevage poussent à la mise en vente des animaux
(jeunes et femelles d’abord) ; l’éleveur est fragilisé et
devient vulnérable sur le marché sous la pression des embarras
financiers. Par conséquent, on assiste à une baisse significative
du prix de l’ovin. Ce sont les petits et, dans une moindre mesure,
les moyens éleveurs ou ceux qui n’ont pas un revenu extérieur qui
sont les plus exposés à ce phénomène.
L’impact de la variabilité des précipitations se fait sentir
d’abord sur les effectifs de jeunes. Il y a une variation d’une
année entre les variations importantes de la pluviométrie et la
réponse des troupeaux (Bourbouze, 2000). Il est possible que ce
phénomène constitue une règle générale ; en effet, des faits
identiques ont été observés au Sahel et en Australie. En Australie
cependant, le temps de latence avant la réponse des troupeaux est
de deux à quatre ans en raison de la nature différente des systèmes
de production (laine ou bovin à viande sous le système de
ranching).
On observe des fluctuations dans l’offre et le prix des
catégories de moutons suivant les saisons. En 2002, juin et juillet
sont caractérisés globalement par un prix minimum (tableaux 2 et 3) ; c’est le cas des
brebis âgées : 6 650 dinars algériens (DA1), brebis suitées : 8
000 DA ; antenais : 8 100 DA ;
bélier : 15 020 DA, pour une précipitation minimale en
mars (2,00 mm). L’offre maximale (3 484 têtes) est
observée en avril et l’offre minimale (2 617 têtes) est
enregistrée en décembre. À l’inverse, le prix maximum est
généralement observé en décembre (brebis âgées : 11
840 DA ; brebis suitées : 13 350 ;
antenais : 18 200 DA, alors que le mois d’avril (2002) a
enregistré la pluviométrie moyenne la plus élevée de la
saison : 38,20 mm (tableaux 2
et 3). Toutefois, la variabilité de l’offre (CV=
8,92 %) est nettement inférieure à celle du prix des
différentes catégories d’animaux (CV varie de 13,83 à
20,74 %). L’impact de la variabilité des pluies de l’automne,
fin d’hiver et début de printemps se fait sentir tout
particulièrement sur les effectifs femelles. Cependant, le
traitement statistique réalisé ne montre aucune corrélation
significative entre, d’une part, les moyennes mensuelles des pluies
et, d’autre part, l’offre et le prix des différentes catégories
d’animaux (tableau 2). Il s’agit
des périodes stratégiques choisies par les éleveurs pour le
renouvellement et la constitution des cheptels où l’état des
parcours est déterminant.
Le tableau 4 met en évidence des
relations entre les précipitations et les différents paramètres du
marché. Ces relations sont négatives pour la variable antenais
(- 0,04) et la variable offre (- 0,05). À l’inverse,
les relations entre toutes les autres variables du marché et les
précipitations sont positives à des degrés divers. La variabilité
dans la série de précipitations est beaucoup plus grande que celle
des paramètres du marché (prix et offre). En effet, on a observé
pour la série de précipitations un coefficient de variation très
étendu (CV = 82,70 %). En revanche, les coefficients de
variation des prix et des offres varient simplement de 8,92 à
24,74 % (tableau 2).
En 2002, la pluviométrie du mois d’avril a été particulièrement
élevée : 38,2 mm (tableau 1). Cependant, elle n’a eu que peu
d’influence sur le prix et l’offre des ovins (coefficients de
corrélation non significatifs avec r compris entre – 0,05 et
0,55, tableau 4) peut-être en
raison du fait que les mois précédents (fin d’hiver) ont été
marqués par la sécheresse : celle-ci a, à l’évidence, provoqué
un ralentissement du cycle biologique des végétaux et donc fait
baisser la productivité des parcours (tableau 4). La période d’été étant celle de
toutes les difficultés, les pluies d’automne, malgré leur
faiblesse, agissent faiblement sur l’offre du marché entraînant une
forte hausse du prix (tableaux 2
et 4).
Les quantités moyennes saisonnières des pluies et leur
répartition spatio-temporelle n’ont donc pas un impact significatif
sur le nombre des jeunes et des femelles et, le niveau des prix. Il
semble aussi que les systèmes d’élevage mis en œuvre peuvent
raisonnablement pallier les handicaps suscités par les variations
climatiques de courte période. En revanche, les sécheresses
persistantes et généralisées ainsi que la surexploitation des
pâturages aboutissent à leur dégradation et limitent sévèrement les
capacités d’intervention des éleveurs. En d’autres termes, ces
derniers sont dépendants de multiples aléas de production et
d’irrégularité des marchés qui empêchent finalement leur système de
répartition des risques de fonctionner ; cela est d’autant
plus fréquent que les politiques des prix des céréales, d’une part,
et les politiques de développement pastoral, d’autre part, ont
souvent présenté des aspects contradictoires (Bessaoud, 2000).
Tableau 2 Analyse statistique élémentaire :
moyenne, minimum, maximum, écart type.Table 2. Elementary
statistic analysis: average, minimum, maximum, standard deviation
and fluctuation coefficient.
|
Variables
|
Nombre actif
|
Moyenne
|
Minimum
|
Maximum
|
|
Coefficient de variation % : CV
|
|
Brebis gestantes (DA)
|
12
|
9 083,83
|
6 650,00
|
11 840,00
|
1 899,660
|
20,91
|
|
Brebis suitées (DA)
|
12
|
11 109,17
|
8 000,00
|
13 350,00
|
1 866,988
|
16,80
|
|
Brebis âgées (DA)
|
12
|
6 211,67
|
4 100,00
|
8 000,00
|
1 348,736
|
21,71
|
|
Agneaux (DA)
|
12
|
8 366,58
|
6 699,00
|
10 300,00
|
1 287,711
|
15,33
|
|
Agnelles (DA)
|
12
|
6 022,83
|
4 300,00
|
8 150,00
|
1 354,710
|
22,49
|
|
Antenais (DA)
|
12
|
13 033,33
|
8 100,00
|
18 200,00
|
3 324,929
|
24,74
|
|
Antenaises (DA)
|
12
|
7 395,42
|
4 800,00
|
9 300,00
|
1 675,107
|
22,65
|
|
Béliers (DA)
|
12
|
19 199,25
|
15 020,00
|
22 900,00
|
2 656,210
|
13,83
|
|
Offre (DA)
|
12
|
3 127,42
|
2 617,00
|
3 484,00
|
279,095
|
8,92
|
|
Précipitations (mm)
|
12
|
17,73
|
2,00
|
38,20
|
14,664
|
82,70
|
|
Température (°C)
|
12
|
14,95
|
4,50
|
25,60
|
7,416
|
49,60
|
|
Amplitude diurne (°C)
|
12
|
12,51
|
8,60
|
15,30
|
2,201
|
17,59
|
Tableau 3 Variation des prix des catégories de mouton
en fonction des moyennes saisonnières des pluviométries,
températures et des amplitudes diurnes.Table 3. Fluctuating
livestock prices according to rainfall, temperatures and the
daytime temperature amplitudes.
|
Catégories d’ovins
|
J
|
F
|
M
|
A
|
M
|
J
|
J
|
A
|
S
|
O
|
N
|
D
|
|
Brebis gestantes
|
9 554
|
10 500
|
9 400
|
7 814
|
6 800
|
6 700
|
6 650
|
7 550
|
9 998
|
11 000
|
11 200
|
11 840
|
|
Brebis suitées
|
11 500
|
12 510
|
11 900
|
12 100
|
9 050
|
9 000
|
8 000
|
9 000
|
11 000
|
12 900
|
13 000
|
13 350
|
|
Brebis âgées
|
7 240
|
7 200
|
6 900
|
6 100
|
4 300
|
4 100
|
5 000
|
4 900
|
5 900
|
7 000
|
7 800
|
8 000
|
|
Agneaux
|
8 000
|
8 900
|
7 987
|
7 400
|
6 944
|
6 699
|
6 900
|
8 100
|
9 170
|
9 999
|
10 000
|
10 300
|
|
Agnelles
|
5 500
|
5 900
|
5 800
|
5 700
|
4 655
|
4 300
|
4 395
|
5 900
|
6 000
|
7 987
|
8 000
|
8 150
|
|
Antenais
|
16 000
|
18 200
|
16 500
|
11 900
|
10 000
|
8 900
|
8 100
|
9 900
|
12 000
|
14 800
|
14 900
|
15 200
|
|
Antenaises
|
8 100
|
9 000
|
7 945
|
6 905
|
5 700
|
4 900
|
4 800
|
6 000
|
7 995
|
9 000
|
9 100
|
9 300
|
|
Béliers
|
22 600
|
22 900
|
20 110
|
20 000
|
17 000
|
16 020
|
15 020
|
16 120
|
18 944
|
19 077
|
21 100
|
21 500
|
|
Offre
|
2 625
|
3 014
|
3 212
|
3 484
|
3 483
|
3 329
|
3 216
|
3 189
|
3 015
|
3 147
|
3 198
|
2 617
|
|
Précipitations (mm)
|
11
|
5,3
|
2,0
|
38,2
|
4,9
|
5,9
|
13
|
35,6
|
7,6
|
15,3
|
37,9
|
36,1
|
|
Température (°C)
|
4,5
|
7,2
|
10,4
|
12,5
|
17,6
|
24,2
|
25,6
|
24,5
|
20
|
15,8
|
9,9
|
7,2
|
|
Amplitude diurne (°C)
|
10
|
14,1
|
12,8
|
12,2
|
13,2
|
15,3
|
14,8
|
13,2
|
13,5
|
13,5
|
8,6
|
8,9
|
Tableau 4 Analyse statistique : coefficient
de corrélation (r).Table 4. Statistic analysis: correlation
coefficient (r).
|
Catégories d’ovins
|
Précipitation (mm)
|
Température (°C)
|
Amplitude diurne (°C)
|
|
Brebis gestantes
|
0,23
|
- 0,70
|
- 0,62
|
|
Brebis suitées
|
0,31
|
- 0,82
|
- 0,63
|
|
Brebis âgées
|
0,31
|
- 0,85
|
- 0,73
|
|
Agneaux
|
0,38
|
- 0,49
|
- 0,58
|
|
Agnelles
|
0,55
|
- 0,49
|
- 0,67
|
|
Antenais
|
- 0,04
|
- 0,89
|
- 0,49
|
|
Antenaises
|
0,20
|
- 0,79
|
- 0,62
|
|
Béliers
|
0,11
|
- 0,96
|
- 0,64
|
|
Offre
|
- 0,05
|
0,54
|
0,52
|
L’amplitude diurne et la température
Le tableau 3 montre les variations
simultanées des offres et surtout des prix des moutons et des
données thermiques dans la région de Djelfa. Il montre aussi que la
région de Djelfa est sous une influence thermique et caractérisée
par une continentalité (Pouget, 1980) très contrastée à amplitude
thermique plus marquée de la zone centrale steppique avec un hiver
froid et faiblement pluvieux et un été chaud et sec. En 2002,
l’amplitude diurne minimale est de 8,60 °C au cours de la
période froide et de 15,30 °C en période chaude avec un σ =
2,201 et un CV qui est de 17,59 % (tableau 2). Au cours de la même année, on
peut observer que la température minimale est de 4,50 °C
contre un maximum de 25,60 °C, soit un CV = 49,60 %.
Les moyennes des amplitudes diurnes et des températures sont
respectivement inférieures et supérieures aux normales
saisonnières, notamment en fin d’hiver de la même année (tableau 1). Néanmoins, l’offre du marché et
le prix des animaux sont moins variables que la température et
l’amplitude d’un mois ou d’une saison en raison des diverses
mesures antirisques propres à chaque système d’élevage de mouton et
aux saisonnalités des activités d’élevage et de culture ; pour
cela, les prix des animaux amorcent généralement leur hausse en
août pour atteindre leur maximum en février, soit par exemple pour
le bélier 16 120 à 22 900 DA (tableau 3). L’offre de mouton et le prix du
marché ont des coefficients de variation qui varient de 8,92 à
24,74 % alors que ceux des températures et des amplitudes
diurnes varient de 17,59 à 49 %.
Le tableau 4 présente aussi
l’intensité des liaisons linéaires entre le prix et l’offre des
différentes catégories d’animaux et les moyennes des amplitudes
diurnes et des températures. La corrélation entre les amplitudes
diurnes et les prix du marché n’a pas de signification pratique.
Elle est positive mais non significative entre l’offre et les
températures (offre température : r = 0,50 ; offre
amplitude diurne : r = 0,52).
On peut aussi remarquer que le déstockage animal et le prix des
animaux femelles comme les brebis suitées, les brebis âgées et les
agnelles sont relativement plus sensibles aux variations
saisonnières bien que les corrélations ne soient pas significatives
(tableau 4). Ainsi, leur déstockage
a augmenté et leur prix a chuté dès que les écarts saisonniers des
températures et des amplitudes se faisaient sentir : par
exemple, le prix des brebis âgées est passé de 4 900 DA en
août à 8 000 DA en décembre et de 7 240 DA en janvier à 7
200 DA en février au cours de l’année 2002. En 2002, sur le
marché de mouton de gros de Djelfa, on observe que :
- – les coefficients de variation de la série des facteurs
climatiques, particulièrement les quantités de pluies (CV = 17,59 à
82,70 %) varient beaucoup plus que ceux des variables du
marché (CV = 8,92 à 24,74 ; le coefficient de variation
pluviométrique affiche un écart beaucoup plus étendu parmi les
éléments climatiques : CV pluviosité = 82,70 % et
CV valeurs thermiques = 17,59 % à 49,
60 %) ;
- – les moyennes des amplitudes diurnes et des
températures sont respectivement inférieures et supérieures aux
normales saisonnières notamment en fin d’hiver de la même année.
Malgré cela, l’offre du marché et le prix des animaux ont un taux
de variation plus faible que celui des valeurs thermiques d’un mois
ou d’une saison en raison des diverses mesures antirisques propres
à chaque système d’élevage de mouton et aux saisonnalités des
activités d’élevage et de culture ; de ce fait, les prix des
animaux amorcent généralement leur hausse en août pour atteindre
leur maximum en février ;
- – à l’exception de l’antenais, le prix et le déstockage
d’animaux femelles sont relativement plus sensibles aux écarts de
précipitations et de valeurs thermiques que les autres (CV femelles
= 16,80 à 22,65 % ; CV mâles =13,83 à 15,33 %)
malgré l’absence de corrélations significatives ;
- – il n’existe généralement pas de corrélations positives
ou négatives significatives entre la série des variables du marché
et celle des variables climatiques à court terme (r = - 0,89 à
0,55) ;
- – il semble aussi que les systèmes d’élevage du milieu
en question peuvent raisonnablement pallier les handicaps suscités
par les variations climatiques qui s’inscrivent autour d’une
tendance de courte période, grâce aux différentes mesures
antirisques mises en œuvre au niveau des systèmes de production de
mouton.
Conclusion
L’élevage des herbivores, notamment les ovins, est à l’évidence une
composante indissociable des espaces herbagers des zones steppiques
difficiles. C’est une situation dans laquelle les exploitants
raisonnent des stratégies d’élevages variées dépendantes
d’arbitrage entre des contraintes internes à l’exploitation (milieu
écologique, dimension, ressources financières etc.) et externes
(réaction du marché face aux produits valorisés, critères de
durabilité).
Des liaisons linéaires positives et négatives non significatives
existent entre, d’une part les moyennes des précipitations et les
effectifs des troupeaux, d’autre part, les moyennes pluviométriques
et les autres facteurs écologiques. Ainsi, une sécheresse d’une
saison ou d’une année ne constitue pas une catastrophe ; elle
semble bien absorbée par les systèmes de production (Le Houérou et
Norwine, 1985). Mais la situation de l’élevage devient critique
lorsque deux ou plusieurs saisons sèches se suivent (Bourbouze,
2000). Pour cela, il faut développer des arbitrages d’affectation
des réserves alimentaires diverses, raisonnées, régulières en
quantité et qualité, des stratégies d’adaptation des herbivores,
des troupeaux, des rotations sur les parcours, transhumance et
toutes les techniques de gestion des troupeaux et des parcours.
La demande et l’offre du produit ovin ne sont pas
significativement sujettes à des variations saisonnières, mais le
marché n’indique pas suffisamment d’avantage pour tel ou tel
produit. En réalité, les facteurs climatiques, les quantités
alimentaires disponibles pour le bétail et le comportement
rationnel des agents économiques font partie de la même
problématique, en ce sens que les uns sont liés aux autres et
agissent ensemble sur l’offre et la demande des animaux sur le
marché.
Les informations sur le marché circulent abondamment et les
collusions se font et se défont au gré de la position des offreurs
ou des acheteurs. Les flux physiques et monétaires à court terme ne
sont pas fortement soumis aux influences écologiques, mais au
phénomène d’anticipation et au cycle reproductif des animaux et
surtout à la pousse des végétaux ; les principaux déterminants
restent l’offre et la demande. Ces caractéristiques révèlent
l’importance du marché ovin de Djelfa qui fonctionne sous la
dépendance de ses propres réalités. Pendant longtemps, tout le
processus de production et de distribution a relevé du domaine du
privé et n’a été soumis à aucune réglementation publique locale,
notamment en matière de prix. Les interventions publiques dans le
passé, pour venir en aide aux producteurs en cas de sinistre, ont
été soit mal ciblées, soit tardives. Elles devront, dans l’avenir,
mieux tenir compte de ces réalités pour avoir quelques chances
d’aboutir à la régulation et à la durabilité recherchées.
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consultation technique des donateurs et agences de développement
international. Paris : UNSO/UNDP, 1993.
Zeyl et Zeyl, 1997 Zeyl A, Zeyl A. Le trade marketing
ou la nouvelle logique des échanges producteurs-distributeurs.
1ère édition. Paris : Vuilbert, 1997.
1 1 euro = 93,43 DA.
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