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Avis du comité d’éthique du centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (CIRAD) sur les


Cahiers Agricultures. Volume 15, Number 1, 164-5, Janvier-Février 2006 - Le coton, des futurs à construire, Info



ARTICLE

En décembre 2005, le comité d’éthique du Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad) a rendu public son avis sur les OGM végétaux. Cet avis est consultable sur le site web du Cirad, où il est précédé d’une présentation détaillée du cheminement qui a conduit le comité à une formulation originale, prenant en compte les contraintes et enjeux spécifiques aux agricultures des pays du Sud, ainsi que la diversité des demandes et opportunités formulées ou offertes par les partenaires du Cirad.
Nous encourageons les lecteurs à en prendre connaissance : http ://www.cirad.fr
Le comité d’éthique a donc élaboré son propre avis selon les dix points présentés ci-après.
1. Il existe actuellement une demande très forte des pays du Sud sur les OGM : les partenaires du Sud adressent au Cirad des demandes d’appui scientifique et juridique, notamment sur l’évaluation des risques. Le comité d’éthique estime donc que le Cirad ne peut pas se passer d’une expertise sur les OGM, et doit pour cela acquérir des compétences, mener des recherches, participer aux débats de société, pour pouvoir répondre aux demandes de formation et de recherche des pays du Sud sur cette question.
2. Toutefois le Cirad ne doit pas développer seul des recherches sur les OGM pour le Sud, parce qu’il n’en a pas les moyens1 et parce que ce n’est pas forcément dans ses premières priorités (cf. point 3). Le comité d’éthique recommande que le Cirad s’efforce de mobiliser les compétences nationales sur les questions du Sud et de rechercher le niveau de mutualisation pertinent, à la fois pour répondre aux demandes du Sud, pour envisager des collaborations avec le secteur privé tout en gardant son indépendance scientifique (cf. points 8 à 10), et pour mobiliser des financements publics sur le sujet. Le Cirad, de par son mandat, doit s’investir prioritairement sur les systèmes et les cultures intéressant les sociétés les plus pauvres, les recherches plus génériques sur les OGM devant être conduites avec les autres organismes publics français.
3. Le Cirad ne doit pas faire de recherche sur les OGM pour les OGM. La question des OGM au Cirad doit être resituée par rapport à la question plus vaste du développement. Les recherches du Cirad dans le champ des ressources biologiques doivent prioritairement porter sur la valorisation de la biodiversité dans les pays du Sud, les changements économiques et sociaux, les risques environnementaux et la biosécurité. C’est dans ce cadre que doivent être menées des recherches sur les OGM, cette technologie ne devant être considérée que comme une des solutions techniques possibles parmi d’autres.
4. Il n’existe pas de réponse générale sur la pertinence de développer des recherches sur les OGM. La pertinence des recherches sur les OGM est à examiner au cas par cas, selon les pays, les contextes, et les plantes concernées (quelle est la pertinence de tel ou tel OGM dans une situation donnée, dans tel ou tel processus de développement ? quelle est son utilité sociale ? quels sont les risques ? dans quelle mesure est-ce un levier pour le développement ?) La demande n’est pas la même selon les pays du Sud, ce qui implique de moduler les approches en fonction des situations écologiques et socio-économiques : on ne travaillera pas de la même façon sur les OGM avec le Brésil et avec le Burkina Faso (pour les pays les plus pauvres, se lancer dans des recherches concernant les OGM peut conduire à devenir encore plus dépendants, scientifiquement et commercialement, des pays développés. Le rôle du Cirad n’est-il pas alors de proposer des alternatives plus accessibles, permettant plus d’indépendance ?). Le comité recommande que le Cirad mobilise ses équipes de sciences sociales sur ces interrogations.
5. L’importance à accorder aux recherches sur les OGM dans la programmation du Cirad doit être relativisée au regard des autres priorités. Le Cirad ne peut pas être scientifiquement performant dans tous les domaines. Il doit faire des choix de priorités, originales, tenant compte de ses compétences et de celles de ses partenaires, répondant aux lacunes et aux urgences du développement durable en régions chaudes. Le Cirad doit en particulier se poser la question de la valeur ajoutée de ses recherches par rapport aux compétences déjà développées par certains pays du Sud (notamment Chine, Inde et Brésil) très avancés sur les OGM. Le comité d’éthique recommande que le Cirad se concentre sur quelques plantes modèles qui n’intéressent pas forcément les grandes firmes, mais qui correspondent à des enjeux économiques, sociaux, environnementaux et éthiques (sécurité alimentaire, maintien de la biodiversité, lutte contre la pauvreté, équité…) dans les pays du Sud. Le comité recommande que le Cirad maintienne, en collaboration avec les autres organismes, le positionnement amont de ses recherches sur la génomique fonctionnelle, en vue de l’identification de gènes d’intérêt pour les problèmes spécifiques rencontrés par les petits agriculteurs du Sud (résistance aux insectes, à la sécheresse ou à la salinité), ou pour servir dans des programmes de sélection classique en vue d’une meilleure utilisation de la diversité génétique.
6. Il faut adopter une prudence particulière concernant les OGM, pour différentes raisons, mais en particulier parce qu’il s’agit d’un domaine où l’on développe des innovations techniques sans avoir réellement stabilisé le domaine de connaissances, et parce que le développement de cultures OGM peut introduire ou aggraver des inégalités, entre les acteurs qui peuvent bénéficier de ces innovations et ceux qui ne le peuvent pas. Le comité d’éthique recommande donc que le Cirad renforce ses recherches et son expertise sur les aspects risques (en termes de biosécurité, mais aussi en termes d’impact sur les systèmes de production et d’impact sur les sociétés rurales). Le comité d’éthique s’interroge en revanche sur la pertinence d’une contribution du Cirad au développement de variétés OGM, et sur la compatibilité entre le développement de cultures OGM et une agriculture paysanne en partie fondée sur la valorisation des biodiversités naturelles (en particulier, l’agriculture paysanne peut-elle survivre à l’emprise des grands groupes privés qui contrôlent les OGM ?).
7. Le Cirad ne peut pas se contenter d’un positionnement trop général sur les OGM, dont il ne pourrait tirer des positions concrètes. Le comité recommande au Cirad de définir des « modes opératoires », notamment pour se positionner par rapport au secteur privé, pour préciser le statut des connaissances produites (comment vont-elles être utilisées et évaluées ?), et pour participer au débat public. Le comité souligne l’intérêt de réflexions et de concertations interorganismes pour définir des positionnements et des actions sur le sujet des OGM.
8. Concernant le positionnement par rapport au secteur privé, le Cirad doit non seulement garder son indépendance d’expertise, mais aussi veiller à ne pas risquer d’apparaître comme instrumentalisé. Le seul fait de travailler avec une firme semencière internationale peut poser un problème d’image2. Le comité d’éthique n’a aucune opposition de principe à la collaboration avec un groupe industriel, mais il rappelle que le rôle de la recherche publique est de rester indépendante, et que les recherches menées par le Cirad sur les OGM doivent garder un caractère public.
9. Concernant le partenariat avec le secteur privé sur les OGM, le comité s’est interrogé sur la pertinence du postulat de départ (c’est-à-dire le Cirad ne peut développer une réelle expertise en matière d’OGM sans collaborer avec le privé) donné dans le projet de code de conduite présenté par le Cirad. Le comité a relevé la contradiction majeure entre l’obligation pour le Cirad de travailler prioritairement pour la paysannerie pauvre et la volonté de collaborer avec le privé qui ne s’intéresse pas à cette catégorie d’acteurs. Le comité recommande que le Cirad renforce prioritairement son partenariat avec la recherche publique sur les OGM, avant d’envisager des collaborations avec le secteur privé.
10. Concernant la question d’un éventuel financement direct du Cirad par le secteur privé sur les OGM, le comité d’éthique recommande qu’un contrôle puisse être assuré par un groupe non directement bénéficiaire des contrats. Le comité d’éthique s’interroge sur la nature et le niveau de ce contrôle (mutualisation et redistribution des financements, simple contrôle des termes des contrats…). En revanche, le comité estime qu’il n’est pas de son ressort de statuer sur la structure choisie pour exercer ce contrôle (cellule interne ? structure interinstitutionnelle ?). Les solutions seront à étudier par le Cirad, entre la formule suggérée par le Comité d’éthique et de précaution (Comepra) de l’Institut national de la recherche agronomique (Inra) dans son avis sur le partenariat (un fonds de recherche interne à l’Institut alimenté par des prélèvements sur l’ensemble des contrats de partenariats avec les entreprises) et d’autres solutions possibles. Dans tous les cas, le comité recommande que les modalités de dialogue Nord-Sud et de partenariat avec la société civile soient bien prises en compte dans le cadre de cette structure de contrôle.n 

1 La capacité de travail actuelle du Cirad sur les OGM est relativement limitée (les chercheurs impliqués sur les OGM au Cirad représentent actuellement 2 % de l’effectif), en particulier dans le domaine de la biosécurité. 

2 De tels problèmes ont effectivement été rencontrés par des universités étrangères, notamment américaines : voir le rapport de l’Institute for Food and Agricultural Standards (IFAS) à l’adresse http ://www.msu.edu/~ifas/docs/Berkeley–Final–Report–071204.pdf


 

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