Auteur(s) : Louis-Marie Houdebine
Des procédés variés sont mis en œuvre pour contrôler la présence
des insectes dans une région donnée. Les insectes s’attaquent en
effet à de nombreuses plantes qui deviennent ainsi vulnérables à
divers pathogènes. Certains insectes sont également des vecteurs
pour des maladies animales ou humaines. C’est le cas de l’anophèle
qui véhicule la malaria.
Les insecticides sont un moyen souvent efficace mais brutal pour
diminuer localement le nombre d’insectes. Ce procédé s’accompagne
de pollutions et il engendre facilement une résistance des insectes
aux pesticides. Une autre approche plus subtile a fait ses preuves.
Elle consiste à lâcher localement un très grand nombre d’insectes
mâles préalablement stérilisés. Ceux-ci ont gardé la capacité de
s’accoupler à plusieurs femelles qui n’ont pas de descendance. Le
jeu consiste donc à produire massivement les insectes mâles
stériles. Pour être efficace, le procédé suppose que les
préparations d’insectes ne soient constituées que de mâles. En
effet, la présence de femelles diminue les chances que les mâles
stériles s’accouplent aux femelles sauvages et cela diminue
d’autant le rendement de l’opération. Un tri des mâles est donc une
étape clef qui ne peut être franchie aisément dès lors qu’un très
grand nombre d’animaux doit être préparé dans un temps court et à
un coût modéré.
Ce problème vient de trouver une solution particulièrement
élégante. Elle consiste à transférer le gène GFP (green
fluorescent protein) d’une méduse de l’océan Pacifique aux
embryons d’anophèle. La protéine GFP est bien connue et très
utilisée par les biologistes. Cette protéine fluoresce pour devenir
verte sous illumination UV. Ce procédé n’est pas invasif et il ne
met pas en danger la survie des cellules. Pour distinguer les mâles
et les femelles, le gène GFP a été placé sous la dépendance du
promoteur du gène de la tubuline β-2. Ce promoteur restreint
l’expression du gène GFP dans les gonades des larves mâles. Une
observation sous UV permet donc de distinguer très facilement les
mâles des femelles mais aussi et surtout de procéder à un tri
automatique des deux types de larve. Environ
18 000 larves peuvent ainsi être sexées et triées par
heure. Cette valeur est parfaitement compatible avec une production
à grande échelle que requiert l’éradication locale
d’anophèles [1, 2]. Ce procédé qui est en cours de
validation sur le terrain paraît sûr dans la mesure où la
libération des mâles ne peut s’accompagner d’une dissémination du
transgène puisque les animaux en question sont stériles. Cette
approche présente en plus l’intérêt d’être, en principe,
extrapolable à d’autres insectes.
Références
1. Catteruccia F, Benton JP, Crisanti A. An
anopheles transgenic sexing strain for vector control.
Nat Biotechnol 2005 ; 33 : 1414-7.
2. Atkinson PW. Green light for mosquito control.
Nat Biotechnol 2005 ; 33 : 1371-2.
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