ARTICLE
Auteur(s) : Éric
Vall1, Patrick Dugué2, Mélanie
Blanchard3
1Centre international de recherche-développement sur
l’élevage en zone subhumide (Cirdes)/Centre de coopération
internationale en recherche agronomique pour le
développement-Département Élevage et médecine vétérinaire
(Cirad-Emvt), BP 454, Bobo-Dioulasso Burkina Faso
2Centre de coopération internationale en recherche
agronomique pour le développement – Territoires, Ressources,
Acteurs (Cirad-Tera), 73, avenue Jean-François Breton, 34392
Montpellier France
3DESS Gestion Systèmes Agro-sylvo-pastoraux en zones
tropicale, 61, avenue du Général de Gaulle, 94010 Créteil
France
À la fin des années 1950 l’adoption du coton par les exploitations
familiales d’Afrique de l’Ouest et du Centre s’est heurtée à leur
sous-équipement (agriculture manuelle sans intrants). Il a fallu
accroître leur capacité de travail et de fumure [1, 2]. En raison
de la présence d’un cheptel bovin important chez les éleveurs de
ces régions, les agronomes proposèrent un modèle d’intégration
agriculture-élevage pour ces exploitations, fondé sur la traction
animale, le fumier et les cultures fourragères [3]. À cette
époque, comme les agriculteurs possédaient peu de bétail, le succès
de l’opération dépendait de leur capacité à intégrer ces animaux
dans le système de production. La filière cotonnière, pourvoyeuse
de services (crédits, centre de dressage d’animaux de trait,
vulgarisation…) et de revenus réguliers, devint un élément moteur
de l’intégration de l’élevage à l’agriculture qu’elle affichait
comme priorité de développement [4].Tant que la pression
anthropique s’exerçant sur les ressources agro-sylvopastorales
villageoises resta suffisamment modérée pour permettre l’extension
des surfaces cultivées et pour satisfaire les besoins fourragers
des troupeaux, les agriculteurs et éleveurs vécurent une
coexistence cordiale. L’engouement des producteurs pour la traction
animale soutenait l’extension des surfaces cultivées. L’espace
disponible permettait de maintenir la jachère comme principal moyen
d’entretien de la fertilité du sol [5]. L’intensification n’était
pas une priorité dans un espace non limité, ce qui entraîna leur
faible intérêt pour les cultures fourragères et les étables
fumières [3].Aujourd’hui, en raison de l’augmentation généralisée
de la pression anthropique sur les ressources naturelles, on est
passé d’une logique d’extension des cultures et troupeaux à une
logique d’intensification et de valorisation des coproduits de
l’agriculture et de l’élevage [2, 6]. Moins bien organisés et moins
conseillés, les éleveurs qui de plus en plus pratiquent
l’agriculture, sont longtemps restés en marge de cette évolution.
Ainsi, les relations entre l’agriculture et l’élevage se lisent à
deux niveaux : i) les flux d’énergie, de matière et de biens
entre le troupeau et les champs de l’unité de production (traction
animale, coproduits de l’agriculture et de l’élevage,
capitalisation/déstockage) ; ii) les relations d’échanges et
de conflits entre les éleveurs et les agriculteurs (location
d’animaux, droit de vaine pâture, vente de fumure, droit de
passage…). Par ailleurs la libéralisation des filières cotonnières
et la baisse du prix mondial de la fibre de coton remettent en
cause les services d’appui aux producteurs [7] et notamment le
suivi vétérinaire des animaux de trait et l’approvisionnement en
aliments issus de la graine de coton.Pour caractériser ces
évolutions en cours, l’article s’appuie sur des études récentes
effectuées dans trois villages de la zone cotonnière du Burkina
Faso : Kourouma, Koro et Koumbia (encadré 1). Il conclut sur
la reconfiguration des relations entre l’agriculture et l’élevage,
fruit de l’innovation des producteurs, et identifie des thèmes de
recherche visant un développement rural durable grâce à un
renforcement des synergies entre ces deux activités : le coton
et l’élevage.
Montée des oppositions communautaires dans les villages
Depuis cinquante ans, les territoires villageois ont été le théâtre
d’une superposition spatiale croissante des activités agricoles et
pastorales menées par différents types de producteurs, que nous
illustrerons avec le cas de Kourouma.
Avant l’introduction du coton et l’installation de paysans
migrants, le terroir du village de Kourouma comportait un centre
principal sénoufo, des hameaux de cultures temporaires et des
campements d’éleveurs peulhs périphériques (( figure 1 )). L’espace était
occupé de façon lacunaire et la population villageoise disposait
d’importantes réserves de terres cultivables. Les agriculteurs
pratiquaient une culture manuelle, utilisant peu d’intrants
extérieurs, fondée sur des associations de cultures (sorgho, mil,
niébé, arachide…) et des jachères. Les champs étaient installés sur
les bonnes terres, à mi-pente entre les hauts de collines et les
bas-fonds. La culture continue sous un parc arboré de nérés et de
karités, se limitait aux champs de cases proches des habitations.
Le cheptel appartenait surtout aux éleveurs peulhs. Les pâturages
naturels suffisaient pour couvrir les besoins des animaux
d’élevage, sauf en fin de saison sèche époque de la transhumance
des troupeaux.
Le développement du coton a provoqué une subite augmentation de
l’emprise agricole (( figure 2 )). Cette
extension fut amplifiée par l’adoption de la mécanisation en
traction animale et son effet décisif sur la productivité du
travail, et par l’installation de nombreux agriculteurs migrants
venant du plateau mossi. Les bonnes terres furent progressivement
toutes occupées, l’auréole des champs en culture continue sous parc
s’agrandit et les associations culturales furent délaissées pour
faciliter la mécanisation. Le coton occupa une part croissante de
l’assolement et le maïs se substitua aux céréales traditionnelles.
L’agriculture gagna sur les terres marginales (collines, bas-fonds)
réservées jusque-là au pâturage. Pour l’élevage, les trypanosomoses
reculèrent grâce aux défrichements agricoles qui détruisaient
l’habitat des glossines, principaux vecteurs de cette maladie, mais
l’espace pastoral commença à se réduire. Les premiers conflits
entre éleveurs et agriculteurs apparurent à cette époque
(installation des champs sur des parcours, dégâts des troupeaux sur
les cultures).
Aujourd’hui, le territoire villageois atteint progressivement un
seuil de saturation critique (( figure 1 ),
étape 3). Des réserves de terres agricoles importantes
subsistent, mais leur mise en culture est interdite par les grandes
familles sénoufo. Bien que l’immigration ait fortement ralenti,
l’extension agricole progresse encore sur les collines au détriment
des pâturages de saison des pluies et dans les bas-fonds servant
autrefois de points d’abreuvement en saison sèche. Le cheptel des
agriculteurs dépasse celui des éleveurs et le potentiel fourrager
du village ne suffit plus à couvrir les besoins des troupeaux. Face
à ces difficultés, les éleveurs sont contraints de prolonger la
transhumance en hivernage. Certains ont préféré quitter le village.
Les conflits entre agriculteurs et éleveurs sont fréquents en
raison des transgressions des règles d’accès aux espaces et
ressources (dégâts des troupeaux sur les cultures, installation de
cultures sur des espaces réservés à l’élevage ou à proximité des
campements peulhs, abattage des arbres fourragers…). La population
allochtone (Mossis, Peulhs), bien que représentant 41 % des
unités de production, est marginalisée dans le comité villageois de
gestion de terroir, ce qui freine l’élaboration d’un plan de
gestion du terroir reconnu par tous.
À Kourouma, comme à Koumbia et Koro, l’extension des
cultures reste encore possible car l’emprise agricole est limitée
(35-45 % de l’espace villageois) mais elle dépendra de la
volonté des autochtones et devra s’opérer sur les terres
marginales. En revanche, comme la charge en bétail
(45-60 UBT1/km2)
dépasse le potentiel fourrager des villages
(35-40 UBT/km2), l’augmentation du cheptel paraît
plus difficile. Une évolution semblable est décrite pour d’autres
villages des zones cotonnières [8-10]. À terme, elle pourrait
conduire à une crise écologique et sociopolitique se traduisant par
l’extension des conflits entre les différentes communautés.
Aujourd’hui, elle est retardée grâce à l’existence dans la région
proche d’espaces encore peu occupés par l’agriculture permettant
aux éleveurs de pratiquer la transhumance en saison des pluies.
L’émergence de cette crise, liée à l’absence de gestion
concertée des ressources agro-sylvopastorales communautaires,
suggère d’initier des recherches spécifiques pour réduire ce
déficit de gestion, renforcer les capacités des communautés
villageoises et contribuer à construire des systèmes de régulation
adaptés à ce contexte nouveau de forte pression anthropique.
Il paraît essentiel que toutes les communautés soient intégrées
aux instances de gestion locale, ce qui n’est pas le cas
aujourd’hui, afin qu’elles puissent échanger leurs points de vue
sur leurs activités respectives, se construire une vision commune
du développement local. Cela constitue des préalables pour ensuite
adapter les règles d’usage des espaces et des ressources (allant de
la location garantie à l’appropriation privée des terres) et
envisager de limiter le cheptel par famille, comme cela est
pratiqué au Mali.
Mais pour surmonter toutes les difficultés, ces mesures bien que
nécessaires ne seront pas suffisantes. En situation de déficit en
terres cultivables qui va s’accentuer dans les années à venir,
l’intensification des systèmes de production est inévitable [11].
Elle implique que les producteurs modifient leurs systèmes
techniques (de culture et d’élevage) en recherchant une meilleure
synergie entre l’agriculture et l’élevage au niveau de l’unité de
production.
Renforcement de l’intégration agriculture-élevage au sein des
unités de production
Aujourd’hui trois types d’unités de production ont émergé,
caractérisés par des modes d’intensification et d’intégration de
l’agriculture et de l’élevage différenciés. Entre les éleveurs
peulhs semi-sédentarisés pratiquant l’élevage des bovins et une
agriculture d’autosubsistance et les agriculteurs cultivant du
coton et des céréales en traction animale, a émergé une classe
d’agroéleveurs disposant d’une main-d’œuvre familiale importante
pour cultiver de grandes surfaces, ayant constitué un noyau
d’élevage grâce aux revenus du coton et développé la forme
d’intégration agriculture-élevage la plus aboutie.
Le village de Koumbia permet de caractériser ces types
(tableau 1( Tableau 1 )) et les
passages observés d’un type à l’autre (( figure 3 )) [12]. Les
agriculteurs, 85 % des unités de production (UP), pratiquant
un élevage limité aux animaux de trait cultivent entre 3 et
15 hectares, surtout de cotonnier et de maïs. Les éleveurs,
8 % des UP, cultivent une petite surface (3-4 hectares)
de maïs et de sorgho recevant de la fumure animale et élèvent des
troupeaux de bovins de 10 à 110 têtes. Les agroéleveurs,
7 % des UP, constituent la classe des grandes exploitations
(8 à 35 hectares cultivés, 35 bovins en moyenne) les
plus intensives, combinant parfois traction bovine et motorisation
lorsque la surface cultivée dépasse 40 hectares. Ces trois
types se retrouvent à Koro et Kourouma dans des proportions
comparables (tableau 2( Tableau 2
)).
- • Chez les agriculteurs n’ayant pas accédé à la traction
animale, l’acquisition d’un attelage est une priorité pour étendre
les champs. Cela exige un effort financier considérable, le prix
d’un bovin pouvant atteindre 25 % du revenu monétaire annuel
de l’UP. Dans les UP petites et moyennes dotées d’un attelage,
l’objectif reste l’augmentation de l’équipement en traction animale
pour étendre les champs et améliorer la flexibilité du travail. Les
grandes UP visent à développer un troupeau grâce aux surplus du
coton pour sécuriser leur épargne. Les coproduits de l’agriculture
(paille de maïs et tourteau de coton) sont prioritairement affectés
aux bovins de trait. L’épandage de fumure organique reste localisé
sur des petites portions de champs, mais cette pratique tend à se
développer.
- • Chez les agroéleveurs, le troupeau bovin permet de
renouveler les attelages et de constituer une épargne. Souvent
confié à un berger peulh, il ne part pas en transhumance pour
rester sous le contrôle du propriétaire. Les UP d’agroéleveurs de
taille moyenne valorisent efficacement les coproduits de l’élevage
(fumure animale sur cotonnier) et de l’agriculture (stockage de
paille de maïs, achat de tourteau). Les grandes UP d’agroéleveurs
s’orientent vers de nouvelles formes d’association de l’agriculture
et de l’élevage nécessitant capital et main-d’œuvre : embouche
bovine2, élevage semi-industriel de
volaille. Les agroéleveurs et les agriculteurs ont généralisé les
applications d’herbicides et d’engrais minéraux sur cotonnier et
maïs, suivant de près les recommandations techniques.
- • Chez les éleveurs, la constitution d’un grand troupeau
reste un objectif tant économique que de prestige social. Pour y
parvenir, les plus modestes deviennent berger salarié d’un
agroéleveur. Face à la réduction de la surface pastorale du
village, les mieux nantis optent le plus souvent pour une
transhumance prolongée, certains pour un départ définitif.
Quelques-uns amorcent une transformation de leur système en
développant la culture de cotonnier, en investissant dans des
ateliers d’embouche, en achetant de la terre aux autochtones. Les
éleveurs effectuent, par parcage des animaux sur les parcelles de
culture, des apports de fumure organique importants sur le maïs,
grâce à un ratio UBT/ha cultivé très favorable (15-30 UBT/ha).
En revanche, les pailles de maïs sont pâturées sur pied au
détriment d’un stockage et d’une distribution rationnée. Le
tourteau de coton acheté à l’extérieur est réservé aux vaches
allaitantes.
Bien que l’intégration de l’agriculture et de l’élevage soit en
progression dans les trois types, les pertes en résidus de récolte
et en fumure organique restent très élevées (> 60 %). Dans
la zone cotonnière malienne, ces pertes sont bien moindres grâce au
compostage des tiges de cotonnier et des ordures ménagères ainsi
qu’à la collecte de la totalité des pailles pour les animaux. La
production de fumier y est désormais une fonction prioritaire du
troupeau. Les UP d’un bon nombre d’agriculteurs mais aussi
d’éleveurs ont évolué vers le type agroéleveurs [11]. Ces pratiques
sont le fruit de la politique de développement rural de la
Compagnie malienne pour le développement des textiles (CMDT) axée
depuis 30 années sur l’intégration de l’agriculture et de
l’élevage. Ce progrès diffuse hors du Mali par les échanges entre
communautés transfrontalières. C’est le cas de Kourouma où les
Sénoufos ont développé des pratiques d’intégration plus avancées
que dans le reste du bassin cotonnier burkinabé.
Au Burkina Faso des progrès sont donc possibles, comme dans la
majorité des zones cotonnières sous forte pression anthropique. La
durabilité et la productivité des systèmes de production semblent
perfectibles par un renforcement des échanges entre l’agriculture
et l’élevage. Dans ce contexte, comment faire évoluer les systèmes
de culture et les systèmes d’élevage pour les rendre plus
productifs, durables et complémentaires entre eux ? Pour
répondre à cette question, bon nombre de solutions techniques
existent, ce qui n’exclut pas de poursuivre leur adaptation et de
concevoir des solutions innovantes mieux adaptées (encadré 2).
De ce fait, la recherche doit mettre un accent particulier sur
leurs conditions d’adoption et sur l’accompagnement des processus
d’innovation. Ces démarches peuvent concerner plus spécifiquement
le conseil à l’investissement pour les agriculteurs voulant
acquérir un attelage, pour les agroéleveurs projetant de monter un
atelier d’embouche et pour les éleveurs souhaitant réduire
l’effectif de leur troupeau et investir dans des races plus
productives ; tout cela afin de les aider à évaluer les coûts
d’opportunité de leur projet, à effectuer le montage financier et
suivre son évolution.
Mais dans bien des cas, la transformation des systèmes
techniques et leur intensification requièrent plus d’intrants,
d’équipements et de moyens financiers. Les filières cotonnières ont
longtemps pourvu directement ou indirectement à ce besoin. Leur
libéralisation et le démantèlement des services d’appui qu’elles
supportaient remettent en cause ce système, ce que nous illustrons
par les difficultés d’approvisionnement en sous-produits
agroindustriels (SPAI) issus de la graine du coton : tourteau,
coques et graines de coton.
Tableau 1 Caractéristiques des différents types
d’unités de production (UP) de Koumbia.Table 1.
Characteristics of different farm production units in the village
of Koumbia and a few indicators of crop-livestock practices.
|
Types
|
Agriculteurs
|
Agroéleveurs
|
Éleveurs
|
|
Sous-types
|
Petite UP sans TA
|
Petite UP avec TA
|
UP moyenne
|
Grande UP
|
UP moyenne
|
Grande UP
|
Grand troupeau
|
Troupeau moyen
|
Petit troupeau
|
|
Importance numérique du type (%)
|
13
|
36
|
26
|
9
|
4
|
3
|
3
|
4
|
2
|
|
Actif (u)
|
4
|
5
|
6
|
9
|
8
|
39
|
13
|
3
|
4
|
|
Surface totale cultivée (hectares)
|
3,2
|
6,3
|
9,8
|
13,8
|
7,5
|
34,4
|
3,3
|
3
|
1,8
|
|
Surface totale cultivée/actif (hectares)
|
0,8
|
1,4
|
1,7
|
1,6
|
1
|
1
|
0,3
|
1,2
|
0,5
|
|
Sole de coton (%)
|
55 %
|
52 %
|
54 %
|
56 %
|
42 %
|
63 %
|
18 %
|
0 %
|
0 %
|
|
Sole de maïs (%)
|
23 %
|
30 %
|
37 %
|
31 %
|
33 %
|
33 %
|
76 %
|
50 %
|
57 %
|
|
Bovins d’élevage (UBT)
|
0
|
2
|
7
|
15
|
31
|
36
|
111
|
43
|
11
|
|
Boeufs de trait (UBT)
|
0
|
2
|
3
|
7
|
4
|
10
|
2
|
2
|
1
|
|
Outils de culture attelée (nb)
|
1
|
3
|
4
|
5
|
3
|
9
|
2
|
1
|
0
|
|
Charrettes (nb)
|
0
|
0
|
1
|
1
|
1
|
4
|
1
|
0
|
0
|
|
Tracteurs (nb)
|
0
|
0
|
0
|
0
|
0
|
1
|
0
|
0
|
0
|
|
Paille de maïs stockeés (%produite/UP)
|
10 %
|
41 %
|
15 %
|
49 %
|
75 %
|
12 %
|
16 %
|
0 %
|
0 %
|
|
Fourrage distribué aux :
|
|
Bovins de trait (kg/UBT/an)
|
-
|
475
|
263
|
514
|
342
|
141
|
0
|
0
|
0
|
|
Vaches allaitantes (kg/UBT/an)
|
-
|
-
|
0
|
138
|
64
|
83
|
51
|
0
|
0
|
|
Tourteau de coton distribué aux
|
|
– bovins de trait (kg/UBT/an)
|
-
|
63
|
42
|
85
|
35
|
30
|
14
|
16
|
0
|
|
– vaches allaitantes (kg/UBT/an)
|
-
|
-
|
0
|
23
|
12
|
10
|
130
|
22
|
29
|
|
Fumure animale/coton (kg/ha)
|
390
|
57
|
0
|
441
|
1990
|
298
|
0
|
0
|
0
|
|
Fumure animale /maïs (kg/ha)
|
0
|
883
|
375
|
650
|
156
|
22
|
1285
|
5859
|
4620
|
Tableau 2 Répartition des unités de production (UP) de
Koro, Koumbia et Kourouma selon les grands types.Table 2.
Proportions of farmers, crop-livestock producers and breeders in
the village of Koro, Koumbia and Kourouma.
|
Variable
|
Koro
|
Koumbia
|
Kourourma
|
|
Unités production (UP)
|
160
|
590
|
530
|
|
UP agriculteurs (%)
|
75
|
85
|
76
|
|
UP agroéleveurs (%)
|
13
|
7
|
17
|
|
UP éleveurs (%)
|
12
|
8
|
6
|
Les filières des sous-produits du coton et l’élevage
La libéralisation des filières cotonnières a renforcé le rôle des
organisations de producteurs (OP) dans la gestion des filières et
des services à l’agriculture et a conduit à la privatisation des
huileries productrices de SPAI. Les modalités d’approvisionnement
en SPAI ont changé, ce qui a conduit les propriétaires d’animaux
d’élevage et d’animaux de trait à modifier leurs pratiques
d’acquisition de cet intrant. Tel est le cas des producteurs de
Koro.
Les éleveurs laitiers peulhs de Koro maintiennent en permanence
sur leur lieu d’habitation une dizaine de vaches laitières, qui
ensemble produisent entre 5,6 et 8,5 L/j. Ils
écoulent la moitié de leur production sur le marché de
Bobo-Dioulasso, un débouché régulier en toute saison, le reste
étant autoconsommé. Pour s’approvisionner en SPAI, que les
huileries ne vendent qu’en gros, ils se sont organisés en
coopératives villageoises et se sont affiliés à l’Union des
producteurs laitiers périurbains (UEPL), afin de réunir des fonds
suffisants pour passer des commandes. Grâce à ce mode
d’organisation, chaque laitière reçoit en moyenne 190 kg/an de
SPAI (entre 50 et 300 kg selon les éleveurs). Distribués
en fin de saison sèche, ces sous-produits maintiennent la
production des vaches laitières à une période où le prix du lait
est attractif (25 % plus élevé qu’en saison des pluies).
Chez les agroéleveurs, les SPAI sont principalement réservés aux
animaux de trait en vue de leur préparation à la campagne agricole
et aux vaches allaitantes. Les quantités distribuées en fin de
saison sèche sont de l’ordre de 50 kg/UBT/an, complétées de
pailles stockées sur le lieu d’habitation (250 à
400 kg/UBT/an). L’approvisionnement en SPAI passe par les
groupements de producteurs de coton (GPC) et donc par l’Union
nationale des producteurs de coton (UNPCB), comme pour les intrants
agricoles.
Dans les villages de Koumbia et Kourouma, l’approvisionnement en
SPAI des agriculteurs et des agroéleveurs, tous affiliés à des GPC
et à l’UNPCB, suit la même filière. À Koumbia, la consommation
annuelle de tourteau par bovin de trait est comparable à celle de
Koro (tableau 1). À Koumbia et Kourouma, les éleveurs,
moins bien organisés qu’à Koro, s’approvisionnent chez les
commerçants, à des prix plus élevés.
L’intensification des systèmes d’élevage (production de lait,
embouche) mais aussi l’entretien des bovins de trait et des vaches
allaitantes en saison sèche reposent en grande partie sur une
complémentation en aliments riches en protéines comme le tourteau
de coton. Au nord du Cameroun, dans une zone cotonnière similaire à
celle de l’ouest du Burkina Faso, on a pu montrer que 51 % de
la ration en matières azotées digestibles (MAD) des bœufs de traits
et des vaches allaitantes étaient fournis par le tourteau de coton
durant la seconde moitié de la saison sèche
(1er février-15 mai), période où les
ressources fourragères ont une faible teneur en MAD (pailles de
céréales, herbacées des parcours) [6]. De ce fait, la sécurisation
de l’approvisionnement en SPAI à cette période de l’année est un
élément stratégique pour le développement de l’élevage dans ces
régions de savanes.
Dans les zones cotonnières où la commercialisation des SPAI est
privatisée, comme au Burkina Faso, l’organisation des producteurs
(UNPCB, UEPL) a permis de maintenir des niveaux d’approvisionnement
en SPAI satisfaisants. Mais le système connaît parfois des
défaillances (retard dans la collecte des fonds, distribution
discrétionnaire…). Ces organisations doivent poursuivre leurs
efforts pour que les SPAI issus du coton servent en priorité aux
différents types de producteurs du bassin cotonnier et ne
constituent pas une rente de situation pour des commerçants qui
l’acheminent dans d’autres régions, voire dans d’autres pays. Pour
relever ce défi, la recherche doit s’intéresser à la question
suivante : comment perfectionner les modes d’organisation des
OP et des groupements de producteurs pour sécuriser
l’approvisionnement en SPAI ? Cette question pourrait
s’étendre aux soins vétérinaires (vaccination collective…) des
animaux de trait actuellement ignorés par les services publics de
l’élevage et ainsi qu’à l’approvisionnement en produits
vétérinaires de base (déparasitants).
Conclusion
Dans les zones cotonnières, en raison de l’augmentation généralisée
de la pression anthropique, les stratégies des producteurs évoluent
vers une intensification de l’agriculture et dans une moindre
mesure de l’élevage.
À l’échelle des terroirs villageois, la compétition pour
les espaces et les ressources agro-sylvopastorales se traduit par
une montée des tensions et conflits entre les communautés agricoles
et pastorales en raison d’un déficit de gestion persistant des
ressources communautaires. La situation évolue vers une crise qui
est actuellement retardée par l’existence de zones de repli pour
les troupeaux situées à l’extérieur des terroirs villageois.
À l’échelle des unités de production, les échanges entre
l’agriculture et l’élevage tendent à se renforcer, notamment chez
les agroéleveurs. Il conviendra pour l’élevage d’intensifier la
production fourragère et d’améliorer la valorisation des coproduits
de l’agriculture pour répondre à l’augmentation des besoins
alimentaires d’un cheptel en expansion. Pour l’agriculture, plus
avancée dans la voie de l’intensification grâce aux technologies
véhiculées par le coton (herbicides, engrais minéraux,
pesticides…), le défi sera aussi celui du recyclage des coproduits
de l’élevage pour continuer à gagner en productivité sur un espace
de plus en plus limité.
La filière coton, par les revenus réguliers qu’elle procure,
reste un élément moteur de l’intensification des systèmes
techniques. Il faut donc s’assurer que la libéralisation des
filières cotonnières et la privatisation des sociétés cotonnières
ne freinent pas cette évolution indispensable (précarisation de
l’approvisionnement en SPAI issus du coton, démantèlement des
services d’appui). Face à cette situation, les producteurs
s’organisent pour être plus autonomes et construire leurs propres
services d’appui.
Pour surmonter ces difficultés et maintenir des niveaux de
production acceptables et durables nous formulons l’hypothèse que
l’issue à cette crise annoncée passera par une adaptation des
systèmes de régulation villageois (règles d’accès aux ressources et
espaces), par une transformation des systèmes de production
(surtout pour les éleveurs) et notamment par un renforcement des
relations entre l’agriculture et de l’élevage, et par une
amélioration des modes d’organisation des groupements de
producteurs et de leurs unions.
Remerciements
Les auteurs remercient Philippe Lhoste pour ses avis et conseils
sur le texte.
Références
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Paris : Karthala, 2004.
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Mémoire de DESS de gestion des systèmes agro-sylvo-pastoraux en
zones tropicales, université de Paris-XII (Créteil). 2005.
2 Lorsqu’il existe un débouché, l’embouche
bovine sur 90 jours peut être très lucrative. Ainsi, à
Koumbia, la marge dégagée par bovin d’embouche est en moyenne de
64 000 F CFA, ce qui correspond à un taux de rentabilité
de l’investissement de 46 %.1
UBT : unité de bétail tropical.
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