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L’or blanc des savanes africaines |
Cahiers Agricultures. Volume 15, Number 1, 7-8, Janvier-Février 2006 - Le coton, des futurs à construire, Éditorial
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Author(s) : Henry-Hervé Bichat , Ancien directeur général du Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad) et de l’Institut national de la recherche agronomique (Inra). |
ARTICLE
Auteur(s) : Henry-Hervé Bichat
Ancien directeur général du Centre de coopération internationale
en recherche agronomique pour le développement (Cirad) et de
l’Institut national de la recherche agronomique (Inra)
Les négociations qui viennent de se dérouler à Hong Kong dans le
cadre de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) ont à nouveau
illustré les difficultés du dialogue entre les États sur
l’agriculture, et en particulier sur des productions à vocation
industrielle récoltées et transformées sur plusieurs continents
dans des contextes techniques, économiques et sociaux bien
différents.Le coton est devenu une des productions emblématiques de
ces contradictions entre l’ouverture des marchés à la concurrence
et la protection de l’emploi rural dans les pays qui soutiennent
leurs agricultures. Il est intéressant de noter que ce sont les
pays africains francophones qui ont été à l’origine de la
contestation des aides accordées par les pays de l’Union européenne
et les États-Unis d’Amérique à leurs producteurs de coton.Cette
initiative n’est pas fortuite. Le coton est en effet devenu à la
fin du XXe siècle une des principales filières
agro-industrielles de l’Afrique de l’Ouest et du Centre avec une
production annuelle d’un million de tonnes concernant près de dix
millions de ruraux.Ce n’était pas acquis d’avance. C’est le
résultat de cent années de rêves, de doutes, d’essais, d’échecs et
de succès. C’est le fruit d’une aventure collective dont il
convient de rappeler quelques jalons : lorsqu’Émile Bélime
lança après la première guerre mondiale l’idée d’aménager le delta
intérieur du Niger, c’était pour y développer la culture irriguée
du cotonnier afin de satisfaire les besoins en fibres textiles de
la zone franc, à l’instar de ce que les Anglais avaient
magnifiquement réussi dans la vallée du Nil. Et lorsque Maurice
Rossin prit la direction du service agronomique de l’Office du
Niger à Ségou en 1937, les connaissances sur la culture du
cotonnier dans les pays francophones étaient encore fort
lacunaires.Après la seconde guerre mondiale, les progrès dans la
lutte contre les prédateurs et les maladies du cotonnier ont été
tels que la production du coton a pu sortir des périmètres irrigués
des zones désertiques pour gagner les régions plus humides des
savanes soudaniennes d’Afrique centrale et de l’Ouest. Et c’est ce
passage à la culture pluviale qui y a permis le développement de la
production du coton : de 50 000 tonnes au cours des
années 1950, la production atteignit 140 000 tonnes en 1970,
puis plus de 220 000 tonnes en 1980, 560 000 tonnes en 1990 et
près d’un million de tonnes en 2000, cette région d’Afrique
accédant ainsi au rang de deuxième exportateur mondial de coton
derrière les États-Unis !S’il ne fallait citer qu’un seul nom
de ceux qui ont été les pionniers de cette révolution, ce serait
celui du président charismatique de l’Union cotonnière de l’Empire
français (UCEF), Monsieur Édouard Senn, fondateur de l’Institut de
recherches sur le coton et les textiles exotiques (IRCT) en 1946 et
de la Compagnie française pour le développement des textiles,
aujourd’hui dénommée Dagris, en 1949.Depuis, nombre de chercheurs,
de développeurs, d’industriels, de responsables politiques et
professionnels, et de producteurs agricoles ont conjugué leurs
efforts au sein des filières cotonnières africaines pour développer
la production d’un coton de qualité. Leurs efforts patients et
persévérants ont donné naissance à des filières nationales
intégrées soutenues par une recherche finalisée qui a participé
activement à la renommée des cotons africains. Et les retombées
locales de leurs activités sont considérables, comme en témoigne
par exemple le développement de la région de Bobo Dioulasso au
Burkina Faso.Mais cette success story reste très fragile,
principalement pour les raisons suivantes :
- – d’abord, du fait des sévères contraintes
agroécologiques, logistiques et politiques qui caractérisent les
savanes africaines ;
- – ensuite, en raison de la tentative de démantèlement du
réseau, constitué pourtant avec tant de soin pendant des dizaines
d’années par la Banque mondiale au nom d’une vision idéologique du
développement, dite « Consensus de Washington », qui
prétend limiter l’intervention des pouvoirs publics dans le
développement économique, même dans les pays pauvres, sans prendre
la peine d’analyser sur le terrain le résultat de leurs
actions ;
- – et enfin surtout, parce que la mondialisation de la
production et des échanges commerciaux favorise une baisse
tendancielle des cours du coton, baisse qui est accentuée par le
soutien que de grands pays, tels les États-Unis, les pays membres
de l’Union européenne et la Chine, apportent à leurs
producteurs.
Cela explique les évolutions préoccupantes des filières africaines
de coton que l’on observe surtout depuis l’an 2000 : la
productivité moyenne à l’hectare ne s’améliore plus, les risques de
dégradation des sols sont croissants, l’utilisation prolongée des
pesticides fait peser des menaces sur la santé des populations, les
revenus monétaires des agriculteurs stagnent, les organisations de
producteurs sont fragilisées, la compétitivité et l’équilibre
financier des filières africaines se dégradent…Il faut donc
relancer les dynamiques sociales, technologiques et économiques au
sein des régions cotonnières en Afrique. Et tous les observateurs
mettent l’accent sur la nécessité de donner un nouvel élan à la
recherche cotonnière africaine. C’est pourquoi ce numéro thématique
des Cahiers Agricultures, publié avec le concours du Centre de
coopération internationale en recherche agronomique pour le
développement (Cirad), vient bien à son heure puisqu’il nous
présente un état des recherches en cours. Il faut féliciter tous
ceux qui ont contribué à son élaboration et à sa réalisation.Afin
d’apporter une vision globale à cette étude, ce numéro présente la
situation et les perspectives du marché mondial du coton et analyse
les grandes zones de production en Amérique, en Asie et en Afrique.
Le lecteur a ainsi la possibilité, à travers un ensemble de vingt
et un articles écrits par des spécialistes de cette production, de
faire le point de l’état actuel des recherches sur les agricultures
paysannes, les systèmes de culture et la durabilité écologique de
la filière avant de s’interroger sur « les nouvelles
frontières » à conquérir pour assurer le développement à venir
des filières africaines de coton.Il me reste à souhaiter que tous
les acteurs des filières africaines de coton trouvent dans ce
numéro des raisons d’espérer et d’agir pour que le coton continue à
mériter sa réputation d’or blanc des savanes et à jouer son rôle
fondamental dans le développement des terroirs africains.
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