Auteur(s) : JS
L’Argentine, le Brésil et le Mexique développent actuellement des
priorités en matière de biotechnologies, avec cependant des
connotations différenciées qui tiennent aux situations respectives
des pays concernés [1].
Clairement, le Brésil constitue le centre du système
sud-américain, avec des avancées significatives en matière de santé
(diagnostic, vaccins, protéines recombinantes), d’agro-industries,
d’élevage et d’environnement.
Les capacités scientifiques du pays sont excellentes, notamment en
matière agrobiotechnologique sous l’égide de l’Embrapa (Institut de
recherche agricole) qui entretient des liens très étroits avec
l’Agropolis de Montpellier. On observe quelques freins à
l’épanouissement du secteur biotechnologique, notamment la
faiblesse des investissements privés, le manque de transfert
technologique public-privé et la rareté des brevets. De nouvelles
législations promulguées en 2004 pour les brevets et
en 2005 pour la production et la commercialisation des
cultures transgéniques, ainsi que pour l’expérimentation des
cellules souches embryonnaires, devraient dynamiser le
secteur.
L’Argentine, bien que grand exportateur de sojas transgéniques
(cultivés sur plus de 13 millions d’hectares), a surtout
utilisé des biotechnologies importées. Depuis 2003 cependant, ce
secteur a été déclaré prioritaire, avec la décision, en 2005,
de créer à Rosario un pôle de génomique végétale qui sera
opérationnel en 2006, dans le cadre de collaborations
privé-public, avec le concours de l’Espagne [2].
Le groupe BioSidus a mené des recherches en transgenèse animale
qui ont conduit en décembre 2004 à la naissance du premier
veau transgénique ayant incorporé le gène de l’hormone de
croissance humaine. Le groupe ambitionne à l’avenir de développer
des fermes productrices de médicaments à bas prix.
Tout comme au Brésil, le potentiel scientifique constitue un atout
majeur en Argentine. Cependant, le secteur florissant des cultures
transgéniques opérait jusqu’à présent en utilisant des semences
étrangères, sans honorer les royalties, dans le cadre d’un
commerce illégal de grande ampleur. Depuis 2005, le
gouvernement argentin a sifflé la fin de la récréation. Une
nouvelle législation limite à 65 hectares les surfaces qui
peuvent être librement ressemées par les cultivateurs, le surplus
devant être taxé à hauteur de 70 % des royalties
normales pendant les 7 premières années d’utilisation.
Certaines clauses d’exemption de cette taxation ont cependant été
obtenues sous la pression des organisations
professionnelles.
Au Mexique, c’est la contamination des ressources génétiques
locales des maïs (et de leur ancêtre le teosinte), par des gènes de
maïs transgénique importés des États-Unis, qui retient
l’attention [3] et nourrit la controverse [4].
Après une première publication relatant ces contaminations sous la
plume de scientifiques mexicains, le fait fut contesté par les
partisans des OGM. Cependant, ils furent confirmés en
novembre 2004 dans un rapport de la Commission pour la
coopération environnementale, établie en commun par le Canada, le
Mexique et les États-Unis dans le cadre de l’accord de
libre-échange nord-américain (Alena). Dans ce rapport, un groupe
d’experts internationaux (y compris nord-américains) recommandait
la poursuite d’un moratoire de fait en matière de cultures de maïs
transgéniques au Mexique, ainsi que la mouture des maïs
transgéniques destinés à l’alimentation du bétail dès leur entrée
dans le pays, afin d’empêcher leur mise en culture. Parmi les
autres recommandations, on relève la nécessité d’assurer un
meilleur suivi des flux de gènes. Le gouvernement des États-Unis a
réagi vivement à ce rapport, qualifié de non scientifique, de
fondamentalement défectueux et de contraire aux règles du libre
commerce international. D’après un expert britannique de la
Commission, cette réaction vise surtout à ne pas créer de précédent
mexicain qui desservirait les intérêts des États-Unis d’Amérique
dans le procès qui les oppose à l’Europe dans le cadre de
l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Et cela alors que les
autorités des États-Unis elles-mêmes renforcent leurs
réglementations internes devant la menace de transfert de
transgènes à des plantes adventices sauvages.
Le 15 février 2005, après des années de discussion, le
Sénat mexicain adoptait une législation sur les cultures OGM qui
est très en deçà des recommandations de la Commission pour la
coopération environnementale [5]. Les autorisations pour la
plantation et le commerce des cultures OGM seront accordées au cas
par cas par une instance interministérielle (Ciciogem), sur avis
d’une commission scientifique (Conseil consultatif de biosécurité).
Diverses mesures sont prévues pour l’étiquetage des OGM,
l’établissement de registres ad hoc et les aspects
financiers (Fonds de développement, amendes, etc.).
Références
1. Casalonga S. Amérique du Sud : les biotechs
ont le vent en poupe. Biofutur 2005 ; 255 :
48-9.
2. Orellana C. Argentina introduces GM royalty.
Nat Biotechnol 2005 ; 23 : 277.
3. Fox JL. Report recommends ban of US GM maize in
Mexico. Nat Biotechnol 2005 ; 23 : 6.
4. Marris E. Four years on, no transgenes found in
Mexico maize. Nature 2005 ; 436 : 760.
5. Orellana C. Mexico passes GM law. Nat
Biotechnol 2005 ; 23 : 405.
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