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Publiée dans la revue : Cahiers Agricultures. Septembre - Octobre 2005. Volume 14Number 5,

Auteur(s) : JS

Auteur(s) : JS

L’Argentine, le Brésil et le Mexique développent actuellement des priorités en matière de biotechnologies, avec cependant des connotations différenciées qui tiennent aux situations respectives des pays concernés [1]. 
Clairement, le Brésil constitue le centre du système sud-américain, avec des avancées significatives en matière de santé (diagnostic, vaccins, protéines recombinantes), d’agro-industries, d’élevage et d’environnement. 
Les capacités scientifiques du pays sont excellentes, notamment en matière agrobiotechnologique sous l’égide de l’Embrapa (Institut de recherche agricole) qui entretient des liens très étroits avec l’Agropolis de Montpellier. On observe quelques freins à l’épanouissement du secteur biotechnologique, notamment la faiblesse des investissements privés, le manque de transfert technologique public-privé et la rareté des brevets. De nouvelles législations promulguées en 2004 pour les brevets et en 2005 pour la production et la commercialisation des cultures transgéniques, ainsi que pour l’expérimentation des cellules souches embryonnaires, devraient dynamiser le secteur. 
L’Argentine, bien que grand exportateur de sojas transgéniques (cultivés sur plus de 13 millions d’hectares), a surtout utilisé des biotechnologies importées. Depuis 2003 cependant, ce secteur a été déclaré prioritaire, avec la décision, en 2005, de créer à Rosario un pôle de génomique végétale qui sera opérationnel en 2006, dans le cadre de collaborations privé-public, avec le concours de l’Espagne [2]. 
Le groupe BioSidus a mené des recherches en transgenèse animale qui ont conduit en décembre 2004 à la naissance du premier veau transgénique ayant incorporé le gène de l’hormone de croissance humaine. Le groupe ambitionne à l’avenir de développer des fermes productrices de médicaments à bas prix. 
Tout comme au Brésil, le potentiel scientifique constitue un atout majeur en Argentine. Cependant, le secteur florissant des cultures transgéniques opérait jusqu’à présent en utilisant des semences étrangères, sans honorer les royalties, dans le cadre d’un commerce illégal de grande ampleur. Depuis 2005, le gouvernement argentin a sifflé la fin de la récréation. Une nouvelle législation limite à 65 hectares les surfaces qui peuvent être librement ressemées par les cultivateurs, le surplus devant être taxé à hauteur de 70 % des royalties normales pendant les 7 premières années d’utilisation. Certaines clauses d’exemption de cette taxation ont cependant été obtenues sous la pression des organisations professionnelles. 
Au Mexique, c’est la contamination des ressources génétiques locales des maïs (et de leur ancêtre le teosinte), par des gènes de maïs transgénique importés des États-Unis, qui retient l’attention [3] et nourrit la controverse [4]. 
Après une première publication relatant ces contaminations sous la plume de scientifiques mexicains, le fait fut contesté par les partisans des OGM. Cependant, ils furent confirmés en novembre 2004 dans un rapport de la Commission pour la coopération environnementale, établie en commun par le Canada, le Mexique et les États-Unis dans le cadre de l’accord de libre-échange nord-américain (Alena). Dans ce rapport, un groupe d’experts internationaux (y compris nord-américains) recommandait la poursuite d’un moratoire de fait en matière de cultures de maïs transgéniques au Mexique, ainsi que la mouture des maïs transgéniques destinés à l’alimentation du bétail dès leur entrée dans le pays, afin d’empêcher leur mise en culture. Parmi les autres recommandations, on relève la nécessité d’assurer un meilleur suivi des flux de gènes. Le gouvernement des États-Unis a réagi vivement à ce rapport, qualifié de non scientifique, de fondamentalement défectueux et de contraire aux règles du libre commerce international. D’après un expert britannique de la Commission, cette réaction vise surtout à ne pas créer de précédent mexicain qui desservirait les intérêts des États-Unis d’Amérique dans le procès qui les oppose à l’Europe dans le cadre de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Et cela alors que les autorités des États-Unis elles-mêmes renforcent leurs réglementations internes devant la menace de transfert de transgènes à des plantes adventices sauvages. 
Le 15 février 2005, après des années de discussion, le Sénat mexicain adoptait une législation sur les cultures OGM qui est très en deçà des recommandations de la Commission pour la coopération environnementale [5]. Les autorisations pour la plantation et le commerce des cultures OGM seront accordées au cas par cas par une instance interministérielle (Ciciogem), sur avis d’une commission scientifique (Conseil consultatif de biosécurité). Diverses mesures sont prévues pour l’étiquetage des OGM, l’établissement de registres ad hoc et les aspects financiers (Fonds de développement, amendes, etc.).

Références

1. Casalonga S. Amérique du Sud : les biotechs ont le vent en poupe. Biofutur 2005 ; 255 : 48-9.

2. Orellana C. Argentina introduces GM royalty. Nat Biotechnol 2005 ; 23 : 277.

3. Fox JL. Report recommends ban of US GM maize in Mexico. Nat Biotechnol 2005 ; 23 : 6.

4. Marris E. Four years on, no transgenes found in Mexico maize. Nature 2005 ; 436 : 760.

5. Orellana C. Mexico passes GM law. Nat Biotechnol 2005 ; 23 : 405.


 

 

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