Home > Journals > Agronomy et biotechnology > Cahiers Agricultures > News in brief
 
      Advanced search    Shopping cart    French version 
 
Latest books
Catalogue/Search
Collections
All journals
Medicine
Biology and research
Public health
Agronomy and biotech.
Cahiers Agricultures
- Current issue
- Archives
- Subscribe
- Order an issue
- More information
My account
Forgotten password?
Online account   activation
Subscribe
Licences IP
- Instructions for use
- Estimate request form
- Licence agreement
Order an issue
Newsletters
How can I publish?
Journals
Books
Help for advertisers
Foreign rights
Book sales agents



 

 
Printable version
Version PDF


Publiée dans la revue : Cahiers Agricultures. Mai - Juin 2005. Volume 14Number 3,

Auteur(s) : Jean Semal

Auteur(s) : Jean Semal

Le margousier (Azadirachta indica), un arbuste originaire du sous‐continent indien, est actuellement cultivé dans les zones sèches d’une cinquantaine de pays chauds. Pendant des siècles, les extraits de ses graines riches en huiles ont été utilisés comme source de médicaments (la tradition hindoue le qualifie d’arbre qui guérit tout), de savons, de dentifrices et de produits à usages divers. Au début des années 1970, des extraits de margousier ont été brevetés en Europe et aux Etats‐Unis. De leur côté, des chercheurs du National Institute of Immunology de New Delhi faisaient breveter des extraits d’huile de margousier possédant des propriétés spermicides, abortives et contraceptives. Les développements les plus spectaculaires concernent les utilisations de l’huile de margousier comme biopesticide. Des effets inhibiteurs de la nutrition, de la mue et de la croissance des insectes ont été notamment obtenus avec un composé particulier, l’azadiractine (aza A). Le Département américain de l’Agriculture a mis en évidence que plus de 130 espèces entomologiques différentes étaient sensibles à ce produit, qui, dès lors, s’avérait représenter une alternative crédible à l’emploi d’insecticides. En 1985, l’utilisation de l’aza A était approuvée aux États‐Unis par l’Agence de la protection de l’environnement (United States Environmental Protection Agency, US EPA). En 1988, les droits relatifs à une technique d’extraction et de stabilisation de ce produit étaient acquis par la firme Grace qui, en 1992, se voyait octroyer un brevet américain. L’aza A fut également commercialisée par la société Agridyne Technologies, accusée par Grace d’infraction à la loi sur les brevets. L’affaire fut ensuite réglée à l’amiable et Agridyne mit en œuvre un projet commun avec une société locale en Inde, en vue de la commercialisation de biopesticides à base d’aza A pour une valeur annuelle estimée à 500 millions de dollars US. En 1995, une coordination de 200 organisations non gouvernementales (ONG) provenant de 40 pays demandait la révocation du brevet accordé à Grace, en se fondant sur des arguments tant juridiques que socio‐économiques. Selon ces ONG, les ressources biologiques traditionnelles ne peuvent faire l’objet de brevets qui risquent de priver les agriculteurs locaux de matériel végétal d’usage traditionnel, sélectionné par leurs ancêtres. Par ailleurs, les requérants prévoyaient un risque d’accaparement du marché des graines de margousier par les sociétés détentrices de brevets, conduisant à la ruine des petits extracteurs locaux. Une menace plus lointaine pesait sur l’Union indienne, qui serait forcée d’honorer les brevets internationaux sur son territoire [1, 2]. La saga du « neem », nom vernaculaire du margousier, allait ensuite connaître d’autres développements en Europe. En 1994, l’Office européen des brevets (OEB), dont le siège est à Munich, accordait à Grace un brevet relatif à l’huile de « neem ». À l’époque, un recours pour « biopiraterie » fut introduit contre ce brevet par la députée européenne Magda Alvoet (qui allait devenir ministre de la Santé du Gouvernement belge), Vandana Shiva au nom de la Fondation de la recherche pour la science et la technologie en Inde, et la Fédération internationale des mouvements pour l’agriculture biologique, aujourd’hui représentée par Linda Bullard. Après 5 ans de procédures diverses, l’OEB décida l’annulation du brevet en mai 2000. Cependant, les détenteurs des droits, soutenus par le gouvernement américain, firent appel de cette décision. Cet appel étant suspensif, le firme conserva ses droits jusqu’au 8 mars 2005, date à laquelle l’OEB annula définitivement le brevet litigieux en considérant qu’il ne satisfaisait pas aux conditions de nouveauté ou d’invention requises. Un brevet accordé de façon illégitime pour 20 ans en 1994, avait donc indûment pu produire ses effets pendant la moitié de la période d’attribution  ¡ Les implications socio‐économiques de la saga du « neem » sont intéressantes à considérer. Dans une étude publiée en mars 1997 dans la revue Biotechnology and Development Monitor les auteurs analysaient les paramètres en cause tels qu’ils apparaissaient à l’époque [3]. Pour eux, i) les effets insecticides (en réalité entomostatiques) dérivés du « neem » sont importants pour les agriculteurs pauvres dans la mesure où ils ne demandent aucun investissement pour leur mise en œuvre et où ils sont dépourvus de danger sanitaire ; ii) les usages de l’huile de « neem » dans la lutte contre les insectes étaient limités à l’époque, car l’arbuste est cultivé en région sèche alors que les besoins, concentrés en zone humide, requièrent la commercialisation ; iii) le contenu des graines en aza A est variable et le potentiel biostatique des semences récoltées est limité dans le temps ; iv) en Afrique notamment, il y a concurrence entre le travail d’extraction de l’huile et les autres travaux agricoles. En outre, les époques de récolte des graines et d’utilisation de l’huile ne se recouvrent pas nécessairement. Développer une technologie appropriée s’avère donc opportun. Les experts considéraient en 1997 que les craintes des adversaires du brevet étaient exagérées, tant pour ce qui concerne la raréfaction des graines de « neem » et leur renchérissement, que pour ce qui relève de la colonisation économique par les détenteurs des droits. Ils proposaient donc d’attendre les événements. Au contraire, les requérants qui demandaient l’annulation du brevet prévoyaient des effets très négatifs pour les petits agriculteurs locaux, notamment en raréfiant la libre disponibilité d’une bioressource gratuite. À l’époque, on envisageait que Grace payerait 300 dollars US par tonne de graines de « neem ». Une décennie plus tard, la juridiction européenne donne, tardivement il est vrai, raison aux plaignants, lesquels avaient fait constater que les achats massifs de graines de margousier avaient asséché le marché et fait grimper les prix. On attend maintenant la publication par l’OEB des attendus de son jugement du 8 mars 2005, et on suivra avec intérêt les effets jurisprudentiels qui en découleront pour les autres cas à l’instruction. Quoiqu’il en soit, la saga du « neem » renforce la nécessité d’une réflexion globale sur les impacts socio‐économiques des systèmes de protection intellectuelle relatifs aux êtres vivants et à leurs produits dérivés. ▪

Références



1 . Rivais R. Les Verts européens ont arraché le margousier de l’Inde à la rapacité américaine. Le Monde 2005, 8 avril : 1.

2 . Schoune C. Coup dur pour la biopiraterie. Le Soir 2005, 30 mars : 18.

3 . Kocken J, van Rozendaal G. The neem tree debate. Biotechnol Dev Monitor 1997 ; 30 : 8‐11.


 

 

About us - Contact us - Conditions of use - Secure payment
Latest news - Conferences
Copyright © 2007 John Libbey Eurotext - All rights reserved
[ Legal information - Powered by Dolomède ]