ARTICLE
Auteur(s) :, Hamani
Marichatou1,2,*, Abdoulaye S Gouro1, Augustin B Kanwe1
1Centre international de recherche-développement sur
l’élevage en zone subhumide (Cirdes), 01 BP 454, Bobo-Dioulasso 01,
Burkina Faso
2Faculté d’agronomie, BP 10960, Niamey, Niger
Les élevages périurbains contribuent à l’approvisionnement local
des grandes villes en lait et produits laitiers.
À Bobo-Dioulasso, cette production ne couvre que 7 % de
la consommation urbaine. Par ailleurs, dans plus de 90 % des
cas, les troupeaux bovins sont conduits de façon traditionnelle
[1]. L’une des stratégies d’amélioration de la production laitière
afin de couvrir les besoins croissants de la cité en lait et
produits laitiers repose sur l’intensification des systèmes de
production. Malheureusement, même quand cette intensification est
possible, on s’est aperçu que les potentialités laitières des races
locales sont très vite atteintes [2]. Il est donc nécessaire
d’élever le niveau génétique laitier de ces animaux. Pour tendre
vers cet objectif, certains éleveurs de cette région montrent une
préférence marquée pour les meilleures laitières de la sous-région
(Gudhali, Azawak) sélectionnées depuis fort longtemps pour leurs
aptitudes laitières. Afin d’accélérer le processus, d’autres
éleveurs introduisent des gènes laitiers exotiques à haut rendement
en croisement avec ces deux races par le biais de l’insémination.
Dans cette démarche, le but étant d’augmenter de manière
rationnelle et adaptée les différentes productions liées à cette
espèce, il est important de connaître la carrière de ces races,
leurs performances et celles des produits issus de leurs
croisements avec les exotiques dans cette zone différente de leur
berceau d’origine. Dans cette étude, nous présentons les
performances de production laitière de la Gudhali et les
performances de croissance des jeunes purs et croisés Gudhali ×
Montbéliard (G × M) et Gudhali × Holstein (G × H) dans la zone
périurbaine de Bobo-Dioulasso.
Matériel et méthode
Site d’étude
L’étude a été réalisée dans une ferme périurbaine située à
20 km à l’est de Bobo-Dioulasso, de latitude 11° 10’ N et de
longitude 4° 17’ O, couvrant une superficie de 45 hectares
entièrement clôturés. Cette ferme fait partie des quelques élevages
de type intensif de la zone. Sur cette superficie,
3,5 hectares ha sont réservés à la culture de Panicum sp et
6 hectares pour l’Andropogon gayanus ;
15 à 17 hectares sont couverts par des graminées
poussant naturellement et ne faisant l’objet d’aucune pratique
culturale. Sur le plan des infrastructures, l’éleveur dispose d’une
étable en matériaux non dégradables (béton, fer et tôle), d’un
magasin pour le stockage des aliments, et de fosses pour les
drêches et l’ensilage. Il possède également du matériel pour les
cultures fourragères (tracteur, botteleuse…). La distribution en
eau est faite à partir d’un château alimenté par un forage.
Population d’étude
Cinquante-trois génisses Gudhali sont présentes dans la ferme.
Leur âge varie de 3 à 4 ans pour un poids moyen de
350 kg.
- • Sur le plan alimentaire, en période hivernale, les
animaux pâturent sur les parcelles fourragères de la ferme de
7 heures à 11 heures. Le reste de la journée se passe à
l’étable. En période sèche, ils restent en permanence à l’étable où
la ration de base est constituée de Panicum et de foin ; ils
reçoivent une supplémentation en tourteaux et coques de coton.
Quelquefois, en cas de disponibilité, l’éleveur distribue de la
mélasse. Des minéraux sont distribués sous forme de pierres à
lécher. L’eau est donnée ad libitum.
- • Du point de vue sanitaire, les animaux ont fait
l’objet de dépistage de tuberculose et brucellose et ont été
déclarés indemnes de ces maladies. Les animaux sont vaccinés contre
la péripneumonie contagieuse bovine et sont régulièrement traités
contre les tiques pendant la période d’apparition de ces parasites
(saison des pluies). Des déparasitages internes
(gastro-intestinaux) stratégiques sont effectués au démarrage et à
la fin de la saison des pluies.
Paramètres mesurés
Mise bas et croissance des jeunes
Quatre-vingt-trois inséminations artificielles (IA) ont été
réalisées (entre septembre 2000 et octobre 2001) après
synchronisation des chaleurs avec des implants sous-cutanés de
progestagènes (Crestar ND) placés sous la peau de l’oreille pendant
10 jours. Le traitement a été complété par l’injection de
prostaglandines F2α, deux jours avant le retrait, de PMSG (Pregnant
Mare Serum Gonadotrophin, hormone gonadotrope placentaire équine)
(400 UI/animal) le jour du retrait. Deux inséminations ont été
réalisées 48 heures et 72 heures plus tard avec de la
semence Montbéliard ou Holstein importée.
Vingt-cinq génisses ont mis bas entre juin 2001 et
mai 2002. En raison des mortalités, seuls 18 veaux mâles
et femelles (constituant le lot des croisés) ont été suivis pendant
toute la durée de l’étude. Dix autres génisses Gudhali parvenues en
chaleur naturellement ont été saillies par le taureau Gudhali.
Elles ont mis bas entre septembre 2000 et octobre 2001.
Ces veaux ont constitué le lot de Gudhali purs.
Les veaux des deux groupes ont été pesés tous les trois mois de
la naissance à 12 mois. Les poids à âges types ont été
déterminés et comparés entre les trois génotypes ; les gains
moyens quotidiens (GMQ) ont été calculés dans chaque cas entre les
différents âges types.
Production laitière
L’évaluation de la quantité de lait trait a porté sur
16 génisses, du début (1 semaine après la parturition) à
la fin de la lactation, et cela tous les jours. Les femelles ayant
mis bas des jumeaux et celles dont les veaux sont morts ont été
écartées de ce groupe.
Dans cet élevage, la traite manuelle est effectuée une fois par
jour le matin entre 6 h et 8 h, en présence du veau qui
amorce la descente du lait, puis reste attaché à un membre
antérieur de la mère. Ces veaux qui vivent séparés de leur mère ne
leur sont présentés que le matin au moment de la traite et
l’après-midi pour leurs repas lactés. Le lait trait par lactation,
la durée et l’évolution de la lactation ont été recherchés pour
chaque vache. La traite est arrêtée sur décision de l’éleveur, le
plus souvent quand la production est faible et ne permet pas de
satisfaire les deux destinations : prélèvement et repas du
veau.
Analyses statistiques
L’analyse des données a été effectuée par calcul des moyennes et
écarts types. L’analyse de la variance a été utilisée pour comparer
les moyennes.
Résultats
Mise bas et poids moyen à la naissance
Le taux de réussite de l’insémination artificielle a été de
30 % (25 mises bas/83 inséminations). Quatre des mises bas
(toutes G × M) étaient gémellaires ; le poids moyen des
jumeaux a été de 13,8 ± 2,8 kg. De plus, il y a eu
5 mortinatalités parmi les 25 veaux produits, soit un taux de
25 %.
Toutes les mises bas Gudhali purs étaient simples.
Le sex ratio (mâles/femelles) a été de 12/13 pour les
croisés et de 4/6 pour les Gudhali purs.
Le poids moyen à la naissance des croisés (Gudhali × Exotique) a
été de 30,5 ± 4,4 kg. Si l’on distingue les deux génotypes
exotiques utilisés, ce poids moyen a été de 32,3 ± 4,7 kg et
28,7 ± 3 kg respectivement pour les croisés G × M et G × H.
Quant aux Gudhali purs, leur poids de naissance est 25 ± 4 kg.
Chez les croisés, les mâles G × M sont plus lourds que les femelles
tandis que c’est le contraire pour les croisés G × H (tableau 1(
Tableau 1 )). Pour les purs Gudhali, les
mâles sont plus lourds que les femelles mais la différence n’est
pas significative.
Tableau 1 Poids à la naissance des jeunes.Table
1. Birth weight of young calves.
|
Sexe
|
G X M
|
G X H
|
G purs
|
|
n
|
Poids
|
n
|
Poids
|
n
|
Poids
|
|
Mâle
|
5
|
34, 1 ± 4,7
|
3
|
26,3 ± 2,9
|
3
|
25,7 ± 2,8
|
|
Femelle
|
5
|
30,5 ± 4,4
|
5
|
30,5 ± 1,7
|
7
|
24,6 ± 4,1
|
|
Moyenne
|
10
|
32,3 ± 4,7
|
8
|
28,7 ± 3
|
10
|
25 ± 4
|
|
30,5 ± 4,4
|
Poids moyens à âges types
Le suivi des poids moyens de la naissance à 12 mois montre des
poids à âges types plus élevés chez les individus croisés que les
sujets purs (tableau 2( Tableau 2 )), et
cet écart est d’autant plus important que l’âge avance. De plus,
ces métis allaités ont des poids à âges types très supérieurs aux
mêmes genres de métis allaités artificiellement [3]. Au niveau des
deux groupes croisés, les Montbéliard sont plus lourds que les
Holstein, mais cette différence n’est pas significative.
Tableau 2 Poids à âges types des produits Gudhali purs
et croisés, comparés à l’Azawak et à la Gudhali dans leurs berceaux
respectifs.Table 2. Weight at standard ages of pure and
crossbred Gudhali products compared with Azawak and Gudhali in
their respective birthplaces.
|
Âges types (mois)
|
Poids des veaux (kg)
|
|
Croisés
|
Gudhali purs
|
Azawak à Toukounous
|
Croisés Gudhali
|
|
G X M
|
G X H
|
|
3
|
61,7 ± 12,5
|
57,5 ± 7,4
|
47,3 ± 9,9
|
/
|
/
|
|
6
|
100,6 ± 15,8
|
85,5 ± 17,1
|
75,4 ± 17
|
97,7 ± 16,4
|
/
|
|
9
|
146,3 ± 28,1
|
127,3 ± 19,8
|
105,6 ± 21,6
|
125,3 ± 21,5
|
69,4 à 76,4
|
|
12
|
204 ± 42,6
|
176,5 ± 54,5
|
125 ± 23,3
|
159,5 ± 27,4
|
|
|
Réf.
|
Étude actuelle
|
Salla[7]
|
Tawa et al.[3]
|
Gains moyens quotidiens entre les âges types
Pour les trois lots, le gain moyen quotidien (GMQ) croit de
0 à 9 mois (tableau 3( Tableau
3 )). Le GMQ a été plus élevé chez les croisés G × M. Les
croisés GxH et les Gudhali purs ont le même GMQ entre 3 et
6 mois, mais en dehors de cette tranche celui des G × H est
supérieur à celui des Gudhali purs. Ces GMQ confirment les
croissances pondérales observées chez ces trois lots. On relève
cependant une chute brutale du GMQ des Gudhali entre
9 et 12 mois alors qu’il augmente chez les
autres.
Tableau 3 Évolution du gain moyen quotidien (GMQ) des
produits Gudhali purs et croisés.Table 3. Evolution of the
mean daily gain of pure and crossbred Gudhali products.
|
Génotype
|
GMQ (g/jour)
|
|
(3 mois = 92 jours)
|
|
[0-3 mois]
|
[3-6 mois]
|
[6-9 mois]
|
[9-12 mois]
|
|
Gudhali
|
243
|
306
|
327
|
211
|
|
Croisé G × M
|
319
|
423
|
496
|
628
|
|
Croisé G × H
|
313
|
304
|
454
|
535
|
Production laitière
La traite a duré de 132 jours (4,5 mois) à 262 jours
(8,7 mois) selon les individus (( figure 1 )) ; dans un
cas, une génisse n’a été traite que pendant 100 jours
(3,3 mois). La quantité de lait produite varie de 280,8 litres
en 216 jours à 902 litres en 239 jours. Les courbes
de lactation individuelles des femelles (( figures 2a et b ))
permettent de différencier deux catégories de génisses - à bonne et
à faible production laitière (( figure 3 )). La première
catégorie présente une production initiale de 3,5 L/jour, avec
un pic de 4,2 L/jour à 3 mois, puis elle décroît pour
atteindre un minimum de 1,5 L/jour, le dixième mois. Pour la
seconde catégorie, la courbe présente un pic de 2,4 L/jour à
2 mois, puis marque une décroissance vers un niveau de
1,2 L/jour à 7 mois.
Discussion
Une des limites de l’étude est liée à l’étalement des naissances et
au décalage entre sujets croisés et Gudhali purs. Néanmoins, cet
élevage étant effectué en milieu contrôlé, l’effet sur les
possibilités de comparaison semble atténué.
Le taux de mises bas de 30,1 % en première IA est supérieur
au taux de fertilité enregistré en IA à l’œstrus induit au Burkina
Faso sur des zébus Azawak (24,2 %) et des taurins Gourunsi
(10 %) [4]. Malgré cela, ce taux pourrait sans doute être
amélioré en adaptant les protocoles de synchronisation à la
physiologie particulière des races tropicales.
Le nombre élevé de mises bas gémellaires est peut-être
attribuable à la synchronisation des chaleurs. En effet, il est
connu que la dose recommandée de PMSG (400 UI) peut entraîner
des superovulations (source de gestations gémellaires) [5]. C’est
ainsi que chez la race Baoulé, 300 UI/animal sont suffisantes
pour provoquer un tel effet [5]. Chez les purs Gudhali où les
vaches sont saillies par un mâle sur œstrus naturels, toutes les
mises bas sont simples, ce qui rend cette hypothèse vraisemblable.
Des études ultérieures sont nécessaires pour apporter des réponses
définitives à cette question.
Les mortinatalités sont assez élevées, mais ne concernent que
les mises bas de sujets métis Montbéliard. On est tenté de penser à
une origine paternelle. En faveur de cette hypothèse, le poids de
ces croisés, élevé à la naissance par rapport aux Gudhali purs
(plus de 50 % en moyenne) peut être la cause de dystocies pour
des génisses primipares. Une cause pathologique, notamment la
brucellose, est à écarter, le test de dépistage de la brucellose
ayant été négatif sur ces animaux ; de plus, les avortements
dus à la brucellose surviennent le plus souvent avant le terme de
la gestation. Au stade actuel de cette étude, il est difficile de
déterminer l’origine de cette mortinatalité. Un suivi plus complet
est nécessaire pour quantifier avec plus de précision ces problèmes
de mortalité et essayer d’en préciser les causes.
Le poids moyen à la naissance des Gudhali purs (25 ± 4 kg)
est intéressant au regard de ce qui est rapporté par Tawah et Mbah
[6] sur ces mêmes races dans certaines régions du Nigeria et du
Cameroun (22 kg à Bulassa et Dogondaji, 24 kg à Wakwa).
Nos résultats reflètent les bonnes conditions d’élevage dans cette
exploitation. Le poids moyen des croisés G×M et GxH est
significativement supérieur au poids moyen à la naissance des
Gudhali purs (p < 0,05).
Les croisés Montbéliard sont les plus lourds, sans que la
différence avec les Holstein ne soit significative. Cela peut
s’expliquer par un effet individuel lié au père des veaux. En
effet, Tawah et al. [3] qui ont travaillé sur des trois quarts
de sang Montbéliard (M3G1) et trois quarts de sang Holstein (H3G1)
sur du Gudhali, ont trouvé des poids à la naissance de 34,4 kg
et 35,5 kg respectivement pour les croisés Montbéliard et
Holstein.
L’effet sexe n’a pas été mis en évidence, contrairement à
certains auteurs qui trouvent que les femelles sont plus lourdes
que les mâles ; nos effectifs faibles ne permettent sans doute
pas de tirer des conclusions pertinentes.
Les poids à âges types montrent une croissance plus grande chez
les croisés que chez les Gudhali purs : à 9 mois, les
poids des croisés G×M et G×H ont respectivement 130 % et
122 % du poids des Gudhali purs. Ces résultats sont dus à des
GMQ entre les différents âges types plus élevés chez les croisés
que les Gudhali. Seul un suivi permettra de déterminer l’âge de
mise à la reproduction qui est corrélé au poids adulte (% du poids
adulte). À ce niveau, la chute brutale du GMQ entre
9 et 12 mois observée uniquement chez les Gudali n’a
pu être élucidée ; on pourrait penser à une pathologie passée
inaperçue.
Les poids à âges types des croisés G × H (inférieurs à ceux des
G × M) sont similaires à ceux des Azawak sélectionnés à Toukounous
[7] et ayant une aptitude mixte lait-viande, et supérieurs à ceux
des Gudhali purs. Dans ce cas, ce bon gain de poids des sujets
croisés peut être un avantage quand l’éleveur recherche
l’expression du potentiel viande, surtout pour les mâles ou en cas
de réforme.
Il est rapporté des productions de 1 000 à 1 500 kg de lait
en 230 jours de lactation chez la Gudhali [6, 8-10]. Ce que
nous avons obtenu sur cette race est donc très inférieur à cette
quantité. Cette baisse peut s’expliquer par le fait que, d’une
part, nous avons affaire à des sujets primipares, qui ne sont donc
pas au maximum de leur production et que, d’autre part, tout le
lait produit par la vache allaitante (rythme d’une seule traite par
jour, lait bu par le veau non mesuré) n’a pas été directement
mesuré. En zone tropicale, la formule développée (pour les zones
tropicales) pour corriger la quantité de lait produite en intégrant
celle qui est bue par le veau [11] et fondée sur le poids à
4 mois et à la naissance ((P4 – Pn) × 9,18) a été souvent
utilisée [12, 13]. Par ailleurs, Hoste et al. [14] ont démontré que
ce calcul conduisait à une surestimation de la production
lactée ; ils suggèrent que l’indice de transformation soit
recalculé pour les races locales. Le manque de cet outil spécifique
pour la Gudhali limite la portée de nos résultats pour ce genre
d’estimation.
L’effet rang de vêlage a souvent été mis en évidence sur
d’autres races, entre autres chez la N’Dama [14]. Néanmoins, ces
données sont supérieures à celles qui ont été rapportées par Lhoste
et Dumas cités par Pagot [15] sur la Gudhali à N’gaoundéré
(Cameroun), berceau de la race (619 L en 9 mois de
lactation soit 2 L/jour). Cela indiquerait que les animaux sur
lesquels nous avons travaillé sont dans des conditions acceptables
d’extériorisation de leur potentiel laitier (conditions
climatiques, alimentaires, sanitaires).
Selon Godet et al. [16], la production globale de lait
trait par lactation dépend essentiellement du taux de traite
(traite régulière ou non) et de la durée de lactation. Cette
dernière est assez variable d’une femelle à l’autre dans notre
échantillon ; cette durée de lactation est en fonction de
leurs performances mais ne dépasse jamais une année.
Les quantités traites par femelle varient dans de très larges
proportions. Selon Godet et al., plusieurs facteurs peuvent
intervenir : la race, le mois de lactation, l’année et la
saison, la région et le parc.
La première catégorie de génisse produit nettement mieux que les
races locales (zébus, Baoulé et métis) avec en moyenne
2 L/vache/jour [17] ; elle est comparable aux meilleurs
sujets sélectionnés en milieu villageois et mis dans de bonnes
conditions d’alimentation et de santé. Après le pic de production,
le coefficient de persistance est de 86,6 %, 90,7 %,
85,5 % respectivement pour les quatrième, cinquième et sixième
mois. Ces coefficients se situent dans l’intervalle acceptable de
85 %-95 % [18] et sont meilleurs que ce que l’on observe
chez la vache zébu peule [2] qui est considérée comme la meilleure
laitière locale. En revanche, plus de 50 % de la production
totale sont obtenus au bout de 4 mois. Chenost rapprochait de
tels chiffres de la durabilité du niveau de complémentation
[19].
La seconde catégorie de ces Gudhali ne produit pas mieux que les
populations locales, avec des niveaux ne dépassant pas 2,5 L
et même moins de 2 L/jour dès le troisième mois. Le pic
apparaissant dès le premier mois, le coefficient de persistance a
été de 85,8 %, 75 % et 92 % respectivement pour les
deuxième, troisième et quatrième mois : ainsi donc, dans cette
catégorie, le plancher de la production est très vite atteint.
Beaucoup de stratégies sont proposées pour augmenter la
production laitière dans les zones périurbaines, en vue de couvrir
les besoins de la consommation urbaine [20]. La présente étude va
dans le sens de l’encouragement à l’intensification (notamment de
l’alimentation) et du croisement. Il faut aussi ajouter qu’une
sélection est souvent nécessaire compte tenu de la variabilité
entre individus. Dans cet ordre d’idée, Tamboura et al. [21]
ont trouvé chez des métis de génotypes race locale (Zébu et N’dama)
croisée avec des races sélectionnées de pays tempérés (Jersiais,
Montbéliard et Rouge des Steppes), une production laitière moyenne
comparable à celles de vaches zébus peules à la station de Niono.
Cette situation a été attribuée au fait que les croisements
réalisés n’ont pas été précédés d’un effort de sélection ou
d’homogénéisation des femelles locales inséminées. Par conséquent,
une sélection préalable est indispensable dans nos schémas
d’amélioration génétique.
Conclusion
En élevage intensif, la femelle Gudhali peut avoir des niveaux de
production acceptables ; cependant, il s’avère indispensable
de procéder à une sélection préalable étant donné la grande
variabilité entre individus. Ces premiers résultats demandent à
être confortés par un nombre plus important de données. En effet,
en ce qui concerne la croissance des jeunes jusqu’à 12 mois,
il ressort que le poids à la naissance, les poids à âges types
ainsi que les GMQ des veaux croisés sont supérieurs à ceux des
Gudhali purs. Il apparaît donc nécessaire de compléter ces données
sur les croisés par un suivi jusqu’à leur entrée en production afin
d’avoir des données sur la reproduction (âge de mise à la
reproduction, intervalles entre mises bas, anœstrus post-partum…),
la production laitière et les paramètres zootechniques (taux de
fertilité, taux de mortalité…). Enfin, un suivi régulier devra être
mis en place pour la Gudhali pure afin de préciser son potentiel
sur l’ensemble de la carrière de production ; cette donnée est
fondamentale pour juger de son adaptabilité dans cette zone
subhumide où les éleveurs manifestent un engouement certain à son
égard.
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