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Cahiers Agricultures. Volume 14, Number 3, Mai - Juin 2005, Info



ARTICLE

n Le Brésil sera-t-il la ferme du monde ?

Il est en train de se passer dans le domaine agricole le même processus que dans l’industrie avec l’arrivée de la Chine. Le Brésil devient le premier exportateur mondial dans de nombreux secteurs. Est-ce que ce processus peut se poursuivre sur le long terme  ?
Le Brésil était déjà le premier exportateur mondial de café, de sucre d’éthanol et de jus d’orange concentré. Depuis peu, il est devenu le premier exportateur mondial de viande bovine devant l’Australie, et de soja et de volaille devant les États-Unis. Il faut dire que ce pays a beaucoup d’atouts pour l’activité agricole. La surface agricole utile est de 340 millions d’hectares, soit autant qu’aux Etats-Unis et deux fois plus que dans l’Union européenne à 25. C’est presque trois fois plus qu’en Chine  ! Qui plus est cette surface pourrait être étendue assez facilement si le besoin s’en faisait sentir et dans beaucoup de régions, les conditions pédoclimatiques sont très favorables à l’activité agricole.
Comme les autres pays du groupe de Cairns et en particulier les pays d’Océanie et même l’Argentine, le Brésil a un potentiel de production agricole considérable qui ne demande qu’à s’exprimer dès qu’une demande solvable existe. Bref un géant agricole émerge. Cela montre clairement que, contrairement aux inquiétudes manifestées sur la possibilité du monde à se nourrir, il y a encore des réserves disponibles importantes en particulier en Amérique du Sud. C’est aussi le cas dans certaines zones africaines et bien sûr en Russie quand ce pays aura reconstitué son potentiel gravement atteint après la libéralisation économique mise en œuvre depuis 1990.
Mais, contrairement aux autres pays du groupe de Cairns, le Brésil est un pays très peuplé, de plus de 170 millions d’habitants. De ce point de vue, cette percée récente du Brésil sur les marchés mondiaux suscite un certain étonnement après la victoire de Lula aux élections présidentielles. On pouvait s’attendre en effet à une politique agricole qui soit moins favorable à l’exportation. Le candidat aux élections avait en effet fait des promesses dans deux domaines qui auraient pu entraîner des changements. Il avait promis de favoriser la consommation intérieure en disant qu’il fallait que tous les Brésiliens puissent à l’avenir faire trois repas par jour. Ce n’est pas le cas aujourd’hui car on considère que 14 % de la population est actuellement en état de sous-nutrition. Il avait aussi été élu avec le soutien du mouvement des « paysans sans terres » favorables à une réforme foncière. Ce pays a en effet une structure foncière directement héritée de la période coloniale avec 144 000 exploitations latifundiaires de plus de 500 hectares qui détiennent 180 millions d’hectares, soit 56 % de la surface agricole totale. À l’inverse, 3,1millions d’exploitations de moins de 50 hectares ne détiennent que 12 % de la surface totale.
La stratégie récente du gouvernement brésilien s’explique en fait par le souci fort honorable de mettre fin au risque de « faillite financière » à laquelle ce pays était confronté. Dans le budget de l’État un tiers des dépenses est consacré au service de la dette et 14 % à rembourser une partie du principal. Au total, c’est donc la moitié du budget qui est consacrée à la réduction de l’endettement. Les exportations de produits agricoles sont donc les bienvenues pour diminuer l’endettement extérieur. Ce dernier est ainsi passé en deux ans de 54 % à 41 % du PIB. Est-ce pour autant une stratégie durable  ? Cela n’est pas évident. Si l’on veut développer la consommation intérieure, il faudra favoriser davantage les exploitations familiales peu concernées par l’exportation, car ce sont elles qui fournissent à peu près la totalité du manioc et des haricots, base de la ration alimentaire traditionnelle. Elles produisent aussi les 2/3 de la viande de porc, 60 % du lait, 53 % du maïs et 45 % de la volaille. Elles emploient les 3/4 de la main d’œuvre agricole.
La stratégie actuelle d’exportation est très performante mais elle est liée au maintien d’inégalités sociales très accentuées. Ce n’est pas un facteur de stabilité politique !

Conjoncture agricole 
Synthèse mensuelle de l’APCA
Assemblée permanente 
des chambres d’agriculture 
N° 238, mars 2005

n Les Français et l’agriculture raisonnée

Les huitièmes rencontres de l’association nationale Forum de l’agriculture raisonnée respectueuse de l’environnement (FARRE) se sont déroulées le 5 janvier 2005 à l’Unesco. À cette occasion, les résultats d’un sondage sur la perception de l’agriculture raisonnée par les Français ont été publiés. Commandée par FARRE et Cede environnement, cette étude a été réalisée par l’institut Louis Harris sur un échantillon de mille personnes majeures représentatives de la population française. Quarante et un pour cent des personnes interrogées déclarent avoir entendu parler de l’agriculture raisonnée, ce qui représente une notoriété relativement forte pour un mode de production peu médiatisé. Si seulement 27 % donnent une définition exacte de l’agriculture raisonnée, les thèmes les plus fréquemment cités correspondent bien aux principes de base de ce mode de production : pas de surutilisation de produits chimiques (16 %), respect de l’environnement (11 %), agriculture qui allie la tradition et la technique (4 %).
Dès lors qu’ils sont informés de la définition exacte, la majorité des Français se montrent enthousiastes vis-à-vis de l’agriculture raisonnée : 81 % souhaitent voir son développement s’accélérer et 83 % sont prêts à en privilégier l’achat. Les consommateurs sont demandeurs d’informations : 94 % souhaitent que la communication sur les produits soit mieux identifiée sur les emballages et dans les surfaces de vente. Il en ressort que l’agriculture raisonnée bénéficie d’une bonne notoriété et emporte l’adhésion du grand public. L’agriculture raisonnée correspond à une véritable demande de la part des consommateurs-citoyens et il est donc important qu’ils puissent accéder à ces produits dans les linéaires de distribution.

Contact :
Claire CHAMBRIER 
Tél. : 01 46 22 09 86
<cchambrier@farre.org>
<farre@farre.org>
Association Nationale FARRE, 
19, rue Jacques Bingen, 75017 Paris


 

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