ARTICLE
n Le Brésil sera-t-il la ferme du
monde ?
Il est en train de se passer dans le domaine agricole le même
processus que dans l’industrie avec l’arrivée de la Chine. Le
Brésil devient le premier exportateur mondial dans de nombreux
secteurs. Est-ce que ce processus peut se poursuivre sur le long
terme ?
Le Brésil était déjà le premier exportateur mondial de café, de
sucre d’éthanol et de jus d’orange concentré. Depuis peu, il est
devenu le premier exportateur mondial de viande bovine devant
l’Australie, et de soja et de volaille devant les États-Unis. Il
faut dire que ce pays a beaucoup d’atouts pour l’activité agricole.
La surface agricole utile est de 340 millions d’hectares, soit
autant qu’aux Etats-Unis et deux fois plus que dans l’Union
européenne à 25. C’est presque trois fois plus qu’en
Chine ! Qui plus est cette surface pourrait être étendue
assez facilement si le besoin s’en faisait sentir et dans beaucoup
de régions, les conditions pédoclimatiques sont très favorables à
l’activité agricole.
Comme les autres pays du groupe de Cairns et en particulier les
pays d’Océanie et même l’Argentine, le Brésil a un potentiel de
production agricole considérable qui ne demande qu’à s’exprimer dès
qu’une demande solvable existe. Bref un géant agricole émerge. Cela
montre clairement que, contrairement aux inquiétudes manifestées
sur la possibilité du monde à se nourrir, il y a encore des
réserves disponibles importantes en particulier en Amérique du Sud.
C’est aussi le cas dans certaines zones africaines et bien sûr en
Russie quand ce pays aura reconstitué son potentiel gravement
atteint après la libéralisation économique mise en œuvre depuis
1990.
Mais, contrairement aux autres pays du groupe de Cairns, le Brésil
est un pays très peuplé, de plus de 170 millions d’habitants.
De ce point de vue, cette percée récente du Brésil sur les marchés
mondiaux suscite un certain étonnement après la victoire de Lula
aux élections présidentielles. On pouvait s’attendre en effet à une
politique agricole qui soit moins favorable à l’exportation. Le
candidat aux élections avait en effet fait des promesses dans deux
domaines qui auraient pu entraîner des changements. Il avait promis
de favoriser la consommation intérieure en disant qu’il fallait que
tous les Brésiliens puissent à l’avenir faire trois repas par jour.
Ce n’est pas le cas aujourd’hui car on considère que 14 % de
la population est actuellement en état de sous-nutrition. Il avait
aussi été élu avec le soutien du mouvement des « paysans sans
terres » favorables à une réforme foncière. Ce pays a en effet
une structure foncière directement héritée de la période coloniale
avec 144 000 exploitations latifundiaires de plus de
500 hectares qui détiennent 180 millions d’hectares, soit
56 % de la surface agricole totale. À l’inverse,
3,1millions d’exploitations de moins de 50 hectares ne
détiennent que 12 % de la surface totale.
La stratégie récente du gouvernement brésilien s’explique en fait
par le souci fort honorable de mettre fin au risque de
« faillite financière » à laquelle ce pays était
confronté. Dans le budget de l’État un tiers des dépenses est
consacré au service de la dette et 14 % à rembourser une
partie du principal. Au total, c’est donc la moitié du budget qui
est consacrée à la réduction de l’endettement. Les exportations de
produits agricoles sont donc les bienvenues pour diminuer
l’endettement extérieur. Ce dernier est ainsi passé en deux ans de
54 % à 41 % du PIB. Est-ce pour autant une stratégie
durable ? Cela n’est pas évident. Si l’on veut
développer la consommation intérieure, il faudra favoriser
davantage les exploitations familiales peu concernées par
l’exportation, car ce sont elles qui fournissent à peu près la
totalité du manioc et des haricots, base de la ration alimentaire
traditionnelle. Elles produisent aussi les 2/3 de la viande de
porc, 60 % du lait, 53 % du maïs et 45 % de la
volaille. Elles emploient les 3/4 de la main d’œuvre agricole.
La stratégie actuelle d’exportation est très performante mais elle
est liée au maintien d’inégalités sociales très accentuées. Ce
n’est pas un facteur de stabilité politique !
Conjoncture agricole
Synthèse mensuelle de l’APCA
Assemblée permanente
des chambres d’agriculture
N° 238, mars 2005
n Les Français et l’agriculture
raisonnée
Les huitièmes rencontres de l’association nationale Forum de
l’agriculture raisonnée respectueuse de l’environnement (FARRE) se
sont déroulées le 5 janvier 2005 à l’Unesco. À cette
occasion, les résultats d’un sondage sur la perception de
l’agriculture raisonnée par les Français ont été publiés. Commandée
par FARRE et Cede environnement, cette étude a été réalisée par
l’institut Louis Harris sur un échantillon de mille personnes
majeures représentatives de la population française. Quarante et un
pour cent des personnes interrogées déclarent avoir entendu parler
de l’agriculture raisonnée, ce qui représente une notoriété
relativement forte pour un mode de production peu médiatisé. Si
seulement 27 % donnent une définition exacte de l’agriculture
raisonnée, les thèmes les plus fréquemment cités correspondent bien
aux principes de base de ce mode de production : pas de
surutilisation de produits chimiques (16 %), respect de
l’environnement (11 %), agriculture qui allie la tradition et
la technique (4 %).
Dès lors qu’ils sont informés de la définition exacte, la majorité
des Français se montrent enthousiastes vis-à-vis de l’agriculture
raisonnée : 81 % souhaitent voir son développement
s’accélérer et 83 % sont prêts à en privilégier l’achat. Les
consommateurs sont demandeurs d’informations : 94 %
souhaitent que la communication sur les produits soit mieux
identifiée sur les emballages et dans les surfaces de vente. Il en
ressort que l’agriculture raisonnée bénéficie d’une bonne notoriété
et emporte l’adhésion du grand public. L’agriculture raisonnée
correspond à une véritable demande de la part des
consommateurs-citoyens et il est donc important qu’ils puissent
accéder à ces produits dans les linéaires de distribution.
Contact :
Claire CHAMBRIER
Tél. : 01 46 22 09 86
<cchambrier@farre.org>
<farre@farre.org>
Association Nationale FARRE,
19, rue Jacques Bingen, 75017 Paris
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