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Publiée dans la revue : Cahiers Agricultures. Juillet-Août 2004. Volume 13Number 4,

Auteur(s) : Louis‐Marie Houdebine

Auteur(s) : Louis-Marie Houdebine

Cette question commence à se poser avec le clonage de géniteurs d’animaux d’élevage qui laisse entrevoir la possibilité de prolonger la capacité de reproduction de meilleurs géniteurs et d’accélérer ainsi le progrès génétique.
Le bilan actuel du clonage par transfert de noyau incite sans aucun doute à la prudence. Le rendement de clonage est de 1-5 % et la moitié des nouveau-nés clonés meurent dans la période périnatale [1].
Ces anomalies sont de toute évidence pour une bonne part liées à des phénomènes épigénétiques. Environ 2 000 gènes sur les 35 000 d’un mammifère sont exprimés dans une cellule différenciée. Le clonage par le transfert de noyau dans des ovocytes énucléés suppose que tous les gènes soient réactivés pour permettre un développement embryonnaire normal. Des études au niveau chromatinien ont fait apparaître que chez les souris (en réalité dans le placenta) 400 gènes sur les 10 000 examinés avaient une expression anormale chez les animaux issus de clonage.
Les gènes inactifs d’une cellule sont méthylés et les histones associées sont méthylées plutôt qu’acétylées. On constate que chez les clones, la déméthylation de l’ADN n’est que partielle, et ce de manière différente chez chaque clone [2]. Les clones sont donc probablement génétiquement normaux dans la plupart des cas, mais ils sont le plus souvent épigénétiquement modifiés. Cela peut se traduire par des anomalies non immédiatement décelables chez les animaux et en particulier par une sensibilité exacerbée vis-à-vis de certains pathogènes qui pourraient déclencher des épizooties, voire des zoonoses. Il est admis, mais non complètement démontré, que les défauts épigénétiques des clones qui ont survécu sont effacés à la génération suivante. Cela doit résulter du fait qu’une reprogrammation complète du génome a lieu lors du cycle de reproduction normal. L’ADN se déméthyle presque complètement pendant certaines phases de la gamétogenèse, puis lors du développement embryonnaire pour se reméthyler sélectivement après l’implantation.
Il est vraisemblable que des améliorations des techniques de clonage vont venir atténuer tous ces problèmes. Une étude récente a en effet montré que la fusion expérimentale de deux embryons clonés au stade quatre cellules augmentait de huit fois le nombre de souriceaux vivants. Il semble que le défaut des clones vient moins fondamentalement d’une mauvaise reprogrammation du génome que d’une communication insuffisante entre les cellules de l’embryon [3, 4].
Il est donc possible que les clones comportent quelques risques pour les élevages et pour les consommateurs humains. Il est en revanche probable que les descendants des clones soient génétiquement et épigénétiquement normaux [2].
Toutes ces considérations incitent la Food and Drug Administration (FDA) à autoriser la consommation des clones et, a fortiori, de leurs descendants [5]. Les clones ayant un comportement normal sont de ce point de vue consommables, puisque selon les critères retenus pour l’élevage classique ces animaux ne diffèrent pas de ceux obtenus par fécondation. Les chercheurs sont plus prudents et notent qu’un très petit nombre d’animaux clonés et de leurs descendants ont été à ce jour examinés. Les études réalisées montrent qu’aucune différence n’est observée dans la composition du lait et de la viande des clones qui par ailleurs ne contiennent aucun élément toxique non allergène décelable [5].
Ces points ont été débattus lors d’un colloque organisé par l’Inra et l’OCDE et qui a eu lieu à Jouy-en-Josas les 20 et 21 novembre 2003. Les actes du colloque seront publiés dans le numéro de juin de la revue Cloning and Stem Cells n

1. Rhind SM, Taylor JE, De Sousa PA, King TJ, McGarry M, Wilmut I. Human cloning : can it be made safe ? Nat Rev Genet 2003 ; 4 : 855-64.

2. Fulka J Jr, Miyashita N, Nagai T, Ogura A. Do cloned mammals skip a reprogramming step ? Nat Biotechnol 2004 ; 22 : 25-6.

3. Boiani M, Eckardt S, Leu NA, Scholer HR, McLaughlin KJ. Pluripotency deficit in clones overcome by clone-clone aggregation : epigenetic complementation ? Embo J 2003 ; 22 : 5304-12.

4. Houdebine LM. Cloning by numbers. Nat Biotechnol 2003 ; 21 : 1451-2.

5. Powell K. Regulators equivocate on safety of clones. Nat Biotechnol 2003 ; 21 : 1415-6.


 

 

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