Auteur(s) : Louis-Marie Houdebine
Cette question commence à se poser avec le clonage de géniteurs
d’animaux d’élevage qui laisse entrevoir la possibilité de
prolonger la capacité de reproduction de meilleurs géniteurs et
d’accélérer ainsi le progrès génétique.
Le bilan actuel du clonage par transfert de noyau incite sans
aucun doute à la prudence. Le rendement de clonage est de
1-5 % et la moitié des nouveau-nés clonés meurent dans la
période périnatale [1].
Ces anomalies sont de toute évidence pour une bonne part liées à
des phénomènes épigénétiques. Environ 2 000 gènes sur les
35 000 d’un mammifère sont exprimés dans une cellule
différenciée. Le clonage par le transfert de noyau dans des
ovocytes énucléés suppose que tous les gènes soient réactivés pour
permettre un développement embryonnaire normal. Des études au
niveau chromatinien ont fait apparaître que chez les souris (en
réalité dans le placenta) 400 gènes sur les
10 000 examinés avaient une expression anormale chez les
animaux issus de clonage.
Les gènes inactifs d’une cellule sont méthylés et les histones
associées sont méthylées plutôt qu’acétylées. On constate que chez
les clones, la déméthylation de l’ADN n’est que partielle, et ce de
manière différente chez chaque clone [2]. Les clones sont donc
probablement génétiquement normaux dans la plupart des cas, mais
ils sont le plus souvent épigénétiquement modifiés. Cela peut se
traduire par des anomalies non immédiatement décelables chez les
animaux et en particulier par une sensibilité exacerbée vis-à-vis
de certains pathogènes qui pourraient déclencher des épizooties,
voire des zoonoses. Il est admis, mais non complètement démontré,
que les défauts épigénétiques des clones qui ont survécu sont
effacés à la génération suivante. Cela doit résulter du fait qu’une
reprogrammation complète du génome a lieu lors du cycle de
reproduction normal. L’ADN se déméthyle presque complètement
pendant certaines phases de la gamétogenèse, puis lors du
développement embryonnaire pour se reméthyler sélectivement après
l’implantation.
Il est vraisemblable que des améliorations des techniques de
clonage vont venir atténuer tous ces problèmes. Une étude récente a
en effet montré que la fusion expérimentale de deux embryons clonés
au stade quatre cellules augmentait de huit fois le nombre de
souriceaux vivants. Il semble que le défaut des clones vient moins
fondamentalement d’une mauvaise reprogrammation du génome que d’une
communication insuffisante entre les cellules de l’embryon [3,
4].
Il est donc possible que les clones comportent quelques risques
pour les élevages et pour les consommateurs humains. Il est en
revanche probable que les descendants des clones soient
génétiquement et épigénétiquement normaux [2].
Toutes ces considérations incitent la Food and Drug
Administration (FDA) à autoriser la consommation des clones et,
a fortiori, de leurs descendants [5]. Les clones ayant un
comportement normal sont de ce point de vue consommables, puisque
selon les critères retenus pour l’élevage classique ces animaux ne
diffèrent pas de ceux obtenus par fécondation. Les chercheurs sont
plus prudents et notent qu’un très petit nombre d’animaux clonés et
de leurs descendants ont été à ce jour examinés. Les études
réalisées montrent qu’aucune différence n’est observée dans la
composition du lait et de la viande des clones qui par ailleurs ne
contiennent aucun élément toxique non allergène décelable
[5].
Ces points ont été débattus lors d’un colloque organisé par l’Inra
et l’OCDE et qui a eu lieu à Jouy-en-Josas les 20 et
21 novembre 2003. Les actes du colloque seront publiés dans le
numéro de juin de la revue Cloning and Stem Cells n
1. Rhind SM, Taylor JE, De Sousa PA, King TJ,
McGarry M, Wilmut I. Human cloning : can it be made
safe ? Nat Rev Genet 2003 ; 4 : 855-64.
2. Fulka J Jr, Miyashita N, Nagai T, Ogura A. Do
cloned mammals skip a reprogramming step ? Nat
Biotechnol 2004 ; 22 : 25-6.
3. Boiani M, Eckardt S, Leu NA, Scholer HR,
McLaughlin KJ. Pluripotency deficit in clones overcome by
clone-clone aggregation : epigenetic complementation ?
Embo J 2003 ; 22 : 5304-12.
4. Houdebine LM. Cloning by numbers. Nat
Biotechnol 2003 ; 21 : 1451-2.
5. Powell K. Regulators equivocate on safety of
clones. Nat Biotechnol 2003 ; 21 : 1415-6.
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