ARTICLE
Auteur(s) : Marie Liégeois1, Stanislas
Wicherek1, Jean-Paul Amat2
1 Laboratoire BIOGEO, FRE 2545, CNRS/École
normale supérieure, Lettres et sciences humaines Lyon (ENS-LSH),
15, parvis René Descartes, 69000 Lyon cedex 7
<Marie.Liegeois@ens-lsh.fr>
2 Laboratoire BIOGEO, FRE 2545, CNRS/École normale
supérieure, Lettres et sciences humaines, Lyon (ENS-LSH), Institut
de géographie, Rue Saint Jacques, 75005 Paris
Les recherches que nous menons concernent l’érosion hydrique sur
les terres de grande culture. Celle-ci se manifeste avec une
intensité qui a retenu notre attention, mais aussi celle des
différents acteurs concernés par les problèmes qui affectent les
sols (photo 1).
La question en jeu est certes environnementale (pollution des sols
et des cours d’eaux...) mais elle est également, et dans une large
mesure, socio-économique. Ce sont les terres agricoles les plus
productives qui sont affectées par l’érosion (en Europe, aux
États-Unis, en Chine...) et on comprend bien que tout un système
mondial de production peut, à terme, être remis en cause..
Succinctement, quelques chiffres [1] peuvent nous aider à cerner
l’ampleur réelle de ce phénomène :
– le coût annuel de l’érosion hydrique au Canada représente
un manque à gagner de 1,3 milliard de dollars, et les pertes
attribuées à la dégradation des sols sont de l’ordre de 38 %
du revenu agricole net ;
– le coût annuel de l’érosion hydrique en Europe de l’Ouest est de
1,5 milliard d’euros [2]. La part des terres affectées par
l’érosion en France est de 2,7 % (surtout dans le sud-est et
les zones de montagne) et cette érosion peut atteindre 30 à
50 tonnes par hectare et par an.
Les recherches sur les phénomènes érosifs ont permis de
sensibiliser les différents acteurs aux problèmes encourus par les
sols. La sensibilisation a généré une demande croissante
d’informations à laquelle les chercheurs se sont efforcés de
répondre. Lorsque la connaissance des phénomènes érosifs est
devenue plus fine, la nature de la demande a changé. Outre la
connaissance de cet aléa, les gestionnaires du risque ont souhaité
que la recherche mette à leur disposition des outils concrets
destinés à mieux gérer le risque en facilitant la prise de
décision.
S’adaptant aux demandes sociales, la recherche s’est efforcée non
plus uniquement de raisonner en termes de fonctionnement d’un aléa
naturel, mais aussi d’envisager le risque de manière plus
systémique en intégrant des paramètres socio-économiques [3].
La notion de risque s’est formalisée dans les années 1980. Le
risque devenait la conjonction territoriale d’un ou plusieurs
dangers et d’une présence humaine directe ou indirecte [4]. Il a
été défini comme la conjonction d’un aléa et d’une
vulnérabilité.
Dans le cas du risque érosion, l’aléa (coulée de boue,
ruissellement) est de mieux en mieux connu. On connaît avec
précision (même si des lacunes existent encore) les paramètres qui
l’accentuent ou le minimisent. Une cartographie précise de cet aléa
a été réalisée dans plusieurs départements (Aisne, Haute-Normandie)
par l’Inra Orléans [5].
La suite logique de ces recherches sur l’érosion semble donc être
l’étude de la vulnérabilité. Le risque érosion a été étudié comme
la plupart des risques présents sur la planète. On a d’abord
cherché à comprendre et connaître le phénomène naturel (aléa), puis
on a mené des études sur les sociétés face à cet aléa
(vulnérabilité).
On peut noter que les risques mettant en scène des aléas bien
visibles (volcans, par exemple) bénéficient généralement d’une
étude sur la vulnérabilité plus avancée par rapport aux autres
risques. La vulnérabilité est certainement d’autant mieux sentie
inconsciemment que la menace pèse visuellement sur les
sociétés.
Les études sur la vulnérabilité, pourtant nombreuses, sont presque
totalement absentes dans le cas du risque érosion. Pour expliquer
cette lacune, nous pouvons avancer plusieurs hypothèses. D’une
part, il n’est pas évident que l’existence de phénomènes érosifs
soit réellement perçue comme un risque par la population :
outre la menace directe des coulées de boue sur la population, le
ruissellement effectue un travail de sape lent et peu visible [6].
Cette situation apparente de « non-risque » a pu
favoriser une certaine inertie des recherches sur la vulnérabilité.
D’autre part, l’érosion n’est pas un risque facilement
identifiable : effectivement, la coulée de boue est souvent
confondue avec l’inondation, alors que les modalités de mise en
place sont très différentes. Les services de l’État (préfectures
notamment) font d’ailleurs très rarement le distinguo entre
inondation et coulée de boue lorsqu’ils recensent les déclarations
de catastrophe naturelle.
Confusion et négation ont contribué à retarder les études sur la
vulnérabilité. Sans demande précise de la part des acteurs locaux,
la recherche s’est désintéressée de ces questions. Cette situation
regrettable tend à montrer que les chercheurs ne sont pas éloignés
des attentes réelles de la population. Il reste que la recherche
doit savoir parfois susciter la demande…
La gestion de ce risque devenant urgente, le vide est apparu plus
nettement. Ainsi, nous nous sommes penchés sur ce que pouvait être
la vulnérabilité à l’aléa érosion. Comme pour tout risque, elle
peut se définir comme « une fonction d’endommagement
potentiel ».
Nous pouvons essayer de l’envisager à travers un exemple
simple : le fait qu’une maison puisse être endommagée par une
coulée de boue constitue un risque. La coulée de boue, qui peut
s’abattre sur la maison, est l’aléa. Intuitivement, on sent que la
vulnérabilité serait de « se trouver là au mauvais
moment ».
Identification d’indicateurs pertinents
L’équation du risque ne fonctionne pas de manière binaire :
présence/absence. Pour un aléa donné, il existe plusieurs
niveaux de risque, qui sont fonction du niveau de l’aléa,
d’une part, et du degré de vulnérabilité, d’autre part.
Pour que l’équation du risque soit efficace, il est nécessaire
qu’aléa et vulnérabilité soient correctement définis, car la
pondération de paramètres mal définis dans l’équation pourrait être
exagérée. Il est bien sûr envisageable de pondérer davantage un
paramètre jouant à la fois sur l’aléa et sur la vulnérabilité. Il
faut néanmoins que cette pondération se fasse sciemment et ne soit
pas le fruit du hasard ou d’une imprécision dans la définition.
Cela implique donc de connaître précisément les critères de
caractérisation de l’aléa érosion.
La question qu’il faut alors se poser est la suivante : quels
sont les facteurs qui permettent le déclenchement du ruissellement
puis d’une coulée boueuse ? Visiblement, ces facteurs sont de
deux natures : des facteurs physiques d’une part, et des
facteurs techniques, souvent qualifiés de « facteurs
socio-économiques » dans la littérature, d’autre part [7].
Les facteurs physiques sont la nature du substrat, les données
climatiques, la valeur de la pente, la superficie du
bassin-versant, l’indice de compacité du bassin-versant, le
cheminement hydraulique, etc. [8].
Les facteurs techniques sont l’assolement, la nature des cultures,
la taille du parcellaire, les pratiques culturales, les degrés de
protection induits par la végétation et par les aménagements
antiérosifs [7, 9].
Les paramètres de protection sont introduits dans les critères
définissant l’aléa, car nous considérons qu’ils agissent
ponctuellement sur l’aléa et non sur la vulnérabilité. C’est en
diminuant l’aléa que les ouvrages de protection diminuent le
risque.
Sans développer comment ces paramètres agissent sur le
déclenchement de phénomènes érosifs, on peut signaler que l’aléa
varie suivant les valeurs obtenues pour chaque critère.
Ainsi, nous savons maintenant qu’aucun de ces critères ne doit
entrer en compte pour caractériser la vulnérabilité. Aléa et
vulnérabilité doivent s’étudier séparément et indépendamment ;
ces notions ne doivent pas être redondantes, sinon l’équation
définissant le risque n’a plus lieu d’être. Néanmoins, si ces
notions doivent s’étudier séparément, cela ne signifie en aucun cas
qu’elles sont une fin en soi. Lorsqu’elles ne sont pas
ultérieurement combinées, elles ne préjugent pas du niveau de
risque. Elles peuvent seulement nous en donner une idée
approximative et intuitive. Les cartes d’aléa et de vulnérabilité
qui peuvent être établies ne permettent pas d’aider directement à
la prise de décision en matière de risque ; il faut superposer
les deux critères pour qu’elles acquièrent tout leur sens.
Il existe de très nombreuses définitions de la vulnérabilité et
notre objectif n’est pas ici de dresser une liste exhaustive.
Néanmoins, on peut signaler trois grandes tendances dans la manière
d’aborder cette notion.
Les deux premières tendances sont véhiculées par des spécialistes
qui abordent les questions de vulnérabilité sous un angle bien
spécifique. Les études sont généralement très précises, mais elles
ne présentent pas la notion de risque de manière systémique.
• L’approche par la résistance : on la retrouve notamment dans
la méthode « Inondabilité » du Cemagref [10]. Elle prend
en compte la manière dont les éléments résistent physiquement et
mécaniquement à une inondation. C’est une approche généralement
adoptée par les sciences de l’ingénieur. La caractérisation choisie
de la vulnérabilité se fait au moyen de variables ayant une
signification bien connue : il s’agit ici de la fréquence, de
la durée et de la profondeur des inondations. Cette méthode dresse
des normes-guides de vulnérabilité qui permettent de déterminer des
niveaux de valeur. Cette qualification de la vulnérabilité du
territoire face aux inondations part du principe que plus le site
est résistant par nature, moins il est vulnérable. Cette approche
utilise le terme de vulnérabilité dans son sens le plus strict, tel
qu’il est défini par les dictionnaires généralistes, à savoir
« qui se défend mal ». Elle présente donc l’avantage
d’être plus facilement comprise par le grand public.
• L’approche par les dégâts : cette approche est adoptée dans
la démarche des PPR (plan de prévention des risques). La
vulnérabilité exprime alors un niveau de conséquence de l’aléa sur
les enjeux. Plus les dégâts peuvent être importants, plus le site
est vulnérable. Dans les études des PPR, on peut noter que le terme
de vulnérabilité est presque toujours absent ; on lui préfère
souvent le terme d’enjeu, l’étude des enjeux revenant d’ailleurs
souvent à une étude économique de la vulnérabilité [11]. Cette
approche par les dégâts est privilégiée par les économistes et les
sciences de l’homme et de la société de manière plus générale.
La troisième approche est récente. Davantage systémique, elle
synthétise les deux approches précédentes et permet de mieux
comprendre les différents éléments qui interagissent dans la
caractérisation de la vulnérabilité.
• L’approche mixte : elle envisage la vulnérabilité comme une
mise en danger des sociétés. Elle est complexe car elle intègre à
la fois la capacité de résistance/ résilience présente dans
l’approche du Cemagref et la notion de valeur présente dans le
terme « enjeux ». Le terme « vulnérabilité »
désigne ici un ensemble de facteurs qui vont influer largement sur
le niveau de risque sans que l’intensité de l’aléa ne soit
modifiée : la capacité de réaction face à la catastrophe, la
présence de richesses, la densité de population, l’efficacité des
plans de secours et des systèmes d’alerte, etc.
En tant que chercheurs préoccupés par le risque érosion, quelle
approche pouvons-nous choisir ?
L’approche « mixte » rend un peu mieux compte de la
complexité de cette notion. Elle contient implicitement l’idée que
l’émergence du risque intervient dans le transfert de l’aléa vers
l’homme. On sent bien que c’est au niveau de ce transfert
qu’apparaît l’idée de la vulnérabilité. La complexité de ce
transfert mène à des situations très différentes suivant les
conditions socio-économiques présentes sur le territoire. C’est la
raison pour laquelle l’approche mixte semble convenir assez bien,
car elle permet de rendre compte de la complexité de la situation.
La figure 1
illustre cette logique de transfert.
La vulnérabilité est un miroir de la situation socio-économique
[12]. En ce sens, elle se définit par deux composantes
majeures :
– la valeur du site (il s’agit de l’étude d’une partie des
enjeux) ;
– la capacité de résistance à l’aléa identifié.
Plus un site sera capable de résister à une coulée de boue ou à du
ruissellement, moins il sera « exposé » à l’aléa. Suivant
la même logique, plus un site aura de la valeur, plus il sera
« exposé » et donc vulnérable. Nous pouvons à ce stade
dire que le concept de vulnérabilité est paramétré par la valeur
des sites et leur capacité de résistance. Ces deux critères
définissent la vulnérabilité et ne sont pas redondants avec ceux
qui paramètrent l’aléa. L’étude de la vulnérabilité peut donc se
faire de manière isolée. Elle apportera de nouvelles données à
combiner avec celles fournies par l’étude de l’aléa, ce qui était
l’objectif recherché.
Avant d’aller plus loin, précisons les notions de « valeur du
site » et de « capacité de résistance ».
• La valeur d’un site
Il s’agit d’établir une échelle de valeurs entre les différents
sites de même nature afin d’identifier quels sont les sites de
grande, de moyenne, et de faible valeur. Cette étape est assez
simple puisqu’elle ne se fonde que sur des données chiffrées
relativement facilement manipulables. Par exemple : comment
déterminer le degré de vulnérabilité d’une terre agricole ?
Nous cherchons en réalité à en connaître la valeur financière.
Ainsi, plusieurs critères sont à prendre en compte : son prix
de vente, le prix de vente des cultures qu’elle supporte, la
richesse de son sol, etc. Plus on souhaite affiner l’étude, plus on
ajoute de critères. Notons que dans ce cas précis, il faut refaire
l’étude lorsque l’assolement est modifié. Les résultats donnent une
première idée de la valeur de cette terre agricole. Le cas d’un
site naturel est plus délicat, car le site ne possède pas de valeur
financière clairement établie. Il faut faire appel à d’autres
méthodes permettant de donner une valeur financière à ce site. La
méthode d’évaluation contingente se révèle très utile. Il serait
très long de développer ici son principe de fonctionnement [13].
Néanmoins, elle constitue un moyen de donner une valeur monétaire à
un bien non marchand, en voyant entre autres quelle est la valeur
du service rendu par ce bien. Il s’agit alors d’examiner des
valeurs d’option, valeur de legs, etc. Il existe d’autres méthodes
développées par les économistes dont nous ne parlerons pas ici
[14]. La méthode d’évaluation contingente n’est pas la seule à
prendre en compte les aspects non marchands de la valeur d’un bien.
Les économistes et les géographes ont travaillé sur ces questions,
notamment par le biais de l’évaluation des paysages. Ils proposent
ainsi diverses approches pour qualifier ce que nous pourrions
appeler une valeur « sentimentale » ou encore
« patrimoniale ». L’unité monétaire comme dénominateur
commun présente des avantages certains. Néanmoins, il reste
toujours des reliquats pour lesquels il est très difficile
d’obtenir une valeur marchande [15]. Pour cette part d’affectif non
intégrée dans les méthodes économistes classiques, nous proposons
une pondération de la valeur marchande finale. Ainsi, nous ne
pouvons pas qualifier la vulnérabilité avec des valeurs absolues,
mais avec des valeurs discrétisées pondérées.
Il existe deux manières de s’exposer au risque : par la
valeur, et par l’incapacité à résister à l’aléa. La valeur a été
examinée ; voyons maintenant comment la capacité de résistance
contribue à renseigner sur le degré de vulnérabilité. Cette
capacité peut être directe ou indirecte.
• La capacité de résistance directe
C’est la capacité de résistance instantanée au phénomène. En
terres agricoles, la sensibilité des parcelles aux phénomènes
érosifs varie. Pour déterminer la capacité de résistance directe il
faut examiner ces critères : situation de la parcelle sur le
versant, nature du sol, état phénologique de la végétation, etc.
L’étude sera d’autant plus pertinente et plus juste que le nombre
de critères d’évaluation sera important.
Ces paramètres varient beaucoup dans le temps. Leur remise à jour
est nécessaire jusqu’à deux fois par an. Cette situation n’est pas
envisageable dans une cartographie du risque. Si la carte n’a
jamais eu l’ambition d’être pérenne, elle ne doit pas pour autant
être remise en cause à intervalles trop rapprochés. Il est donc
nécessaire de trouver une méthode pour décrire une situation
moyenne. Cette piste de recherche reste ouverte ; elle
correspond d’ailleurs à une demande croissante de la part des
chambres d’agriculture.
• La capacité de résistance indirecte
Une terre agricole incapable de résister physiquement et
directement à des processus érosifs, peut cependant posséder des
ressources qui lui permettent de supporter le processus. L’étude de
ces ressources est fondamentale parce qu’elle inclut des phénomènes
non visibles. Ainsi, imaginons une terre fortement déstructurée par
un épisode érosif. Visiblement, la capacité de résistance directe
de cette terre est presque nulle, son degré de vulnérabilité semble
à première vue assez élevé. L’étude de la capacité de résistance
indirecte permet de corriger cette intuition. Il peut effectivement
exister des paramètres extérieurs permettant à cette terre de mieux
supporter les conséquences du ruissellement et des coulées de boue.
Ces paramètres agissent après coup, ils s’intègrent dans la notion
de résilience à la fois physique et économique [16]. Il s’agit par
exemple des assurances qui, en indemnisant l’agriculteur,
permettent de diminuer sa perte économique. La taille de
l’exploitation et la répartition des parcelles interviennent
également puisque plus une exploitation agricole sera grande (plus
de 700 hectares) et dispersée, moins le phénomène localisé
aura d’impact. Tous ces paramètres externes non visibles sur le
site affecté sont fondamentaux puisqu’ils agissent directement sur
le niveau de vulnérabilité.
Là encore, ces indications sont très difficiles à porter sur une
carte. Le biais d’une valeur moyenne pour un site peut être
utilisé, à condition de pouvoir justifier cette valeur moyenne.
La recherche d’indicateurs de vulnérabilité pour le risque érosion
n’est pas dénuée de complexité. Les éléments que nous avons décrits
ici doivent être envisagés comme une base de travail à approfondir.
Cette trame d’étude doit être affinée avec de nouveaux paramètres,
de manière à la rendre plus pertinente et plus juste. Il est
certain que ce type d’étude ne peut pas mener à une justesse
absolue, car il n’est pas possible de tout paramétrer. Néanmoins,
nous ne devons pas renoncer à cette « décision de
complexité » [17] car ce type d’étude constitue une approche
et un diagnostic du risque efficace.
Collectées, toutes ces données sur la vulnérabilité doivent être
mises en forme de sorte qu’elles soient facilement mobilisables et
analysables. Leur compréhension dépend en grande partie de cette
mise en forme.
Quels outils pour diagnostiquer la vulnérabilité ?
L’étude de la vulnérabilité d’un site comprend deux
étapes : la collecte et la mise en forme des données, puis
l’utilisation et le traitement de ces données.
L’outil SIG (système d’information géographique) semble
particulièrement adapté pour le traitement des données. Rappelons
que l’objectif est de parvenir à établir une carte des niveaux de
risque dans un secteur donné. Pour ce faire, il faut combiner les
données de l’aléa (généralement disponibles à petite échelle) et
celles de la vulnérabilité (disponibles à une échelle plus grande).
Le SIG semble très bien convenir pour mettre toutes ces données à
une échelle satisfaisante pour la carte des risques. Et surtout, il
permet une actualisation du phénomène et des données relativement
aisée. Au cours de nos recherches, cet outil n’a pas encore été
utilisé, mais sa mise en forme est un des objectifs fixés.
La cartographie de la vulnérabilité étant particulièrement
difficile, il serait judicieux de ne pas alourdir cette tâche.
Ainsi, le calcul du niveau de vulnérabilité est-il nécessaire sur
des zones où l’aléa est nul ? De toute évidence, la réponse
est non. L’étude de la vulnérabilité n’a de sens que sur des zones
dont on sait qu’elles sont soumises à l’aléa.
Le SIG ne semble pas encore totalement adapté, car il manque des
données importantes concernant de nombreux indicateurs de
vulnérabilité. Certaines couches d’informations n’existent pas
encore ou ne sont pas exploitables en l’état. En outre, quand les
informations existent, elles ne sont pas toujours spatialisées. Ces
bases de données devraient se développer dans les années à venir,
car on est en droit d’imaginer que la demande va être de plus en
plus forte. Elles devront prioritairement intégrer des informations
économiques et patrimoniales.
L’absence d’un SIG adapté actuellement ne doit pas être un facteur
limitant pour nos recherches. Il existe d’autres moyens très
efficaces pour diagnostiquer la vulnérabilité d’un territoire.
Il faut identifier des « espaces types » qui auront des
caractères majeurs en commun. Ainsi, on pourra distinguer des zones
urbaines et rurales, des zones d’activité et d’habitat dense, des
zones de cultures, des zones humides, etc.
Pour chaque espace type, il faut réfléchir à l’identification,
puis à la hiérarchisation, d’indicateurs de vulnérabilité. Lorsque
ces indicateurs sont identifiés et hiérarchisés, on peut les
organiser au sein d’une arborescence qui permettra de dégager un
niveau de vulnérabilité. Cette arborescence suit la logique des
clés de détermination des flores. Plus on avance vers la droite en
répondant à des questions simples, plus on précise le niveau de
vulnérabilité.
Dans l’exemple illustré par la figure 2, nous avons
choisi de diagnostiquer sommairement la vulnérabilité d’un espace
type agricole à l’aide d’une arborescence.
Seuls trois indicateurs ont été utilisés pour cette arborescence,
nombre suffisant pour comprendre son fonctionnement. Le paramètre
intervenant en premier concerne la valeur des cultures engendrant
de gros revenus ou non. Le deuxième indicateur analyse le rendement
de la terre agricole. Ainsi, plus la terre sera productive, plus
elle sera vulnérable. Enfin, le dernier indicateur renseigne sur la
diversité des cultures (la monospécificité induisant dans la
plupart des cas une plus grande fragilité).
L’intérêt de l’arborescence est que la réflexion s’effectue en
amont dans l’organisation et le positionnement des paramètres.
Ensuite, il est très facile de la compléter et de situer un degré
de vulnérabilité. On comprend mieux l’intérêt lorsqu’on souhaite
faire des enquêtes de terrain. L’arborescence peut être distribuée
et facilement complétée par la personne interrogée. Ainsi, des
niveaux de vulnérabilité se dégagent rapidement et l’inclusion de
ces données dans un SIG est facilitée lorsque les bases de données
sont inexistantes.
Conclusion
On peut parler de « système de risque » lorsque l’aléa
est transféré vers les sociétés. Plus la vulnérabilité est élevée,
moins le transfert est supportable. L’un des objectifs de cette
réflexion est d’apporter aux collectivités une aide à la décision
efficace pour gérer et prévenir les risques. Il est donc nécessaire
de connaître les paramètres sur lesquels nous pouvons agir, et ceux
qui ne sont pas modifiables. Les paramètres non modifiables, par
exemple la nature des sols, la pluviométrie, la valeur de la pente,
etc., ont été qualifiés de « données permanentes » [18].
En revanche, les données socio-économiques sont modifiables. Les
actions de prévention contre les risques doivent se porter sur ces
données car les solutions purement techniques ont des limites.
Il faut être très vigilant lorsque des actions de lutte contre le
risque sont entreprises, car elles peuvent consister à faire
diminuer soit le niveau de l’aléa soit celui de la vulnérabilité.
L’objectif n’est pas seulement de prévenir de futurs dommages pour
des populations non encore implantées, il faut également répondre
aux attentes des populations vivant dans un secteur à risque.
Ainsi, il est essentiel de se poser la question des
temporalités : celle de l’aléa et celle de la vulnérabilité.
Connaître les niveaux passés d’aléa et de vulnérabilité est très
important, de même que chercher à savoir quels pourraient être ces
niveaux dans le futur. Va-t-on, en terres de grande culture, vers
une augmentation ou une réduction de la vulnérabilité ? À en
juger par l’augmentation du niveau de vie, la vulnérabilité
augmente pour ce qui est de la valeur des sites. Cette
considération doit être prise en compte dès à présent, surtout
lorsque l’on parle de développement durable. En revanche, en
considérant la hausse probable de la capacité de résistance, on
peut se demander si les niveaux de vulnérabilité augmentent ou
diminuent.
Une fois la temporalité examinée, on peut se demander quelle est
l’échelle pertinente pour l’étude et la cartographie de la
vulnérabilité. L’aléa s’étudie à l’échelle du bassin-versant,
échelle d’approche relativement grande. Le risque, lui, doit se
cartographier à l’échelle variable de la prise de décision, le plus
souvent communale, mais aussi intercommunale ou départementale,
voire nationale. Quelle échelle choisir pour cartographier la
vulnérabilité ? La réponse n’est pas évidente, mais soulignons
que l’étude de la vulnérabilité s’exerce sur des sites de
différentes natures. Ainsi, l’échelle la plus pertinente semble
être celle de « l’espace type » évoqué ci-dessus. Cet
espace pourra être une zone bâtie, une terre de grande culture, une
forêt, un cours d’eau, etc. L’espace type ne règle pas tous les
problèmes d’échelles, car si la vulnérabilité est dégagée
clairement pour des figures fermées (agglomérations, massifs
boisés...) elle l’est nettement moins lorsqu’on parle de réseaux
(voies de communications, réseau électrique...). Nous pouvons
néanmoins avancer que l’étude de la vulnérabilité doit se faire sur
une échelle relativement grande. Elle ne doit prendre en compte les
espaces voisins que dans les cas très précis de connectivité des
systèmes et d’interactions des territoires. Ces pistes de
recherches sont encore largement ouvertes n
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