ARTICLE
Auteur(s) : Nathalie Munier-Jolain1, Benoît
Carrouée2
1 INRA, Unité de génétique et d’écophysiologie des
légumineuses, 17, rue Sully, BP 86510, 21065 Dijon Cedex,
France <munierjo@dijon.inra.fr>.
2 UNIP, 12, avenue George V, 75008 Paris,
France
Depuis la réforme de la PAC en 1992, le déficit européen en
matières riches en protéines, en particulier pour l’alimentation
animale, est resté important, et a même été aggravé par la
suspension de l’utilisation des farines et graisses animales :
la consommation européenne de matières riches en protéines pour
l’alimentation animale est de 3,8 millions de tonnes (en
équivalent protéines) avec un taux de couverture par les matières
riches en protéines européennes de 26 % (statistiques de
l’Union nationale interprofessionnelle des plantes riches en
protéines ou Unip, 2002). Alors que 60 % des besoins sont
couverts par des importations de soja, les protéagineux (pois,
lupin, féverole) contribuent à satisfaire une partie de ces
besoins.
Dans le même temps, l’analyse de l’impact environnemental de la
production agricole est devenue une nécessité pour les
professionnels agricoles et les décideurs politiques, tant pour les
discussions sur les normes réglementaires que pour l’argumentaire
fondant la mise en œuvre de mesures incitatives. L’intérêt
agri-environnemental d’une culture peut se définir au travers de la
qualité de ses produits, de la nature et du coût énergétique et
environnemental de ses besoins et, enfin, de son rôle dans la
conduite de systèmes de production respectueux de
l’environnement.
Face à ce double constat de forte demande de matières riches en
protéines et de prise en compte de l’impact environnemental des
cultures, la production agricole européenne se présente de façon
singulière avec moins de 5 % de la surface de grandes cultures
(céréales, oléagineux, cultures industrielles) allouée aux
légumineuses à graines, alors que leur place avoisine 20 à
30 % en Amérique du Nord et du Sud et en Australie. Or, les
protéagineux présentent des produits aux caractéristiques
nutritionnelles adaptées aux filières de qualité, mais aussi des
caractéristiques environnementales communes à l’ensemble des
plantes de la famille des légumineuses, liées entre autres à leur
capacité à fixer l’azote atmosphérique et donc à satisfaire leurs
besoins en azote sans aucun apport d’engrais azoté minéral ou
organique. Or, 20 à 30 % du coût énergétique de la production
agricole est imputable à la fabrication et à l’utilisation des
engrais azotés.
Parmi les cultures protéagineuses, le pois sec (appelé en France
pois protéagineux pour les variétés sans tanins) semble le plus
adapté aux climats européens, en particulier du nord de l’Europe,
avec 75 % de la surface en protéagineux en Europe et en
France. Malgré un développement récent de la culture de type hiver,
le principal type cultivé reste le pois de printemps sur plus de
95 % des surfaces cultivées en pois.
L’objet de cette synthèse est de recenser chez le pois de
printemps, d’une part, les atouts qualitatifs de la production pour
satisfaire la demande de matière riche en protéines et, d’autre
part, son intérêt pour l’équilibre des rotations, dans le but
d’améliorer les impacts environnementaux agricoles.
Des produits de qualité pour l’alimentation animale et
humaine
Le pois sec est un produit facilement stockable par les
industriels et les éleveurs.
• Le pois présente une graine ronde et à tégument épais, de ce fait
facile à ventiler et à sécher en cours de stockage : ces
aptitudes à la ventilation et au séchage limitent fortement les
attaques par les insectes, mais aussi le développement de
mycotoxines, d’endobactéries et de salmonelles (enquête Tecaliman,
1996). Par ailleurs, les résidus phytosanitaires présents sur les
graines sont faibles (enquête Unip-Cetiom, 1994 ; enquêtes
Unip-ITCF qualités des pois, 2001 et 2002)
• Les variétés de pois protéagineux, sans tanins et à faible
activité antitrypsique, ne contiennent pas ou que très peu de
facteurs antinutritionnels : les graines peuvent donc être
utilisées en l’état, sans traitement thermique ni solvant, par
simple broyage ou granulation, quel que soit le type d’animal.
Par ailleurs, le pois constitue une matière première intéressante
pour l’alimentation animale, en particulier des porcs et des
volailles, car sa composition est caractérisée par des teneurs
élevées (tableau 1) [1] :
Tableau 1. Composition du pois en
comparaison du blé et du soja [1].
Table 1. Composition table of pea, soybean meal, and
wheat [1].
|
Pois |
Blé |
Tourteau de
soja |
| Amidon (1) |
512 |
689 |
34 |
| Protéines (1) |
240 |
131 |
519 |
| Tryptophane
(1) |
2 |
1,6 |
7 |
| Lysine/protéines (× 10
– 2) |
7,5 |
2,8 |
6,4 |
| Énergie nette
(2) |
2 740 |
2 960 |
2 150 |
(1) en g.kgMS – 1
(2) en kcal.kgMS – 1
– en amidon et en protéines digestibles, qui lui donnent une
valeur énergétique nette élevée proche de celle du blé ;
– en lysine : le ratio lysine/protéine très élevé du pois
(supérieur à celui du soja) permet de pallier le déficit en cet
acide aminé chez les céréales tout en minimisant la teneur en azote
total de la ration. Cette bonne adéquation entre la composition des
associations pois et céréales par rapport aux besoins azotés des
porcs et des volailles entraîne une réduction de la quantité
d’azote excrétée par les animaux de l’ordre de 20 %
comparativement à une ration soja/blé [2]. De plus, le phosphore
présent dans le pois offre une meilleure digestibilité que celui
qui est présent dans le soja (table du Central Veevooerderbureau ou
CVB) et permet donc de réduire les rejets en phosphore des
élevages. Les performances de digestibilité tant de l’azote que du
phosphore du pois constituent ainsi des atouts dans la lutte contre
l’eutrophisation due aux épandages d’effluents d’élevage.
Cependant, la faible teneur en tryptophane et en méthionine des
protéines du pois, acides aminés essentiels pour l’alimentation des
non-ruminants, constitue un inconvénient, en particulier par
rapport au soja : ainsi, dans certains cas, les rations
doivent être complétées par des acides aminés industriels.
Par ailleurs, le pois est une matière première très prisée en
production animale « biologique » et pour la production
de volailles sous label de qualité, pour trois raisons :
– l’obtention du label « biologique » implique
l’assurance de la non-utilisation d’OGM dans l’alimentation des
animaux et interdit donc l’utilisation des tourteaux de soja en
l’absence de traçabilité. Le pois, comme les autres matières
premières européennes riches en protéines, constitue alors une
alternative intéressante ;
– pour la production de volailles « fermières » ou sous
« Label Rouge », l’objectif de production d’espèces de
poulets à croissance lente (par rapport à une production intensive)
nécessite des aliments moins concentrés en énergie et en azote que
pour les volailles à croissance rapide. Cela se traduit ainsi par
un rapprochement de la ration utilisée en production porcine pour
laquelle le pois est particulièrement bien adapté ;
– dans les filières de production régies par des cahiers des
charges, les signes d’authenticité et de terroir sont
importants : avec une production française forte, le pois peut
renforcer l’image d’un produit de terroir recherchée pour les
productions labélisées.
L’alimentation animale n’est pas l’unique débouché du pois. Son
utilisation comme ingrédient agro-alimentaire est actuellement
renforcée par la demande des consommateurs européens de produits
indemnes d’OGM. En alimentation humaine traditionnelle, le pois, de
même que les autres légumes secs, est un aliment indispensable pour
les populations peu consommatrices de produits carnés ; ainsi,
le pois produit en France est de plus en plus apprécié en Inde, au
Bengladesh et dans le Maghreb, comme le montre l’augmentation
importante de l’exportation de pois jaunes, vers l’Inde en
particulier, au cours de ces dernières années.
Une culture économe
Une culture peu consommatrice en eau
Les besoins en eau d’une culture de pois de printemps sont
évalués à environ 300 mm pour atteindre un niveau de rendement
proche du potentiel, contre 450 mm pour le soja et 500 mm
pour le maïs (figure
1).
Dans la plupart des climats européens, la répartition de la
pluviométrie par rapport au cycle de la culture permet d’envisager
la culture sans irrigation du pois beaucoup plus facilement que
celle du soja ou du maïs ; ainsi, en zones de culture
septentrionales, plus de 90 % de la surface en pois est
conduite sans irrigation.
Dans les régions à déficit hydrique marqué et précoce, la mise en
place de pratiques d’irrigation raisonnées conduit à une irrigation
de 50 à 80 mm au maximum pour tout le cycle. De plus, ces
besoins en eau se situent à la fin du printemps, entre la floraison
et le début du remplissage des graines [3], à une période où la
disponibilité en eau au sein des exploitations est relativement
importante : en effet, les cultures d’été nécessitant une
irrigation importante, tels le soja ou le maïs, ont des besoins en
eau plus tardifs. Par conséquent, non seulement les besoins
d’irrigation du pois sont faibles mais, en plus, ils s’insèrent
facilement dans la gestion de l’eau à l’échelle de
l’exploitation.
Une culture à faible consommation en énergie fossile et
intrants chimiques
Nutrition azotée
Comme toutes les légumineuses, le pois présente une aptitude à
fixer l’azote atmosphérique grâce à la symbiose avec des bactéries
fixatrices d’azote (Rhizobium leguminosarum dans le cas du
pois). Cette voie de prélèvement de l’azote permet d’obtenir un
produit agricole riche en protéines sans recourir à des apports
d’azote minéral issu de l’activité industrielle, principal poste de
consommation en énergie fossile en agriculture. Dans la plupart des
conditions de culture en France, cette voie d’acquisition de
l’azote est suffisante pour assurer le rendement potentiel. En
effet, de nombreux travaux ont montré que l’apport d’azote minéral
au cours du cycle (jusqu’à la floraison) ne permet généralement pas
d’obtenir un rendement supérieur, ni une teneur en protéines des
graines plus élevée [4], comme l’illustre la figure 2 [5].
L’aptitude à fixer l’azote atmosphérique contribue largement à
placer le pois parmi les cultures les moins consommatrices en
énergie non renouvelable, loin devant les cultures non légumineuses
à fort niveau de fertilisation azotée. À titre d’exemple, l’engrais
azoté contribue à environ 60 % de la charge énergétique pour
une culture de blé (tableau 2) [6].
Tableau 2. Résultats énergétiques
par culture et en moyenne pour deux rotations [6].
Table 2. Energetic costs for pea and wheat, and mean
value for crop rotations [6].
|
Charges énergétiques
(GJ.ha–1) |
Produits énergétiques
(GJ.ha–1) |
Efficience énergétique |
| Pois |
8,2 |
80,3 |
9,82 |
| Blé après
pois |
16,9 |
137,1 |
8,12 |
| Moyenne rotation
pois/blé |
12,5 |
108,7 |
8,67 |
| Monoculture
blé |
19,4 |
116,8 |
6,11 |
GJ : gigajoule.
Cependant, le coût en carbone de la mise en place des structures
nodulaires et du fonctionnement de la fixation symbiotique de
l’azote atmosphérique est supérieur à celui qui est associé à
l’absorption minérale : ce surcoût se fait au détriment de la
biomasse racinaire qui est donc plus importante pour des plantes
reposant sur l’absorption minérale [5, 7]. La diminution de
l’enracinement du pois en conséquence du prélèvement d’azote
atmosphérique peut constituer un inconvénient pour le prélèvement
d’eau ou de nitrates. Par conséquent, en conditions limitantes, en
particulier en situation de déficit hydrique en fin de cycle, les
plantes ayant pu développer un système racinaire important et
profond grâce à la présence de nitrates dans les sols inhibant
partiellement la fixation symbiotique en début de cycle seraient
plus aptes à résister aux stress. Il convient donc de rechercher
l’optimum de complémentarité entre assimilation et fixation sur
l’ensemble du cycle de la plante afin d’optimiser la mise en place
du système racinaire et le prélèvement par la plante des ressources
du sol.
Protection phytosanitaire
La protection phytosanitaire du pois de printemps demande quatre
à cinq interventions dont le coût en produits par hectare est
inférieur d’environ 30 à 45 euros à celui du blé. Les
herbicides, foncigides et insecticides représentent respectivement
20, 14 et 8 % du coût moyen de la culture (moyenne des charges
opérationnelles 1997-2001, statistiques Unip, 2002). En l’absence
de fertilisation azotée, la part des produits phytosanitaires dans
le total des charges opérationnelles est de près de 45 %. Si
quatre à cinq interventions phytosanitaires par cycle cultural sont
en général suffisantes, ce nombre est modulé en fonction de la
pression de la flore adventice, des maladies et des ravageurs.
Pour le désherbage, l’application de programmes adaptés à la
flore à des doses modulées permet une maîtrise satisfaisante de la
flore adventice du pois en une ou deux interventions (pré et/ou
post-levée). Le développement récent des associations post-levées,
en particulier à base d’aclonifen et de bentazone, a permis une
réduction très sensible de la quantité de matière active
consommée.
Une protection fongique et contre les ravageurs satisfaisante est
généralement obtenue avec deux interventions à partir de la
floraison pour le pois de printemps. En ce qui concerne
l’anthracnose, maladie la plus fréquemment rencontrée sur le pois,
outre la recherche de résistance variétale par les généticiens, des
travaux de recherches sont en cours concernant le raisonnement des
traitements en fonction des risques épidémiques (climat, pression
d’inoculum) et des seuils de nuisibilité de la maladie.
Cependant, la France doit faire face actuellement à la progression
d’Aphanomyces euteiches, champignon du sol pour lequel il
n’existe encore aucun moyen de lutte efficace : le
développement de cette maladie dans les bassins de production
majeurs du pois de printemps porte un préjudice important à cette
culture. En l’absence de méthodes de lutte efficaces, seule une
gestion raisonnée de la sole avec un test de détection de la
présence d’Aphanomyces à partir d’échantillons de sols
permet d’éviter les risques de maladies. Des recherches en cours
portent sur le traitement des semences, la résistance partielle et
l’effet de certaines plantes de rupture (moutarde en culture
intermédiaire en particulier) pour réduire la pression d’inoculum.
En effet, des cultures intermédiaires de la famille des
Brassicacées sont citées dans la littérature comme étant
susceptibles de réduire le potentiel infectieux de sols infestés
par certains pathogènes telluriques. Les produits issus de la
dégradation des glucosinolates contenus dans ces plantes pourraient
affecter certaines phases du cycle du pathogène (mycélium, forme de
conservation, etc.) [8].
Mécanisation
Le faible nombre d’interventions nécessaires en cours de culture
ajouté au semis et à la récolte (soit en moyenne
6 interventions sur le cycle) conduit à une charge de
mécanisation relativement faible comparée à celle du blé ou du
colza.
Les problèmes de récolte rencontrés au début de la culture du pois
ont été en partie résolus par l’utilisation de variétés
afila et non plus feuillues, permettant de limiter les
problèmes de verse. Les variétés les plus récentes présentent une
nette amélioration de la résistance à la verse, contribuant à
faciliter la récolte, en particulier dans les parcelles
caillouteuses ; cependant, pour ces nouvelles variétés, leur
structure de végétation peut ralentir la réalisation de la récolte
en conditions sèches. Ainsi, les difficultés de récolte du pois
restent encore parfois un handicap de la culture.
Autres postes
Le pois est peu exigeant en phosphore, potassium et autres
éléments minéraux. Dans les zones de grande culture où la fertilité
des sols a été régulièrement entretenue, les apports se limitent à
l’entretien de la fertilité minérale du sol, c’est-à-dire à la
compensation des exportations (recommandations ITCF).
Par ailleurs, il est rarement nécessaire de sécher le pois à la
récolte : une simple ventilation à l’air froid suffit.
Bilan d’énergie et rejets de gaz à effet de serre
L’absence de fertilisation azotée, les charges limitées en
produits phytosanitaires et en mécanisation ainsi que l’absence de
séchage artificiel expliquent le faible niveau de la quantité
d’énergie fossile consommée par rapport aux autres cultures. En
particulier, la fabrication d’engrais azotée est très consommatrice
d’énergie fossile : le poste azote représente plus de la
moitié des consommations d’énergie fossile d’une culture de blé
recevant 180 kg/ha d’azote. Ainsi, l’efficience énergétique
« énergie produite/énergie consommée » d’un pois est
meilleure que celle des céréales, malgré un produit énergétique à
l’hectare moindre (tableau 2) [6].
Compte tenu des effets induits sur la culture suivante (économie
d’azote et de travail du sol), l’économie d’énergie fossile permise
par une succession pois-blé comparée à une succession blé-blé est
de 13,8 GJ par hectare soit 0,33 tep (tonne équivalent
pétrole) dans l’exemple illustré par le tableau
2. À l’échelle de la France, l’introduction de 25 % de
protéagineux dans les rotations de grandes cultures se traduirait
par une économie d’énergie fossile d’environ 1 Mtep, à
comparer à une consommation totale d’énergie fossile actuellement
égale à 134 Mtep (pétrole + gaz
naturel + charbon), soit environ 0,7 %.
Cette faible consommation d’énergie fossile liée à l’autonomie
pour l’azote contribue à réduire l’impact des activités agricoles
sur les rejets de CO2 d’origine fossile. De plus,
l’absence d’apport de fertilisants azotés réduit les rejets
d’autres gaz à effet de serre, principalement de méthane
(CH4) et de protoxyde d’azote (N2O) au moment
de la fabrication ou de l’épandage de l’azote [9]. Les émissions de
protoxyde d’azote sont très faibles en proportion de l’azote
apporté, mais cette molécule a un très fort coefficient de gaz à
effet de serre : près de 2 % des engrais azotés peuvent
être volatilisés sous forme de N2O, mais cela représente
près de 30 % de l’impact total d’une culture de blé sur
l’émission de gaz à effet de serre [10]. Sous l’hypothèse selon
laquelle une culture de légumineuse n’entraîne pas d’émission de
N2O du fait de l’absence d’engrais azoté, la culture de
pois permettrait une réduction importante des rejets de gaz à effet
de serre, de l’ordre de 70 % par rapport à des cultures
recevant 150 à 200 kg.ha–1 de N. Toutefois, les
données relatives aux émissions de N2O au champ, tant au
moment de l’apport d’engrais qu’en cours de culture ou durant
l’interculture, sont extrêmement variables et difficiles à mesurer.
Des travaux spécifiques sur les émissions gazeuses au champ sont
donc encore nécessaires pour quantifier cet impact.
L’aptitude à fixer l’azote atmosphérique, caractéristique commune
à l’ensemble des cultures de la famille des légumineuses, est un
atout environnemental important dans le contexte actuel de
préoccupation vis-à-vis du réchauffement climatique. Malgré
l’imprécision des données relatives aux émissions gazeuses, il est
probable qu’une proportion de 25 % de légumineuses dans les
rotations de grandes cultures en Europe contribuerait à une
réduction de l’ordre de 1 % des émissions des gaz à effet de
serre. Une telle diminution ne serait pas négligeable au regard des
objectifs de réduction d’émissions de gaz à effet de serre définis
dans le protocole de Kyoto (de 0 à 10 % selon les pays).
Une solution indispensable pour la diversification des
successions culturales
Gestion de la flore adventice
Dans les systèmes de production à base de céréales d’hiver, les
rotations peu diversifiées conduisent à une intensification et à
une homogénéisation du désherbage entraînant la sélection d’une
flore adventice peu diversifiée et agressive, de plus en plus
souvent résistante à certains herbicides. La réduction de la
pression herbicide pour des raisons agri-environnementales n’est
envisageable qu’à condition de compenser par des adaptations des
pratiques ayant des effets préventifs sur les niveaux
d’infestation. La principale adaptation réside dans la
diversification de la succession culturale qui permet de
diversifier, d’une part, les matières actives herbicides et,
d’autre part, les dates de semis à l’échelle de la succession afin
d’éviter la sélection d’espèces à période de levée marquée.
Des simulations de l’évolution démographique à long terme d’une
infestation de vulpin permettent de mettre en évidence cet intérêt
de la diversification des cultures sur la gestion des adventices
(figure 3)
[11] : la diversification des dates de semis par
l’introduction du pois de printemps permet de maîtriser
l’infestation. Dans une succession colza-blé-orge labourée tous les
ans, l’introduction d’un pois permet d’augmenter la fréquence des
impasses de désherbage tout en maintenant un niveau d’infestation
stable [11]. Des expérimentations de longue durée confirment
l’intérêt de diversifier les successions hivernales de type
colza-blé-orge par l’introduction de cultures de printemps pour
maîtriser les infestations de graminées, en particulier dans les
situations à problèmes de résistance [12].
Dans cet objectif de diversification des cultures, le pois de
printemps est, avec l’orge de printemps et la betterave, la seule
espèce cultivée sur des surfaces importantes qui, semée tôt au
printemps, est susceptible de constituer une pratique non chimique
de désherbage des adventices levées pendant l’hiver.
En système céréalier, le pois offre un élargissement de la gamme
d’herbicides disponibles pour les céréales d’hiver que l’orge de
printemps n’offre pas. Par rapport au colza, qui permet également
un contrôle herbicide des graminées, le pois permet de lutter
contre les dicotylédones d’automne et contre les crucifères et les
géraniums difficiles à maîtriser dans les rotations chargées en
colza. La betterave est très peu concurrentielle vis-à-vis des
adventices et, sauf en cas de désherbage mécanique, nécessite un
niveau de désherbage chimique important.
Maîtrise des maladies des céréales
Les maladies du pied et des racines des céréales sont les plus
fortement influencées par les successions culturales car, en
l’absence de plantes hôtes, les agents pathogènes responsables de
ces maladies se conservent principalement sur les résidus
d’anciennes cultures. Pour les agents majeurs du complexe
parasitaire de la base des tiges et des racines —
Pseudocercosporella herpotrichoides, agent du piétin-verse,
Rhizoctonia cerealis, agent du rhizoctone, Gaeumannomyces
graminis, agent du piétin-échaudage —, les risques des
précédents culturaux sont classés en trois groupes selon leur
aptitude à augmenter ou non la quantité d’inoculum susceptible
d’infecter la culture suivante : hôte, culture amplificatrice,
non-hôte [13]. Le pois figure parmi les cultures non-hôtes. Quelle
que soit la maladie, les successions ne comprenant aucune culture
hôte parmi le précédent et l’antéprécédent présentent toujours le
risque le plus faible. Les successions à précédent non-hôte, tel le
pois, ont toujours un niveau d’infection faible, permettant ainsi
de réduire le recours à des traitements fongicides sur le blé
suivant. De la même façon, l’introduction du pois dans les
rotations chargées en colza permet de limiter le développement du
Phoma en allongeant la durée entre deux cultures de colza.
De manière générale, les maladies du pois sont assez spécifiques,
limitant ainsi la pression de maladie sur les cultures suivantes,
sauf pour le Sclerotinia dont l’infection est peu spécifique
et qui peut être maintenu ou amplifié par le pois.
La diversification des espèces dans le parcellaire permet
également de limiter la dissémination de certains insectes et des
maladies aériennes, en particulier des céréales.
Organisation du travail
Outre l’intérêt environnemental de la diversification de la
succession culturale, l’implantation du pois, plus tardive que
celle du colza et des céréales d’hiver mais plus précoce que celle
du maïs, du soja et du tournesol, n’interfère pas avec les
calendriers de semis des autres cultures, sauf pour l’orge de
printemps et la betterave. Le semis du pois est peu concurrent avec
les interventions sur blé et contribue donc peu aux pointes de
travail du printemps ; il a plutôt tendance à l’étaler.
Le cycle du pois permet une récolte en juillet-août libérant le sol
tôt, évitant ainsi les difficultés de récolte dues aux mauvaises
conditions climatiques automnales (soja, tournesol, maïs) et
permettant la mise en place des cultures d’hiver suivantes dans de
meilleures conditions.
Les résidus de culture peu abondants et friables du pois
autorisent un travail du sol simplifié (sans labour) avant
l’implantation de la culture suivante. Dans le cas des semis de
blé, l’absence de labour après le pois tend à se généraliser en
France (40 % des blés après pois en 2001 ont été implantés
sans labour d’après une enquête BVA-Unip). En réduisant la charge
de mécanisation, le précédent pois est aussi un atout pour
l’organisation du travail.
Des risques maîtrisables de transfert de nitrates vers les
nappes phréatiques
Pas de risques liés à l’utilisation d’engrais azotés
Du fait de sa capacité à être autonome pour son alimentation
azotée, le pois n’entraîne aucun des risques de pollution
accidentelle liés à la fabrication, au stockage, au transport et à
l’épandage d’engrais azotés, en particulier les risques
d’entraînement par ruissellement et ceux liés au surdosage de la
fertilisation en cas de surestimation du potentiel de
rendement.
Maîtrise des lixiviations au cours de l’hiver précédant
l’implantation du pois
La culture de pois est le plus souvent implantée au printemps.
Comme toute culture de printemps, elle laisse le sol nu pendant
tout l’hiver précédant l’implantation, augmentant ainsi les risques
de lixiviation. Il est donc nécessaire de gérer la fertilisation de
la culture précédente de façon à minimiser la quantité d’azote
présente dans les sols après la récolte, grâce au développement
d’outils de pilotage de la fertilisation [14], mais, surtout, de
gérer l’interculture. En cas de risque élevé de minéralisation de
l’azote organique du sol au cours de l’automne, il est possible
d’implanter une culture intermédiaire fortement et rapidement
consommatrice d’azote comme le radis ou la moutarde [15]. Cette
pratique est très efficace si la culture intermédiaire est semée
tôt dès la récolte du précédent et si elle est détruite dès
l’entrée de l’hiver afin de ne pas perturber l’implantation du
pois.
Assimilation des reliquats azotés du sol par le pois
En situation de disponibilité faible en azote dans le sol, la
nutrition azotée du pois est essentiellement d’origine symbiotique
(figure 4) [16].
Cependant, la voie de la fixation symbiotique de l’azote n’est pas
exclusive : en effet, le pois peut combiner fixation et
assimilation des nitrates du sol.
En cas d’abondance de nitrates dans le sol, la voie de
l’assimilation minérale prédomine sur la voie de la fixation
symbiotique (figure
4) [16]. L’aptitude à fixer l’azote atmosphérique n’est
donc pas un frein à l’utilisation des nitrates présents dans le sol
mais s’ajuste en fonction de la disponibilité en azote dans le sol
et des besoins du couvert. Même en fin de cycle, lorsque les
nitrates ont été prélevés par les plantes, l’inhibition de la
fixation symbiotique est levée. Cependant, dans des situations de
sol profond où l’azote minéral aurait été entraîné en profondeur,
l’enracinement relativement peu profond du pois limite les
prélèvements d’azote profond par rapport à d’autres cultures.
Maîtrise des lixiviations de NO3– au
cours de l’hiver suivant la récolte du pois
À l’échelle du cycle cultural, le bilan en azote du pois est
approximativement équilibré et peu différent de celui obtenu pour
un blé dont la fertilisation a été optimisée. Le solde entre la
quantité d’azote issue de la fixation symbiotique dans toutes les
parties de la plante (nodosités et résidus racinaires compris)
moins la quantité d’azote exportée par la récolte des graines est
relativement stable entre les situations pédo-climatiques et proche
de l’équilibre, en général compris entre 10 et
20 kg.ha–1.an–1 [4]. Ce solde devient
négatif (– 20 à
– 40 kg.ha–1.an–1) lorsque les
pailles de pois sont exportées. Dans la majorité des situations, le
fonctionnement favorable du peuplement se traduit en fin de cycle
par des remobilisations de l’azote des fanes vers les graines
accumulant leurs réserves protéiques. Les situations où la quantité
d’azote accumulée est élevée correspondent à des rendements élevés
et/ou à des teneurs en protéines des graines élevées, et donc à des
exportations d’azote importantes.
Après la culture, les reliquats d’azote minéral dans le sol sont
parfois relativement élevés. Ils se situent assez souvent à une
vingtaine d’unités de plus qu’après une céréale à paille du fait
des moindres profondeur et densité d’enracinement des variétés de
pois actuelles (figure
5) [17]. Par ailleurs, ces quantités importantes d’azote
minéral dans les sols après une culture de pois observées à
l’automne ne sont pas imputables à une minéralisation rapide des
pailles de pois riches en azote. Des travaux montrent que la
vitesse de minéralisation de l’azote dans les pailles de pois est
peu différente de celle qui est observée dans les pailles de
céréales et est proportionnelle à la quantité d’azote présente dans
ces pailles, que ce soit pour le pois ou les céréales [18]. En
revanche, la capacité des pailles de pois à remobiliser de l’azote
minéral est moins forte que celle des pailles de blé qui
fournissent une plus grande quantité de carbone pour l’activité
microbienne. La présence d’azote après pois est donc due à un
prélèvement limité d’azote minéral dans le sol, en particulier dans
les horizons inférieurs, et, surtout, à sa maturité précoce qui ne
permet pas d’utiliser les quantités parfois importantes libérées
par la minéralisation de l’azote organique du sol en fin d’été.
La minéralisation de l’azote organique du sol en fin d’été est
très variable en fonction des types de sol et de l’histoire de la
parcelle : elle peut être très élevée dans les sols riches en
matières organiques (anciennes prairies ou marais) ou dans les sols
recevant une fertilisation organique (lisiers, etc.) ou minérale
abondante depuis longtemps (souvent caractérisés par un rapport C/N
faible). La situation du pois du point de vue des risques de fuites
en nitrates durant l’hiver qui suit la récolte est comparable à
celle de la plupart des autres cultures annuelles (colza, pomme de
terre, maïs, etc.) (figure 5) [17]. Seules les
cultures présentant une croissance active à l’automne, telles la
betterave, les « cultures intermédiaires piège à
nitrates » et, dans une moindre mesure, les céréales à pailles
(dont les résidus de culture permettent la réorganisation d’une
petite partie de l’azote minéral du sol à l’automne) se distinguent
significativement du pois.
Cependant, le pois, au même titre que le colza entre autres,
présente deux avantages intéressants pour réduire les risques de
lessivage d’azote en hiver :
– il permet d’implanter précocement un blé d’hiver qui retiendra
une partie de l’azote lessivable, environ une trentaine de
kg.ha–1 par rapport à un sol nu. Ainsi, dans différents
essais de longue durée, les mêmes quantités d’azote ont été
lessivées durant l’hiver qui suit un pois qu’entre un blé et une
culture de printemps : le supplément de reliquats de nitrates
lessivable à l’entrée de l’hiver est compensé par la présence d’une
culture d’automne précoce (le pois est suivi dans plus de 95 %
des cas par un blé d’hiver) ;
– du fait de sa maturité précoce, il permet d’implanter assez
facilement une « culture intermédiaire piège à nitrates »
(Cipan) dès après la récolte dans une bonne partie des régions
européennes. Celle-ci atteint une croissance suffisante dès
septembre-octobre, avant d’être retournée pour permettre
l’implantation d’un blé en bonne condition, et permet de limiter
très largement les risques de fuites en nitrates (tableau 3) [17].
Tableau 3. Reliquats d’azote avant
l’implantation d’un blé d’hiver sur une parcelle déchaumée ou ayant
porté une culture intermédiaire « piège à nitrates »
retournée début ou mi-octobre [17].
Table 3. Soil nitrate at the winter wheat sowing date,
after summer shallow soil tillage or after a short duration catch
crop ploughed in october [17].
|
Reliquats NO3– sur
0-90 cm (kg.ha – 1) |
|
Déchaumé |
Culture
intermédiaire |
| Moyenne |
64 |
13,0 |
| Écart type |
12 |
2,4 |
Couplé aux méthodes de gestion de l’azote (bilans, dosage des
reliquats), le recours aux Cipan en fin d’été et début d’automne
est reconnu comme la technique la plus efficace pour réduire les
fuites en nitrates dans les situations à risque. Sa mise en œuvre
avant ou après pois est relativement facile, à condition de
retourner les Cipan assez tôt, dès qu’elles atteignent 2 à
3 tonnes de matière sèche par hectare. Cette technique est
toutefois encore peu répandue mais son développement pourrait être
encouragé, d’une part, par diverses mesures agri-environnementales
incitatives et, d’autre part) par le fait que certaines cultures
intermédiaires (moutarde en particulier) semblent réduire la
pression d’inoculum de certaines maladies racinaires sur pois
[8].
Dans la mesure où la minéralisation des pailles et des racines de
pois n’est que très partielle à l’automne et se déroule en grande
partie au printemps, cette culture constitue un précédent à blé
intéressant car la prise en compte des quantités d’azote libérées
par minéralisation des résidus au printemps suivant dans le calcul
de la fertilisation permet de diminuer d’une trentaine d’unités
l’apport d’azote minéral sur la culture suivante.
Le problème de la maîtrise des lixiviations après pois reste l’un
des principaux handicaps communs à la plupart des cultures
annuelles. Il peut être résolu en partie grâce d’abord, à une
meilleure gestion de la fertilisation azotée sur les cultures
précédant et suivant le pois, ensuite à la mise en place de
nouvelles pratiques (cultures intermédiaires pièges à nitrates) et,
enfin, à l’amélioration de l’exploration racinaire chez le pois
soit par voie génétique, soit par amélioration de l’état structural
du sol d’implantation (faciliter l’exploration racinaire) et de la
complémentarité assimilation/fixation.
Quel progrès génétique
?
Structure des plantes
Depuis les débuts de la sélection sur pois de printemps, outre
les efforts de sélection sur la résistance variétale aux stress
biotiques et abiotiques, l’une des avancées majeures associées au
gain de productivité a été l’évolution de la structure du couvert
d’un type très indéterminé (type fourrager) vers un type plus
déterminé. En effet, l’une des difficultés de culture du pois était
la structure dense en biomasse et peu dressée qui peut constituer
un élément favorable au développement des maladies aériennes
(microclimat dans le couvert) et à leur nuisibilité (étages
reproducteurs placés en condition de microclimat favorable à la
maladie), mais aussi poser de grandes difficultés de récolte. La
prise en compte de gènes de nanisme et, surtout, l’introduction du
gène afila dans les schémas de sélection ont permis en
partie de résoudre ces difficultés en réduisant la hauteur de
couvert et en assurant par la présence des vrilles une meilleure
tenue et une aération du couvert.
Cependant, ce raccourcissement des plantes vers un type plus
déterminé a produit des effets indirects qui peuvent être
considérés comme dépréciant la culture dans une optique
agri-environnementale. En effet, le raccourcissement de la hauteur
des plantes est en partie la conséquence de la réduction du nombre
d’étages fructifères qui est étroitement corrélé à l’augmentation
de la taille des graines, nécessaire à une productivité
satisfaisante : cette augmentation du poids de mille graines
augmente le coût du poste semences pour l’agriculteur ; par
conséquent, pour obtenir un revenu égal avec une augmentation de
charges, il doit se fixer un objectif de rendement supérieur qui
présente plus de risques et qui, de ce fait, nécessite souvent
l’utilisation plus systématique de produits phytosanitaires pour
éviter tout accident [19]. Par ailleurs, l’augmentation de la
détermination des plantes diminue leur plasticité en réponse aux
aléas climatiques : en effet, les génotypes à grosses graines
ayant un nombre d’étages reproducteurs faible réagissent beaucoup
plus difficilement par une augmentation du nombre de nœuds
reproducteurs en réponse aux avortements qui peuvent être provoqués
par des contraintes climatiques ou biotiques.
En réponse à ces nouvelles difficultés, la sélection produit
actuellement des variétés ayant une tenue de tige plus importante
(port dressé) compatible avec un nombre d’étages fructifères un peu
plus important et un poids de mille graines un peu plus faible. Ces
caractéristiques architecturales, outre leur intérêt pour limiter
la nuisibilité des maladies et favoriser la récoltabilité,
permettent une compétition plus efficace contre les adventices [20]
et de mieux réagir aux contraintes biotiques (par exemple aux
attaques d’Anthracnose à Mycosphaerella pinodes) et
abiotiques qui peuvent survenir pendant la phase de formation du
nombre de graines dans des systèmes de culture moins intensifs à
plus fortes contraintes environnementales [3].
Cas particulier du pois d’hiver
Le pois de printemps est une culture particulièrement bien
adaptée aux régions de la France septentrionale. Le développement
actuel du pois d’hiver a permis une extension de l’aire de culture
vers le sud de la France et offre des perspectives d’augmentation
du potentiel de rendement grâce à l’augmentation de la durée du
cycle. Le développement de variétés de pois d’hiver plus
résistantes au froid devrait permettre un développement plus
important de la culture du pois dans les zones est de la France. Au
regard des atouts et contraintes du pois de printemps présentés
dans ce document, il n’y a pas de différence majeure à opérer entre
pois de printemps et pois d’hiver. Cependant, le pois d’hiver, en
augmentant la durée du cycle, permet, d’une part, de limiter les
risques de stress hydriques ou thermiques en fin de cycle et,
d’autre part, d’assurer une couverture du sol durant l’hiver et une
reprise de la végétation plus précoce au printemps, entraînant
éventuellement un meilleur prélèvement des nitrates et des réserves
d’eau dans les sols profonds. En outre, alors que la récolte des
variétés de pois de printemps peut interférer avec celle du colza
et du blé d’hiver, les variétés actuelles de pois d’hiver, plus
précoces à maturité, permettent un meilleur étalement des chantiers
de récolte.
En revanche, le pois d’hiver présente certains inconvénients par
rapport au pois de printemps :
– une pression parasitaire plus importante du fait de la durée
plus longue de culture et des conditions environnementales
favorables aux parasites plus fréquentes, entraînant parfois une
augmentation des traitements antifongiques. Afin de pallier cet
inconvénient, des recherches sont en cours sur la résistance aux
maladies et la gestion des infestations ;
– un moindre intérêt pour la gestion non chimique des adventices.
Le développement de variétés de pois de type hiver conserverait
cependant les atouts du pois de printemps pour le contrôle des
crucifères et la maîtrise non chimique des adventices estivales. Du
fait des dates de semis du pois d’hiver plus tardives que celles du
blé, du moins avec les variétés actuelles, l’implantation du pois
d’hiver devrait aussi permettre de lutter non chimiquement contre
la plupart des adventices à levée automnale.
Ces inconvénients ne sont cependant pas antagonistes des atouts
majeurs des cultures de pois.
Conclusion
En raison de son rôle prépondérant et original dans la conduite
de systèmes de production respectueux de l’environnement, la
culture de pois devrait voir sa place confortée si des politiques
de promotion d’une agriculture durable sont mises en place. Dans
cette perpective, le pois, tant de printemps que d’hiver, comporte
des caractéristiques intrinsèques valorisables :
• des graines de qualité correspondant aux besoins de
l’alimentation animale des filières de qualité
« labellisée » ;
• des besoins en eau et en énergie non renouvelable faibles par
rapport aux autres cultures ;
• une autonomie de sa nutrition azotée et, en conséquence, un
impact positif sur la réduction des rejets de gaz à effet de serre
et la tendance à l’acidification des sols.
Par ailleurs, l’insertion de cultures protéagineuses dans les
systèmes céréaliers, par la diversification des cultures dans les
rotations qu’elle entraîne, tend à réduire les mauvaises herbes et
les maladies, participe à la diversité des paysages et contribue au
maintien de la biodiversité de la faune et de la flore. Par
conséquent, il apparaît qu’une augmentation de la part des
légumineuses dans les rotations devrait avoir différents impacts
favorables sur l’environnement, tout en réduisant le coût
énergétique total des productions agricoles.
Pour la mise en place d’un nouveau type d’agriculture plus
respectueux de l’environnement, la diversification des successions
culturales s’avère être une solution indispensable pour envisager
une réduction raisonnée de l’usage de pesticides (en particulier
d’herbicides) à l’échelle de la rotation, sans compromettre la
durabilité des systèmes de culture. Cela implique une bonne
maîtrise de la gestion de l’azote dans les successions culturales,
tout particulièrement lors des périodes hivernales qui précèdent et
qui suivent le pois. Cette maîtrise suppose le recours systématique
aux méthodes et outils d’aide à la décision désormais disponibles.
Dans ce système, les protéagineux, en particulier le pois,
devraient devenir des cultures importantes dans les rotations de
grandes cultures. n
Remerciements
Les auteurs remercient toutes les personnes qui ont
indirectement contribué à la rédaction de cette synthèse, en
particulier tous les membres du groupe « Filière
protéagineux » de l’Inra.
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