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Increasing the value of food crops: Impact of small‐scale processing activities on the economic development of Central African savannahs


Cahiers Agricultures. Volume 13, Number 1, 85-90, Janvier-Février 2004 - L’alimentation des villes, Note de recherche


Résumé   Summary  

Author(s) : Claire Cerdan, Robert Ndjouenkeu, Koumarou Mbayhoudel , Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad), Tera, TA 60\15, 34398 Montpellier cedex 5, France Robert Ndjouenkeu École nationale sciences des aliments et des industries (Ensai), Université de Ngaoundéré, BP 455, Ngaoundéré, Cameroun Koumarou Mbayhoudel Institut tchadien de recherche agronomique pour le développement (Itrad), BP 5400, Ndjamena, Tchad .

Summary : Food processing used to be very widespread in African households, mainly for family uses. Economic crisis in the savannahs of Central Africa has contributed to the development of a large array of small profitable activities, mainly carried out by women. To better delimit the importance of such activities, inventories were carried out in six small savannah‐type towns of Cameroon (Maroua, Garoua, Ngaoundéré) and Chad (Moundoun, Pala, Sahr). According to our census, an estimated 20,000 firms play a significant part in both the provision of food to urban dwellers and in job creation. These processing units are engaged in food activities related to different stages of the supply chain (production, processing, distribution, etc.). Most processing units use and add value to local crops, products and technical resources. The major difficulty when conducting inventories is that agro‐food activities are difficult to identify, because of the informal status of processing units and because of the strong interaction between household and economic activities. This makes it more difficult for public policies to take into account small‐scale food processing units.

Keywords : Economy and Rural Development\; Vegetal Productions\; Livestock Farming.

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ARTICLE

Auteur(s) : Claire Cerdan1, Robert Ndjouenkeu2, Koumarou Mbayhoudel3

1 Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad), Tera, TA 60/15, 34398 Montpellier cedex 5, Franc
 <claire.cerdan@cirad.fr>
2 Robert Ndjouenkeu École nationale sciences des aliments et des industries (Ensai), Université de Ngaoundéré, BP 455, Ngaoundéré, Camerou
 <rndjouenkeu@yahoo.fr>
3 Koumarou Mbayhoudel Institut tchadien de recherche agronomique pour le développement (Itrad), BP 5400, Ndjamena, Tchad 
<itrad@intnet.td>

Les années 1990 ont vu une certaine réhabilitation du rôle des petites entreprises agroalimentaires dans l’approvisionnement des villes. Il est de plus en plus reconnu que la capacité d’innovation et d’adaptation des petites entreprises, en grande partie informelles, a contribué à éviter le scénario souvent prédit d’importations alimentaires, tout en stimulant la valorisation des productions agricoles locales. Le caractère informel de la majorité des entreprises agroalimentaires en Afrique subsahélienne explique la rareté des données statistiques fiables. Les quelques inventaires disponibles concernent souvent les capitales. La situation des villes secondaires, pourtant essentielle pour les dynamiques rurales, reste largement méconnue. Un inventaire mené dans les principales villes de la région d’action du projet Prasac1 (Ngaoundéré, Maroua, Garoua au Cameroun, Moundou, Pala et Sahr au Tchad), comble cette lacune. Il permet d’évaluer l’importance et la place du secteur agroalimentaire des villes des savanes d’Afrique centrale.

1 Pôle régional de recherche appliquée au développement des savanes d’Afrique centrale - Prasac.

Méthodologie

Notre travail repose sur l’hypothèse que les villes peuvent exercer une forte influence sur le développement agricole des campagnes voisines dans la mesure où elles représentent un centre de consommation et de redistribution des denrées alimentaires vers les marchés régionaux. Le réseau urbain des savanes d’Afrique centrale se décline en un petit nombre de villes moyennes et en un nombre nettement plus important de petits centres. Il s’organise autour de trois villes au Nord-Cameroun (Garoua, Maroua, Ngaoundéré) et de trois villes au Tchad (Moundou, Sarh, Pala). La population de ces centres urbains se situe entre 35 000 et 230 000 habitants. L’influence et les effets d’entraînement de ces centres urbains sur le milieu rural varient en fonction de leur taille et de leurs fonctions administratives, industrielles ou commerciales. Mais la présence d’un secteur agroalimentaire urbain dynamique peut accroître ces effets d’entraînement en renforçant la connexion des zones rurales excédentaires vers des marchés rémunérateurs.
Pour conduire ces recensements, les équipes de recherche du Tchad et du Cameroun ont adopté des méthodologies différentes mais s’appuient sur une vision commune des entreprises. Celles-ci sont définies comme des activités productives et commerciales (transformation, distribution-restauration). Leur rôle va au-delà de la production de nourriture, car ces activités constituent des sources de revenus pour la majorité des femmes, organisent la vie de quartiers et constituent un lien de sociabilité et de circulation de l’information. De taille réduite, elles restent néanmoins les pièces maîtresses de l’organisation alimentaire urbaine africaine.
Pour recenser ces activités, chaque ville a été préalablement découpée en secteurs (ou groupes de quartiers). Au Cameroun, les enquêteurs (un par secteur) ont circulé dans les ruelles et les marchés de quartier et ont localisé les différentes micro-entreprises. Dans la mesure du possible, le chef d’entreprise a été interrogé sur son activité technique (types de produits transformés), ses modes de commercialisation, d’approvisionnement, de financement et d’organisation (nombre de personnes travaillant à la production et la commercialisation, rythme de production).
Au Tchad, les enquêteurs ont visité les marchés, parcouru les rues et se sont rendus dans les concessions. Ils ont ainsi pu prendre en compte les entreprises de transformation/vente qui n’étaient pas en activité au moment de l’enquête. Ces inventaires ont été réalisés en 1999, sur une huitaine de jours avec une équipe de 7 enquêteurs/ville (au début de la saison des pluies).

Résultats

Importance socio-économique du secteur de la transformation alimentaire

Près de 20 000 micro-entreprises ont pu être recensées dans les six principaux centres urbains du Tchad et du Cameroun [1, 2]. Les villes du Nord-Cameroun comptent près de 4 600 micro-entreprises : 3 545 unités de transformation et restauration de rue, 886 unités de restauration et 169 unités de stockage (tableau 1). Sur la base de six personnes par foyer, cela signifie que 1 foyer sur 23 a une source de revenus d’origine agroalimentaire à Garoua. Cette proportion serait de 1 foyer sur 14 à Maroua, et de 1 foyer sur 24 à Ngaoundéré.

Tableau 1Recensement des petites entreprises de transformation agroalimentaire à Garoua, Maroua et Ngaoundéré (Cameroun).
Table 1. Inventory of food enterprises in Garoua, Maroua and Ngaoundéré (Cameroon).
Ville Garoua Maroua Ngaoundéré Total
Population 230 000 200 000 110 500 540 500
Denrées transformées
Arachide (huile, pâte et tourteaux) 221 305 55 581
Boissons non alcoolisées (tamarin, oseille de guinée, jus de fruits) 312 138 65 515
Boissons alcoolisées (bière de mil essentiellement) 162 690 68 920
Viandes et poissons (viande séchée, poissons séchés et fumés) 129 215 101 445
Beignets (riz, maïs, sorgho, blé, niébé) 288 284 126 698
Restauration 350 364 172 886
Décorticage et production de farines 169 125 77 371
Autres 16 81 4 101
Stockage de produits 73 51 45 169
Nombre total d’unités 1 710 2 253 713 4 776

Dans les trois villes de la zone de savanes du Tchad (population comprise entre 35 000 et 120 000 habitants), le recensement fait apparaître une densité plus élevée d’activités agroalimentaires marchandes. On a dénombré en effet 4 407 unités de transformation à Moundou, 3 337 à Pala et 7 887 à Sarh (tableau 2). Le secteur agroalimentaire artisanal est donc source de revenus pour 1 foyer sur 5 à Moundou, 1 foyer sur 2 à Pala et Sarh.

Tableau 2. Recensement des unités de transformation agroalimentaire à Moundou, Pala et Sarh (Tchad).
Table 2. Inventory of food enterprises in Moundou, Pala, and Sahr (Chad).



Ville Moundou Pala Sarh Total
Population 120 000 35 000 90 000 245 000
Produits
Arachide 682 725 1 182 2 589
Boissons non alcoolisées, jus 89 100 118 307
Bouillies 332 159 376 867
Boissons alcoolisées 556 523 84 1 163
Viandes et poissons 126 26 643 795
Beignets 397 214 635 1 246
Céréales décort. et farines 138 ND 176 1 158
Kissar 117 7 1 034 2 714
Restauration, plat à emporter 822 553 1 339 1 375
Légumes séchés ou en poudre 559 688 803 2 050
Produits de cueillette 332 222 810 1 364
Autres 257 222 803 1 282
Nombre total d’unités 4 407 3 337 7 887 15 849
ND = données non disponibles

Principaux produits transformés : les céréales, l’arachide, la viande et les légumes

Ces entreprises valorisent un grand nombre de denrées alimentaires produites localement. Parmi elles, les céréales locales (mil, sorgho, maïs), les légumineuses (arachides et niébé) et les produits de l’élevage (lait, viande séchée) tiennent une place importante. Sur l’ensemble des villes, la transformation des céréales et de l’arachide représente près d’un tiers des unités (près de 7 000 unités ont été répertoriées sur l’ensemble des villes). Au Cameroun, on souligne la forte présence de production de bière à Maroua, l’importance des boissons non alcoolisées à Garoua et la prédominance des entreprises transformatrices de viande dans la région de l’Adamaoua (tableau 1). Dans les villes du Tchad, le séchage des légumes (gombos) concerne près de 3 000 unités (tableau 2).
Les produits de l’artisanat alimentaire peuvent être des produits finis comme les beignets ou les jus de fruits à consommer sur place ou des produits intermédiaires (pâte d’arachide, poisson séché, etc.) qui sont achetés pour être incorporés dans une préparation alimentaire.
Les produits recensés concernent des marchandises que l’on peut qualifier de génériques (farine de mil, farine de maïs) mais englobent aussi de nombreuses spécialités régionales recherchées par les consommateurs (bière de mil, viande séchée, beignets de céréales locales...). La typicité de ces produits et la spécificité des caractéristiques organoleptiques recherchées par les consommateurs peuvent expliquer le maintien de nombreuses unités de transformation, à première vue peu compétitives.
Soulignons enfin le développement, dans des proportions semblables dans les six villes, du secteur de la restauration de rue et des snacks (beignets, bouillie). Cela confirme une évolution des modes de consommation en milieu urbain où le recours à des mets préparés et à la restauration extérieure prend une part de plus en plus importante dans la consommation des ménages.

Contribution du secteur agroalimentaire en termes d’emplois

Le relevé du nombre de personnes travaillant auprès des unités de Garoua et des quantités de produits alimentaires traitées permettent de préciser l’importance du secteur (tableau 3). Chaque unité occupe deux à trois personnes pour la transformation et la vente des produits. Les secteurs les plus exigeants en termes de main-d’œuvre sont les secteurs des boissons non alcoolisées, des boissons alcoolisées, de la transformation de la viande et des beignets. Ces activités présentent des systèmes de vente fortement décentralisés : les vendeurs se rendent au devant des consommateurs avec des charrettes et des glacières (photo 1). Les activités de transformation elles-mêmes peuvent être exigeantes en main-d’œuvre (viande, bière de mil) (photo 2). À Garoua, 1 600 unités ont affirmé employer près de 4 000 personnes. À partir de ce résultat, on peut extrapoler pour l’ensemble des villes du Cameroun et estimer que les 4 600 unités de transformation recensées emploieraient près de 12 000 personnes. Des enquêtes complémentaires sont nécessaires pour permettre d’extrapoler ces données au niveau des centres urbains de la zone des savanes du Tchad.

Tableau 3. Nombre de personnes employées dans les micro-entreprises agroalimentaires de Garoua (Cameroun).
Table 3. Employment in small-scale food enterprises in Garoua (Cameroon).
Garoua
Type de produits Nb. d’unités ayant répondu à la question Nb. d’emploi Nb. d’emploi par unité
Arachides 221  475 2,1
Boissons non alcoolisées 181* 435 2,4
Bouillies à base de céréales 131  295 2,2
Beignets 283  650 2,3
Décorticage/mouture 142  285 2
Boissons alcoolisées 162  530 3,2
Viande 129  365 2,8
Restauration 350  875 2,5
Total 1 600  3 910
* Ces données sont différentes des données présentées dans le tableau 1 car toutes les entreprises n’ont pas donné le nombre de personnes qu’elles employaient.

Les quantités annuelles de matières premières traitées par ce secteur varient entre 130 tonnes pour les bouillies de céréales à 19 000 tonnes pour les unités de mouture décorticage. Les unités de production de beignets utilisent annuellement près de 865 tonnes de farine, dont plus de la moitié est représentée par le blé importé, moulu par les moulins industriels camerounais.

Discussion

Ces enquêtes confirment l’importance du secteur de la transformation alimentaire artisanale dans l’approvisionnement des villes d’Afrique centrale. Elles posent aussi les difficultés (explicitées ci-dessous) à évaluer ou à prendre en compte ce secteur dans des programmes de politiques publiques. Ces activités agroalimentaires n’en restent pas moins dynamiques, fortement décentralisées et essentiellement féminines.

Difficulté d’appréhender ces entreprises

La comparaison des données recueillies dans les villes du Tchad et du Cameroun montre une grande disparité et nous interroge sur la difficulté d’appréhender ces entreprises. Celle-ci peut s’expliquer par la méthode utilisée. Au Cameroun, n’ont été considérées que les unités ayant des infrastructures ou un lieu de commercialisation visible par les enquêteurs (dans la rue ou sur les marchés). Au Tchad, en revanche, un échantillon plus large de femmes a été considéré. Ainsi, nous avons observé que près de la moitié des femmes des villes secondaires du Tchad tire un revenu saisonnier ou permanent de la transformation-vente des produits agricoles. Si l’on considère que ces villes présentent des caractéristiques et un développement urbain relativement similaires, les données de l’enquête Cameroun apparaissent sous-estimées [3].
De façon plus générale, cette disparité nous interroge sur la définition même des unités de transformation agroalimentaire et sur leur prise en compte d’un point de vue économique. La diversité de ces différentes unités rend difficile l’appréciation de leur poids économique dans le développement local.
Plusieurs travaux ont montré une certaine segmentation du secteur fondée sur les capacités de production des entreprises et sur la stratégie des chefs d’unité. Ces typologies recensent souvent deux ou trois groupes en distinguant le caractère permanent ou saisonnier des entreprises [4].
• Les entreprises saisonnières sont représentées par des mères au foyer qui profitent de l’abondance de matières premières pour transformer et revendre des produits alimentaires sur les marchés de quartier ou à leur domicile. Ces unités sont plus difficiles à appréhender dans la mesure où elles ne sont pas permanentes et n’ont aucune infrastructure de production et de commercialisation. Dans le cas de jus de fruits, ces unités ont pourtant une influence importante et augmentent sensiblement la concurrence entre les producteurs de jus de fruits [5]. C’est ce type d’entreprise que l’enquête Tchad a pris en compte alors que l’enquête Cameroun l’a pratiquement éludé.
• Les entreprises qui travaillent de manière régulière ou permanente se divisent en deux sous-groupes.
Le premier sous-groupe est constitué d’unités artisanales qui appliquent les techniques traditionnelles. Ces unités sont pour la plupart de très petite taille, voire individuelles. Elles emploient généralement soit de la main-d’œuvre familiale, soit d’autres personnes mais qui sont faiblement rémunérées. Les entrepreneurs apprennent à exercer ces activités dans leur milieu de vie (par la famille, les amis...). Cette classe d’entrepreneur n’a généralement pour objectif que de subvenir aux besoins de la famille et ne cherche pas obligatoirement à développer son entreprise. Ce type d’entreprise a été comptabilisé par l’enquête Tchad et partiellement pris en compte dans l’enquête Cameroun.
Le second sous-groupe est constitué d’unités de transformation qui utilisent des technologies plus développées. La transformation alimentaire constitue leur principale activité. Elles s’investissent plus et emploient plusieurs personnes (5 à 11). Ces entrepreneurs sont plus exigeants en matière de qualité et de travail fourni, mais rémunèrent mieux leurs employés. Ces unités s’apparentent aux industries modernes malgré la modestie de leur échelle de production. Elles expriment plus de besoins et sollicitent des appuis dans de multiples domaines concernant les procédés de transformation afin de diversifier les produits et d’en améliorer la qualité. Ainsi, ces entrepreneurs sont demandeurs d’outils comptables et de gestion afin de mieux gérer l’entreprise et d’en accroître la productivité, ainsi que d’appuis financiers pour l’approvisionnement en matière première, l’acquisition de matériels plus adaptés et l’augmentation de la production. Ce type d’entreprise a été pris en compte par les deux enquêtes.
Cette diversité que nous venons de souligner conduit les décideurs à affiner leurs méthodes d’identification des entreprises et à mettre en place des systèmes d’appui offrant une large gamme d’actions pouvant toucher un public divers.

Des activités issues de systèmes diversifiés

Ces activités agroalimentaires en milieu urbain correspondent à une évolution de pratiques largement répandues en milieu rural. Il existe en effet une multitude d’activités de transformation que l’on peut répertorier dans les villages : la fabrication d’huile, la production de beurre de karité, de sel, de bouillies, de bière de mil, de beignets, le séchage et le fumage de produits, etc. Auparavant, les femmes effectuaient ces activités pour la consommation du ménage. Avec le développement de l’économie de marché et l’accroissement des villes, les pratiques de transformation sont devenues pour ces femmes un moyen, parmi d’autres, d’accroître leurs revenus [6]. En milieu urbain, les femmes consacrent la majorité de leur temps à cette seule activité de transformation. Les opportunités d’approvisionnement, de commercialisation et la maîtrise du savoir-faire restent déterminantes dans le choix de l’activité.

Des activités décentralisées, autonomes et essentiellement féminines

Au-delà de leur diversité, ces activités urbaines possèdent des caractéristiques communes : ce sont des activités décentralisées, autonomes et essentiellement féminines [7]. Décentralisées, car elles sont réparties selon les quartiers et les marchés, avec des phénomènes fréquents de concentration spatiale. Autonomes, car ces entreprises, le plus souvent individuelles, se sont créées et fonctionnent sans assistance financière ou technique officielle. Enfin, ce sont surtout des activités presque exclusivement féminines. Dans l’enquête de Garoua, les femmes sont responsables de 82 % des activités mentionnées. Pour le Tchad, ce pourcentage dépasse les 90 %. Les hommes sont présents dans les activités mécanisées (mouture...) et les métiers de la viande.

Conclusion

Les activités marchandes de transformation et de préparation alimentaires ont un impact économique considérable pour la zone de savanes en Afrique centrale, que ce soit en termes de sécurité alimentaire, de création d’emplois ou bien de distribution des revenus et de réduction des inégalités. Ces activités, où l’unité de production recoupe souvent l’unité familiale, sont décentralisées et intensives en travail mais constituent une importante source de revenus urbains, notamment pour la population pauvre. La transformation et la préparation alimentaires sont certainement, avec le commerce des vivres, le secteur économique où les femmes jouent le plus grand rôle. Le suivi et le renforcement de ce secteur agroalimentaire sont donc des enjeux centraux pour le développement économique local.
Dans un contexte très compétitif, ces unités possèdent cependant deux atouts principaux : d’une part, le contact permanent et la forte proximité avec leurs consommateurs, et, d’autre part, leur insertion dans des réseaux sociaux locaux. Leur petite taille les amène en effet à rechercher en externe, dans des réseaux de proximité sociaux ou géographiques, les solutions aux problèmes qu’elles rencontrent (techniques, financiers, commerciaux, de main-d’œuvre...).
Enfin, que ce soit pour la connaissance ou pour l’action, il n’est plus possible de s’intéresser à ce secteur uniquement sous l’angle de l’entreprise individuelle. Face au nouveau contexte d’ouverture des marchés, cette approche individuelle des petites entreprises devient incomplète [7]. Une nouvelle approche est nécessaire, prenant en compte les dispositifs collectifs tels que les organisations territoriales et professionnelles et les services à coûts partagés n

Remerciements

Cette étude a été financée par le projet Prasac. Les auteurs remercient les équipes des instituts de recherche du Tchad (Itrad) et du Cameroun (Irad), les universités de Ngaoundéré et de Ndjamena, les bureaux d’études (CDD projet urbain, Aradel-Agropme) et les autorités de quartier des villes étudiées.

Références

1. Ferré T, Doassem J, Kameni A. Dynamique des activités de transformation des produits agricoles à Garoua, Nord-Cameroun. Garoua : Irad/Prasac, 1999 ; 89 p.

2. Mbayhoudel K. Diagnostic sur les unités de transformation artisanale en zone Prasac Tchad (Moundou, Pala et Sarh). Ndjamena : Itrad ; Prasac, 1999 ; 25 p.

3. Duteurtre G, Faure G, Jamin JY, Magrin G. Les savanes d’Afrique centrale entre enclavement et intégration aux marchés. In : Jamin JY, Seiny Boukar L, éds. Savanes africaines : des espaces en mutation, des acteurs face à de nouveaux défis. Actes du colloque, mai 2002, Garoua (Cameroun). N’Djamena : Prasac, 2003 : 18 p. (cédérom)

4. Lopez E, Muchnik J. Petites entreprises et grands enjeux. Paris : L’Harmattan, 1997 ; 362 + 356 p.

5. Cerdan C, Hamadou L, Ferré T, Doassem J. Qualité et valorisation commerciale des produits sur les marchés urbains : les jus de fruits pasteurisés au Nord Cameroun. Communication présentée à l’atelier « Promotion et structuration socioprofessionnelle des petites entreprises agroalimentaires en Afrique de l’Ouest », Réseau AVAL, Cotonou (Bénin), 29 janvier – 1er février 2002, 12 p.

6. Djamen P, Djonnéwa P, Havard M. Exploitations agricoles du Nord-Cameroun : caractéristiques, problématiques et enjeux pour la recherche et le développement. In : Jamin JY, Seiny Boukar L, éds. Savanes africaines : des espaces en mutation, des acteurs face à de nouveaux défis. Actes du colloque, mai 2002, Garoua (Cameroun). N’Djamena : Prasac, 2003 : 13 p. (cédérom)

7. Sautier D. Local agrifood systems : A territorial approach to small enterprises in the African food sector. IDRC Planning Meeting “Poverty, Livelihoods and Enterprise Development in a Globalizing Economy” Cape Town, April 13-15, 2000, 15 p.


 

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