ARTICLE
Auteur(s) : Claire Cerdan1, Robert
Ndjouenkeu2, Koumarou Mbayhoudel3
1 Centre de coopération internationale en
recherche agronomique pour le développement (Cirad), Tera, TA
60/15, 34398 Montpellier cedex 5, Franc
<claire.cerdan@cirad.fr>
2 Robert Ndjouenkeu École nationale sciences des
aliments et des industries (Ensai), Université de Ngaoundéré, BP
455, Ngaoundéré, Camerou
<rndjouenkeu@yahoo.fr>
3 Koumarou Mbayhoudel Institut tchadien de
recherche agronomique pour le développement (Itrad), BP 5400,
Ndjamena, Tchad
<itrad@intnet.td>
Les années 1990 ont vu une certaine réhabilitation du rôle des
petites entreprises agroalimentaires dans l’approvisionnement des
villes. Il est de plus en plus reconnu que la capacité d’innovation
et d’adaptation des petites entreprises, en grande partie
informelles, a contribué à éviter le scénario souvent prédit
d’importations alimentaires, tout en stimulant la valorisation des
productions agricoles locales. Le caractère informel de la majorité
des entreprises agroalimentaires en Afrique subsahélienne explique
la rareté des données statistiques fiables. Les quelques
inventaires disponibles concernent souvent les capitales. La
situation des villes secondaires, pourtant essentielle pour les
dynamiques rurales, reste largement méconnue. Un inventaire mené
dans les principales villes de la région d’action du projet
Prasac1 (Ngaoundéré, Maroua, Garoua
au Cameroun, Moundou, Pala et Sahr au Tchad), comble cette lacune.
Il permet d’évaluer l’importance et la place du secteur
agroalimentaire des villes des savanes d’Afrique centrale.
1 Pôle régional de recherche
appliquée au développement des savanes d’Afrique centrale -
Prasac.
Méthodologie
Notre travail repose sur l’hypothèse que les villes peuvent
exercer une forte influence sur le développement agricole des
campagnes voisines dans la mesure où elles représentent un centre
de consommation et de redistribution des denrées alimentaires vers
les marchés régionaux. Le réseau urbain des savanes d’Afrique
centrale se décline en un petit nombre de villes moyennes et en un
nombre nettement plus important de petits centres. Il s’organise
autour de trois villes au Nord-Cameroun (Garoua, Maroua,
Ngaoundéré) et de trois villes au Tchad (Moundou, Sarh, Pala). La
population de ces centres urbains se situe entre 35 000 et
230 000 habitants. L’influence et les effets
d’entraînement de ces centres urbains sur le milieu rural varient
en fonction de leur taille et de leurs fonctions administratives,
industrielles ou commerciales. Mais la présence d’un secteur
agroalimentaire urbain dynamique peut accroître ces effets
d’entraînement en renforçant la connexion des zones rurales
excédentaires vers des marchés rémunérateurs.
Pour conduire ces recensements, les équipes de recherche du Tchad
et du Cameroun ont adopté des méthodologies différentes mais
s’appuient sur une vision commune des entreprises. Celles-ci sont
définies comme des activités productives et commerciales
(transformation, distribution-restauration). Leur rôle va au-delà
de la production de nourriture, car ces activités constituent des
sources de revenus pour la majorité des femmes, organisent la vie
de quartiers et constituent un lien de sociabilité et de
circulation de l’information. De taille réduite, elles restent
néanmoins les pièces maîtresses de l’organisation alimentaire
urbaine africaine.
Pour recenser ces activités, chaque ville a été préalablement
découpée en secteurs (ou groupes de quartiers). Au Cameroun, les
enquêteurs (un par secteur) ont circulé dans les ruelles et les
marchés de quartier et ont localisé les différentes
micro-entreprises. Dans la mesure du possible, le chef d’entreprise
a été interrogé sur son activité technique (types de produits
transformés), ses modes de commercialisation, d’approvisionnement,
de financement et d’organisation (nombre de personnes travaillant à
la production et la commercialisation, rythme de production).
Au Tchad, les enquêteurs ont visité les marchés, parcouru les rues
et se sont rendus dans les concessions. Ils ont ainsi pu prendre en
compte les entreprises de transformation/vente qui n’étaient pas en
activité au moment de l’enquête. Ces inventaires ont été réalisés
en 1999, sur une huitaine de jours avec une équipe de
7 enquêteurs/ville (au début de la saison des pluies).
Résultats
Importance socio-économique du secteur de la transformation
alimentaire
Près de 20 000 micro-entreprises ont pu être recensées
dans les six principaux centres urbains du Tchad et du Cameroun [1,
2]. Les villes du Nord-Cameroun comptent près de
4 600 micro-entreprises : 3 545 unités de
transformation et restauration de rue, 886 unités de
restauration et 169 unités de stockage (tableau 1). Sur la base de six personnes par
foyer, cela signifie que 1 foyer sur 23 a une source de
revenus d’origine agroalimentaire à Garoua. Cette proportion serait
de 1 foyer sur 14 à Maroua, et de 1 foyer sur 24 à
Ngaoundéré.
Tableau 1. Recensement des petites
entreprises de transformation agroalimentaire à Garoua, Maroua et
Ngaoundéré (Cameroun).
Table 1. Inventory of food enterprises in Garoua,
Maroua and Ngaoundéré (Cameroon).
| Ville |
Garoua |
Maroua |
Ngaoundéré |
Total |
| Population |
230 000 |
200 000 |
110 500 |
540 500 |
| Denrées transformées |
| Arachide (huile, pâte et tourteaux) |
221 |
305 |
55 |
581 |
| Boissons non alcoolisées (tamarin, oseille de guinée, jus
de fruits) |
312 |
138 |
65 |
515 |
| Boissons alcoolisées (bière de mil essentiellement) |
162 |
690 |
68 |
920 |
| Viandes et poissons (viande séchée, poissons séchés et
fumés) |
129 |
215 |
101 |
445 |
| Beignets (riz, maïs, sorgho, blé, niébé) |
288 |
284 |
126 |
698 |
| Restauration |
350 |
364 |
172 |
886 |
| Décorticage et production de farines |
169 |
125 |
77 |
371 |
| Autres |
16 |
81 |
4 |
101 |
| Stockage de produits |
73 |
51 |
45 |
169 |
| Nombre total d’unités |
1 710 |
2 253 |
713 |
4 776 |
Dans les trois villes de la zone de savanes du Tchad (population
comprise entre 35 000 et 120 000 habitants), le
recensement fait apparaître une densité plus élevée d’activités
agroalimentaires marchandes. On a dénombré en effet
4 407 unités de transformation à Moundou, 3 337 à
Pala et 7 887 à Sarh (tableau 2). Le secteur agroalimentaire
artisanal est donc source de revenus pour 1 foyer sur 5 à
Moundou, 1 foyer sur 2 à Pala et Sarh.
Tableau 2. Recensement des unités
de transformation agroalimentaire à Moundou, Pala et Sarh
(Tchad).
Table 2. Inventory of food enterprises in Moundou,
Pala, and Sahr (Chad).
|
Ville |
Moundou |
Pala |
Sarh |
Total |
|
Population |
120 000 |
35 000 |
90 000 |
245 000 |
| Produits |
|
Arachide |
682 |
725 |
1 182 |
2 589 |
|
Boissons non alcoolisées, jus |
89 |
100 |
118 |
307 |
|
Bouillies |
332 |
159 |
376 |
867 |
|
Boissons alcoolisées |
556 |
523 |
84 |
1 163 |
|
Viandes et poissons |
126 |
26 |
643 |
795 |
|
Beignets |
397 |
214 |
635 |
1 246 |
|
Céréales décort. et farines |
138 |
ND |
176 |
1 158 |
|
Kissar |
117 |
7 |
1 034 |
2 714 |
|
Restauration, plat à emporter |
822 |
553 |
1 339 |
1 375 |
|
Légumes séchés ou en poudre |
559 |
688 |
803 |
2 050 |
|
Produits de cueillette |
332 |
222 |
810 |
1 364 |
|
Autres |
257 |
222 |
803 |
1 282 |
|
Nombre total d’unités |
4 407 |
3 337 |
7 887 |
15 849 |
ND = données non disponibles
Principaux produits transformés : les céréales,
l’arachide, la viande et les légumes
Ces entreprises valorisent un grand nombre de denrées
alimentaires produites localement. Parmi elles, les céréales
locales (mil, sorgho, maïs), les légumineuses (arachides et niébé)
et les produits de l’élevage (lait, viande séchée) tiennent une
place importante. Sur l’ensemble des villes, la transformation des
céréales et de l’arachide représente près d’un tiers des unités
(près de 7 000 unités ont été répertoriées sur l’ensemble
des villes). Au Cameroun, on souligne la forte présence de
production de bière à Maroua, l’importance des boissons non
alcoolisées à Garoua et la prédominance des entreprises
transformatrices de viande dans la région de l’Adamaoua (tableau 1). Dans les villes du Tchad, le
séchage des légumes (gombos) concerne près de
3 000 unités (tableau 2).
Les produits de l’artisanat alimentaire peuvent être des produits
finis comme les beignets ou les jus de fruits à consommer sur place
ou des produits intermédiaires (pâte d’arachide, poisson séché,
etc.) qui sont achetés pour être incorporés dans une préparation
alimentaire.
Les produits recensés concernent des marchandises que l’on peut
qualifier de génériques (farine de mil, farine de maïs) mais
englobent aussi de nombreuses spécialités régionales recherchées
par les consommateurs (bière de mil, viande séchée, beignets de
céréales locales...). La typicité de ces produits et la spécificité
des caractéristiques organoleptiques recherchées par les
consommateurs peuvent expliquer le maintien de nombreuses unités de
transformation, à première vue peu compétitives.
Soulignons enfin le développement, dans des proportions semblables
dans les six villes, du secteur de la restauration de rue et des
snacks (beignets, bouillie). Cela confirme une évolution des modes
de consommation en milieu urbain où le recours à des mets préparés
et à la restauration extérieure prend une part de plus en plus
importante dans la consommation des ménages.
Contribution du secteur agroalimentaire en termes
d’emplois
Le relevé du nombre de personnes travaillant auprès des unités
de Garoua et des quantités de produits alimentaires traitées
permettent de préciser l’importance du secteur (tableau 3). Chaque unité occupe deux à trois
personnes pour la transformation et la vente des produits. Les
secteurs les plus exigeants en termes de main-d’œuvre sont les
secteurs des boissons non alcoolisées, des boissons alcoolisées, de
la transformation de la viande et des beignets. Ces activités
présentent des systèmes de vente fortement décentralisés : les
vendeurs se rendent au devant des consommateurs avec des charrettes
et des glacières (photo 1). Les
activités de transformation elles-mêmes peuvent être exigeantes en
main-d’œuvre (viande, bière de mil) (photo 2). À Garoua,
1 600 unités ont affirmé employer près de
4 000 personnes. À partir de ce résultat, on peut
extrapoler pour l’ensemble des villes du Cameroun et estimer que
les 4 600 unités de transformation recensées
emploieraient près de 12 000 personnes. Des enquêtes
complémentaires sont nécessaires pour permettre d’extrapoler ces
données au niveau des centres urbains de la zone des savanes du
Tchad.
Tableau 3. Nombre de personnes
employées dans les micro-entreprises agroalimentaires de Garoua
(Cameroun).
Table 3. Employment in small-scale food enterprises in
Garoua (Cameroon).
|
|
Garoua |
|
Type de produits |
Nb. d’unités ayant répondu à la question |
Nb. d’emploi |
Nb. d’emploi par unité |
|
Arachides |
221 |
475 |
2,1 |
|
Boissons non alcoolisées |
181* |
435 |
2,4 |
|
Bouillies à base de céréales |
131 |
295 |
2,2 |
|
Beignets |
283 |
650 |
2,3 |
|
Décorticage/mouture |
142 |
285 |
2 |
|
Boissons alcoolisées |
162 |
530 |
3,2 |
|
Viande |
129 |
365 |
2,8 |
|
Restauration |
350 |
875 |
2,5 |
|
Total |
1 600 |
3 910 |
|
* Ces données sont différentes des données présentées dans le tableau 1 car toutes les entreprises
n’ont pas donné le nombre de personnes qu’elles employaient.
Les quantités annuelles de matières premières traitées par ce
secteur varient entre 130 tonnes pour les bouillies de
céréales à 19 000 tonnes pour les unités de mouture
décorticage. Les unités de production de beignets utilisent
annuellement près de 865 tonnes de farine, dont plus de la
moitié est représentée par le blé importé, moulu par les moulins
industriels camerounais.
Discussion
Ces enquêtes confirment l’importance du secteur de la
transformation alimentaire artisanale dans l’approvisionnement des
villes d’Afrique centrale. Elles posent aussi les difficultés
(explicitées ci-dessous) à évaluer ou à prendre en compte ce
secteur dans des programmes de politiques publiques. Ces activités
agroalimentaires n’en restent pas moins dynamiques, fortement
décentralisées et essentiellement féminines.
Difficulté d’appréhender ces entreprises
La comparaison des données recueillies dans les villes du Tchad
et du Cameroun montre une grande disparité et nous interroge sur la
difficulté d’appréhender ces entreprises. Celle-ci peut s’expliquer
par la méthode utilisée. Au Cameroun, n’ont été considérées que les
unités ayant des infrastructures ou un lieu de commercialisation
visible par les enquêteurs (dans la rue ou sur les marchés). Au
Tchad, en revanche, un échantillon plus large de femmes a été
considéré. Ainsi, nous avons observé que près de la moitié des
femmes des villes secondaires du Tchad tire un revenu saisonnier ou
permanent de la transformation-vente des produits agricoles. Si
l’on considère que ces villes présentent des caractéristiques et un
développement urbain relativement similaires, les données de
l’enquête Cameroun apparaissent sous-estimées [3].
De façon plus générale, cette disparité nous interroge sur la
définition même des unités de transformation agroalimentaire et sur
leur prise en compte d’un point de vue économique. La diversité de
ces différentes unités rend difficile l’appréciation de leur poids
économique dans le développement local.
Plusieurs travaux ont montré une certaine segmentation du secteur
fondée sur les capacités de production des entreprises et sur la
stratégie des chefs d’unité. Ces typologies recensent souvent deux
ou trois groupes en distinguant le caractère permanent ou
saisonnier des entreprises [4].
• Les entreprises saisonnières sont représentées par des mères au
foyer qui profitent de l’abondance de matières premières pour
transformer et revendre des produits alimentaires sur les marchés
de quartier ou à leur domicile. Ces unités sont plus difficiles à
appréhender dans la mesure où elles ne sont pas permanentes et
n’ont aucune infrastructure de production et de commercialisation.
Dans le cas de jus de fruits, ces unités ont pourtant une influence
importante et augmentent sensiblement la concurrence entre les
producteurs de jus de fruits [5]. C’est ce type d’entreprise que
l’enquête Tchad a pris en compte alors que l’enquête Cameroun l’a
pratiquement éludé.
• Les entreprises qui travaillent de manière régulière ou
permanente se divisent en deux sous-groupes.
Le premier sous-groupe est constitué d’unités artisanales qui
appliquent les techniques traditionnelles. Ces unités sont pour la
plupart de très petite taille, voire individuelles. Elles emploient
généralement soit de la main-d’œuvre familiale, soit d’autres
personnes mais qui sont faiblement rémunérées. Les entrepreneurs
apprennent à exercer ces activités dans leur milieu de vie (par la
famille, les amis...). Cette classe d’entrepreneur n’a généralement
pour objectif que de subvenir aux besoins de la famille et ne
cherche pas obligatoirement à développer son entreprise. Ce type
d’entreprise a été comptabilisé par l’enquête Tchad et
partiellement pris en compte dans l’enquête Cameroun.
Le second sous-groupe est constitué d’unités de transformation qui
utilisent des technologies plus développées. La transformation
alimentaire constitue leur principale activité. Elles
s’investissent plus et emploient plusieurs personnes (5 à 11). Ces
entrepreneurs sont plus exigeants en matière de qualité et de
travail fourni, mais rémunèrent mieux leurs employés. Ces unités
s’apparentent aux industries modernes malgré la modestie de leur
échelle de production. Elles expriment plus de besoins et
sollicitent des appuis dans de multiples domaines concernant les
procédés de transformation afin de diversifier les produits et d’en
améliorer la qualité. Ainsi, ces entrepreneurs sont demandeurs
d’outils comptables et de gestion afin de mieux gérer l’entreprise
et d’en accroître la productivité, ainsi que d’appuis financiers
pour l’approvisionnement en matière première, l’acquisition de
matériels plus adaptés et l’augmentation de la production. Ce type
d’entreprise a été pris en compte par les deux enquêtes.
Cette diversité que nous venons de souligner conduit les décideurs
à affiner leurs méthodes d’identification des entreprises et à
mettre en place des systèmes d’appui offrant une large gamme
d’actions pouvant toucher un public divers.
Des activités issues de systèmes diversifiés
Ces activités agroalimentaires en milieu urbain correspondent à
une évolution de pratiques largement répandues en milieu rural. Il
existe en effet une multitude d’activités de transformation que
l’on peut répertorier dans les villages : la fabrication
d’huile, la production de beurre de karité, de sel, de bouillies,
de bière de mil, de beignets, le séchage et le fumage de produits,
etc. Auparavant, les femmes effectuaient ces activités pour la
consommation du ménage. Avec le développement de l’économie de
marché et l’accroissement des villes, les pratiques de
transformation sont devenues pour ces femmes un moyen, parmi
d’autres, d’accroître leurs revenus [6]. En milieu urbain, les
femmes consacrent la majorité de leur temps à cette seule activité
de transformation. Les opportunités d’approvisionnement, de
commercialisation et la maîtrise du savoir-faire restent
déterminantes dans le choix de l’activité.
Des activités décentralisées, autonomes et essentiellement
féminines
Au-delà de leur diversité, ces activités urbaines possèdent des
caractéristiques communes : ce sont des activités
décentralisées, autonomes et essentiellement féminines [7].
Décentralisées, car elles sont réparties selon les quartiers et les
marchés, avec des phénomènes fréquents de concentration spatiale.
Autonomes, car ces entreprises, le plus souvent individuelles, se
sont créées et fonctionnent sans assistance financière ou technique
officielle. Enfin, ce sont surtout des activités presque
exclusivement féminines. Dans l’enquête de Garoua, les femmes sont
responsables de 82 % des activités mentionnées. Pour le Tchad,
ce pourcentage dépasse les 90 %. Les hommes sont présents dans
les activités mécanisées (mouture...) et les métiers de la
viande.
Conclusion
Les activités marchandes de transformation et de préparation
alimentaires ont un impact économique considérable pour la zone de
savanes en Afrique centrale, que ce soit en termes de sécurité
alimentaire, de création d’emplois ou bien de distribution des
revenus et de réduction des inégalités. Ces activités, où l’unité
de production recoupe souvent l’unité familiale, sont
décentralisées et intensives en travail mais constituent une
importante source de revenus urbains, notamment pour la population
pauvre. La transformation et la préparation alimentaires sont
certainement, avec le commerce des vivres, le secteur économique où
les femmes jouent le plus grand rôle. Le suivi et le renforcement
de ce secteur agroalimentaire sont donc des enjeux centraux pour le
développement économique local.
Dans un contexte très compétitif, ces unités possèdent cependant
deux atouts principaux : d’une part, le contact permanent et
la forte proximité avec leurs consommateurs, et, d’autre part, leur
insertion dans des réseaux sociaux locaux. Leur petite taille les
amène en effet à rechercher en externe, dans des réseaux de
proximité sociaux ou géographiques, les solutions aux problèmes
qu’elles rencontrent (techniques, financiers, commerciaux, de
main-d’œuvre...).
Enfin, que ce soit pour la connaissance ou pour l’action, il n’est
plus possible de s’intéresser à ce secteur uniquement sous l’angle
de l’entreprise individuelle. Face au nouveau contexte d’ouverture
des marchés, cette approche individuelle des petites entreprises
devient incomplète [7]. Une nouvelle approche est nécessaire,
prenant en compte les dispositifs collectifs tels que les
organisations territoriales et professionnelles et les services à
coûts partagés n
Remerciements
Cette étude a été financée par le projet Prasac. Les auteurs
remercient les équipes des instituts de recherche du Tchad (Itrad)
et du Cameroun (Irad), les universités de Ngaoundéré et de
Ndjamena, les bureaux d’études (CDD projet urbain, Aradel-Agropme)
et les autorités de quartier des villes étudiées.
Références
1. Ferré T, Doassem J, Kameni A. Dynamique des
activités de transformation des produits agricoles à Garoua,
Nord-Cameroun. Garoua : Irad/Prasac, 1999 ;
89 p.
2. Mbayhoudel K. Diagnostic sur les unités de
transformation artisanale en zone Prasac Tchad (Moundou, Pala et
Sarh). Ndjamena : Itrad ; Prasac, 1999 ;
25 p.
3. Duteurtre G, Faure G, Jamin JY, Magrin G. Les
savanes d’Afrique centrale entre enclavement et intégration aux
marchés. In : Jamin JY, Seiny Boukar L, éds. Savanes
africaines : des espaces en mutation, des acteurs face à de
nouveaux défis. Actes du colloque, mai 2002, Garoua (Cameroun).
N’Djamena : Prasac, 2003 : 18 p. (cédérom)
4. Lopez E, Muchnik J. Petites entreprises et
grands enjeux. Paris : L’Harmattan, 1997 ;
362 + 356 p.
5. Cerdan C, Hamadou L, Ferré T, Doassem J.
Qualité et valorisation commerciale des produits sur les marchés
urbains : les jus de fruits pasteurisés au Nord Cameroun.
Communication présentée à l’atelier « Promotion et
structuration socioprofessionnelle des petites entreprises
agroalimentaires en Afrique de l’Ouest », Réseau AVAL, Cotonou
(Bénin), 29 janvier – 1er février 2002,
12 p.
6. Djamen P, Djonnéwa P, Havard M. Exploitations
agricoles du Nord-Cameroun : caractéristiques, problématiques
et enjeux pour la recherche et le développement. In : Jamin
JY, Seiny Boukar L, éds. Savanes africaines : des espaces
en mutation, des acteurs face à de nouveaux défis. Actes du
colloque, mai 2002, Garoua (Cameroun). N’Djamena : Prasac,
2003 : 13 p. (cédérom)
7. Sautier D. Local agrifood systems : A
territorial approach to small enterprises in the African food
sector. IDRC Planning Meeting “Poverty, Livelihoods and
Enterprise Development in a Globalizing Economy” Cape Town, April
13-15, 2000, 15 p.
|