ARTICLE
Le Mali, pays sahélien situé au cur de l'Afrique
de l'Ouest, a une économie fondée sur le triptyque agriculture,
élevage et pêche. De nature artisanale, la pêche intéresse
particulièrement le delta central du Niger (DCN), les lacs de retenues
de Sélingué (dans la région de Sikasso) et de Manantali
(à Kayes) (figure 1).
Celle du DCN est la plus ancienne et la plus productive. La pêche
artisanale, séculaire, est le fait d'ethnies dont l'ingéniosité
technique pour l'exploitation des différents biotopes est notoire.
L'exploitation des deux autres pêcheries date des années
80, après le premier choc de sécheresse.
La production halieutique des eaux continentales maliennes connaît
une grande variabilité interannuelle liée aux fluctuations
de l'hydrologie et, avec une moyenne annuelle de 80 000 tonnes, elle se
situe parmi les plus élevées d'Afrique. Plus de 85 % de
cette production provient du DCN qui couvre en période de forte
crue une superficie inondable de 30 000 km2 (figure
1). La production halieutique, fortement corrélée aux
conditions environnementales (notamment l'inondation), est constituée
majoritairement de jeunes de l'année de la famille des Cichlidae,
principalement Oreochromis niloticus, espèce à forte
résilience qui a contribué pour 10 % aux 50 000 tonnes de
poissons débarqués en 1991 [1]. Les autorités maliennes,
après une succession d'années de sécheresse, dont
certaines catastrophiques avec exacerbation des tensions sociales [2],
ont décidé vers la fin des années 70 de mettre en
uvre des opérations de développement de la pisciculture.
Notre objectif ici est d'établir un bilan des différentes
actions de pisciculture sous l'angle biotechnique, socio-économique
et anthropologique. Différentes questions sont envisagées
: un pêcheur peut-il faire de l'acquaculture de poissons ? Quelle
population-cible pour la pisciculture ? L'alevinage peut-il se faire à
partir du milieu naturel ou doit-il impérativement être réalisé
en conditions contrôlées ou encore être le fait de
pisciculteurs spécialisés ? Le poisson de pisciculture peut-il
concurrencer, en termes de coûts de production et de marché,
celui pêché dans le milieu naturel ? Cette analyse de ces
premières expériences d'élevage des poissons est
un préalable incontournable à la définition de type(s)
de pisciculture(s) adaptés à des zones agro-écologiques
aux potentialités hydrologiques variables.
« Crue » et « décrue »
de la pêche artisanale continentale au Mali
La progression de l'inondation transforme radicalement le paysage du
delta central, plaine alluviale inondable longue de 300 km et large de
100 km (figure 1). Largement
inondée en fin de crue, la plaine alluviale se transforme en début
d'étiage en dédale de bras principaux, d'émissaires,
de chapelets de mares et de grands lacs pour n'être plus, en fin
d'étiage, qu'une vaste étendue desséchée où
les seuls milieux encore inondés sont le lit mineur des fleuves,
certaines grandes mares et certains lacs permanents. Les surfaces moyennes
en eau passent au cours d'un cycle hydrologique annuel du simple au quintuple
de l'étiage à la période des hautes eaux [3]. La
durée de submersion de ces biotopes est une variable interannuelle
liée à l'intensité de la crue. La mise en eau est
à l'origine d'une succession des activités de pêche
de l'amont vers l'aval du delta mais, également, du lit mineur
du fleuve aux zones inondées latéralement les plus éloignées.
L'exploitation spatio-temporelle de cette richesse spécifique du
delta par la pêche conditionne sa production [4].
Au milieu des années 50, une étude avait conclu à
la sous-exploitation des peuplements ichtyologiques du delta central du
Niger [5], principale aire de production halieutique du pays. L'intensification
de la pêche a été conseillée pour réduire
l'abondance des poissons adultes et stimuler la croissance des juvéniles.
Ainsi, allait naître dès la fin des années 50 la mémorable
ère du boom halieutique dans cette vaste plaine alluviale.
De 1950 à 1970, le développement des activités
de pêche s'est fait essentiellement par l'exploitation de nouveaux
biotopes avec le recours accru à la main-d'uvre et l'augmentation
du capital technique par l'acquisition de nouveaux engins plus performants.
Avec les nouvelles facilités de déplacement, les pêcheurs
n'hésitaient plus à faire des migrations vers les pêcheries
éloignées les plus fructueuses du delta. L'accroissement
de la production halieutique, 45 000 à 90 000 tonnes par an jusqu'au
début des années 70, a résulté principalement
de l'extension des zones exploitées par les pêcheurs migrants
dans la partie aval, puis de l'intensification de cette exploitation.
À ces périodes de « vaches grasses » ont succédé
des périodes de « vaches maigres ». La sécheresse
qui a sévi sur le Sahel à partir de 1973 a porté
un coup sérieux à la prospérité de la pêche,
avec réduction des surfaces inondées et forte diminution
de la production globale. Les débarquements de poissons ont connu
de fortes fluctuations au cours des trente dernières années
(figure 2), la production
baissant de 87 000 tonnes en 1969-1970 à 37 000 tonnes en 1984-1985
pour ensuite se stabiliser autour de 60 000 tonnes au début des
années 90. L'excellente crue de 1994 a permis une production de
poisson en 1994-1995 qui triple la moyenne des captures totales des années
de sécheresse (figure
2). Paradoxalement, la productivité du milieu n'a fait que
croître au cours du dernier quart de siècle, le rendement
passant de 40 kg/ha vers 1968 à 120 kg/ha en 1990-1991. Cette évolution
des captures est soutenue par des changements de pratiques de pêche,
de l'effectif des pêcheurs et des caractéristiques des stocks
exploités, éléments décrits et analysés
par ailleurs [1].
L'effectif des pêcheurs a été considérablement
accru au cours des trente dernières années (1 à 2
pêcheurs actifs au kilomètre carré inondé en
1960, 10 à 15 actifs en 1991) [4]. Cela a eu comme répercussion
la diminution drastique des prélèvements individuels des
ménages, corrélativement à une baisse de l'abondance
de la ressource et à des investissements de plus en plus lourds
dans le matériel de pêche [2]. L'accès aux zones de
pêche devient donc essentiel, exacerbant les conflits entre villages
ou familles. Le malaise du secteur pêche au début des années
80 a traduit la détérioration des conditions économiques
et une dégradation du tissu social dans lequel il opère.
Face à cette situation, les autorités maliennes ont analysé
les causes de la crise de la pêche deltaïque ainsi que les
mécanismes d'accroissement possible de la production de poisson.
Ces réflexions ont abouti aux recherches pluridisciplinaires IER-ORSTOM
sur la pêche dans le delta central du Niger (1986-1994) et aux multiples
projets de développement de la pisciculture qui se sont succédé
dès la fin des années 70.
Euphorie pour la pisciculture
Depuis les années 50, diverses expériences d'aquaculture
de poissons ont été entreprises dans différents pays
d'Afrique de l'Ouest [6]. Au Mali, les premières expériences
piscicoles sont cependant récentes. Elles ont été
initiées vers la fin des années 70, dans un contexte particulier
caractérisé par des déficits de production halieutique
à la suite de la persistance de la sécheresse. Jusqu'en
1994, il s'est agi uniquement de projets de développement, même
s'ils revêtaient un caractère « pilote », menés
au sein ou par la Direction nationale des Eaux et Forêts 1.
La Revue du secteur des pêches et de l'aquaculture au Mali,
publiée sous l'égide de la FAO [7], permet de retracer la
chronologie de divers projets.
Les premières expériences aquacoles ont démarré
au Mali en 1979 sur financement de l'Agence américaine d'aide au
développement international (USAID). Une station d'alevinage a
été construite à San, à 400 km au nord-est
de Bamako, dans les périmètres irrigués de la Compagnie
malienne de développement des textiles (CMDT), qui devait initialement
en assurer l'alimentation en eau. La station n'a été régulièrement
alimentée que pendant trois à cinq mois par an, puis a été
dotée d'un système autonome de pompage pour prélever
l'eau du fleuve Bani sur près de 2 km, avec une augmentation significative
des coûts de fonctionnement.
En 1986, une aide d'urgence de l'OUA (Organisation de l'unité
africaine) a été utilisée pour promouvoir la pisciculture
en étangs auprès des populations rurales dans la zone des
aménagements hydro-agricoles de l'Office du Niger (ON), particulièrement
favorable au développement aquacole du fait que l'approvisionnement
en eau y était assuré par gravité tout au long de
l'année.
En 1987, les agents de l'Association française des volontaires
du progrès (AFVP) ont initié un projet de vulgarisation
de la pisciculture villageoise dans la zone de Niono (région de
Ségou).
Le projet de développement le plus important a été
financé par le Programme des Nations unies pour le développement
(PNUD) et exécuté par l'Organisation mondiale pour l'agriculture
et l'alimentation (FAO, projet MLI/86/001) d'octobre 1987 à décembre
1992. Ce projet a animé l'ensemble des activités de développement
de la pisciculture et diverses tentatives d'aménagement et d'empoissonnement
des mares et petites retenues de barrages ont été également
réalisées. Le monde paysan s'intéresse aussi à
des formes d'élevage extensif dans des étendues plus vastes
offertes par les bancotières 2 et les emprunts
3.
Pisciculture : panacée ou kaléidoscope
?
Les multiples tentatives de développement de la pisciculture
au Mali ont porté sur la pisciculture individuelle ou collective
(dans les étangs ou emprunts) et l'empoissonnement des plans d'eau
naturels (mares, petites retenues de barrages) à partir d'alevins
de station (essentiellement du tilapia, Oreochromis niloticus)
ou du milieu naturel (en particulier Clarias anguillaris). Ces
tentatives ont abouti à des résultats mitigés. Les
objectifs de production sont très loin d'être atteints. La
production d'alevins de tilapia dans les trois stations créées
et gérées par le dernier projet n'a pas atteint son objectif
de 120 000 unités par an. Cet échec tient surtout à
une mauvaise mise en uvre des techniques de production d'alevins
en étangs [8]. L'approvisionnement des pisciculteurs à partir
des stations d'alevinage a connu une chute vertigineuse en trois ans,
passant de 85 000 en 1993 à 29 000 en 1995, l'approvisionnement
dans le milieu naturel prenant le relais.
Près de 10 ans après le démarrage du projet FAO,
les résultats techniques (tableau
1) dénotent des faibles performances d'élevage. L'alimentation
des poissons est réalisée à base de farine basse
de riz (FBR), avec des quantités distribuées imprécises.
La fertilisation des étangs n'est pas systématique et ne
tient en général pas compte des normes requises. Le rendement
moyen observé est inférieur à 2 t/ha par cycle de
production d'une durée moyenne de 200 jours. Sa grande variabilité
(24 % de coefficient de variation) traduit vraisemblablement la non-maîtrise
des techniques d'élevage, en particulier l'alimentation des poissons
et la fertilisation des étangs. Dans une autre expérience
conduite également en milieu villageois, la croissance moyenne
journalière des poissons, nourris à base de FBR, élevés
en polyculture (tilapia associé à clarias) ou en monoculture
(clarias) dans des étangs fertilisés ou non, est inférieure
à 1 g.j - 1 (figure
3). L'indice de consommation est très variable d'un étang
à l'autre mais reste anormalement élevé (supérieur
à 10). Ces faibles performances de la pisciculture malienne, comparées
à celles obtenues ailleurs en Afrique (Côte d'Ivoire, Niger...)
[9] ou encore en Asie [10], témoignent de lacunes techniques, notamment
l'absence de maîtrise de la production d'alevins en étangs
à partir de géniteurs capturés dans le milieu naturel
et la non-maîtrise des techniques d'élevage de tilapia monosexe
associant ou non un prédateur permettant de contrôler la
reproduction anarchique des tilapias mis en charge en début d'élevage
[11].
Les animaux utilisés dans les élevages proviennent soit
d'alevins produits en captivité, soit de juvéniles capturés
dans le milieu naturel à partir de différents habitats de
l'hydrosystème du fleuve Niger. Dans ce dernier cas, les individus
peuvent présenter une variabilité très élevée
et donc présenter des performances de croissance inégales.
Dans tous les cas, la détérioration des performances d'élevage
ne paraît pas être imputable à une baisse de variabilité
génétique chez les tilapias [12, 13].
Toutes ces conditions ne paraissent guère favorables à
l'émergence d'une culture de « pisciculteurs », et cela
d'autant que les recettes générées par cette activité,
à l'échelle de l'étang ou des étangs villageois,
sont de loin inférieures à celles de la riziculture dont
le cycle de production est, en outre, plus court.
La production de poissons de l'aquaculture malienne était estimée
à 60 tonnes pour l'année 1996 [14]. Elle est probablement
sous-estimée eu égard au nombre d'infrastructures piscicoles
exploitées (étangs, mares, bancotières, emprunts)
mais reste insignifiante par rapport à la production halieutique
qui est actuellement en moyenne d'environ 80 000 tonnes par an [7].
Le bilan de ces projets successifs est mitigé. La construction
de stations d'alevinage pour les tilapias ne paraît pas positive
vu les coûts récurrents pour l'État malien, sachant
que les alevins peuvent être produits par les pisciculteurs à
moindre coût [6]. La stimulation de la construction d'étangs
ou d'aménagements de mares, d'emprunts ou de petites retenues d'eau
dans les zones d'intervention de ces projets paraît, en revanche,
avoir un impact positif. À titre d'exemple, il a été
construit dans la zone de l'Office du Niger, entre 1992 et 1995, 383 étangs,
collectifs villageois (pour 13 %) ou individuels familiaux, d'une surface
moyenne de 4 ares. À ceux-ci, il faut ajouter l'aménagement
d'emprunts pour lesquels aucun recensement fiable n'est disponible. Il
existe un potentiel énorme de collecte d'alevins de C. anguillaris
en milieu naturel lors du retour dans le lit mineur, après la crue,
à partir des plaines inondées ou des rizières (Sélingué,
Baguineda, Niono et Mopti). Les disponibilités existent et en 1993,
pour l'empoissonnement des ouvrages de pisciculture, il a été
collecté environ 80 000 alevins de ce silure d'eau douce avec des
nasses « Durankoro » appâtées lors de la décrue
de novembre à février. Les taux de survie des poissons après
la capture sont élevés (taux de mortalité inférieur
à 10 %). Les tailles à la capture, très variables
(de quelques grammes à environ 60 grammes), peuvent être
homogénéisées par un tri. La collecte d'alevins dans
le milieu naturel constitue la base d'un certain nombre de systèmes
de production piscicole, parmi lesquels l'élevage de poisson-chat
du Mekong (Pangasius bocourti) en cage flottante au Vietnam [15].
Dans le cadre de l'empoissonnement de mares et de petites retenues de
barrages dans les régions de Koulikoro, Sikasso et Ségou
(figure 1), les conséquences,
tant sociales que juridiques, ont été analysées [16].
L'empoissonnement a contribué à la désacralisation
de certaines mares qui n'étaient auparavant pêchées
que par les adeptes masculins d'une secte secrète, le «
komo ». Cette rupture avec l'ordre initiatique ancien contribue
à la démocratisation des esprits et autorise la présence
des femmes auprès des hommes lors des pêches collectives.
Sur le plan juridique, l'empoissonnement d'une mare villageoise implique
dorénavant sa mise en défens dont la levée est sanctionnée
par une pêche collective alors que, avant, la pêche y était
libre. Par ailleurs, la construction d'un ouvrage hydraulique renforce
la maîtrise des promoteurs sur l'eau : l'empoissonnement a contribué
à leur assurer un droit exclusif d'exploitation halieutique, contribuant
à une transformation du statut juridique des droits d'accès
à la ressource : mise en défens, pêche strictement
réservée aux ressortissants du village concerné,
gestion collégiale à travers un comité de gestion,
etc. [16].
Les mares et les petites retenues de barrages sont des milieux à
usages multiples. Elles servent aussi bien pour la riziculture que comme
abreuvoir pour les animaux. Cette multifonctionnalité des plans
d'eau en fait une source potentielle de conflits entre les différents
exploitants, conflits qui ont souvent leur origine dans la résurgence
des droits de propriété foncière sur les ouvrages
aménagés [16].
Discussion
L'analyse de la conduite des différents projets de développement
révèle un certain nombre de carences majeures :
- aucune réflexion d'ensemble du développement de
la pisciculture au niveau national n'a précédé leur
initiation ;
- les composantes socio-économiques pour l'élaboration
des projets, leur suivi et leur évaluation (accès au foncier,
appropriation des techniques, concurrence entre poissons de pêche
et de pisciculture) n'ont pas été prises en compte ;
- pas d'analyse du référentiel biotechnique africain
dans le domaine de la pisciculture pour tenir compte des acquis lors de
l'élaboration des projets de pisciculture ;
- absence totale de recherches d'accompagnement de projets présentant
de toute évidence un caractère pilote, voire expérimental.
Dans ce contexte, le bilan des résultats en matière de
développement de la pisciculture est réduit tant quantitativement
que qualitativement :
- une production de poissons issue de la pisciculture extrêmement
faible (moins de 100 tonnes par an) ;
- un impact social très limité et des stations «
pilotes » d'alevinage pratiquement abandonnées ;
- une absence de capitalisation d'expériences (tant positives
que négatives) empêchant d'asseoir un diagnostic fiable ;
- le maintien de l'ambiguïté majeure sur le(s) type(s)
de pisciculture à promouvoir : pisciculture à faible niveau
d'intrants (à Sélingué, dans les bancotières
de la région de Mopti, dans les plans d'eau villageois...) ou pisciculture
plus intensive dans les zones de périmètres hydro-agricoles
et péri-urbaines de Bamako.
Le contexte économique dans les zones potentielles relatives
aux différentes formes de pisciculture est peu favorable, en raison
d'une concurrence « inégale » de la production halieutique.
En outre les techniques de production (densité, alimentation, fertilisation...)
sont loin d'être maîtrisées. Par conséquent,
l'émergence d'une pisciculture intensive à vocation commerciale
ne semble pas être économiquement réalisée
à court terme.
En revanche, la pisciculture fondée sur des élevages extensifs
avec tentation d'intensification suscite aujourd'hui un intérêt
croissant auprès des agriculteurs des zones à faible production
halieutique, présentant des conditions naturelles (topographie,
nature des sols, disponibilité des ressources en eau) favorables.
Dans ce contexte, l'aquaculture en tant qu'activité complémentaire,
apportant à moindre coût un surplus alimentaire à
haute qualité nutritive aux groupes familiaux ou villageois, pourrait
constituer un choix pertinent de diversification.
Notes :
1 Avec la récente restructuration du ministère
du Développement rural et de l'Environnement, cette direction ne
s'occupe actuellement que de l'aménagement (au sens large) et de
l'équipement rural. Les actions de promotion de la pisciculture
sont dévolues à la Direction nationale de l'Appui au Monde
rural.
2 Carrières de terres argileuses utilisées pour
la construction et formant à proximité des villages de vastes
dépressions imperméables.
3 Ballastières établies pour la construction
et l'entretien de digues, de pistes et de routes.
CONCLUSION
Quel avenir pour la pisciculture malienne ?
La priorité dans le domaine de la pisciculture au Mali paraît
être aujourd'hui l'établissement d'un état des lieux,
comportant un diagnostic des techniques mises en uvre par les pisciculteurs,
diagnostic qui devra également comprendre une évaluation
socio-économique des systèmes de production piscicoles.
Cet état des lieux doit comprendre une étude pluridisciplinaire
(anthropologie, socio-économie, hydrologie, aquaculture, zootechnie,
hydrobiologie) afin de déterminer des axes de recherche et de développement
de la pisciculture à envisager dans les différentes régions
et zones présentant un potentiel aquacole : bancotières
dans la région de Mopti, périmètres hydro-agricoles
de l'ON et de Sélingué, bas-fonds de la région de
Sikasso.
S'agissant de l'Office du Niger, il paraît intéressant
d'aborder la question des dynamiques paysannes si le cadre institutionnel
s'y prête. Préalablement à tout développement,
des questions doivent être posées au niveau de l'aménagement
piscicole (étangs) : Qui doit les réaliser ? Qui en est
propriétaire ? Quel en est le droit d'usage ? Qui a la charge de
l'entretien des canaux d'alimentation et des infrastructures périphériques
aux étangs ? L'absence de réponse précise à
ces questions empêche tout investissement (en infrastructures, en
temps de travail, en technicité...) dans de bonnes conditions de
la part des paysans-pisciculteurs. De même, la pisciculture extensive,
activité nouvelle dans les zones d'extension, entraîne des
modifications dans la gestion de l'eau. Une nécessaire prise en
compte des droits fonciers pour l'identification des sites à empoissonner
doit être formalisée. Il faudrait reconsidérer le
cas des pêcheurs professionnels du delta central, qui, après
avoir marqué un intérêt certain pour la pisciculture
extensive (empoissonnement des mares) dans les années de crise,
sont moins enclins à y souscrire pendant les années fastes.
Les activités de pêche procurent dans ce contexte des revenus
plus élevés que la simple exploitation de mares, alimentées
naturellement en poisson grâce à l'inondation des plaines
par la crue saisonnière.
Le développement de la pisciculture au sein des périmètres
hydro-agricoles comportera nécessairement une politique adéquate
d'installation des pisciculteurs. En effet, la politique de développement
fondée sur les projets a eu comme incidences pernicieuses d'entraîner
des coûts d'investissement démesurés et par là-même
de décourager toute initiative paysanne (coûts de 10 à
15 fois supérieurs à ceux de la Côte d'Ivoire) [Oswald,
communication personnelle]. En outre, au même titre que le maraîchage,
la pisciculture devrait être intégrée dans l'utilisation
globale des ressources en eau pour laquelle l'étude des conditions
financières et sociales d'accès au foncier irrigable constitue
un préalable.
À court terme, il est urgent de tester dans les conditions maliennes
les différents itinéraires techniques aquacoles déjà
éprouvés ailleurs sans tenter systématiquement d'innover.
Ces expérimentations en station devront comporter une analyse micro-économique
(compte d'exploitation) étendue à l'ensemble du système
de production ayant la pisciculture comme activité.
En matière de recherches biologiques et écologiques susceptibles
de soutenir par des apports originaux (et donc individualiser à
terme) la pisciculture malienne, deux domaines sont à privilégier
:
- la bio-écologie de Clarias anguillaris appliquée
à la collecte de juvéniles dans le milieu naturel et aménagé
(canaux d'irrigation et casiers rizicoles) pour l'approvisionnement des
pisciculteurs ;
- l'étude des réseaux trophiques en étangs
et bancotières (évaluation des productions phytoplanctoniques,
périphytiques, benthiques) en fonction des différents traitements
appliqués (alimentation, fertilisation) et leur utilisation par
le poisson.
Ces propositions de recherche rejoignent celles antérieurement
faites pour le développement de la pisciculture sur le continent
africain au sud du Sahara [9]. Au Mali, où cette pisciculture est
synonyme d'espoir et de désillusion, la disponibilité d'un
grand nombre de plans d'eau et l'existence d'un fort potentiel de prélèvement
d'alevins du milieu naturel constituent un atout unique dans la sous-région.
Cependant, la mise en valeur de ces potentialités nécessite
la prise en compte de composantes variées, tant sociales qu'économiques
et juridiques, pour lesquelles la recherche scientifique se doit d'être
présente sans pour autant faire de surenchère.
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