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Une journée de réflexion Université-Société à la faculté de GEMBLOUX (16 mai 2001)


Cahiers Agricultures. Volume 10, Number 3, 205, Mai - Juin 2001, Nouvelles des réseaux


Résumé  

Author(s) : Jean Semal.

ARTICLE

La faculté universitaire des sciences agronomiques de Gembloux a organisé le 16 mai dernier une rencontre de réflexion placée sous l'égide de la région wallonne, sur le sujet : « Les multiples visages de la valorisation ».

Après une introduction par Anne-Marie Strauss, chef de Cabinet-adjoint du ministre de la Recherche et des Technologies nouvelles, quatre thèmes furent successivement évoqués :

1) Science sans conscience, sous la présidence de Bernard Rentier, vice-recteur de l'université de Liège.

2) De l'université à l'entreprise, animé par Philippe Thonart, professeur à la faculté de Gembloux.

3) De l'entreprise à l'université, présidé par Didier Paquot, de l'union wallonne des entreprises.

4) Des outils de valorisation, dirigé par Jean-Paul Feldbush de « Namur Invest ».

La séance fut clôturée par André Théwis, recteur de la faculté universitaire de Gembloux.

Le premier thème fut traité par Claude Javeau, sociologue de l'université de Bruxelles et Dominique Vinck de l'université de Grenoble.

C. Javeau considère deux niveaux d'éthique : l'éthique de la responsabilité et l'éthique de la conviction. En matière de valorisation de l'innovation, dans une société à risque, il y a interaction entre responsabilité et conviction. Dans ce contexte, les aléas personnels se traduisent par la quantification des risques et l'évaluation de leurs probabilités.

D'où le rôle des experts issus tant du monde scientifique que du champ éthique, avec une responsabilité nouvelle du cher-cheur et du responsable des valorisations.

L'expertise est en relation constante avec la société : l'expert mesure le risque computable, les médias transforment les données d'expertise, l'opinion réagit à leur égard. On aboutit parfois à des oppositions entre la conviction (« c'est vrai ») et le caractère opérationnel (« ça marche » ou « ça rapporte »).

Le scientifique doit, dans certains cas, avoir le courage de dire « je ne sais pas ». Il faut alors l'intervention de sociologues, de philosophes, d'historiens pour éclairer le débat dans sa dimension citoyenne.

Dominique Vinck, spécialiste de l'innovation (transposition d'une invention dans la pratique), a analysé les rapports entre laboratoires universitaires et industries. Le discours dominant des 20 dernières années postule que l'université doit s'occuper elle-même de la valorisation, via des interfaces et des « spin-off » conduisant à la création d'entreprises satellites. Or, les chercheurs résistent et leur mobilisation est marginale en la matière. S'agit-il d'une question de mentalité, d'inertie, de manque de compétence ? Il faut comprendre qu'il s'agit ici d'une différence fondamentale de culture, avec des logiques différentes, des contraintes différentes et des systèmes de valorisation différents (diffusion pour l'université, appropriation pour l'industrie). Le passage de l'un à l'autre requiert un apprentissage long, difficile et coûteux. Il y a aussi des différences de temporalités et de technique de communication (une publication a une écriture différente de celle d'un brevet). Il s'agit en réalité d'une dualité de dynamique et de logique collective.

Pour Dominique Vinck, la solution la plus adéquate réside dans le partenariat dans le cadre d'une typologie où l'on traite de chercheurs universitaires à chercheurs industriels. Le système est fonctionnel lorsqu'il s'agit de grandes entreprises, mais est moins performant pour les PME.

En conclusion, l'orateur considère qu'on ne mélange pas les talents, on ne force pas les compétences, mais on les valorise en partenariats dans un contexte d'échange.

Le second thème fut évoqué successivement par Jean Semal, rédacteur en chef des Cahiers Agricultures et Marc van Montagu, fondateur de la société « Plant Genetic Systems ».

Élargissant le concept d'entreprise aux petites unités de production, Jean Semal traita du sujet « agriculture rentable et durable : une anti-utopie ? » sur la base notamment des manuscrits reçus par la revue qu'il anime.

L'« Utopie » de Thomas More (1516) fait table rase du passé et du présent et crée la Cité Idéale. C'est ce que les agricultures hyperproductives ont poursuivi comme objectif au xxe siècle en maîtrisant tous les facteurs en tous lieux pour obtenir des systèmes « parfaits ». Cette stratégie repose sur l'emploi de génotypes à haut potentiel placés dans des environnements favorables aménagés et/ou contrôlés et régulés.

À l'opposé, les agricultures pauvres, peu productives et fragiles reposent sur la complicité entre des environnements quasi naturels (eu égard à l'incapacité d'investir) et un ensemble de génotypes rustiques, peu exigeants et diversifiés.

L'agriculture durable reposant sur le maintien du potentiel de production-valorisation et sur la flexibilité vis-à-vis des marchés ou des besoins d'autoconsommation, est menacée, dans les deux systèmes, par les aléas financiers et environnementaux.

Récemment, outre les exigences du rentable et du durable, s'est développé un nouveau paramètre l'acceptabilité.

Dans ce contexte, plutôt que d'opposer utopie et anti-utopie, il conviendrait de développer le concept d'« eutopie » (More, 1516) où l'on adapte les stratégies aux lieux et aux situations, avec des aménagements diversifiés basés sur les demandes et informations fournies par les agriculteurs eux-mêmes. Dans la relation université-entreprise, il faudra prendre en compte la vocation universelle de la première et la vocation circonstantielle de la seconde.

L'une privilégiera la formation, la diffusion, l'invention et la mission de service comme partenaire du développement et acteur des productions non monnayables. L'autre aura des objectifs primordiaux de rentabilité financière, des exigences d'hypercompétitivité ou des impératifs de rendement immédiat.

Marc Van Montagu, inventeur et promoteur des plantes génétiquement modifiées, considère que l'essentiel pour l'université est d'être et de demeurer à la pointe de la recherche. C'est de cette manière qu'elle pourra constituer un pôle d'attraction pour les entreprises. La valorisation ne doit pas se faire dans l'université même, mais bien par les entreprises œuvrant en partenariat avec les laboratoires de recherche fondamentale. Les biotechnologies ont mobilisé des masses monétaires considérables sur le marché des capitaux, avec des sorts variables.

Selon Marc Van Montagu, le cas de Plant Genetic Systems est emblématique d'une entreprise à succès. Pour réaliser cette performance, il faut un management volontariste et des bailleurs de fonds qui admettent une rentabilité différée, avec des pertes dans les premiers temps. Moyennant quoi, une petite société soutenue par une sucrerie locale et par la région flamande, PGS a été vendu finalement à un prix extrêmement élevé.

La question la plus urgente à l'heure actuelle est celle des pays en développement, avec un besoin de start-up pour identifier les problèmes et pour assurer le suivi des opérations mises en œuvre.

Selon l'orateur, il faut se défier à cet égard des idéologies et notamment des campagnes anti-OGM, qui donnent une fausse image d'un capitalisme sauvage agressant le Tiers-Monde.

Après la pause du déjeuner, l'après-midi fut consacré aux aspects plus proprement entrepreneuriaux de la valorisation : transferts de technologies, gestion de la propriété intellectuelle, promotion de l'innovation, études de cas dans le secteur agro-alimentaire.

Une journée riche d'enseignements, d'échanges de confrontations et de réflexions, programmée et organisée avec brio par Mariette Bairiot, responsable de la cellule « valorisation » de la Faculté universitaire de Gembloux.

Jean Semal


 

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