Le mois qui suit la biopsie prostatique…


Publiée dans la revue : Médecine. Avril 2012. Volume 8Number 4,

Auteur(s) : Jean-Pierre Vallée

Le suivi de la cohorte prospective anglaise montre une bonne tolérance globale, avec des variations que devrait améliorer une meilleure standardisation du geste.

L’essai contrôlé randomisé Prostate Testing for Cancer and Treatment (ProtecT) a commencé en 1999 pour évaluer l'efficacité, le rapport coût-efficacité et l'acceptabilité de traitements pour les hommes atteints d'un cancer localisé de la prostate détecté par PSA. Dans le cadre de cet essai, entre février 2006 et mai 2008, les 1 147 hommes ayant un PSA > 3 ng/mL (65 % des 1753 concernés) ayant eu une biopsie (10 prélèvements échoguidés) ont fait l’objet de l’étude Prostate Biopsy Effects (ProBe) [1]. Immédiatement après la biopsie, 85 % ne décrivaient aucune douleur ou une douleur légère, 3 % se sentaient « étourdis », 7 % avaient une hématurie et 3 % éliminaient quelques caillots. Dans les 35 jours qui suivaient, 44 % avaient mal (7 % modérément à sévèrement), 20 % étaient fébriles (5 % modérément à sévèrement), 66 % une hématurie (6 % modérée à sévère), 37 % des rectorragies (2 % modérées à sévères), 90 % une hémospermie (25 % modérée à sévère). Ces symptômes étaient durables (plus de 2 semaines) chez 15 % pour la douleur, 3 % pour la fièvre, 20 % pour l’hématurie, 5 % pour les rectorragies et 60 % pour l’hémospermie. Immédiatement après la biopsie, 10,9 % des hommes disaient envisager une biopsie ultérieure comme un problème réel, voire majeur ; 7 jours après, ils étaient presque 20 %, notamment lorsqu’il y avait eu douleur, infection et hémorragies, avec de grandes différences entre les 8 centres d’urologie concernés. Les urologues américains qui commentent l’étude [2] regrettent le manque de standardisation des procédures et soulignent que la sensibilité de la biopsie (33 % de détection de cancer au mieux) ne peut être améliorée que par l’augmentation du nombre de prélèvements, donc de complications… L’étude de Rosario et al. démontre que l’efficacité du geste est largement opérateur-dépendant et que la sécurité pourrait être améliorée par l'administration plus efficace des anesthésiques locaux et des antibiotiques.

1. Rosario DJ, Lane JA, Metcalfe C, Donovan JL, Doble A, Goodwin L et al. Short term outcomes of prostate biopsy in men tested for cancer by prostate specific antigen: prospective evaluation within ProtecT study. BMJ. 2012;344:d7894.
2. Djavan B, Rocco B. Optimising prostate biopsy Lack of standardised procedures means that large variations in cancer detection remain. BMJ. 2011;344:d8201.

Que retenir pour notre pratique ?
• Dans cette étude de qualité, mais à effectifs de petite taille, le taux de complications est comparable à celui d’autres études où les fluoroquinolones sont un « standard prophylactique » qui réduit le taux d’infections sévères à moins de 3 %.
• Il n’y a aucun décès, contrairement à la moyenne statistique évaluée à environ 1 pour 1000 dans des études sur de plus grands nombres. Les auteurs qualifient ce bon résultat de « normal » chez des hommes de moins de 69 ans et en « bonne santé » dans le cadre du « dépistage » du cancer de la prostate » (voir les autres articles de ce numéro).
• La question des biopsies « inutiles » n’était pas l’objet de cette étude…

Mots clés : Biopsie ; Détection précoce de cancer ; Tumeurs de la prostate [Biopsy; Early Detection of Cancer; Prostatic Neoplasms]


 

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