ARTICLE
ipe. 2012.0914
Auteur(s) : Bernard Pachoud bernard.pachoud@gmail.com
Psychiatre, maître de conférences à l’Université Paris-Diderot,
chercheur au CREA (CNRS/École polytechnique) et au CRPMS
(université Paris-Diderot, Sorbonne Paris-Cité), UFR Études
psychanalytiques, Université Paris-Diderot, 26, rue de Paradis,
75480 Paris Cedex 10, France
Tirés à part : B. Pachoud
La perspective du rétablissement : assumer la disjonction
entre l’histoire de la maladie et le devenir de la personne
La notion de rétablissement, par laquelle on traduit
l’expression sans doute plus « parlante » en anglais de
recovery, correspond à un mode de dégagement ou de sortie de
la maladie mentale, ou du moins du statut de « malade
mental » ; elle doit cependant être distinguée des
notions de guérison – au sens de disparition de la
maladie – ou même de rémission – qui renvoie à
l’atténuation ou la disparition, au moins temporaire, des
manifestations symptomatiques de la maladie. En fait, le
rétablissement ne caractérise pas l’évolution de la maladie, mais
le devenir de la personne. S’il s’agit de « sortir de la
maladie mentale » [14], cela ne signifie pas nécessairement
que la maladie ait complètement disparu, mais que la personne ait
pu se dégager d’une identité de malade psychiatrique et recouvrer
une vie active et sociale, en dépit d’éventuelles difficultés
résiduelles. Autrement dit, le rétablissement suppose un processus
de redéfinition de soi, de telle sorte que l’on n’est plus centré
sur la maladie, ou déterminé par elle. Ni déni, ni désintérêt pour
la maladie, c’est au contraire une prise de conscience de la
maladie et de ses conséquences, et sur cette base une forme de
prise de distance à leur égard, au profit d’une focalisation sur
des objectifs personnels et le souci de son propre devenir.
Si, en anglais, le mot-clé recovery a une forme
substantivée, on gagnerait peut-être en français à privilégier pour
le traduire la forme verbale « se rétablir » : un
verbe d’action réfléchi, suggérant une action sur soi, une action
impliquant un rapport à soi, contrairement au verbe
« guérir », de connotation plus passive. « Se
rétablir » d’une maladie comporte l’idée de reprendre ses
occupations et le cours de sa vie par lesquels se précise, jour
après jour, l’identité personnelle. Enfin, parmi les connotations
sémantiques, « se rétablir » peut aussi évoquer la
séquence d’une perte d’équilibre, de l’amorce d’une chute
finalement évitée par la restauration d’un équilibre :
l’accent étant alors porté sur l’équilibre restauré et la dynamique
qui le soutient, plutôt que sur le facteur ayant causé la perte de
cet équilibre.
Se donner comme objectif le rétablissement plutôt que la
guérison – ou la rémission
symptomatique – implique donc un déplacement de
l’attention, qui se détache de la maladie et des facteurs de son
évolution pour se porter vers ce qui est désormais l’enjeu
principal : le réengagement dans une vie active,
l’optimisation des conditions de vie quotidienne et de vie sociale.
Cela suppose de s’appuyer sur les ressources permettant de
surmonter et d’infléchir positivement l’impact de la maladie sur la
vie de la personne. Or, le « devenir de la personne »
n’est pas déterminé uniquement, ni même peut-être prioritairement,
par les paramètres médicaux [1, 7, 9, 24, 36].
S’occuper du rétablissement, c’est donc prendre en compte, et
éventuellement prendre appui sur ses autres déterminants : au
premier rang desquels ses objectifs propres, ses ressources pour
les atteindre, mais aussi des facteurs subjectifs tels que la
croyance ou l’espoir qu’un tel rétablissement est possible
[12, 14, 16]. Le rétablissement n’est donc pas d’abord
affaire de soins, il est fondamentalement une démarche personnelle,
exigeante, de longue haleine, dont il convient de laisser voir et
de favoriser la possibilité. C’est pourquoi il est prioritairement
l’affaire des usagers et s’il est sans doute possible de les
soutenir dans cette démarche, ils doivent en garder l’initiative et
la maîtrise.
Cette première caractérisation du rétablissement permet
d’entrevoir l’originalité de la notion, qui se propose d’assumer la
disjonction entre l’histoire de la maladie – et ses
déterminants – et le devenir de la
personne – qui comporte nombre d’autres déterminants.
Cette disjonction ressort des études montrant que les facteurs
psychopathologiques sont insuffisants à rendre compte du
retentissement fonctionnel de la maladie, et plus encore du devenir
à long terme des personnes [9, 25, 27, 38]. Qu’elle
soit reconnue ou pas comme telle, cette disjonction est en réalité
« familière » aux cliniciens, confrontés à de nombreux
patients rendus quasiment asymptomatiques par les traitements
psychotropes, mais restant en grande difficulté pour retrouver une
vie active et sociale ; ou, à l’inverse, à des patients qui,
en dépit d’une symptomatologie résiduelle, hallucinatoire par
exemple, parviennent à se stabiliser dans une vie relativement
autonome, comportant des liens sociaux, voire un travail et à
redévelopper progressivement des capacités fonctionnelles.
Reconnaître cette disjonction conduit à reconnaître aussi la
nécessité de recourir à deux stratégies distinctes : à côté de
la stratégie médicale traditionnelle, qui vise à optimiser
l’évolution de la maladie, et donc la rémission symptomatique, il
apparaît nécessaire de développer une stratégie complémentaire,
visant l’optimisation du devenir de la personne, et par conséquent
son rétablissement [29].
Avant de décliner les formes que peut prendre cette nouvelle
stratégie, il convient de caractériser plus précisément les
facettes de cette notion de rétablissement.
Deux conceptions du rétablissement et de ses conditions
Dans la littérature déjà abondante sur le rétablissement, il
apparaît consensuel – et théoriquement
fondé – de distinguer deux conceptions du rétablissement,
qui reposent chacune sur des fondements propres et privilégient
chacune certains déterminants, et par suite aussi des stratégies
différentes de soutien au rétablissement.
La conception objective du rétablissement
Une conception « objective » du rétablissement, valant
comme un fait épidémiologique, parfois aussi nommée la conception
scientifique [8, 43] ou clinique [44] du rétablissement
Cette conception repose sur les études longitudinales du devenir
à long terme des schizophrènes, qui viennent contredire le préjugé,
remontant à Kraepelin, d’une évolution inéluctable de la maladie
vers la détérioration. Bleuler avait déjà contesté cette idée, mais
ce sont surtout les travaux de son fils, Manfred Bleuler, puis une
série d’études [23, 25, 27] qui établissent qu’après
20 ou 25 ans d’évolution, plus de la moitié de ces
personnes accèdent à un degré satisfaisant de rétablissement en
termes d’autonomie, de qualité de vie, d’intégration sociale… Dans
cette approche, le rétablissement est donc conçu comme un état
« final », un mode de devenir favorable des malades.
L’accent est mis sur les critères objectivables de stabilisation de
la maladie (rémission symptomatique, absence de
réhospitalisation…), mais aussi de réinsertion socioprofessionnelle
(reprise d’une activité de travail ou de formation, autonomie,
restauration de relations sociales…), et enfin sur les facteurs qui
conditionnent ce devenir : les soins médicaux d’une part, mais
aussi les éléments situationnels qui contribuent à ce
devenir – facteurs d’organisation sociale et politique
compris [30, 31].
Cette prise de conscience d’un rétablissement non seulement
possible, mais parfois spontané, se produisant là où il n’était pas
attendu et parfois sans traitement (comme on l’observe dans les
pays en voie de développement [46]), introduit un changement de
perspective : l’attention est réorientée sur le devenir social
des personnes et ses déterminants, plutôt que sur l’évolution de la
maladie et son traitement. L’enjeu prioritaire est désormais ce
devenir social des personnes plutôt que l’amélioration de la
maladie.
La conception expérientielle du rétablissement
Une conception « expérientielle » du rétablissement,
parfois aussi nommée la conception des usagers [8, 13], ou le
rétablissement personnel [44], reposant non sur des données
épidémiologiques mais sur l’expérience vécue du rétablissement,
telle qu’elle est rapportée dans des témoignages qui attestent de
sa possibilité et s’efforcent d’en dégager les ressorts.
Notons que ces témoignages, forcément singuliers, apportent des
« preuves » de la réalité du rétablissement qui ne sont
pas de même nature que les données épidémiologiques ; ils n’en
ont pas moins une valeur irrécusable, et surtout un pouvoir de
conviction ou d’exemple pour les autres malades que n’ont pas les
données épidémiologiques.
Dans cette approche, le rétablissement est moins considéré comme
un but, un état final désirable ou idéal dont il resterait à
établir et promouvoir les moyens d’accès, que comme une démarche,
un processus dans lequel ce qui importe est de s’engager, puis de
progresser [14].
Une démarche, donc, qui ne peut être que strictement
personnelle, et cela à toutes les étapes : dès l’initiation de
ce processus, qui ne peut correspondre qu’à une décision
personnelle liée à des prises de conscience ; ensuite, dans la
réappropriation de sa vie, dans un processus de redéfinition de
soi ; enfin, dans le choix des moyens pour atteindre ces
objectifs [39]. C’est également parce que ce processus est
personnel qu’il prend nécessairement des formes singulières, et ne
peut être bien décrit et étudié que « de l’intérieur »,
par ceux qui en ont fait l’expérience [13, 14].
Il est d’ailleurs significatif que l’analyse de ce processus ait
été essentiellement élaborée par des personnes qui ont vécu ce
parcours et ont pu en faire le récit. Elles précisent bien que
l’enjeu n’est plus un retour à l’état précédant la maladie ou la
restauration du niveau de fonctionnement antérieur, mais de
parvenir à se rétablir dans une vie satisfaisante. Cela suppose
d’avoir conscience de son handicap, de ses limites, mais également
de reconnaître ses compétences, ses savoir-faire, d’avoir trouvé en
soi, ou parfois aussi dans l’environnement, des ressources
permettant de dépasser ses difficultés, de les contourner, de
« vivre avec ». Or, parmi les facteurs qui conditionnent
cette capacité de rebondir, l’accent est mis sur une posture
subjective, sur un changement d’attitude ou « du regard »
de la part du sujet vis-à-vis de sa situation de handicap. C’est ce
qu’exprime, à partir de sa propre expérience, Patricia
Deegan : « Le rétablissement, c’est une attitude, une
façon d’aborder la journée et les difficultés qu’on y rencontre.
Cela signifie que je sais que j’ai certaines limites et qu’il y a
des choses que je ne peux pas faire. Mais plutôt que de laisser ces
limites être une occasion de désespoir, une raison de laisser
tomber, j’ai appris qu’en sachant ce que je ne peux pas faire, je
m’ouvre aussi aux possibilités liées à toutes les choses que je
peux faire [16]. » Autrement dit, cette aptitude à reconnaître
non seulement ses incapacités mais aussi, à cette occasion, l’empan
de ses capacités, négligées ou méconnues, s’avère être un des
ressorts du rétablissement.
On retrouve cette même exigence de changement de posture, de
redéfinition de soi, dans la définition la plus couramment retenue
du rétablissement proposée par W. Anthony :
« Un processus profondément personnel et singulier de
transformation de ses attitudes, de ses valeurs, de ses sentiments,
de ses buts, de ses compétences et de ses rôles. C’est une façon de
vivre une vie satisfaisante, prometteuse et utile, en dépit des
limites causées par la maladie. Le rétablissement implique
l’élaboration d’un nouveau sens et d’un nouveau but à sa vie en
même temps que l’on dépasse les effets catastrophiques de la
maladie mentale [4] ».
Que la personne change de regard sur son devenir, qu’elle
retrouve l’espoir d’accéder à une vie satisfaisante, voilà donc
l’étape initiale et la condition du rétablissement. Il est aussi
souhaitable, mais à titre secondaire, que ce changement de
perspective sur l’avenir, que cet espoir retrouvé, soient partagés
par son entourage, voire par les soignants : en effet, si sa
démarche est comprise, s’il n’y est pas mis d’obstacle, si elle est
accompagnée, elle en sera d’autant facilitée.
Quelques composants essentiels de l’expérience du
rétablissement
Si le rétablissement est d’abord une expérience personnelle
singulière, autodéterminée, on doit aussi admettre la très grande
variété des formes qu’il peut prendre et la variété des parcours de
rétablissement. Cela rend difficile de caractériser, et même de
définir le rétablissement, comme en témoigne la pluralité des
définitions proposées dans la littérature [2, 14, 26].
Faute de place pour les envisager, nous en resterons ici à la
définition de W. Anthony, citée au paragraphe précédent
[4].
Une façon rigoureuse d’approcher ce type d’expérience consiste à
étudier les travaux d’auteurs qui se sont attachés à rendre compte
de leur propre parcours et à en théoriser les principaux facteurs,
comme le font, dans leur remarquable ouvrage de synthèse Amering et
Schmolke [2].
Dans cette diversité d’expériences, on peut repérer, sinon des
invariants, du moins des facteurs récurrents, reconnus pour leur
impact sur le processus de rétablissement.
Parmi ces « composants » de
l’expérience – nous nous limiterons aux plus
importants – nous évoquerons d’abord l’espoir, et en
particulier la croyance que le rétablissement est possible. Il
témoigne de ce changement de regard de la personne – et
éventuellement de son entourage – sur son devenir, pour
lequel des perspectives positives sont réouvertes, mais il s’avère
aussi être la condition pour s’engager dans cette voie : à ce
titre, il demeure un paramètre critique [44, 14].
La restauration du pouvoir de décider et d’agir
(empowerment), qui conditionne la restauration d’un
sentiment de contrôle sur sa vie et donc de responsabilité,
apparaît à la fois comme ce qui est visé, comme l’expression même
du rétablissement, mais aussi comme le moyen ou le ressort/moteur
de la démarche [2].
Cela renvoie en amont aux conditions de ce pouvoir d’agir :
le respect d’un principe d’autodétermination, et des facultés
d’autoévaluation de ses capacités [28], tel que « le sentiment
d’efficacité personnelle » [6, 10] ; mais aussi des
conditions environnementales favorables – , l’attitude de
l’entourage en particulier.
En aval, cette réappropriation de son existence contribue à la
redéfinition d’une identité, à la restauration de la confiance et
de l’estime de soi, qui de façon circulaire conditionnent
l’engagement dans l’action.
Nous insisterons au paragraphe suivant sur le rôle des échanges
narratifs pour articuler l’engagement dans l’action et la
représentation de soi. Ces constructions narratives contribuent
notamment à la restauration du sens, à la fois par la définition
d’objectifs accessibles contribuant à donner un sens de la vie, et
par le pouvoir intégrateur des élaborations narratives.
« Construire sur ses forces » est encore un des
principes souvent cités du processus de rétablissement : cela
implique une réorientation de l’attention sur les ressources de la
personne plutôt que sur ses points de fragilité ou de vulnérabilité
[2].
Enfin nombre de témoignages insistent sur l’importance d’une
reconnaissance inconditionnelle du potentiel de la personne par un
tiers (un proche, parfois un soignant), ce qui vaut comme étayage
nécessaire, ou plus précisément comme principe de réamorçage et de
soutien de la confiance et de l’espoir, qui eux-mêmes conditionnent
l’action [14]. C’est également à ce titre qu’importe l’entraide
entre pairs, permettant une reconnaissance entre pairs, engagés
dans ce processus de rétablissement.
Si chaque parcours de rétablissement est singulier, il s’avère
qu’il partage néanmoins avec les autres quelques étapes types, que
plusieurs chercheurs ont tenté de spécifier [3, 37, 17].
On retrouve essentiellement l’idée d’une première phase de
« moratoire » (déni, repli, révolte ou désespoir face à
la maladie), puis une phase de prise de conscience de la
possibilité du rétablissement, préalable à une phase de préparation
(avec un repérage de ses ressources, mais aussi de ses objectifs
propres ou de ses valeurs), avant la phase de reconstruction puis
de croissance dans lesquelles se développe et se consolide le
rétablissement.
Narrativité et reconstruction identitaire dans le processus
rétablissement
Plusieurs des auteurs engagés dans des pratiques de soutien au
processus de rétablissement insistent, pour des raisons différentes
mais convergentes, sur le rôle des échanges narratifs dans le
processus de redéfinition de soi et de réengagement dans une vie
sociale, constitutif du rétablissement.
Le sociologue britannique Anthony Giddens apporte un éclairage
original sur ce thème. Dans un texte qui ne porte pas sur la
maladie mentale mais sur les addictions – à l’alcool en
particulier, mais aussi au sexe ou au travail –, il soutient
que « les rapports existant entre l’addiction, le choix d’un
style de vie et l’identité personnelle » [22], sont occultés
par l’assimilation de l’alcoolisme à une pathologie physique. Il
rappelle que « (p)ourtant, la toute première charte des
Alcooliques Anonymes soulignait d’ores et déjà que, pour pouvoir
guérir d’une addiction, il est nécessaire d’opérer le profondes
transformations dans son mode de vie et de procéder à un réexamen
radical de sa propre identité » [22]. Le rétablissement, ici
d’une addiction – rappelons que les Alcooliques anonymes
ont été parmi les premiers à privilégier le terme de
rétablissement – est donc bien aussi une question de
redéfinition de sa vie et de son identité. Giddens évoque ensuite
le type de soutien apporté dans cette organisation, les Alcooliques
anonymes, par le biais de groupes de parole entre personnes
partageant une même démarche de réengagement dans une vie hors de
l’addiction, pour conclure : « (A)u fond, le mot d’ordre
qui motive ces groupes n’est autre qu’une réécriture de la
narration de soi [22]. » On ne saurait lier plus étroitement,
ni plus explicitement, le rétablissement (ici de l’addiction) et le
travail de redéfinition identitaire qui passe par une activité
narrative. Notons enfin qu’il n’est pas ici question d’une
démarche thérapeutique, mais d’une exigence existentielle
qui – c’est la thèse de Giddens – s’impose en
réalité à tous sans nos sociétés contemporaines, dans lesquelles
chacun doit construire réflexivement/narrativement une identité
qu’il ne reçoit plus comme un héritage social. Dans cette
perspective, l’addiction apparaît comme un mode d’évitement de
cette exigence, ce qui pourrait expliquer son développement
contemporain.
Pour Giddens, « l’addiction doit être comprise dans le
contexte d’une société d’où la tradition a été effacée plus
radicalement que jamais auparavant, et dans laquelle le projet
réflexif du soi prend dès lors une place d’autant plus centrale.
Dès l’instant où de larges pans de la vie de l’individu cessent
d’être régis par des habitudes et des modèles préexistants, ce
dernier se trouve dans l’obligation constante de décider et de
négocier le style de vie qu’il entend adopter. En outre, et ce
point est absolument crucial, les choix de ce type ne représentent
pas simplement des aspects extérieurs ou marginaux des différentes
attitudes de la personne, mais ils définissent au contraire qui
elle « est ». Autrement dit, les choix quant au mode de
vie sont constitutifs de la narration réflexive du soi »
[22].
La thèse de cet auteur est que nos sociétés post-traditionnelles
confrontent chacun à la liberté, qui est aussi une exigence, celle
du choix d’un style de vie, et par là d’une définition réflexive et
narrative de soi. « De ce point de vue, une addiction est une
incapacité radicale à coloniser le futur, et en tant que telle,
elle transgresse l’une des principales préoccupations réflexives
auxquelles les individus se trouvent aux prises de nos
jours ». Dans cette perspective, et si l’on fait le parallèle
avec la maladie mentale, la démarche de rétablissement apparaît
moins comme un effort de sortie de la maladie que comme le simple
réengagement dans cette tâche, qui s’impose en réalité à tous,
d’assumer des choix constitutifs de « la définition réflexive
et narrative de soi ».
Dans une perspective différente, qui se focalise sur
l’expérience vécue du rétablissement d’une maladie mentale, Larry
Davidson consacre une grande partie de son ouvrage à l’activité
narrative [14]. Elle est en effet pour lui le mode privilégié de
description de l’expérience humaine. Or, si le rétablissement
« se joue » fondamentalement au sein de l’expérience des
usagers, au point qu’il est parfois identifié à cette
expérience – un changement de regard de la personne sur
sa maladie d’une part, et plus essentiellement sur son propre
devenir, ses possibilités de choix de vie –, c’est « à
même » leur expérience que ce processus peut et doit être
étudié. Davidson estime alors que les méthodes qualitatives,
d’inspiration phénoménologique, sont les plus appropriées à l’étude
du rétablissement. Plus précisément, le récit en est à ses yeux le
mode d’expression – et de
description – privilégié. C’est la raison pour laquelle
il concentre ses efforts méthodologiques sur des pratiques
d’entretien et sur la formulation de questions propres à susciter
de tels récits, et il attache une importance particulière au
recueil et à l’interprétation des observations narratives des
usagers. Ces dernières sont l’expression de l’expertise
expérientielle des usagers, mais aussi un des ressorts de leur
redéfinition identitaire.
Paul Lysaker confère également à l’activité narrative une
fonction centrale dans le processus de rétablissement : pour
son rôle essentiel dans la constitution du soi, mais aussi pour son
interdépendance avec les fonctions métacognitives, aujourd’hui
reconnues comme un des principaux déterminants de capacités
fonctionnelles, dans le cas de la schizophrénie du moins [28].
P. Lysaker a dirigé de nombreuses recherches empiriques sur
les déterminants du retentissement fonctionnel de la schizophrénie
et, au-delà, du devenir des personnes souffrant de cette
pathologie. Partant de l’observation empirique que ni les
symptômes, ni les troubles cognitifs ne suffisent à rendre compte
du retentissement fonctionnel [21, 28], il défend l’hypothèse
que l’activité métacognitive aurait une fonction médiatrice de
l’impact des déficits cognitifs élémentaires – de la
mémoire, des fonctions exécutives et de l’attention – sur
les fonctionnements – dans la vie quotidienne ou
professionnelle [33, 35]. Or, les fonctions métacognitives
sont étroitement liées à l’activité narrative par laquelle elles
sont sollicitées [34], et qui de ce fait les entraîne, et
finalement les enrichit – au plan de la représentation de
soi et de son activité mentale. De sorte que la promotion d’une
activité narrative, par le biais de l’activation des capacités
métacognitives qu’elle requiert, peut avoir pour effet un impact
positif au plan fonctionnel [35]. Dans un travail de recherche à la
fois plus théorique et plus clinique, P. Lysaker a également
développé une conception dialogique du soi d’inspiration
bakhtinienne, dans laquelle l’activité narrative est requise pour
articuler, dans une sorte de dialogue interne, la pluralité des
identités sociales que chacun d’entre nous doit assumer, et par
conséquent la pluralité des « soi » en interaction [32].
La schizophrénie s’accompagnerait, selon son hypothèse, d’un
déficit d’articulation de ces facettes multiples du soi ;
déficit qui donnerait lieu à l’expérience du morcellement
schizophrénique, ou à des formes d’absolutisation délirante de
l’une des facettes identitaires du soi. L’activité narrative, par
son rôle d’opérateur permettant l’articulation, mais aussi la
pondération des facettes du soi, favoriserait la constitution d’un
soi unifié, sans rien perdre de sa complexité, ni de son caractère
pluriel et en évolution.
L’accent mis sur les pouvoirs de l’activité narrative par
ces différents auteurs fait écho aux analyses détaillées des
théories narratologiques, celle de P. Ricoeur en particulier
[41, 42]. Le récit, en tant que forme verbale par excellence
de représentation de l’action (mimesis praxeos), semble être
assez naturellement la forme d’expression privilégiée du processus
de rétablissement, dès lors que celui-ci, qui se concrétise dans
une démarche active et délibérée, se traduit en particulier par le
réengagement dans l’action – la reprise d’un contrôle sur
sa vie, une expérience de maîtrise de l’action. Si on admet, de
plus, une forme d’interaction circulaire entre l’action et sa
représentation narrative, les productions narratives pourraient
bien être, non seulement le témoin de cette relance d’une activité,
mais un de ses ressorts. Enfin, le pouvoir d’articulation, et même
de « synthèse de l’hétérogène » selon le mot de Ricœur
[41], du récit, permet l’unification sur laquelle repose l’identité
narrative, tout en laissant ouverte la possibilité de
reconfigurations narratives et donc d’une évolution dynamique de
l’identité. C’est de cette façon que l’activité et l’échange
narratifs, dans le cadre par exemple de groupes d’entraide,
contribuent à un travail progressif sur l’identité.
Conditions de possibilité et de développement du
rétablissement : le tournant éthique
Se rétablir... Cet objectif gagne à être précisé, en spécifiant
par exemple : se rétablir dans une vie active, satisfaisante
et dotée de sens, selon des formulations souvent reprises
[4, 14]. S’engager dans la voie du rétablissement, c’est donc
viser « une vie accomplie ». Mais qu’est-ce au juste
qu’une telle vie ? Quels en sont les critères ? Qui en
décide ? Selon quelles valeurs ? Ni la médecine, ni la
psychologie n’ont de légitimité à fixer les normes d’une vie
accomplie. Cette question est par excellence celle de l’éthique,
voire celle qui définit l’éthique, du moins dans sa forme
téléologique, c’est-à-dire soucieuse des finalités, de tradition
aristotélicienne, comme le rappelle P. Ricoeur :
« Je réserverai le terme d’éthique pour la visée d’une
vie accomplie, et celui de morale pour l’articulation de cette
visée dans des normes caractérisées à la fois par la prétention à
l’universalité et par un effet de contrainte (i.e. d’obligation)
[42]. ».
La démarche du rétablissement comporte donc, de façon
essentielle, une dimension éthique, parce qu’elle requiert ces
choix existentiels qui sont l’objet même de la réflexion
éthique ; ou, pour le dire autrement, parce qu’en tant que
processus de redéfinition de soi, elle implique un rapport
évaluatif à soi, qui peut être considéré comme la forme élémentaire
de l’expérience éthique [19]. Très concrètement, cette démarche est
conditionnée par une exigence d’autodétermination – des
choix de vie, ainsi que des moyens de les atteindre. Cette exigence
s’applique aux personnes, mais aussi à leur entourage et aux
professionnels de l’accompagnement, en tant qu’exigence de respect
de cette autodétermination.
On pourra objecter qu’un tel principe rencontre des limites avec
des personnes ayant eu des troubles mentaux s’accompagnant parfois
d’une altération de la capacité d’appréciation de la réalité. Il
n’en demeure pas moins le principe du rétablissement, différent de
celui des soins qui, dans certaines circonstances, sont à
prioriser. Quant à ses limites ou aux conflits possibles avec
d’autres principes – la « protection des
personnes » par exemple –, cela ne peut que faire l’objet
d’une délibération délicate, mais qui reste dans le registre du
questionnement éthique.
Cette mise en exergue de la dimension éthique n’est pas le seul
fait de notre présentation. Elle est explicitement revendiquée dans
la plupart des pratiques cherchant à promouvoir le rétablissement,
comme exigence de respect de l’autodétermination justement [44]. Au
plan individuel, où ce respect et l’encouragement à
l’autodétermination valent comme reconnaissance de la
personne – de sa responsabilité, de son autonomie
morale – ; une reconnaissance à laquelle les usagers sont
d’autant plus sensibles qu’ils ont souvent vivement souffert de
l’avoir perdue [11]. Au plan collectif également, où les usagers
qui partagent cette expérience revendiquent d’être associés à
l’étude et à la théorisation du rétablissement :
« Nothing about us, without us ». Une façon de
rappeler que le rétablissement est, dans son principe, l’affaire
des usagers, et qu’il doit le rester.
Cette revendication articule en fait un principe
éthique – respect de l’autodétermination comme condition
et visée du rétablissement – à ses implications
politiques – les rapports entre les usagers et ceux qui
les accompagnent. Cela fait écho aux travaux de philosophie morale
contemporaine, qui nous sensibilisent au fait que toute visée
éthique renvoie à ses conditions de possibilité politiques [19].
Ainsi en est-il du rétablissement : pour s’orienter dans la
vie que l’on a choisi de privilégier, il faut pouvoir disposer de
la capacité de décider et d’agir, ou se la réapproprier. Cette
restitution, ou cette réappropriation du pouvoir de choisir, de
décider et d’agir, est précisément ce que recouvre la notion
d’empowerment, dont nombre d’auteurs soutiennent le lien
étroit avec le rétablissement [2, 44]. C’est bien de
« questions de pouvoir » qu’il s’agit, donc de questions
politiques, qui en soulèvent une série d’autres : Quoi ou qui
a privé cette personne de ce pouvoir ? Certes sa maladie. Mais
qu’en est-il des institutions ? Comment soutenir la personne
dans sa démarche de réappropriation du pouvoir de choisir, de
décider et d’agir ?
Notons enfin que ce passage au premier plan des préoccupations
éthiques reflète le changement de registre que nous avons signalé
au début de ce texte : d’un objectif médical – la
rémission des troubles – à un objectif
social – la réinsertion – et
existentiel – le réengagement dans un projet de vie. Ce
changement d’objectifs justifie le recours à des stratégies faisant
appel à des ressources et des principes différents. Dans le cadre
médical, des exigences d’ordre épistémique : connaître la
nature des troubles, leur étiologie éventuelle, leur mécanismes
générateurs, en vue d’optimiser l’efficacité du traitement. Dans la
perspective du rétablissement, l’objectif de reprendre un contrôle
sur sa vie requiert une priorisation de l’exigence éthique sur le
savoir – l’exigence d’autodétermination en particulier.
Cette irréductible différence est soulignée par certains auteurs
qui opposent la stratégie de soins, qui doit être fondée
scientifiquement sur des données probantes (evidence based
medicine), et la stratégie visant à optimiser le devenir de la
personne, au plan social par la réinsertion, et au plan existentiel
par le rétablissement. Ce n’est pas un savoir scientifique, mais
des principes éthiques, qui guident ces pratiques ; à ce titre
elles relèvent d’un nouveau courant qualifié de « médecine
fondée sur des valeurs » (values based medicine)
[18, 44]. Non seulement des valeurs, mais une nouvelle
hiérarchie des valeurs dont il importe de prendre la mesure.
On peut enfin vouloir réarticuler ce questionnement
éthique – sur des choix de vie – à des
connaissances psychologiques ; c’est en partie légitime, mais
le risque serait de répondre à ce questionnement
éthique – voire de le remplacer – par une
théorie psychologique normative. C’est ce qui tend à se produire si
on substitue à la visée d’une vie accomplie celle du bien-être. On
peut tout à fait reconnaître l’intérêt des théories psychologiques
du « bien-être », qui en proposent des définitions et des
outils d’évaluation, spécifient ses déterminants, et sur cette base
promeuvent des pratiques de renforcement ou de restauration du
bien-être. Il n’est pas illégitime, ni sans intérêt de faire appel
à ces ressources théoriques et d’y voir un facteur de soutien au
processus de rétablissement ; il est en revanche
problématique – et selon nous
inacceptable – d’adopter ces conceptions du bien-être
comme la norme vers laquelle il faudrait tendre. Ce serait lier le
rétablissement à des conceptions et des pratiques non seulement
normatives, mais « normalisantes », conduisant à
« rabattre » la dimension éthique sur la dimension
médicale, au prix d’une confusion des catégories – les
catégories éthiques, de rapport à soi, de visée d’une vie
accomplie, étant assimilées à des catégories médicales. On peut
déceler une illustration de ce glissement dans l’article d’Hélène
Provencher et de Corey Keyes, paru dans cette revue en 2010 [40].
La visée du bien-être y est assimilée à « la santé mentale
positive » qui reçoit une caractérisation médicale :
« Keyes définit la santé mentale positive comme un syndrome de
bien-être subjectif, fondé sur les symptômes d’hédonie et
d’eudaimonie [40]. » Il est d’ailleurs frappant de voir des
termes dérivés de l’histoire de la philosophie morale (hédonisme,
eudémonisme), utilisé comme des catégories médicales (avec un léger
changement d’orthographe : « les symptôme d’hédonie et
d’eudaimonie »). La visée éthique, celle de la vie bonne ou
d’une vie accomplie, par laquelle le sujet se réapproprie son
parcours et contribue à se définir réflexivement, ne peut être
assimilée à un état médical, faisant l’objet d’un diagnostic. Ce
serait remplacer la quête d’une vie dotée de sens par le
conformisme à une norme médicale. En dehors de ce point spécifique
de désaccord, on peut néanmoins reconnaître l’apport des courants
de psychologie positive comme soutien au processus de
rétablissement, et en particulier l’intérêt de la thèse,
épistémologiquement forte, selon laquelle le bien-être n’est pas le
pôle opposé à celui de l’état pathologique au sein d’une même
dimension, mais relève d’une dimension distincte et indépendante de
celle de la pathologie, qui requiert une théorisation propre (telle
que la psychologie « positive» et non la psychopathologie).
L’idée est que sans être psychiquement malade on peut aller mal, ou
qu’inversement, en dépit de troubles psychopathologiques résiduels,
on peut aller bien (au sens de l’accomplissement de soi et du
bien-être.) L’intérêt de l’article de Provencher et Keyes est
d’exposer cette thèse, reprise et développée par Slade [45].
Caractérisation des pratiques orientées vers le
rétablissement
Si comme nous l’avons dit le rétablissement est prioritairement
l’affaire des personnes concernées, il reste possible et
souhaitable d’apporter un soutien à ce processus : soutien qui
doit en respecter l’esprit – réappropriation de son
existence, réengagement dans une vie active – et les
principaux ressorts – l’espoir, le sentiment de
responsabilité associé au pouvoir de choisir et d’agir, etc.
Cette visée du rétablissement implique donc des transformations
dans le mode d’accompagnement.
La priorité n’est plus de contenir la maladie, mais de
soutenir un projet, en veillant à optimiser le recours aux
ressources de la personne et à respecter la singularité de sa
démarche. En ce sens, ce type de pratique est guidé prioritairement
par des valeurs – en particulier de respect et de
promotion de l’autodétermination [44] –, plus que par des
critères d’efficacité. Ces valeurs impliquent une assez profonde
redéfinition des rapports entre « accompagnants » et
« accompagnés », sur un mode de partenariat
[44, 15]. Le soutien entre pairs est non seulement précieux,
mais il constitue l’un des indices forts du changement de
paradigme.
Comme nous l’avons suggéré en commençant, la perspective du
rétablissement requiert une stratégie différente et complémentaire
de celle des soins. Elles n’ont pas les mêmes objectifs, ne
prennent pas en compte les mêmes dimensions et requièrent des
principes d’intervention différents. La spécification des
transformations requises dans le mode d’accompagnement et
l’organisation des services qui souhaitent promouvoir cette
démarche de rétablissement est donc un vaste sujet, qui fait déjà
l’objet de nombreux travaux [12, 15, 5], que nous ne
pourrons traiter ici. Mentionnons simplement la question consistant
à se demander si ces deux stratégies, traitement de la maladie et
rétablissement de la personne, peuvent être mises en œuvre par les
mêmes structures, ou si elles doivent au contraire être nettement
différenciées et de préférence mises en œuvre dans des lieux
distincts, voire des structures différentes.
Le contexte français
Nous nous sommes attachés à montrer en quoi la notion de
rétablissement est conceptuellement fondée – en tant
qu’elle se distingue de la notion de guérison comme modalité
évolutive de la maladie, et caractérise, elle, le devenir de la
personne –, en quoi elle est empiriquement
justifiée – par les études épidémiologiques sur le
devenir à long terme des malades mentaux, mais aussi par l’étude de
parcours singuliers de rétablissement. Nous avons également
esquissé quelques-uns des horizons théoriques pouvant apporter un
éclairage sur ce processus : notons-le au passage, ils ne
relèvent pas prioritairement de la médecine, mais plutôt des
sciences sociales [20, 22], de la philosophie morale et
politique [44, 46], de perspectives phénoménologiques et
existentielles [14], et en partie aussi des neurosciences
cognitives [34-36]. Et la liste des ressources théoriques possibles
reste ouverte…
Ce qui reste cependant à préciser, et nous ne l’avons pas
abordé, c’est la place que peut trouver cette perspective dans le
contexte particulier des soins psychiatriques en France [29]. Nous
avons insuffisamment insisté sur le contexte anglo-saxon qui en a
rendu possible l’émergence et le développement, contexte à partir
duquel elle doit être comprise. Il est clair que le contexte
français est profondément différent, tant au plan institutionnel et
de l’organisation des soins psychiatriques, qu’au plan des
sensibilités politiques, idéologiques et culturelles.
Pour faire mieux ressortir ce que cette perspective a
d’innovant, et même de subversif, on pourrait par exemple mettre
l’accent sur la radicalité du choix, propre à cette approche, de se
focaliser sur l’individu et ses ressources propres, sur la visée de
son autonomie, en considérant ses soutiens de proximité (ses
proches, son environnement social), ainsi que le soutien par les
pairs plutôt que les étayages institutionnels traditionnels ;
enfin en privilégiant des stratégies d’inclusion sociale portées
par la collectivité. Cette stratégie, qui peut se prévaloir de
résultats notables, semble plus facilement acceptable dans le
contexte anglo-saxon : son développement est attesté par une
importante activité de recherche, et elle est devenue dans nombre
de ces pays (États-Unis, Canada, Royaume Uni, Australie,
Nouvelle-Zélande) un axe prioritaire de leur politique de santé
mentale [2]. Il conviendrait de décliner ce que cela implique au
plan des pratiques : quels changement de perspectives, quelle
nouvelle hiérarchie de priorités, quels principes guidant les
pratiques de soutien ?
Il pourrait enfin être éclairant de mieux comprendre les
résistances que rencontre cette perspective en France, dans les
milieux soignants en particulier. Elle ne nous est cependant pas
étrangère, y compris dans des formes proches des modèles
anglo-saxons, si on songe par exemple au succès que rencontrent les
groupes d’entraide mutuelle, et à l’intérêt explicite qui est
manifesté dans certains d’entre eux pour le rétablissement. Parmi
les structures médicosociales également, certaines comme
l’association Messidor, vouées à la réinsertion professionnelle des
personnes en situation de handicap psychique, ont reconnu dans la
perspective du rétablissement une reformulation de leurs propres
intuitions directrices quant à la visée et aux principes de leur
pratique.
On peut enfin reconnaître pour terminer que cette notion
n’interroge rien de moins que la finalité des soins en psychiatrie,
soins au sens large, incluant les pratiques psychothérapeutiques
mais aussi les pratiques médicosociales d’accompagnement.
Remerciements
À Catherine des Moutis et à Tim Greacen pour leurs commentaires
et leur relecture soigneuse de ce texte.
Conflits d’intérêts :: aucun.
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