ARTICLE
hpg.2012.0693
Auteur(s) : Jean Faivre jean.faivre@chu-dijon.fr
Registre des cancers digestif ;
Inserm U 866,
Université de Bourgogne,
CHU de Dijon,
BP 87900,
21079 Dijon cedex,
France
Il est bien établi que la recherche d’un saignement occulte dans
les selles par un test au gaïac fait tous les 2 ans permet
d’obtenir une diminution de 15 à 20 % de la mortalité par
cancer colorectal à condition que la participation de la population
soit d’au moins 50 % [1]. La diminution de mortalité est
d’environ 1/3 chez les participants au dépistage. La plupart des
études réalisées sur une base de population ont été faites avec le
test Hemoccult®. Les résultats de ces études ont conduit
la Commission européenne elle-même à recommander la mise en place
du dépistage du cancer colorectal par la recherche d’un saignement
occulte dans les selles [2]. En raison de leurs limites
(sensibilité médiocre, lecture non automatisée en partie
subjective, non-spécificité de l’hémoglobine humaine, existence de
tests similaires plus performants), les tests au gaïac ne
représentent plus la stratégie de dépistage de choix.
Les tests au gaïac ne représentent plus la stratégie de
dépistage de choix
Depuis quelques années, un intérêt particulier est porté aux
tests immunologiques de recherche d’un saignement occulte dans les
selles qui sont spécifiques de l’hémoglobine humaine. Il existe des
tests qualitatifs qui ont des seuils prédéterminés de positivité,
variables d’un test à l’autre. L’interprétation manuelle rend ces
tests inadaptés au dépistage de masse. La lecture des tests
quantitatifs est automatisée avec des automates permettant de
déterminer la concentration d’hémoglobine par mL de tampon, de
fixer le seuil de positivité et d’analyser un grand nombre de
prélèvements. Ils sont donc plus faciles à interpréter, minimisant
l’erreur humaine et permettant un contrôle de qualité. Il y a
actuellement 3 tests sur le marché FOB-Gold®
(Beckman Coulter, USA), OC-Sensor® (Eiken, Tokyo, Japon)
et Magstream® (Fujirebio, Tokyo, Japon). Ils ont un
aspect similaire. Ils se présentent comme un tube en plastique
contenant un tampon. Un bouchon se trouve à leur extrémité auquel
est fixé un bâtonnet strié avec lequel on gratte et on pique la
selle. Un opercule permet de contrôler la quantité de matières
fécales conservée dans le tampon. Les résultats des 2 premiers
tests qui utilisent la même technique de mesure sont aisément
comparables en tenant compte de la quantité de selles dans le
tampon. Par exemple, le seuil de 100 ng/mL avec le test
OC-Sensor® correspondant à un seuil de 117 ng/mL avec le
test FOB-Gold®. En revanche, le résultat du test
Magstream® n’est pas directement comptable. C’est un
test semi-quantitatif qui ne doit être utilisé, selon le fabricant,
qu’au seuil de 20 ng/mL. Les données comparant les performances de
ces 3 tests sont encore très fragmentaires. Selon les premiers
résultats, il ne semble pas exister de différences majeures entre
eux. Des travaux ont attiré l’attention sur la faible stabilité de
l’hémoglobine dans le tampon, notamment quand la température
ambiante était élevée. Ceci a conduit les fabricants à modifier
leur tampon. Les premiers résultats, qui doivent être confirmés,
suggèrent que d’importantes améliorations ont été faites.
Deux études randomisées en Hollande [3, 4] et 2 études
en France (5 et étude IGOR en cours de publication) où les
participants réalisaient à la fois un test Hemoccult® et
un test immunologique permettent une comparaison directe avec le
test Hemoccult®. Les études hollandaises indiquent que
la participation est plus élevée avec le test immunologique qu’avec
le test Hemoccult® respectivement 60 % vs
47 % et 62 % vs 50 %. C’est une donnée
essentielle étant donné l’importance de la participation dans
l’efficience d’un programme de dépistage. Dans les 4 études,
les performances des tests immunologiques sont supérieures à celles
de l’Hemoccult®. Même si l’on fixe un taux de positivité
identique à celui de l’Hemoccult®, le taux de détection
des cancers et des adénomes avancés est plus élevé qu’avec le test
Hemoccult® [5]. Si l’on accepte un taux de positivité un
peu plus élevé (jusqu’à 4-5 %), on multiplie par 1,5 à 2 le
taux de détection des cancers et par 3 à 4 celui des adénomes
avancés au prix d’un nombre plus élevé de coloscopies. C’est la
limite des tests immunologiques. Avec une acceptabilité de
50 %, un taux de positivité de 2 %, on estime que le test
au gaïac nécessite 80 000 coloscopies par an en France sur un
total d’environ 1 million. Avec un taux de positivité de
4 % le test immunologique sera à l’origine de
160 000 coloscopies. Les études pilotes suggèrent que le
système de santé français peut facilement les absorber.
Deux études japonaises [6, 7] dans lesquelles des
populations asymptomatiques, à risque moyen, ont fait un test
immunologique puis une coloscopie permettent de déterminer la
sensibilité de ces tests. La sensibilité pour un cancer était
respectivement de 66 % (test Magstream® ;
1 prélèvement ; seuil 20 ng/mL) et de 81 % (test
OC-Sensor®, 2 prélèvements au moins 1 test
positif, seuil 150 ng/mL). L’étude de la sensibilité du programme,
qui repose sur le nombre de cancers d’intervalle découverts entre
2 tests de dépistage, permet aussi d’approcher la sensibilité
du test [8, 9]. De ces données avec un taux de positivité
inférieur à 5 %, on peut estimer la sensibilité du test
immunologique entre 65 et 80 % et celle de
l’Hemoccult® d’environ 40 %.
Au total, des résultats convergents permettent de conclure que
les tests immunologiques sont supérieurs au test
Hemoccult® à la fois pour leur acceptabilité et pour la
détection des cancers et des adénomes avancés. Ils doivent devenir
le test de référence pour le dépistage du cancer colorectal.
Quelles que soient les conditions d’utilisation, les tests
immunologiques de recherche d’un saignement occulte dans les selles
sont supérieurs au test Hemoccult®
Il reste à préciser les modalités pratiques de leur
utilisation : nombre de prélèvements, seuil de positivité.
Différentes stratégies ont été évaluées : 2 prélèvements
suivis d’une coloscopie s’ils sont positifs tous les deux,
2 prélèvements suivis d’une coloscopie si au moins un des 2
est positif et 1 prélèvement suivi d’une coloscopie s’il est
positif. Le nombre de prélèvements n’influence pas le taux de
participation [10], en revanche, il a des conséquences sur le coût
de la campagne, ce qui fait privilégier la stratégie à
1 prélèvement. Il est possible de choisir un seuil de
positivité plus bas avec 1 prélèvement (c’est-à-dire la
détection d’une quantité plus faible d’hémoglobine dans les selles)
qu’avec deux prélèvements, ce qui permet d’obtenir le même taux de
détection des cancers qu’avec deux prélèvements. Au Japon, la
pratique de 2 tests avec au moins 1 test positif est
utilisée avec un seuil de 150 ng/mL (test
OC-Sensor®).
Nous avons évalué cette façon de faire en France. Les résultats
suggèrent que l’on peut proposer un seuil de positivité entre 150
et 200 ng/mL avec le test OC-Sensor® et le seuil
correspondant de 176 à 234 ng/mL avec le test FOB-Gold®.
Actuellement, la stratégie à 1 prélèvement est utilisée avec
un succès en Italie au seuil de 100 ng/mL avec le test
OC-Sensor® et est proposée en Hollande avec un seuil de
50 à 75 ng/mL. Plusieurs études médico-économiques ont été
réalisées au cours des deux dernières années. Elles concluent
toutes à l’efficience des tests immunologiques qui se présentent
comme des substituts au test Hemoccult®. Elles apportent
des arguments en faveur de la réalisation d’un seul prélèvement
[11].
Il n’y a aucune bonne raison de retarder le passage aux tests
immunologiques et le statut quo persistant est indéfendable
Quelles que soient les conditions d’utilisation, les tests
immunologiques de recherche d’un saignement occulte dans les selles
sont supérieurs au test Hemoccult®. Ils sont mieux
acceptés avec un taux de positivité inférieur à 5 % permettant
de doubler le taux de détection des cancers et multiplient par 3 à
4 celui des adénomes. Du fait de leurs performances, le passage aux
tests immunologiques conduira à une plus forte réduction de la
mortalité par cancer colorectal et peut-être à une diminution de
son incidence. Il n’y a aucune bonne raison de retarder le passage
aux tests immunologiques et le statu quo persistant est
indéfendable. La HAS avait dès 2008 recommandé le passage aux tests
immunologiques et c’était une des priorités du Plan Cancer 2.
Les tests immunologiques sont mieux acceptés avec un taux de
positivité inférieur à 5 % permettant de doubler le taux de
détection des cancers et multiplient par 3 à 4 celui des
adénomes
L’INCa vient de publier un rapport précisant les conditions de
passage aux tests immunologiques [12]. Les résultats accumulés
depuis 5 ans apportent les connaissances nécessaires pour la
conduite d’une politique nationale. On peut recommander la
réalisation d’un seul prélèvement avec un seuil de positivité
proche de 100 ng/mL avec le test OC-Sensor® ou 117 ng/mL
(la valeur correspondante) avec le test FOB-Gold®. Le
test Magestream® peut aussi être proposé au seuil de
fabricant de 20 ng/mL. Le grand public doit être informé des
progrès importants permettant d’améliorer de manière simple le
dépistage du cancer colorectal. Mais la décision politique tarde.
Aucune date n’est donnée pour le passage aux tests immunologiques.
La communauté gastro-entérologique doit se mobiliser. Si cela est
nécessaire, la Société nationale française de gastroentérologie
devra faire une campagne de presse mobilisant les grands
quotidiens, les agences de presse et la télévision, comme elle l’a
fait pour obtenir la mise en place du dépistage du cancer
colorectal.
La communauté gastro-entérologique doit se mobiliser
Conflits d’intérêts: aucun.
Références
Les références importantes apparaissent en gras
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