ARTICLE
ers.2010.0416
Auteur(s) : Christophe Rousselle1 christophe.rousselle@anses.fr,
Corinne Mandin2 corinne.mandin@cstb.fr, Kenichi
Azuma3 kenazuma@med.kindai.ac.jp
1 Agence française de sécurité sanitaire
Avenue du Général Leclerc
94 Maisons-Alfort cedex
France
2 Université Paris-Est
Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB)
84, avenue Jean Jaurès
77447 Champs-sur-Marne cedex 02
France
3 Kinki University School of Medicine
377-2 Ohnohigashi
Osaka
Japon
Tirés à part : C. Rousselle
L’émergence de la problématique de la qualité de l’air intérieur
ces dernières années a conduit à la multiplication de mesures de
polluants dans l’air des espaces clos. Ces données de
concentrations de plus en plus nombreuses justifient le besoin de
valeurs de référence permettant d’interpréter les résultats et de
situer les niveaux de concentrations mesurés par rapport à des
concentrations usuelles et/ou des repères sanitaires en vue de
mettre en place des mesures de gestion proportionnées au risque
potentiel. Par ailleurs, le manque de niveaux de référence pour la
qualité de l’air intérieur peut limiter le développement de
référentiels utiles pour la qualification, en termes sanitaires,
des émissions de composés par les produits de construction, de
décoration ou d’usage courant, ou bien dans le cadre de la
spécification de bâtiments.
À l’échelle internationale, des valeurs sont recommandées dans
de nombreux pays depuis les années 1980. Au Japon, les problèmes de
santé liés à la qualité de l’air intérieur ont constitué dès le
milieu des années 1990 un fort enjeu de santé publique. En témoigne
d’ailleurs la dénomination du « syndrome des bâtiments
malsains » (sick building syndrome) qui est traduit en
japonais par l’expression « syndrome des maisons
malsaines » (sick housing syndrome). Un groupe de
travail a alors été mis en place dès 1996 afin de proposer des
valeurs de référence fondées sur des critères sanitaires. Le
formaldéhyde a d’ailleurs joué un rôle de catalyseur qui a motivé
les nombreuses actions des pouvoirs publics japonais dans ce
domaine. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a commencé à
aborder spécifiquement l’air intérieur à l’occasion de la mise à
jour de ses valeurs guides de la qualité de l’air en 2000 [1].
Ainsi, en résonance des travaux internationaux, une expertise
française s’est constituée début 2005 au sein de l’Agence française
de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail (Afsset),
afin d’établir des valeurs guides de qualité d’air intérieur, en
cohérence avec les orientations du premier Plan national santé
environnement (2004-2008) qui faisait de l’air intérieur une action
prioritaire.
À l’issue de cinq années d’expertise française, cet article
propose ainsi une analyse comparative des démarches d’élaboration
des valeurs guides de qualité d’air intérieur en France et au
Japon. Après avoir précisé la notion de valeurs guides de qualité
d’air intérieur pour ces deux pays, nous tenterons de répondre aux
questions suivantes : en réponse à quel(s) besoin(s) ces
valeurs guides sont-elles établies ? Quelle est la démarche
d’élaboration et quels composés sont concernés ? Que
deviennent-elles une fois établies et en quoi constituent-elles un
levier d’action publique ? Ce travail a été réalisé à partir
de l’analyse détaillée des démarches française et japonaise. Même
s’il a pu bénéficier des comptes rendus des réunions des instances
d’expertise ad hoc des deux pays, l’essentiel des données
est publié dans la littérature scientifique [2, 3].
Définition d’une valeur guide de qualité d’air intérieur
La définition d’une valeur guide retenue est celle de
l’OMS : il s’agit d’une valeur de concentration dans l’air
associée à un pas de temps, en dessous de laquelle, en l’état
actuel des connaissances, aucun effet sur la santé n’est attendu
pour la population générale, pour la durée d’exposition considérée.
Cette définition est applicable dans le cadre de valeurs
construites pour protéger d’effets à seuil de dose. Dans le cas
d’effets sans seuil de dose, tels que les effets cancérogènes au
mode d’action génotoxique, les valeurs guides sont exprimées sous
la forme d’excès de risque correspondant à une probabilité de
survenue de la pathologie associée à la substance considérée. Ces
valeurs ne concernent pas les locaux à pollution spécifique pour
lesquels la réglementation du travail s’applique. Elles sont par
ailleurs parfois qualifiées de valeurs « sanitaires »,
puisqu’elles n’intègrent aucun critère de gestion (faisabilité
technique de la mesure, acceptabilité économique…). Enfin, elles
n’ont en elles-mêmes aucune portée réglementaire, même si elles
peuvent servir de base à l’instauration de seuils de gestion.
Contexte d’élaboration des valeurs guides et objectifs
visés
En France, la mise en place de l’Observatoire de la qualité de
l’air intérieur (OQAI) en 2001 et la reconnaissance de la
problématique « Bâtiment–santé » comme enjeu de santé
publique prioritaire dans le premier Plan national santé
environnement publié en juin 2004, ont, entre autres, mis la
qualité de l’air intérieur à l’agenda des programmes de recherche
et des actions publiques. Dès lors, l’acquisition de données sur
les expositions de la population française dans les différents
lieux de vie fréquentés au quotidien s’est accélérée, et, avec
elle, est apparu le besoin d’interpréter les concentrations
mesurées en termes de risque potentiel pour la santé. Par ailleurs,
dans les cas particuliers de symptômes sanitaires de type
irritation des yeux et des muqueuses, érythèmes cutanés… observés
dans des bâtiments (lieux d’enseignement et immeubles de bureaux,
notamment), des « valeurs limites » de concentrations
dans l’air intérieur étaient requises afin de déterminer dans
quelle mesure les niveaux observés pouvaient expliquer les troubles
présentés. S’il existait déjà des valeurs guides [1], elles
concernaient principalement des substances présentes dans l’air
extérieur, et non les polluants reconnus spécifiques des
environnements clos.
Constatant que de nombreux pays ainsi qu’un consortium européen
(projet INDEX) soutenu par la Commission européenne [4] avaient
établi des valeurs guides de qualité d’air intérieur, des travaux
ont été engagés en France dans ce domaine début 2005. Outre le
développement d’une expertise nationale, l’objectif était de
proposer des valeurs guides de qualité d’air intérieur pour de
nouvelles substances, éventuellement spécifiques du contexte
d’exposition de la population française, mais aussi actualisées à
partir des données toxicologiques et épidémiologiques les plus
récentes.
Au Japon, dès les années 1970, la qualité de l’air intérieur est
devenue une préoccupation de santé publique, comme en témoigne
l’adoption d’une loi sur l’hygiène et la salubrité des bâtiments
proposée par le ministère de la Santé et du Bien-être. Cette loi
concerne spécifiquement certains types de bâtiments dont les locaux
commerciaux ayant une surface supérieure à
3 000 m2 ou les écoles ayant une surface
supérieure à 8 000 m2. Elle prévoit la
surveillance de la contamination de l’air intérieur et propose des
valeurs limites pour un certain nombre de polluants : CO
(10 parties par million [ppm]), CO2
(1 000 ppm), particules totales en suspension
(0,1 mg/m3) et formaldéhyde
(100 μg/m3, inclus plus récemment suite à la
proposition d’une valeur guide de qualité d’air intérieur). En
complément, des critères de température, d’humidité relative et de
débit de ventilation ont également été fixés pour ce type de
locaux. Des mesures doivent être réalisées tous les deux mois par
les propriétaires de ces locaux pour vérifier la conformité à ces
valeurs, à l’exception du formaldéhyde dont la concentration ne
doit être mesurée qu’à la livraison du bâtiment neuf ou après une
réhabilitation.
Dans les années 1990, les questions relatives à la qualité de
l’air intérieur ont gagné la sphère citoyenne [5]. Le syndrome des
bâtiments malsains ou « sick building syndrome » a
fait l’objet de publications de plus en plus nombreuses dans des
journaux populaires (Asahi Shimbun, Nikkan Kogyo Shimbun) au cours
des années 1990 et 2000 [5]. Ce syndrome est d’ailleurs
plutôt connu au Japon sous le nom de « syndrome des maisons
malsaines » ou « sick house syndrome », ce
qui montre bien à quel point ces préoccupations s’étendent à la
sphère privée où même l’environnement intérieur est source
d’inquiétudes pour les occupants.
Le formaldéhyde a également largement motivé les actions des
pouvoirs publics japonais en matière de qualité de l’air intérieur.
Plusieurs campagnes de mesures conduites au cours des
années 1980 et 1990 [6-8] ont ainsi permis de montrer la
présence de ce composé à des concentrations supérieures à la valeur
guide de l’OMS pour l’air ambiant [1] dans une part non négligeable
de logements (25 % d’un échantillon de 230 maisons
instrumentées en 1997 [3]), et en particulier dans des maisons
récemment construites (dans environ un quart des prélèvements
réalisés dans 19 maisons neuves dans les années 1990 [9]). Le
ministère de l’Environnement japonais a donc proposé dès 1997 une
valeur guide de qualité d’air intérieur pour le formaldéhyde égale
à 100 μg/m3.
Ainsi, compte tenu des attentes grandissantes de la population,
le gouvernement japonais a poursuivi la structuration d’une
politique ambitieuse dans le domaine en proposant, entre autres
mesures, l’établissement de valeurs guides de qualité d’air
intérieur pour un plus large nombre de substances.
Hormis les locaux à pollution spécifique, les valeurs guides de
qualité d’air intérieur proposées au Japon s’appliquent à tous les
types d’environnements intérieurs, des logements aux écoles en
passant par les hôtels, hôpitaux, locaux publics, gymnases, bus,
avions…
Démarche d’élaboration des valeurs guides de qualité d’air
intérieur
Organisation de l’expertise
En France, un groupe de travail pour l’élaboration de valeurs
guides de qualité de l’air intérieur a été constitué en
janvier 2005, copiloté par l’Afsset et le Centre scientifique
et technique du bâtiment (CSTB). Composé de chimistes, métrologues,
toxicologues, évaluateurs de risques, il réunissait
10 personnes tous les deux mois. Ce groupe de travail était
rattaché au comité d’experts spécialisés (CES) de l’Afsset
« Évaluations des risques liés aux milieux aériens ».
Renouvelé en janvier 2010, le groupe, toujours rattaché à ce
même CES, s’est enrichi notamment d’épidémiologistes et compte
désormais 16 membres, pour une fréquence similaire de
réunions. Ponctuellement, en fonction des besoins et selon les
substances traitées, des auditions de personnalités extérieures
peuvent être organisées. Des experts des CES de l’Afsset ainsi que
des scientifiques de l’Agence peuvent être associés à ce travail en
tant que de besoin. Le groupe publie un rapport pour chaque
substance traitée ; ce rapport est approuvé par le CES
« Milieux aériens » qui en fait une synthèse. Sur la base
de ces deux documents, l’Afsset rend un avis et l’ensemble est
ensuite publié sur le site de l’Agence. Un document cadre
définissant la méthode d’élaboration des valeurs guides a été
établi et publié en juillet 2007 [10].
Au Japon, le ministère de la Santé et du Bien-être a mis en
place en juin 1996 un comité d’experts sur le « syndrome
des maisons malsaines », composé de toxicologues, chimistes,
cliniciens, évaluateurs de risques, mais aussi d’architectes, issus
du domaine universitaire ou d’institutions publiques. Ce comité,
renouvelé en avril 2000, comprend actuellement environ
10 membres et se réunit quatre à cinq fois par an avec parfois
quelques interruptions pendant une ou plusieurs années. Ce comité
est chargé de proposer des valeurs guides de qualité d’air
intérieur sur la base de critères sanitaires. Parallèlement, le
ministère de la Santé et du Bien-être a mis en place une commission
chargée de la gestion des risques et composée, entre autres, de
représentants de l’État. Les valeurs guides de qualité d’air
intérieur proposées par le comité sont soumises à consultation sur
le site du ministère de la Santé et du Bien-être avant d’être
adoptées. Le comité examine les commentaires reçus et peut être
amené, dans certains cas, à reconsidérer la valeur proposée. Par
exemple, les composés organiques volatils totaux (COVT) avaient
initialement fait l’objet de deux propositions de valeurs guides de
qualité d’air intérieur selon que les maisons étaient construites
depuis moins d’un an (1 000 μg/m3) ou plus
d’un an (400 μg/m3). Après consultation publique,
il est apparu que cette distinction était mal comprise par les
citoyens. Par conséquent, une seule valeur de gestion a été
proposée au final (400 μg/m3).
Méthode retenue pour l’élaboration des valeurs guides de
qualité d’air intérieur
En France, la proposition de valeurs guides de qualité d’air
intérieur repose sur les trois étapes suivantes [10] :
- 1. Recensement et analyse des effets sanitaires chez l’homme et
de leur cohérence avec les données de toxicocinétique et de
toxicodynamie. Une analyse de la cohérence des données animales et
humaines tenant compte de la connaissance du mode d’action de la
substance est effectuée. À défaut de données humaines, les données
disponibles chez l’animal sont documentées. Les différents effets
sanitaires mis en évidence après inhalation sont décrits en
fonction des niveaux de concentration et des durées d’exposition
(aiguë et chronique). Un tableau de synthèse résume les expositions
humaines associées à l’absence ou à la présence d’effets, et, si
cela est nécessaire, les doses maximales n’entraînant pas d’effet
néfaste (NOAEL, No observed adverse effect level) et les
doses minimales entraînant un effet néfaste (LOAEL, Lowest
Observed Adverse Effect Level) chez l’animal, pour chaque durée
d’exposition considérée comme pertinente. Un effet critique,
c’est-à-dire le premier effet indésirable observé pour les plus
faibles niveaux d’exposition, est retenu pour la proposition de la
valeur guide, pour chaque durée d’exposition considérée (aiguë,
intermédiaire ou chronique). Le cas échéant, des sous-groupes de
populations sensibles sont également identifiés ;
- 2. Identification et description des valeurs guides de qualité
d’air existantes et des valeurs toxicologiques de référence
(VTR) : les valeurs guides internationales et supranationales
reposant exclusivement sur des critères sanitaires (donc répondant
à la définition de l’OMS) sont utilisées préférentiellement. Si des
valeurs guides nationales sont proposées postérieurement aux
dernières synthèses internationales, celles-ci sont également
prises en compte. Les VTR sont par ailleurs recherchées dans les
bases de données reconnues comme celles de l’US EPA (US
Environmental Protection Agency), de l’ATSDR (Agency for
Toxic Substances and Disease Registry), de l’OEHHA
(California Office of Environmental Health Hazard
Assessment), du RIVM (Agence de santé environnementale des
Pays-Bas) ou encore de Santé Canada. Durées d’exposition, effets
critiques, doses critiques, populations étudiées et facteurs
d’incertitude sont spécifiés ;
- 3. Analyse critique des valeurs collectées et proposition des
valeurs guides de qualité d’air intérieur françaises court et long
termes : un jugement d’experts est réalisé après l’analyse de
chacune des valeurs identifiées. La valeur guide de qualité d’air
intérieur est choisie in fine en fonction des cas de figure
suivants :
- – il existe une ou plusieurs valeurs guides construites
exclusivement sur des considérations sanitaires : la valeur de
meilleure qualité est retenue, à savoir la plus récente, prenant en
compte l’ensemble des connaissances sur la toxicité de la substance
et dont le choix de l’effet critique et des facteurs de sécurité
est cohérent avec ses effets biologiques. Si plusieurs valeurs
jugées de qualité comparable sont disponibles, l’opportunité d’un
choix est alors déterminée au cas par cas en fonction de critères
complémentaires (comme par exemple la date d’élaboration, le fait
que la valeur s’appuie ou non sur des données
humaines…) ;
- – il n’existe pas de valeurs guides construites exclusivement
sur des considérations sanitaires, mais il existe une ou plusieurs
VTR. La VTR de meilleure qualité est retenue (mêmes critères que
ceux cités ci-avant). De même, si leur qualité est considérée comme
identique, l’opportunité d’un choix est déterminée au cas par cas
en fonction de critères complémentaires (date d’élaboration,
données humaines…) ;
- – il n’existe ni valeur guide ni VTR, ou bien aucune des
valeurs guides ou des VTR recensées ne répond aux critères de
qualité définis : dans ce cas, aucune valeur guide française
n’est proposée et des travaux complémentaires d’expertise et de
recherche sont nécessaires.
À l’issue des travaux, des valeurs guides de qualité d’air
intérieur sont proposées pour les différentes durées d’exposition
qui se sont avérées pertinentes. Dans le cas d’une substance
présentant des effets sans seuil, les valeurs guides long terme
correspondant respectivement à un excès de risque de cancer de
10-5 et 10-6 sont présentées. Le rapport
final d’expertise du groupe de travail apporte également des
informations utiles comme les gammes des concentrations de la
substance considérée dans l’air intérieur en France, les méthodes
normalisées de mesure et la réglementation en vigueur.
Au Japon, les experts du comité réalisent une analyse critique
des valeurs déjà proposées par l’OMS pour l’air ambiant et, si
celles-ci sont jugées de bonne qualité, les retiennent. Une
réactualisation de la bibliographie est également faite ; si
de nouvelles études mettent en évidence un autre organe cible, un
autre effet critique et/ou une autre dose critique, alors la valeur
guide de qualité d’air intérieur proposée est différente de celle
de l’OMS. Si, pour le polluant considéré, l’OMS ne propose aucune
valeur guide de qualité d’air, alors le comité expertise l’ensemble
des données de toxicité disponibles, choisit un organe cible et un
effet critique, une dose critique (NOAEL/LOAEL) et, après avoir
appliqué des facteurs de sécurité, propose une valeur guide.
Pour certains composés, le comité peut s’appuyer sur d’autres
valeurs de référence (DJA, dose journalière admissible pour une
exposition par ingestion, par exemple) proposées par d’autres
organismes. C’est le cas par exemple de la valeur guide d’air
intérieur du di-(2-éthylhexyl) phtalate (DEHP), qui est dérivée de
la DJA proposée par l’EFSA (European Food Safety Agency,
Autorité européenne de sécurité des aliments). Dans ce cas, une
extrapolation de la voie orale à la voie respiratoire est réalisée,
considérant un volume d’air inhalé quotidien de
15 m3 et un poids corporel moyen de 50 kg.
Pour une substance donnée, une seule valeur guide de qualité
d’air intérieur est proposée et, à l’exception du formaldéhyde pour
lequel la valeur est associée à une exposition d’une durée de
30 minutes, toutes les autres valeurs sont applicables pour
une exposition long terme. Pour les substances cancérogènes sans
seuil de dose, la valeur proposée correspond à un excès de risque
de cancer de 10-5.
Une approche spécifique a été suivie pour les COVT : étant
donné l’absence d’études mettant en évidence une relation
dose-effet pour un mélange de COV, la valeur guide proposée est
basée sur les résultats de mesures dans les logements japonais.
Ainsi, la valeur de 400 μg/m3 est considérée comme
la plus faible raisonnablement atteignable ; elle est
assimilée à un indicateur de la pollution de l’air et non à une
valeur sanitaire en tant que telle, et ne se substitue pas aux
valeurs guides individuelles (par polluant) établies.
Enfin, pour chaque composé disposant d’une valeur guide de
qualité d’air intérieur, une méthode de prélèvement et d’analyse
est proposée par le comité, sur la base des normes disponibles
2 Synthèse consultable sur le site Internet :
http://www.env.go.jp/en/air/aq/aq.html..
Substances visées par l’élaboration de valeurs guides d’air
intérieur
En France, le choix des substances prioritaires pour
l’élaboration de valeurs guides de qualité d’air intérieur a été
fondé sur le croisement de deux hiérarchisations sanitaires
réalisées préalablement.
D’une part, la hiérachisation de l’OQAI établie afin de définir
les priorités d’action et d’optimiser la mise en œuvre de la
campagne nationale dans les logements réalisée entre 2003
et 2005 [11, 12] a été exploitée. Au départ, une centaine
de polluants avait été identifiée, parmi lesquels : 31 COV et
aldéhydes, 29 composés organiques semi-volatils (phtalates,
alkylphénols, retardateurs de flamme bromés, organoétains,
paraffines chlorées à chaînes courtes), 34 pesticides, le
radon, le dioxyde d’azote, le monoxyde de carbone, les particules,
le plomb, les fibres minérales artificielles, les fibres d’amiante,
les endotoxines, les allergènes de chat, de chien et d’acariens.
Les champs électromagnétiques très basse fréquence avaient
également été pris en compte.
La hiérarchisation a ensuite été fondée sur : i) les
connaissances relatives aux propriétés toxicologiques de chaque
substance (agent cancérogène ou non, existence de VTR aiguë et/ou
chronique) ; ii) l’exposition des populations (fréquence
d’occurrence des polluants dans les environnements intérieurs,
concentrations mesurées), fondée sur les données de l’OQAI
recueillies au cours de la campagne pilote de 2001 dans une
centaine de logements et les données de la littérature. Une
gradation en termes d’effets aigus et chroniques découle du
croisement des relations dose-réponse et des niveaux intérieurs
mesurés. Les paramètres et substances ont, in fine, été
classés en cinq catégories de priorité sanitaire.
D’autre part, la hiérarchisation ayant servi de base au travail
du consortium européen INDEX a été utilisée [4]. Quatre critères
ont prévalu initialement pour établir la liste des substances à
considérer : être un composé chimique individuel, avoir des
sources intérieures d’émission, avoir un impact sanitaire connu et
ne pas être déjà soumis à des directives et réglementations. Puis,
à l’instar de la hiérarchisation de l’OQAI, celle d’INDEX a été
effectuée en combinant les données d’exposition des populations
européennes dans les environnements intérieurs et les données
toxicologiques sur les relations dose-réponse. Au final, 14
substances ont été réparties en trois catégories de priorité.
Ces deux hiérarchisations ont été croisées et les polluants
d’intérêt classés finalement en cinq catégories : hautement
prioritaires, très prioritaires, prioritaires, non prioritaires et
inclassables.
Dans une dernière étape, le groupe de travail de l’Afsset a
restreint son champ dans un souci d’efficacité. Des critères
supplémentaires ont ainsi été proposés pour classer les substances
éligibles à l’établissement de valeurs guides de qualité d’air
intérieur :
- – critère d’inclusion : les substances à considérer
doivent être des substances chimiques individuelles. Dès lors, les
contaminants biologiques tels que les allergènes d’acariens et les
moisissures, les champs électromagnétiques, ainsi que les mélanges
complexes comme les paraffines chlorées à chaînes courtes, les COVT
ou les hydrocarbures aromatiques polycycliques, ne sont pas
traités ;
- – critère de pertinence : si la substance dispose déjà de
valeurs de gestion en France pour l’environnement intérieur, elle
est exclue (cas de l’amiante et du plomb) ;
- – critère de faisabilité : il s’agit de retenir les
composés pour lesquels des relations dose-réponse (VTR) sont
disponibles. Par exemple, certains phtalates, ainsi que les
retardateurs de flamme bromés ne disposent pas à ce jour de données
sanitaires suffisantes qui permettraient d’établir une valeur guide
de qualité d’air intérieur.
Les substances prioritaires ayant vérifié ces critères et pour
lesquelles une ou plusieurs valeurs guides de qualité d’air
intérieur ont été établies en France sont rapportées dans le tableau 1.
Tableau 1 Synthèse des composés d’intérêt sanitaire retenus pour
l’élaboration de valeurs guides de qualité d’air intérieur en
France et au Japon.
Chemical compounds with health effects selected for the
development of indoor air quality guideline values in France and
Japan.
| Substance |
Japon |
France |
|
| Critères de sélection # |
Année de parution |
Année de parution |
| Formaldéhyde |
- |
1997 |
2007 |
| Toluène |
1, 2 |
2000 |
- |
| Xylènes |
1, 2 |
2000 |
- |
| p-dichlorobenzène |
1, 2 |
2000 |
- |
| Éthylbenzène |
1, 2, 3 |
2000 |
- |
| Styrène |
1, 2 |
2000 |
- |
| Chlorpyrifos |
4, 5 |
2000 |
- |
| Di-n-butyl-phtalate |
1, 3, 5 |
2000 |
- |
| Tétradécane |
2, 6 |
2001 |
- |
| Di-(2-éthylhexyl)phtalate |
3, 5 |
2001 |
En cours |
| Diazinon |
4, 5 |
2001 |
- |
| Acétaldéhyde |
1, 2 |
2002 |
- |
| Fenobucarb |
3, 5 |
2002 |
- |
| Nonanal |
2, 6 |
2001 |
- |
| COV totaux |
1, 3 |
2000 |
- |
| Benzène |
- |
- |
2008 |
| Monoxyde de carbone |
- |
- |
2008 |
| Naphtalène |
- |
- |
2009 |
| Trichloroéthylène |
- |
- |
2009 |
| Tétrachloroéthylène |
- |
- |
2009 |
| Particules PM10 et
PM2,5 |
- |
- |
2009 |
# Rappel des critères de sélection des
substances au Japon : (1) valeurs guides de qualité d’air
intérieur déjà proposées (OMS ou autres institutions) ; (2)
concentrations intérieures supérieures à celles mesurées à
l’extérieur ; (3) plaintes adressées aux ministères de
l’Environnement et de la Santé ; (4) mesures réglementaires
d’interdiction en place dans d’autres pays ; (5) substances
utilisées dans les matériaux de construction ; (6) substances
appartenant à une famille chimique caractéristique des COV.
# Reminder of selection criteria in
Japan: (1) indoor air quality values already proposed (by WHO or
other institutions); (2) indoor concentrations higher than outdoor
concentrations; (3) complaints made to the Ministry of the
Environment or of Health; (4) substances banned in other countries;
(5) substances used in construction materials; (6) substances
belonging to a chemical family characteristic of volatile organic
compounds.
Au Japon, en plus du formaldéhyde, 13 substances ont fait
l’objet de l’élaboration de valeurs guides d’air intérieur. Elles
ont été choisies à partir des différents critères suivants
[13] :
- – des valeurs guides de qualité d’air intérieur sont déjà
proposées par l’OMS ou d’autres institutions ;
- – les concentrations mesurées dans l’air intérieur sont
supérieures aux concentrations mesurées à l’extérieur, notamment en
raison de la présence d’une source spécifique
intérieure ;
- – des plaintes ont été adressées aux ministères de
l’Environnement et de la Santé japonais par certains citoyens (cas
des COVT et phtalates) ;
- – de nouvelles mesures réglementaires d’interdiction ont été
mises en place par d’autres pays (cas du chlorpyrifos et du
diazinon) ;
- – certaines substances sont largement utilisées dans les
matériaux de construction (solvants, insecticides,
adhésifs…) ;
- – certaines substances appartiennent à une famille chimique
caractéristique des COV (aldéhydes, hydrocarbures aromatiques
polycycliques…).
Aucun de ces critères ne tient compte directement de la toxicité
de la substance. Cela pourrait évoluer dans le futur [3]. De plus,
tous les critères ne nécessitent pas d’être vérifiés simultanément
pour qu’une substance fasse l’objet d’une proposition de valeur
guide de qualité d’air intérieur.
La liste des substances retenues au Japon est également
présentée dans le tableau 1.
Au final, lorsque l’on compare les listes de substances traitées
jusqu’à présent en France et au Japon (tableau 1), il ressort que seul le
formaldéhyde est commun aux deux pays (encadré
1). Il convient de préciser qu’au Japon, le benzène, le
tétrachloroéthylène et le trichloroéthylène ayant déjà fait l’objet
de valeurs guides pour l’air extérieur, il a été considéré que ces
dernières étaient directement applicables pour la gestion des
environnements intérieurs et qu’il n’était ainsi pas nécessaire de
les traiter dans le cadre du programme d’élaboration de valeurs
guides de qualité d’air intérieur.
Encadré 1 Valeurs guides de qualité de l’air intérieur
françaises et japonaises pour le formaldéhyde
Le formaldéhyde étant la seule substance traitée à la fois en
France et au Japon dans le cadre de l’élaboration de valeurs guides
de qualité d’air intérieur, il est intéressant de comparer les
valeurs proposées par ces deux pays.
En France, le formaldéhyde a été la première substance
traitée par le groupe d’expertise mis en place à l’Afsset. Les
valeurs recommandées ont été publiées en 2007 [14]. Deux valeurs
ont été proposées, respectivement pour des expositions de court
terme et de long terme, fondées toutes deux sur la prise en compte
d’irritations oculaires et nasales observées ou ressenties. Pour le
court terme, l’analyse approfondie des valeurs guides et VTR
existantes a permis d’identifier deux VTR court terme, l’une de
l’ATSDR (50 μg/m3) et l’autre de l’OEHHA
(94 μg/m3), répondant aux critères de qualité
scientifique retenus. Le choix de la valeur de l’ATSDR est justifié
par le fait que l’étude source prend en compte une population
présentant une sensibilité particulière au formaldéhyde. Cette
valeur valable pour 2 heures d’exposition protège des effets
de type irritatif au niveau des yeux et du nez. Elle présente
l’avantage de protéger également des autres effets suspectés, comme
par exemple les altérations de la fonction respiratoire. Pour le
choix de la valeur long terme, l’analyse approfondie a conduit à
retenir la VTR de l’ATSDR (10 μg/m3). Cette valeur
est fondée sur des lésions cellulaires consécutives à une
irritation respiratoire observée chez des travailleurs exposés au
formaldéhyde.
Au Japon, une valeur guide de qualité d’air intérieur de
100 μg/m3 pour une exposition de 30 minutes au
formaldéhyde a été proposée en 1997 [8]. Elle s’appuie sur les
résultats de l’expertise de l’OMS alors en vigueur [15] et prend en
compte les irritations des voies respiratoires supérieures
observées chez l’homme. Elle a été adoptée rapidement en réponse
aux enquêtes conduites à la demande des pouvoirs publics dans des
maisons, qui avaient mis en évidence des concentrations élevées de
formaldéhyde.
Devenir des valeurs guides de qualité d’air intérieur, outils
d’aide à la gestion
Un des objectifs de l’élaboration des valeurs guides de qualité
d’air intérieur est notamment de constituer un socle de repères
sanitaires pour la mise en place de mesures de gestion à portée
réglementaire. Il s’avère néanmoins que peu de pays dans le monde
ont transformé ces valeurs guides en valeurs limites réglementaires
à vérifier dans les espaces clos, du fait, entre autres, de limites
juridiques à réglementer des espaces privés [16, 17]. En
Chine, des valeurs réglementaires de qualité de l’air intérieur
sont à vérifier avant l’emménagement dans un nouveau logement [18].
Au Portugal, le diagnostic de performance énergétique établi lors
de toute transaction immobilière est complété dans certains cas par
la vérification des concentrations intérieures de 10 paramètres
[19]. Cependant, la disponibilité de ces valeurs sanitaires peut
motiver d’autres politiques de réduction des expositions de la
population dans l’environnement intérieur, comme l’illustrent les
démarches française et japonaise.
En France, le Haut conseil de la santé publique (HCSP) prend le
relais des travaux de l’Anses. Intégrant des critères autres que
sanitaires – notamment la faisabilité de la mise en œuvre
d’actions de gestion pour atteindre à moyen terme une valeur de
concentration intérieure protégeant la plus grande fraction
possible de la population française – le HCSP propose des
valeurs dites « de gestion » et un calendrier pour leur
déploiement. La méthode du HCSP a été publiée en octobre 2009
[20] et appliquée aussitôt au formaldéhyde [21]. Ainsi, pour ce
composé, si la valeur guide Afsset pour une exposition au long
terme reste un objectif à atteindre à moyen terme (dans
10 ans), une valeur repère de qualité d’air intérieur est
proposée dans cette attente, accompagnée d’un échéancier. En outre,
deux autres niveaux (une valeur d’information et de recommandations
et une valeur d’action rapide) sont proposés comme outils d’aide à
la gestion. Ces valeurs de gestion pour le formaldéhyde sont
aujourd’hui utilisées dans le cadre de la surveillance de la
qualité de l’air intérieur dans les espaces recevant du public,
prévue dans le projet de loi Grenelle 2, et plus précisément à
l’occasion de la phase pilote en cours dans 300 écoles et
crèches de toute la France, à l’initiative du ministère en charge
de l’Écologie.
Par ailleurs, les valeurs guides de qualité d’air intérieur
proposées par l’Afsset servent à la fixation des concentrations
limites d’intérêt dans le cadre du protocole de caractérisation des
émissions des matériaux de construction et des produits de
décoration [22].
Pour être complet, il convient de mentionner le fait que la
notion de valeur guide pour l’air intérieur a été introduite dans
le code de l’environnement par la loi no 2008-757
du 1er aoÛt 2008 relative à la responsabilité
environnementale et à diverses dispositions d’adaptation du droit
communautaire dans le domaine de l’environnement 3 Loi
no 2008-757 du 1er aoÛt 2008 relative à
la responsabilité environnementale et à diverses dispositions
d’adaptation au droit communautaire dans le domaine de
l’environnement. Journal officiel de la République
française, 2 aoÛt 2008, no 179.. Des valeurs à
portée réglementaire devraient donc voir le jour prochainement par
décret.
Au Japon, la fixation de valeurs guides de qualité d’air
intérieur pour le formaldéhyde et le chlorpyrifos a conduit le
ministère de l’Environnement, des Infrastructures et des Transports
à réviser le code national du bâtiment en vue de limiter les
sources intérieures d’émission de ces deux substances. Au final, le
Gouvernement japonais a décidé d’interdire l’utilisation du
chlorpyrifos dans des environnements clos comportant des pièces
habitables. Pour le formaldéhyde, afin d’en limiter les sources
intérieures, un système de classification des matériaux émettant
cette substance a été mis en place ; ces derniers sont
désormais classés selon trois catégories en fonction de leur niveau
d’émission [3]. Les plus émissifs, c’est-à-dire plus de 120
μg/m2/h, appartiennent à une quatrième catégorie
interdite de mise sur le marché.
Par ailleurs, un système d’information sur la qualité de l’air
des logements a été mis en place en 2000. Il est volontaire et
s’applique aussi bien aux logements neufs qu’aux logements
existants. Ce système vise à estimer le niveau de performance d’un
logement en tenant compte d’un ensemble de caractéristiques, dont
certaines sont liées à la qualité de l’air intérieur, sur la base
des valeurs guides établies. Les niveaux de concentrations en
formaldéhyde, toluène, xylène, éthylbenzène et styrène doivent
ainsi être renseignés afin que le logement puisse être labellisé
selon ce système. Ces mesures sont effectuées par des laboratoires
indépendants agréés par le ministère de l’Environnement, des
Infrastructures et des Transports. Enfin, toujours dans le cadre de
ce dispositif, les niveaux d’émission en formaldéhyde des matériaux
utilisés pour la décoration des salons et chambres et pour
l’ameublement doivent être documentés.
Pour terminer, concernant les établissements scolaires, le
ministère de l’Éducation, de la culture, des Sciences et de la
Technologie a révisé en 2002 les exigences sanitaires. Cette
nouvelle loi est venue compléter la loi déjà existante sur la
salubrité des bâtiments en élargissant à tous les établissements
d’enseignement, indépendamment de leur surface, et à une plus large
palette de composés à suivre. Des mesures annuelles de
concentrations en toluène, formaldéhyde, xylène, styrène,
éthylbenzène et p-dichlorobenzène doivent ainsi être
effectuées dans l’air intérieur de ces locaux. Pour les paramètres
communs aux deux réglementations et en cas de valeurs guides
différentes, la valeur la plus protectrice pour la santé est
retenue.
Discussion
En termes de méthode d’élaboration, les approches française et
japonaise sont relativement similaires. Quelques différences
peuvent néanmoins être soulignées. Les travaux du comité mis en
place au Japon pour l’élaboration de valeurs guides de qualité
d’air intérieur sont conduits sous l’égide du ministère en charge
de l’Environnement, alors qu’en France, le groupe de travail dédié
a été mis en place par une agence sanitaire disposant uniquement de
missions d’évaluation et non de gestion. Concernant les valeurs
elles-mêmes, pour chaque composé étudié, une seule valeur guide de
qualité d’air intérieur est proposée au Japon, associée à une
exposition long terme, sauf pour le formaldéhyde (30 minutes).
En France, plusieurs valeurs, associées à différents pas de temps
(court terme, intermédiaire, long terme), peuvent être proposées
par substance. Au Japon, dès lors qu’une valeur de l’OMS [1] a déjà
été proposée pour une substance donnée, elle est retenue, sauf si
d’autres données plus récentes justifient une valeur différente. La
démarche française pourrait évoluer en ce sens avec la publication
récente (décembre 2010) du premier recueil de valeurs guides
de l’OMS spécifiques de l’air intérieur [23]. Le groupe de travail
japonais s’autorise l’utilisation d’une VTR établie pour des effets
par ingestion et une extrapolation à la voie inhalée, ce qui n’est
pas le cas du groupe français. Cette extrapolation voie à voie
nécessite la prise en compte de paramètres d’exposition nécessaires
à la transposition (poids corporel et volume d’air inhalé
quotidiennement). À noter qu’une des valeurs guides japonaises, en
l’occurrence celle pour les COVT, s’écarte de la définition retenue
dans le sens où il est accepté qu’il s’agit d’une valeur
pragmatique de gestion et non sanitaire. Par ailleurs, pour chaque
valeur guide élaborée par le comité japonais, une description des
méthodes de mesure disponibles est réalisée et un protocole de
mesure est préconisé dans la perspective de pouvoir proposer des
outils de surveillance de la qualité de l’air intérieur de divers
espaces clos vis-à-vis de cette substance. Enfin, l’ensemble des
recommandations sont soumises à consultation publique sur le site
Internet du ministère de la Santé avant leur adoption définitive.
Ces dispositions pourraient inspirer utilement les travaux engagés
en France. La méthode d’élaboration des valeurs guides françaises
est d’ailleurs en cours de mise à jour dans le cadre du second
mandat du groupe de travail. Certains aspects seront
vraisemblablement approfondis, comme la métrologie et la mise en
perspective des valeurs, notamment via la quantification des
impacts sanitaires correspondant au respect ou non des valeurs
guides fixées, dans le but d’apporter des éléments complémentaires
d’aide à la gestion et à la décision.
Conclusion
Cette analyse comparative permet de décrire de façon précise les
approches française et japonaise d’élaboration et d’application de
valeurs guides de la qualité d’air intérieur.
Au Japon, cette démarche ayant été mise en place plus tôt qu’en
France, les outils de gestion associés sont nombreux et couvrent
divers secteurs, de la réglementation de la qualité de l’air dans
certains bâtiments à la qualification de certains matériaux ou la
certification de logements.
Bien que plus récents, les leviers d’action qui découlent à ce
jour des valeurs françaises sont tout autant importants et utiles
pour identifier et gérer les situations de pollution de l’air
intérieur. Il est intéressant d’observer à ce titre que plusieurs
des substances visées dans le décret français relatif à
l’étiquetage des produits de construction et de décoration sur
leurs émissions en substances volatiles polluantes (en cours de
notification) ne font pas l’objet de valeurs guides de qualité
d’air intérieur en France, contrairement au Japon ; il s’agit
notamment de l’acétaldéhyde, du toluène, du xylène, du
1,4-dichlorobenzène, de l’éthylbenzène, du styrène et des COVT.
En tout état de cause, malgré les différences soulignées entre
les deux approches, leur philosophie globale relève des mêmes
objectifs de protection de la santé publique, et l’intérêt de
celles-ci est indéniable pour faire progresser la thématique de
l’air intérieur et en permettre une meilleure prise en compte dans
les politiques publiques, directement via la fixation de
valeurs limites dans l’air intérieur ou indirectement par le biais,
par exemple, de la restriction des conditions de l’usage de
certaines substances dans les matériaux et les produits.
Remerciements et autres mentions
Financement : aucun ; conflits
d’intérêts : aucun.
Références
1 WHO. Air Quality Guidelines for Europe. WHO Regional
Publications, European Series, No. 9. Copenhagen : World
Health Organization, Regional Office for Europe, 2000.
2 C Mandin, N Bonvallot, S Kirchner et al. Development of
French indoor air quality guidelines CLEAN Soil, Air, Water
2009; 7: 494-499.
3 K Azuma, I Uchiyama, K. Ikeda The regulations for indoor air
pollution in Japan: a public health perspective J Risk Res
2008; 11: 301-314.
4 K Koistinen, D Kotzias, S Kephalopoulos et al. The
INDEX project: executive summary of a European Union project on
indoor air pollutants Allergy 2008; 63: 810-819.
5 Azuma K, Uchiyama I, Ikeda K. The regulation for indoor air
pollution in Japan: a public health perspective. Proceedings of
the 2nd WHO international Housing and health Symposium, Vilnus,
Lithuania, 29th September – 1st October 2004.
6 Matsumura T, Kametani K, Tanimura A, Muramatsu S, Higuchi E.
Indoor air pollution due to formaldehyde. Proc of the
20th Society of Atmospheric Pollution 1980 (in
Japanese).
7 Hayashi M, Kitazume M, Sato Y, et al. Formaldehyde
concentrations in indoor air and its migration to clothes.
Yokohama City Institute of Health, Annual Report; 21.
Yokohama : Yokohama City Institute of Health, 1982 (in
Japanese).
8 K Azuma, I Uchiyama, K. Ikeda The risk management for indoor
air pollution caused by formaldehyde in housing: the historical
perspectives on early warnings and actions Facilities 2006;
24: 420-429.
9 Ikeda K. A surveillance study report for VOCs of building
materials or equipments. Tokyo : Building Management
Education Center, 1998.
10 Afsset. Valeurs guides de qualité d’air intérieur.
Document cadre et éléments méthodologiques.
Maisons-Alfort : Afsset, 2007. http://www.afsset.fr.
11 L Mosqueron, V Nedellec, S Kirchner et al. Ranking
indoor pollutants according to their potential health effect for
action priorities and costs optimization in the French permanent
survey on indoor air quality Proc Healthy Buildings
7th International Conference 2003; 3: 138-143.
12 S Kirchner, JF Arènes, C Cochet et al. État de la
qualité de l’air dans les logements français Env Risque
Sante 2007; 6: 259-269 10.1684/ers.2007.0096.
13 MHLW (Ministry of Health, Labour and Welfare). Committee
on sick house syndrome: Indoor air pollution. Summary on the
discussions from the 1st to
3rd meetings. Progress report
no. 1, 26 June 2000. Tokyo : MHLW, 2000.
14 Afsset. Valeurs guides de qualité d’air intérieur. Le
formaldéhyde. Maisons-Alfort : Afsset, 2007.
http://www.afsset.fr.
15 WHO. Air quality guidelines for Europe. WHO Regional
Publications, European series No 23.
Copenhagen : World Health Organization, Regional Office for
Europe, 1987.
16 Short S. The issues and implications of setting and
applying indoor air quality guidelines. Leicester :
Institute for Environment and Health, 2001.
http://www.cranfield.ac.uk/Health/ResearchAreas/EnvironmentHealth/IEH/IEH%20publications/IAQmtgrep.pdf.
17 P.T.C. Harrison Indoor air quality guidelines Occ Environ
Med 2002; 59: 73-74.
18 Carrer P, Rameckers E, Kotzias D. Policies and actions
concerning indoor air pollution in dwellings in Europe and
overseas. Towards Healthy Air in Dwellings in Europe, THADE
Project, 2004.
19 Certificado de desempenho energético e da qualidade do ar
interior. Entidades supervisoras: Direcção Geral de Geologia e
Energia, Instituto do Ambiente, Entidade gestora: Agencia para a
Energia. Lisbonne : 2007.
20 Haut conseil de la santé publique (HCSP). Valeurs repères
d’aide à la gestion dans l’air des espaces clos, Présentation de la
démarche méthodologique. Paris : HCSP, 2009.
21 Haut conseil de la santé publique (HCSP). Valeurs repères
d’aide à la gestion dans l’air des espaces clos. Le
formaldéhyde. Paris : HCSP, 2009.
22 Afsset. Procédure de qualification des matériaux de
construction et produits de décoration. Maisons-Alfort :
Afsset, 2009.
23 WHO. WHO guidelines for indoor air quality: selected
pollutants. Copenhagen : WHO Regional Office for Europe,
2010.
http://www.euro.who.int/__data/assets/pdf_file/0009/128169/e94535.pdf.
|