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Economic boom and environmental crisis of Nouakchott, a Sahelian capital


Science et changements planétaires / Sécheresse. Volume 21, Number 1, 63-70, janvier-février-mars 2010, Article de recherche

DOI : 10.1684/sec.2010.0230

Résumé   Summary  

Author(s) : Zeineddine Nouaceur , Université de Rouen LEDRA UMR IDEES Rue Lavoisier 76821 Mont-Saint-Aignan cedex France.

Summary : Nouakchott is experiencing unprecedented economic development. This prosperity however reveals the limits of a fragile city as it undergoes true distensions between the more important requirements of modern life and limited urban equipment. This change is amplified by precedent urban growth and badly mastered management. The consequences of such a situation are very harmful to the environmental framework. To escape this crisis, the Moresque capital has to rethink its urban politics according to a well balanced plan in which the urban fabric has to adapt itself not only to the population which uses it, but also to the natural constraints which characterize it.

Keywords : degradation of the environment, Mauritania, migrations, urbanization, urban waste water management

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ARTICLE

Auteur(s) : Zeineddine Nouaceur

Université de Rouen LEDRA UMR IDEES Rue Lavoisier 76821 Mont-Saint-Aignan cedex France

Problématique et méthodologie

Nouakchott, la capitale de la Mauritanie, est née d’une décision politique instituée en juin 1956 par la « Loi-cadre des territoires d’outre-mer » dite aussi loi Deferre. Cette loi préconise pour chaque territoire la mise en place d’un conseil de gouvernement présidé par un gouverneur et composé de ministres élus par l’assemblée territoriale [1]. Le 9 février 1957, le gouverneur propose le site de Nouakchott au ministre de la France d’outre-mer. Le 20 mai 1957, le premier conseil de gouvernement mauritanien présidé par Moktar Ould Daddah est élu et sa première réunion a lieu sous une tente dressée à l’emplacement de la future capitale et en présence du gouverneur et de Maurice Compagnet, ministre des Finances de l’époque.

Après cinquante ans d’existence, l’actuelle capitale de la Mauritanie vit depuis une dizaine d’années un bouleversement urbain, économique, et sociologique, sans précédent [2]. Devenue un véritable pôle d’attraction pour tout le reste du pays (figure 1), elle ne cesse de drainer vers elle des populations toujours avides de modernisme et d’espoir pour une vie meilleure.

De nos jours, Nouakchott est une ville moderne, tournée vers la prospérité et le développement [3]. Cette vague de renouveau est soutenue par une croissance moyenne évaluée à 5 % par an [3]. Elle est aussi dopée par la route nouvellement goudronnée de Nouadhibou qui se révèle un véritable cordon de vie reliant la Mauritanie au Maroc et en fait une plate-forme de liaison entre l’Afrique noire, l’Afrique du Nord et même l’Europe [4, 5].

Le présent travail est destiné à montrer qu’après un demi-siècle d’existence, et après être passée par une phase de croissance stimulée par un exode démographique intense, la capitale mauritanienne se trouve aujourd’hui au carrefour de plusieurs questionnements. Plusieurs méthodes de travail ont été utilisées pour mettre en évidence ces préoccupations. Tout d’abord, un travail d’enquête sur le terrain en janvier 2007 a permis de mesurer l’impact réel de la pression anthropique sur le milieu naturel depuis 1991, date de la dernière mission effectuée sur la même thématique [6]. Les données obtenues ont permis l’élaboration d’une cartographie de l’évolution spatio-temporelle de l’urbanisation jusqu’en 2005 et la réalisation d’un chorème géographique pour matérialiser la dynamique urbaine. Ces résultats ont permis aussi de mesurer les distorsions entre les équipements existants et les nouvelles demandes urbaines en termes de services.

Une urbanisation difficile à maîtriser et développée dans l’urgence

Tout au long de l’histoire de la ville, les plans d’urbanisme - le premier plan a vu le jour en 1959 et le dernier a été établi en 2003 [1, 7] - n’ont jamais cessé de planifier et de dicter le cadre d’un développement urbain maîtrisé. La réalité du terrain est tout autre et ne coïncide pas avec les directives préconisées par ces plans. Les charges démographiques successives sur la ville empêchent ainsi toute prévision à long terme et imposent sans cesse des réajustements de fortune.

Une urbanisation contrariée par une trop forte pression démographique

L’augmentation progressive et constante de la population urbaine ne cesse de repousser les limites de la ville. Cette évolution est marquée par des périodes d’exode rural massif qui coïncide avec les dernières sécheresses climatiques (figure 2).

L’une de ces premières crises a eu lieu en 1968 : la pluviométrie a enregistré un déficit de 54 % et la perte immédiate du cheptel chez les nomades fut évaluée à 50 %. Cette calamité naturelle a été le théâtre de la première tension démographique sur la ville, et elle a d’ailleurs impulsé l’idée du plan d’urbanisme des années 1970 pour la désengorger [7].

À partir des années 1973, la terrible sécheresse sahélienne va encore drainer les populations sinistrées vers les faubourgs de la ville [8, 9]. Les premières vagues se sont installées au nord de la ville et à la périphérie sud. Les régions d’exode les plus remarquables furent le Trarza, le Brakna, l’Assaba et l’Adrar qui regroupent près de 62 % des non-natifs résidant à Nouakchott [10].

En 1977, la capitale regroupait 44,3 % de la population urbaine nationale. L’afflux massif de réfugiés s’est soldé par l’apparition d’un type d’habitat nouveau que les Mauritaniens appellent « kébbé ». Véritable bidonville où l’on trouve de tout – tentes, cabanes, cases, baraques – ces quartiers spontanés s’érigent et disparaissent çà et là en fonction de l’arrivée de nouveaux migrants et de l’assimilation et de la viabilisation des anciennes « kébbé ». Pour faire face à cette situation tragique, près de 7 500 lots de recasement non cessibles sont distribués entre 1974 et 1977 [11] et vont constituer plus tard les noyaux des moughataa1 de Sebkha, El Mina et Teyaret. Malgré cette solution d’urgence, la situation n’évolue guère puisque le problème des « mal-logés » reste entier et que de nouveaux quartiers de type « kébbé » apparaissent à l’est de Nouakchott (Bouhdida, Tensouelim, Toujounine).

En 1979, face à cette situation de crise, une nouvelle opération de lotissement est entamée ; elle concerne les anciens 1er, 5e et 6e arrondissements et porte sur une nouvelle distribution de 8 021 parcelles. Dans le même temps, en 1981, on procède au lotissement du quartier kébbé « Toujounine ». L’année 1982 voit la naissance du nouveau schéma directeur qui adopte la mise en place de l’actuel découpage administratif, avec six « moughataa » qui émergent de cette nouvelle classification :

  • Teyaret (1er arrondissement) ;
  • Ksar (2e et 3e arrondissements, plus la zone de l’aéroport) ;
  • Tevragh zeina (4e arrondissement, une partie du 3e arrondissement et la zone résidentielle du nord-ouest) ;
  • Sebkha (5e) ;
  • El Mina (6e) ;
  • Toujounine qui s’étend des deux côtés de la route de l’espoir sur près de 15 km.

En 1987, un nouveau plan est conçu avec une prévision, pour l’horizon 2000, d’un demi-million d’habitants et une superficie urbaine de 352 km2. Ce plan préconise aussi une extension de la ville vers le nord-ouest (principalement axée sur l’activité industrielle et portuaire). Il soutient la coupure avec l’urbanisation déjà amorcée à Toujounine et Tensouelim. Dans ce cadre, en 1988, les autorités locales, dans une ultime tentative d’enrayer la prolifération des quartiers spontanés (on compte près de 52 % des ménages qui occupent encore un type d’habitat spontané [12]) créent trois nouvelles moughataa (Arafat, Riad, Dar Naim). La population de Nouakchott est évaluée à cette date à près de 53 % de la population urbaine mauritanienne [13].

En 1996, la population des « kébbé » baisse, puisqu’on retrouve près de 20 % des ménages qui logent encore dans un habitat inadapté. Cette baisse est expliquée par le fléchissement des flux migratoires de l’intérieur d’une part, et, par l’assimilation et la viabilisation de nouveaux quartiers, d’autre part. En effet, pour résorber et contrôler définitivement cette crise, l’État maintient toujours sa politique de distribution des lotissements de terrain. Cette pratique reste cependant peu suivie d’aménagements collectifs appropriés. Le résultat est sans surprise puisque le sous-équipement et parfois même l’enclavement (cas d’El Mina [14]) caractérisent les nouveaux départements.

Une politique foncière qui aggrave les disparités et étend le tissu urbain

Comme on l’a vu précédemment, pour circonscrire les différentes crises urbaines de Nouakchott, l’administration locale a multiplié les distributions de terrains à construire. Cette procédure de concession de parcelles domaniales a été mise en place dans les années 1960 et a été ensuite modifiée et précisée par l’ordonnance 83-127 de 1983 et ses décrets d’application. Elle stipule que l’attribution d’un lot de terrain à un citoyen mauritanien se fait sur simple demande aux autorités locales (hakem2, wali3 ou au ministre des Finances pour les zones résidentielles). C’est une procédure extrêmement simplifiée qui ne nécessite aucune condition préalable.

Le suivi et le contrôle d’une telle mesure restent dans les faits très approximatifs et de nombreux abus et dérives sont régulièrement constatés. On n’est pas à l’abri, par exemple, de multiples attributions et on constate même une réelle transaction autour de la revente des lettres d’attributions [15].

Durant les années 1970, la ville de Nouakchott a subi une extension par agglutination de quartiers dits spontanés périphériques (figure 3). Ces excroissances, incontrôlées au début de la vague migration, ont été très vite absorbées par le tissu urbain et légalisées par la mise en application de la dotation de parcelles de terrains à construire [16]. Après cette première phase, les années 1980 ont vu un développement de la ville le long des principaux axes routiers (figure 3). Dans un premier temps, ce mouvement s’est organisé vers l’est, aidé en cela par la nouvelle « route de l’espoir ». C’est le long de cet axe que s’articulent les quartiers de Tensouelim et Toujounine. Dans un deuxième temps, et vers les années 1990, on assiste simultanément à des extensions vers le nord-est (lotissement de Dar Naim) et vers le sud (lotissement Riad). Enfin, plus récemment, deux nouveaux îlots émergent, l’un s’intercale entre Arafat et Riad et l’autre est positionné entre cette dernière moughataa et El Mina.

Les attributions ininterrompues et non contrôlées de parcelles de terrain à construire - soit 60 000 lots dans la commune de Nouakchott [7] - renforcent encore l’extension spatiale de l’urbanisation et menacent même les zones sensibles du cordon dunaire littoral, de la ceinture verte (figure 4) et la sebkha4. On estime à l’heure actuelle que cette surface, dont une grande partie n’est pas construite, ni balisée, suffirait à loger 500 000 nouveaux habitants à Nouakchott.

Les nouvelles acquisitions, qui se trouvent de plus en plus éloignées des zones déjà viabilisées, créent un réel problème pour la municipalité et restent totalement dépourvues de toutes infrastructures pendant plusieurs années (figure 5).

Une distension incontrôlée de l’espace urbain

Il est difficile aujourd’hui de dire jusqu’où va s’étendre l’urbanisation de la ville de Nouakchott, puisque d’après le schéma directeur d’aménagement urbain (SDAU) [7], les surfaces déjà attribuées et non occupées seraient suffisantes pour toute la croissance de l’agglomération jusqu’à 2020. Un réel décalage est ainsi perceptible entre les différentes études et plans conçus pour dresser un cadre prévisionnel des objectifs à atteindre et la situation informelle existante [17].

Ce déséquilibre entre les prévisions et la situation réelle est un véritable problème pour la gestion de la ville [18]. Les plans d’urbanisme se sont avérés être largement dépassés, la ville continue ainsi son déploiement dopé par une croissance démographique exubérante. Le tissu urbain actuel se caractérise par une très faible densité, des équipements insuffisants et un développement en étoiles le long des trois axes routiers principaux (figure 6).

Face à la pression urbaine, des défis environnementaux majeurs

La position latitudinale de la capitale de la Mauritanie est 18° 7’ Nord et 15° 5’ Ouest. Située à l’extrémité occidentale d’un ensemble de dunes ogoliennes continentales, la ville est construite sur un plateau dunaire, séparé du cordon littoral par une dépression (sebkha) [1].

Face à l’équilibre du cordon dunaire littoral : une situation non maîtrisée

La menace de submersion marine est de plus en plus présente aujourd’hui, compte tenu de la tendance climatique actuelle (réchauffement climatique et hausse du niveau de la mer) et de l’action destructrice de l’homme.

L’extraction des sables depuis le cordon dunaire pour les matériaux de construction, favorisée par un boum de l’immobilier sans précédent, a fragilisé considérablement cette protection naturelle. On estime ainsi que l’équivalent de 300 m3 de sable est prélevé quotidiennement sur une zone localisée entre la plage des pêcheurs et le port Wharf [7].

Cet édifice a commencé à montrer de sérieux signes de faiblesse dès 1986 [19]. En effet, après l’achèvement des travaux du port de l’Amitié, l’eau de mer a submergé la sebkha, dont l’altitude est inférieure à 0 mètre. Une digue de protection, puis un épi, furent mis en place l’année suivante afin d’éviter de nouvelles incursions. Ces aménagements ont modifié le bilan sédimentaire maritime et on assiste aujourd’hui à une accumulation des sables au nord de la jetée (favorisée par la houle), tandis qu’au sud de cet ouvrage, un important appauvrissement en sédiments marins est perceptible [19, 20]. En 1992, c’est au nord de l’hôtel Ahmedy qu’une nouvelle incursion de l’eau de mer s’est produite.

Malgré la réglementation de l’exploitation des carrières de sable, par un arrêté du ministère des Mines5, la dégradation continue sur le terrain. La situation actuelle est grave et mérite une plus grande vigilance. Les nouvelles implantations urbaines dans ce secteur (complexe hôtelier de Tergit Vacances, hôtel Sabah) ainsi que les projets de distribution de lotissements [7] témoignent d’une situation non encore maîtrisée.

Face aux dunes continentales et à la menace de l’ensablement : une situation totalement inédite

La ville de Nouakchott est enserrée au nord et à l’est de dunes continentales orientées selon une direction nord-est–sud-ouest. Des dépressions interdunaires à fond plat séparent ces massifs qui sont pour la plupart encore actifs. Les dernières sécheresses climatiques et une action humaine néfaste sur les paysages naturels ont joué un grand rôle dans la réactivation de l’érosion éolienne. L’ensemble de la communauté scientifique fut préoccupé par une possible menace de désertification et d’ensablement de la ville de Nouakchott6. Afin de maîtriser cette dynamique, un grand chantier de reboisement pour stabiliser les dunes a été engagé en 1975 autour de la ville et une ceinture verte de protection fut érigée.

Aujourd’hui, cette menace semble écartée, mais ce n’est pas le retour des pluies dans la zone sahélienne [21] qui en est la cause. Les observations récentes sur le terrain7 témoignent ainsi d’un mouvement continu d’urbanisation qui n’est nullement contrarié par cet obstacle. Cette réalité a été déjà mise en évidence par une récente étude [6] et il est fort probable que dans les prochaines années, l’extension de la ville vers le nord va prendre des proportions très importantes (l’axe Nouadhibou – Nouakchott semble être un véritable catalyseur de cette tendance). La ceinture verte de protection qui est censée protéger la ville de l’avancée des sables subit, elle aussi, les effets d’une telle dynamique. Le dernier rapport [7] fait état de 400 hectares totalement disparus et de près de 1 300 hectares menacés de dégradation soit par surpâturage soit par intrusion d’urbanisation. Dans ce contexte, les récents projets visant le renouvellement de cette expérience sont complètement illusoires et doivent être corrigés.

Face à une demande de plus en plus croissante : une pénurie d’eau récurrente

Dès les années 1960, la distribution en eau de la ville de Nouakchott atteignait très vite ses limites. Les premiers aménagements hydrauliques se sont caractérisés par une surélévation du château d’eau d’Idini pour augmenter le débit de 800 à 1 100 m3 [1]. Un peu plus tard, et face à la demande toujours croissante, une usine de dessalement de l’eau de mer a été construite et a été opérationnelle entre 1969 et 1972. Le dernier aménagement de cette époque fut la réalisation d’une conduite à gros débit (20 000 m3, financé par la Chine et inauguré le 3 décembre 1973) entre Idini (60 km à l’est) et la capitale. Ce dernier réseau devait permettre à la ville d’être à l’abri d’une pénurie, tout au moins pour quelques décennies. Pitte [1] affirmait d’ailleurs : « D’après les hydrogéologues, il semble qu’il ne soit pas dangereux de pomper tant d’eau dans la nappe d’Idini… mais on ne doit pas oublier qu’il s’agit d’une nappe fossile et que cette solution ne pourra être utilisée que quelques décennies, au plus ».

Face à la demande croissante, le débit d’exploitation fut de nouveau élevé en 1991, grâce à six nouveaux forages, pour atteindre 30 000 m3/j. En 1997, quatre forages de plus ont rehaussé le débit à 40 000 m3/j. En 2003, un même nombre de forages a permis d’atteindre une production brute journalière de 42 000 m3 [7]. Enfin, en 2006, un nombre de forages similaires a une nouvelle fois été envisagé pour porter la production à 60 000 m3/j.

Le réseau d’approvisionnement en eau potable de la ville de Nouakchott ne couvre pas la totalité des zones urbaines. Quatre-vingts pour cent de la population s’approvisionnent depuis les bornes-fontaines ou achètent l’eau aux âniers ou à des camions-citernes [22] (figure 7). Ces méthodes sont adéquates avec une utilisation parcimonieuse de l’eau. L’essor démographique et économique que subit la ville depuis quelques années et les futurs plans de développement (PIP, Plan d’investissement prioritaire) vont entraîner un changement de mode de vie et l’apparition d’habitudes citadines plus gourmandes en eau. Ces éléments augurent donc d’une consommation plus élevée. Enfin, l’ultime cause qui plaide pour une hypothèse pessimiste est à mettre en rapport avec le réchauffement climatique qui se confirme dans cette partie de l’Afrique de l’Ouest [23].

Afin de pallier ce problème majeur, les autorités locales n’ont plus le choix et, face à une demande croissante et une offre de plus en plus limitée, ils envisagent de recourir à une option très coûteuse (220 millions d’euros) mais déjà avancée par le passé, et qui consiste à puiser l’eau depuis le fleuve Sénégal (le projet Aftout consiste en la construction d’une canalisation de près de 200 kilomètres, qui permettra d’acheminer l’eau du fleuve vers la ville).

Une forte tension sur le réseau d’assainissement et une gestion des déchets urbains chaotiques

Couvrant une superficie de 66 km2 en 1950, la capitale de la Mauritanie Nouakchott, s’étend à l’heure actuelle sur une superficie d’à peu près 150 km2 [7]. Dans le même temps, comme on vient de le voir, la population dépasse le demi-million d’habitants. Dans ce contexte, la production de déchets ménagers ne fera que s’accentuer et la surface concernée s’accroître [24].

La collecte des déchets urbains est gérée par des entreprises privées, la municipalité intervient en aval afin de compléter le travail et d’assainir les zones urbaines. La situation de la gestion des déchets urbains dans la capitale mauritanienne est complexe, et découle de deux facteurs majeurs.

Tout d’abord, il y a le caractère propre des habitants de la ville qui sont en grande majorité des nomades et notamment dans les quartiers les plus défavorisés. La capitale est ainsi parfois qualifiée de ville pastorale [12]. Beaucoup souffrent en effet de ce déracinement et les habitudes urbaines ont du mal à entrer dans les mœurs.

Le second point est d’ordre financier. Si, à l’heure actuelle, un procédé de collecte de porte-à-porte des déchets existe (par véhicule motorisé ou ânier), celui-ci semble plus convenir à une population moyenne à aisée puisqu’un abonnement mensuel est exigé pour l’octroi de ce service. Seuls deux quartiers – Tevragh zeina et le Ksar – bénéficient de ces prestations d’une manière régulière.

Le ramassage des déchets urbains souffre d’un dysfonctionnement certain. Un quadrillage limité existe, mais une situation anarchique domine. Les zones de dépôts à ciel ouvert (désignées par le ministère du Plan et en accord avec la mairie) sont situées respectivement sur la route d’Akjoujt, sur la route de Tinowchan, sur la route de Rosso, le dernier lieu étant localisé à 30 km au nord-ouest de la ville. Les dépôts sauvages (de transit) se multiplient dans la ville (figure 8) et l’évacuation vers la décharge officielle peut prendre plusieurs jours. Parfois, les déchets sont déposés juste à la lisière de la ville, et ce dans le but purement économique de réduire les coûts de transports. Cette situation nécessite un règlement immédiat, car au-delà de l’image de ville propre que doit donner la capitale du pays, il y a surtout un souci de santé publique évident.

Plus de 95 % de la population de Nouakchott possède un assainissement individuel. Le réseau collectif des eaux usées est en très mauvais état et il est extrêmement limité.

Le premier réseau en service fait 38 km. II est essentiellement localisé au centre-ville et dessert 1 800 ménages. Un deuxième réseau existe, mais il est non fonctionnel, il s’étend sur près de 31 km sur les bassins-versants périphériques au nord, à l’est et au sud de la zone centrale de la ville. Ce système est considéré aujourd’hui comme perdu au vu des dégradations subies depuis 15 ans. Pour les eaux pluviales, seuls des avaloirs de chaussées ont été installés aux carrefours les plus importants.

Le réseau d’évacuation des eaux usées concerne, en 1994, un peu plus de 5 % de la population [25]. À ce jour, ce chiffre n’a guère évolué et des projets d’améliorations ou d’extensions ne figurent pas parmi les priorités des autorités locales. On note cependant quelques projets en cours d’étude, tels que celui qui prévoit la réalisation d’une station de traitement des eaux usées à Dar Naim dont le but est de promouvoir le développement de l’agriculture urbaine par l’irrigation [26]. La proportion des ménages qui disposent, en 1994, d’un mode d’évacuation par fosses septiques dépasse 32 % [25]. Ce chiffre, en revanche, est appelé à progresser, puisqu’il est lié à l’urbanisation intensive que connaît la ville. L’absence de statistiques récentes dans ce contexte ne permet pas, cependant, d’en définir l’importance. Pourtant, il est fort probable que les années à venir ne feront qu’accentuer les distorsions existantes entre des services municipaux aux moyens très limités et des exigences urbaines de plus en plus gourmandes.

Cette situation montre d’ailleurs dès à présent des signes de faiblesse, les délais de passage des camions vidangeurs ne cessant de se prolonger. Dans le même temps, certaines structures telles que les grands établissements hôteliers, les restaurants, les cafés augmentent la demande et, de par leur caractère commercial, imposent un traitement en urgence : l’hôtel Tfeila de Tevragh Zeina, par exemple, mobilise chaque jour un camion vidangeur.

La situation de l’assainissement à Nouakchott est figée depuis plusieurs années. Face à la croissance urbaine et démographique de la ville et aux timides projets lancés pour y répondre, il est impératif qu’une véritable politique de développement soit proposée. Celle-ci doit s’appuyer sur un modèle qui doit prendre en compte le caractère propre de la population mauritanienne, les bouleversements sociaux et culturels et les nouvelles exigences de la vie moderne.

Conclusion

Nouakchott est une ville jeune, mais qui fait face, déjà, à plusieurs défis environnementaux. Depuis plusieurs années, la capitale mauritanienne polarise l’espace en exerçant un attrait réel sur les populations de l’intérieur de pays. En plus de ce rôle attractif, la ville a servi de refuge aux sinistrés des récentes sécheresses climatiques sahéliennes. La tension exercée sur cette cité depuis une trentaine d’années est telle que de nombreux chantiers doivent être entrepris et réussis pour maîtriser un développement urbain rapide et imposé par la conjoncture économique actuelle.

L’un des grands chantiers est sans nul doute celui de l’eau. La croissance continue de la population urbaine et l’essor économique place la ville dans une situation de stress hydrique certain et qui ne manquera pas de s’amplifier pour les années à venir. La gestion des autres impératifs de la vie moderne - maîtrise des déchets urbains et de l’assainissement individuel, contrôle et planification de l’urbanisation - sont autant de défis à relever pour asseoir une dynamique urbaine saine et planifiée.

Si à l’heure actuelle de réels projets environnementaux tardent à voir le jour, ce n’est pas du fait d’un manque de volonté ou de conscience des autorités locales, mais plutôt dû à des contraintes financières et logistiques.

Références

1 Pitte JR. Nouakchott, capitale de la Mauritanie. Paris : université de Paris-Sorbonne/département de géographie, 1977.

2 Frérot AM. Nouakchott, du puits nomade à la ville des pétroliers. Risques et représentations. Maghreb-Machrek 2006 : 87-97.

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4 Antil A, Choplin A. Le chaînon manquant. Notes sur la route Nouakchott-Nouadhibou, dernier tronçon de la transsaharienne Tanger-Dakar. Afrique Contemporaine 2003 : 115-26.

5 Lepidi P. Nouakchott – « Nouadhibou, le chaînon manquant ». Le Monde 2005; 9 février.

6 Nouaceur Z. Crise climatique et mutations des paysages autour de la ville de Nouakchott et dans la région de Rosso (Mauritanie). Sécheresse 2003 ; 14 : 54-5.

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9 Nouaceur Z. Disparités pluviométriques régionales, sécheresse et déséquilibres de l’environnement mauritanien. Revue de Géographie de Lyon 1995 ; 70 : 239-45.

10 Cheikh OD. Le milieu urbain et les infrastructures sanitaires à Nouakchott. Mémoire de maîtrise, département de géographie, université de Nouakchott, 2003.

11 Frérot AM, Mahboubi SAO. Du parcours à la ville : l’imprévu. Fascicule de recherches URBAMA 1998 ; 33 : 23-32.

12 Tall A. Le problème de l’assainissement à Nouakchott : le cas des eaux usées. Mémoire de maîtrise, département de géographie, université de Nouakchott, 1996.

13 Wane B. Crise urbaine ou urbanisation de la crise ? Fascicule de recherches URBAMA 1998 ; 33 : 15-21.

14 Thioune A. Migration et dynamique urbaine : à Nouakchott – cas de la Moughataa d’El Mina. Mémoire de maîtrise, département de géographie, université de Nouakchott, 2000.

15 Diagana I. Croissance urbaine et dynamique spatiale à Nouakchott. Thèse de doctorat, université Lyon II, 1993.

16 Choplin A. Le foncier urbain en Afrique : entre informel et rationnel, l’exemple de Nouakchott, Mauritanie. Les Annales de géographie 2006 ; (647) : 69-91.

17 Tanguy P. L’urbanisation irrégulière à Nouakchott : 1960-2000. Insaniyat 2003 ; 22 : 10-9.

18 Koita T, Issyagha D. Eau potable et assainissement dans les quartiers périurbains et petits centres en Afrique. Nouakchott : Epureh, Hydro Conseil, 1997.

19 Courel MF. Nouakchott, site à risques multiples. Fascicule de recherches URBAMA 1998 ; 33 : 45-57.

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21 Olsson L, Eklundh L, Ardö JA. Recent greening of the Sahel – trend, patterns and potential causes. J Arid Environs 2005 ; 63 : 556-66.

22 Ould AI. Développement du système de qualité environnementale et sanitaire de la distribution de l’eau potable à Nouakchott (Mauritanie). Thèse de doctorat, université de Savoie, Chambery, 2007.

23 Nouaceur Z. Évolution des températures depuis plus d’un demi-siècle en Mauritanie. Publications de l’Association Internationale de Climatologie 2008 ; 21 : 489-96.

24 Ould Aloueimine S. Méthodologie de caractérisation des déchets ménagers à Nouakchott (Mauritanie) contribution à la gestion des déchets et outils d’aide à la décision. Thèse de doctorat, université de Limoges, 2006.

25 Nkuruza S. Monographie de Nouakchott. Rapport de stage. Département de géographie, université de Nouakchott, 1994.

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27 Annuaire statistique 1995-2005. Nouakchott (Mauritanie) : ministère des Affaires économiques et du Développement, 2006.

28 Ministère de l’Économie et des Finances, Direction de la statistique. Recensement général de la population, Vol II. Caractéristiques démographiques. Nouakchott (Mauritanie) : ministère de l’Économie et des Finances, 1977.

29 Recensement de la population et de l’habitat. Vol II. Population des wilayas et chefs-lieux. Nouakchott (Mauritanie) : ministère de l’Économie et des Finances/Direction de la statistique, 1988.

1 Limite administrative équivalente à commune.

2 Responsable de l’administration d’une moughataa.

3 Responsable de l’administration d’une wilaya (division administrative comparable à une région française).

4 Bassin occupant le fond d’une dépression à forte salinité, plus ou moins séparé d’un milieu marin, dans des régions arides.

5 Arrêté n° R.081 du 29 septembre 1992, portant interdiction d’exploiter des carrières de sable le long du cordon dunaire protégeant la ville de Nouakchott.

6 Colloque de Nouakchott « La désertification au sud du Sahara », décembre 1973.

7 Lors de la mission de recherche de janvier 2007.


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