ARTICLE
Auteur(s) : Zeineddine
Nouaceur
Université de Rouen LEDRA UMR IDEES Rue Lavoisier 76821
Mont-Saint-Aignan cedex France
Problématique et méthodologie
Nouakchott, la capitale de la Mauritanie, est née d’une décision
politique instituée en juin 1956 par la « Loi-cadre des
territoires d’outre-mer » dite aussi loi Deferre. Cette loi
préconise pour chaque territoire la mise en place d’un conseil de
gouvernement présidé par un gouverneur et composé de ministres élus
par l’assemblée territoriale [1]. Le 9 février 1957, le
gouverneur propose le site de Nouakchott au ministre de la France
d’outre-mer. Le 20 mai 1957, le premier conseil de
gouvernement mauritanien présidé par Moktar Ould Daddah est élu et
sa première réunion a lieu sous une tente dressée à l’emplacement
de la future capitale et en présence du gouverneur et de Maurice
Compagnet, ministre des Finances de l’époque.
Après cinquante ans d’existence, l’actuelle capitale de la
Mauritanie vit depuis une dizaine d’années un bouleversement
urbain, économique, et sociologique, sans précédent [2]. Devenue un
véritable pôle d’attraction pour tout le reste du pays (figure 1), elle ne
cesse de drainer vers elle des populations toujours avides de
modernisme et d’espoir pour une vie meilleure.
De nos jours, Nouakchott est une ville moderne, tournée vers la
prospérité et le développement [3]. Cette vague de renouveau est
soutenue par une croissance moyenne évaluée à 5 % par an [3]. Elle
est aussi dopée par la route nouvellement goudronnée de Nouadhibou
qui se révèle un véritable cordon de vie reliant la Mauritanie au
Maroc et en fait une plate-forme de liaison entre l’Afrique noire,
l’Afrique du Nord et même l’Europe [4, 5].
Le présent travail est destiné à montrer qu’après un demi-siècle
d’existence, et après être passée par une phase de croissance
stimulée par un exode démographique intense, la capitale
mauritanienne se trouve aujourd’hui au carrefour de plusieurs
questionnements. Plusieurs méthodes de travail ont été utilisées
pour mettre en évidence ces préoccupations. Tout d’abord, un
travail d’enquête sur le terrain en janvier 2007 a permis
de mesurer l’impact réel de la pression anthropique sur le milieu
naturel depuis 1991, date de la dernière mission effectuée sur la
même thématique [6]. Les données obtenues ont permis
l’élaboration d’une cartographie de l’évolution spatio-temporelle
de l’urbanisation jusqu’en 2005 et la réalisation d’un chorème
géographique pour matérialiser la dynamique urbaine. Ces résultats
ont permis aussi de mesurer les distorsions entre les équipements
existants et les nouvelles demandes urbaines en termes de
services.
Une urbanisation difficile à maîtriser et développée
dans l’urgence
Tout au long de l’histoire de la ville, les plans d’urbanisme - le
premier plan a vu le jour en 1959 et le dernier a été établi
en 2003 [1, 7] - n’ont jamais cessé de planifier et de dicter le
cadre d’un développement urbain maîtrisé. La réalité du
terrain est tout autre et ne coïncide pas avec les directives
préconisées par ces plans. Les charges démographiques
successives sur la ville empêchent ainsi toute prévision à long
terme et imposent sans cesse des réajustements de fortune.
Une urbanisation contrariée par une trop forte
pression démographique
L’augmentation progressive et constante de la population urbaine ne
cesse de repousser les limites de la ville. Cette évolution est
marquée par des périodes d’exode rural massif qui coïncide avec les
dernières sécheresses climatiques (figure 2).
L’une de ces premières crises a eu lieu en 1968 : la
pluviométrie a enregistré un déficit de 54 % et la perte immédiate
du cheptel chez les nomades fut évaluée à 50 %. Cette calamité
naturelle a été le théâtre de la première tension démographique sur
la ville, et elle a d’ailleurs impulsé l’idée du plan d’urbanisme
des années 1970 pour la désengorger [7].
À partir des années 1973, la terrible sécheresse sahélienne va
encore drainer les populations sinistrées vers les faubourgs de la
ville [8, 9]. Les premières vagues se sont installées au nord
de la ville et à la périphérie sud. Les régions d’exode les
plus remarquables furent le Trarza, le Brakna, l’Assaba et l’Adrar
qui regroupent près de 62 % des non-natifs résidant à Nouakchott
[10].
En 1977, la capitale regroupait 44,3 % de la population urbaine
nationale. L’afflux massif de réfugiés s’est soldé par l’apparition
d’un type d’habitat nouveau que les Mauritaniens appellent « kébbé
». Véritable bidonville où l’on trouve de tout – tentes, cabanes,
cases, baraques – ces quartiers spontanés s’érigent et
disparaissent çà et là en fonction de l’arrivée de nouveaux
migrants et de l’assimilation et de la viabilisation des anciennes
« kébbé ». Pour faire face à cette situation tragique, près de
7 500 lots de recasement non cessibles sont distribués
entre 1974 et 1977 [11] et vont constituer plus tard les
noyaux des moughataa1 de Sebkha, El Mina et Teyaret.
Malgré cette solution d’urgence, la situation n’évolue guère
puisque le problème des « mal-logés » reste entier et que de
nouveaux quartiers de type « kébbé » apparaissent à l’est de
Nouakchott (Bouhdida, Tensouelim, Toujounine).
En 1979, face à cette situation de crise, une nouvelle opération
de lotissement est entamée ; elle concerne les anciens
1er, 5e et 6e arrondissements et
porte sur une nouvelle distribution de 8 021 parcelles.
Dans le même temps, en 1981, on procède au lotissement du quartier
kébbé « Toujounine ». L’année 1982 voit la naissance du
nouveau schéma directeur qui adopte la mise en place de l’actuel
découpage administratif, avec six « moughataa » qui émergent de
cette nouvelle classification :
- – Teyaret (1er arrondissement) ;
- – Ksar (2e et 3e arrondissements,
plus la zone de l’aéroport) ;
- – Tevragh zeina (4e arrondissement, une
partie du 3e arrondissement et la zone résidentielle du
nord-ouest) ;
- – Sebkha (5e) ;
- – El Mina (6e) ;
- – Toujounine qui s’étend des deux côtés de la route de
l’espoir sur près de 15 km.
En 1987, un nouveau plan est conçu avec une prévision, pour
l’horizon 2000, d’un demi-million d’habitants et une superficie
urbaine de 352 km2. Ce plan préconise aussi
une extension de la ville vers le nord-ouest (principalement axée
sur l’activité industrielle et portuaire). Il soutient la
coupure avec l’urbanisation déjà amorcée à Toujounine et
Tensouelim. Dans ce cadre, en 1988, les autorités locales, dans une
ultime tentative d’enrayer la prolifération des quartiers spontanés
(on compte près de 52 % des ménages qui occupent encore un type
d’habitat spontané [12]) créent trois nouvelles moughataa (Arafat,
Riad, Dar Naim). La population de Nouakchott est évaluée à
cette date à près de 53 % de la population urbaine mauritanienne
[13].
En 1996, la population des « kébbé » baisse, puisqu’on retrouve
près de 20 % des ménages qui logent encore dans un habitat
inadapté. Cette baisse est expliquée par le fléchissement des flux
migratoires de l’intérieur d’une part, et, par l’assimilation et la
viabilisation de nouveaux quartiers, d’autre part. En effet, pour
résorber et contrôler définitivement cette crise, l’État maintient
toujours sa politique de distribution des lotissements de terrain.
Cette pratique reste cependant peu suivie d’aménagements collectifs
appropriés. Le résultat est sans surprise puisque le
sous-équipement et parfois même l’enclavement (cas d’El Mina [14])
caractérisent les nouveaux départements.
Une politique foncière qui aggrave les disparités
et étend le tissu urbain
Comme on l’a vu précédemment, pour circonscrire les différentes
crises urbaines de Nouakchott, l’administration locale a multiplié
les distributions de terrains à construire. Cette procédure de
concession de parcelles domaniales a été mise en place dans les
années 1960 et a été ensuite modifiée et précisée par
l’ordonnance 83-127 de 1983 et ses décrets d’application.
Elle stipule que l’attribution d’un lot de terrain à un citoyen
mauritanien se fait sur simple demande aux autorités locales
(hakem2, wali3 ou au ministre des Finances
pour les zones résidentielles). C’est une procédure extrêmement
simplifiée qui ne nécessite aucune condition préalable.
Le suivi et le contrôle d’une telle mesure restent dans les
faits très approximatifs et de nombreux abus et dérives sont
régulièrement constatés. On n’est pas à l’abri, par exemple, de
multiples attributions et on constate même une réelle transaction
autour de la revente des lettres d’attributions [15].
Durant les années 1970, la ville de Nouakchott a subi une
extension par agglutination de quartiers dits spontanés
périphériques (figure 3).
Ces excroissances, incontrôlées au début de la vague
migration, ont été très vite absorbées par le tissu urbain et
légalisées par la mise en application de la dotation de parcelles
de terrains à construire [16]. Après cette première phase, les
années 1980 ont vu un développement de la ville le long des
principaux axes routiers (figure 3). Dans un
premier temps, ce mouvement s’est organisé vers l’est, aidé en cela
par la nouvelle « route de l’espoir ». C’est le long de cet axe que
s’articulent les quartiers de Tensouelim et Toujounine. Dans un
deuxième temps, et vers les années 1990, on assiste simultanément à
des extensions vers le nord-est (lotissement de Dar Naim) et vers
le sud (lotissement Riad). Enfin, plus récemment, deux nouveaux
îlots émergent, l’un s’intercale entre Arafat et Riad et l’autre
est positionné entre cette dernière moughataa et El Mina.
Les attributions ininterrompues et non contrôlées de parcelles
de terrain à construire - soit 60 000 lots dans la
commune de Nouakchott [7] - renforcent encore l’extension spatiale
de l’urbanisation et menacent même les zones sensibles du cordon
dunaire littoral, de la ceinture verte (figure 4) et la
sebkha4. On estime à l’heure actuelle que cette surface,
dont une grande partie n’est pas construite, ni balisée, suffirait
à loger 500 000 nouveaux habitants à Nouakchott.
Les nouvelles acquisitions, qui se trouvent de plus en plus
éloignées des zones déjà viabilisées, créent un réel problème pour
la municipalité et restent totalement dépourvues de toutes
infrastructures pendant plusieurs années (figure 5).
Une distension incontrôlée de l’espace urbain
Il est difficile aujourd’hui de dire jusqu’où va s’étendre
l’urbanisation de la ville de Nouakchott, puisque d’après le schéma
directeur d’aménagement urbain (SDAU) [7], les surfaces déjà
attribuées et non occupées seraient suffisantes pour toute la
croissance de l’agglomération jusqu’à 2020. Un réel décalage est
ainsi perceptible entre les différentes études et plans conçus pour
dresser un cadre prévisionnel des objectifs à atteindre et la
situation informelle existante [17].
Ce déséquilibre entre les prévisions et la situation réelle est
un véritable problème pour la gestion de la ville [18].
Les plans d’urbanisme se sont avérés être largement dépassés,
la ville continue ainsi son déploiement dopé par une croissance
démographique exubérante. Le tissu urbain actuel se
caractérise par une très faible densité, des équipements
insuffisants et un développement en étoiles le long des trois axes
routiers principaux (figure 6).
Face à la pression urbaine, des défis
environnementaux majeurs
La position latitudinale de la capitale de la Mauritanie est
18° 7’ Nord et 15° 5’ Ouest. Située à l’extrémité
occidentale d’un ensemble de dunes ogoliennes continentales, la
ville est construite sur un plateau dunaire, séparé du cordon
littoral par une dépression (sebkha) [1].
Face à l’équilibre du cordon dunaire littoral :
une situation non maîtrisée
La menace de submersion marine est de plus en plus présente
aujourd’hui, compte tenu de la tendance climatique actuelle
(réchauffement climatique et hausse du niveau de la mer) et de
l’action destructrice de l’homme.
L’extraction des sables depuis le cordon dunaire pour les
matériaux de construction, favorisée par un boum de l’immobilier
sans précédent, a fragilisé considérablement cette protection
naturelle. On estime ainsi que l’équivalent de
300 m3 de sable est prélevé quotidiennement sur une
zone localisée entre la plage des pêcheurs et le port Wharf
[7].
Cet édifice a commencé à montrer de sérieux signes de faiblesse
dès 1986 [19]. En effet, après l’achèvement des travaux du port de
l’Amitié, l’eau de mer a submergé la sebkha, dont l’altitude est
inférieure à 0 mètre. Une digue de protection, puis un épi,
furent mis en place l’année suivante afin d’éviter de nouvelles
incursions. Ces aménagements ont modifié le bilan sédimentaire
maritime et on assiste aujourd’hui à une accumulation des sables au
nord de la jetée (favorisée par la houle), tandis qu’au sud de cet
ouvrage, un important appauvrissement en sédiments marins est
perceptible [19, 20]. En 1992, c’est au nord de l’hôtel Ahmedy
qu’une nouvelle incursion de l’eau de mer s’est produite.
Malgré la réglementation de l’exploitation des carrières de
sable, par un arrêté du ministère des Mines5, la
dégradation continue sur le terrain. La situation actuelle est
grave et mérite une plus grande vigilance. Les nouvelles
implantations urbaines dans ce secteur (complexe hôtelier de Tergit
Vacances, hôtel Sabah) ainsi que les projets de distribution de
lotissements [7] témoignent d’une situation non encore
maîtrisée.
Face aux dunes continentales et à la menace
de l’ensablement : une situation totalement inédite
La ville de Nouakchott est enserrée au nord et à l’est de dunes
continentales orientées selon une direction nord-est–sud-ouest. Des
dépressions interdunaires à fond plat séparent ces massifs qui sont
pour la plupart encore actifs. Les dernières sécheresses
climatiques et une action humaine néfaste sur les paysages naturels
ont joué un grand rôle dans la réactivation de l’érosion éolienne.
L’ensemble de la communauté scientifique fut préoccupé par une
possible menace de désertification et d’ensablement de la ville de
Nouakchott6. Afin de maîtriser cette dynamique, un grand
chantier de reboisement pour stabiliser les dunes a été engagé en
1975 autour de la ville et une ceinture verte de protection
fut érigée.
Aujourd’hui, cette menace semble écartée, mais ce n’est pas le
retour des pluies dans la zone sahélienne [21] qui en est la cause.
Les observations récentes sur le terrain7
témoignent ainsi d’un mouvement continu d’urbanisation qui n’est
nullement contrarié par cet obstacle. Cette réalité a été déjà mise
en évidence par une récente étude [6] et il est fort probable que
dans les prochaines années, l’extension de la ville vers le nord va
prendre des proportions très importantes (l’axe Nouadhibou –
Nouakchott semble être un véritable catalyseur de cette tendance).
La ceinture verte de protection qui est censée protéger la
ville de l’avancée des sables subit, elle aussi, les effets d’une
telle dynamique. Le dernier rapport [7] fait état de
400 hectares totalement disparus et de près de
1 300 hectares menacés de dégradation soit par
surpâturage soit par intrusion d’urbanisation. Dans ce contexte,
les récents projets visant le renouvellement de cette expérience
sont complètement illusoires et doivent être corrigés.
Face à une demande de plus en plus
croissante : une pénurie d’eau récurrente
Dès les années 1960, la distribution en eau de la ville de
Nouakchott atteignait très vite ses limites. Les premiers
aménagements hydrauliques se sont caractérisés par une surélévation
du château d’eau d’Idini pour augmenter le débit de 800 à
1 100 m3 [1]. Un peu plus tard, et face à la
demande toujours croissante, une usine de dessalement de l’eau de
mer a été construite et a été opérationnelle
entre 1969 et 1972. Le dernier aménagement de
cette époque fut la réalisation d’une conduite à gros débit
(20 000 m3, financé par la Chine et inauguré
le 3 décembre 1973) entre Idini (60 km à l’est) et la
capitale. Ce dernier réseau devait permettre à la ville d’être
à l’abri d’une pénurie, tout au moins pour quelques décennies.
Pitte [1] affirmait d’ailleurs : « D’après les hydrogéologues, il
semble qu’il ne soit pas dangereux de pomper tant d’eau dans la
nappe d’Idini… mais on ne doit pas oublier qu’il s’agit d’une nappe
fossile et que cette solution ne pourra être utilisée que quelques
décennies, au plus ».
Face à la demande croissante, le débit d’exploitation fut de
nouveau élevé en 1991, grâce à six nouveaux forages, pour atteindre
30 000 m3/j. En 1997, quatre forages de plus
ont rehaussé le débit à 40 000 m3/j. En 2003,
un même nombre de forages a permis d’atteindre une production brute
journalière de 42 000 m3 [7]. Enfin, en 2006,
un nombre de forages similaires a une nouvelle fois été envisagé
pour porter la production à 60 000 m3/j.
Le réseau d’approvisionnement en eau potable de la ville de
Nouakchott ne couvre pas la totalité des zones urbaines.
Quatre-vingts pour cent de la population s’approvisionnent depuis
les bornes-fontaines ou achètent l’eau aux âniers ou à des
camions-citernes [22] (figure 7).
Ces méthodes sont adéquates avec une utilisation parcimonieuse
de l’eau. L’essor démographique et économique que subit la ville
depuis quelques années et les futurs plans de développement (PIP,
Plan d’investissement prioritaire) vont entraîner un changement de
mode de vie et l’apparition d’habitudes citadines plus gourmandes
en eau. Ces éléments augurent donc d’une consommation plus
élevée. Enfin, l’ultime cause qui plaide pour une hypothèse
pessimiste est à mettre en rapport avec le réchauffement climatique
qui se confirme dans cette partie de l’Afrique de l’Ouest [23].
Afin de pallier ce problème majeur, les autorités locales n’ont
plus le choix et, face à une demande croissante et une offre de
plus en plus limitée, ils envisagent de recourir à une option très
coûteuse (220 millions d’euros) mais déjà avancée par le
passé, et qui consiste à puiser l’eau depuis le fleuve Sénégal (le
projet Aftout consiste en la construction d’une canalisation de
près de 200 kilomètres, qui permettra d’acheminer l’eau du
fleuve vers la ville).
Une forte tension sur le réseau d’assainissement
et une gestion des déchets urbains chaotiques
Couvrant une superficie de 66 km2 en 1950, la
capitale de la Mauritanie Nouakchott, s’étend à l’heure actuelle
sur une superficie d’à peu près 150 km2 [7]. Dans
le même temps, comme on vient de le voir, la population dépasse le
demi-million d’habitants. Dans ce contexte, la production de
déchets ménagers ne fera que s’accentuer et la surface concernée
s’accroître [24].
La collecte des déchets urbains est gérée par des entreprises
privées, la municipalité intervient en aval afin de compléter le
travail et d’assainir les zones urbaines. La situation de la
gestion des déchets urbains dans la capitale mauritanienne est
complexe, et découle de deux facteurs majeurs.
Tout d’abord, il y a le caractère propre des habitants de la
ville qui sont en grande majorité des nomades et notamment dans les
quartiers les plus défavorisés. La capitale est ainsi parfois
qualifiée de ville pastorale [12]. Beaucoup souffrent en effet de
ce déracinement et les habitudes urbaines ont du mal à entrer dans
les mœurs.
Le second point est d’ordre financier. Si, à l’heure actuelle,
un procédé de collecte de porte-à-porte des déchets existe (par
véhicule motorisé ou ânier), celui-ci semble plus convenir à une
population moyenne à aisée puisqu’un abonnement mensuel est exigé
pour l’octroi de ce service. Seuls deux quartiers – Tevragh zeina
et le Ksar – bénéficient de ces prestations d’une manière
régulière.
Le ramassage des déchets urbains souffre d’un dysfonctionnement
certain. Un quadrillage limité existe, mais une situation
anarchique domine. Les zones de dépôts à ciel ouvert
(désignées par le ministère du Plan et en accord avec la mairie)
sont situées respectivement sur la route d’Akjoujt, sur la route de
Tinowchan, sur la route de Rosso, le dernier lieu étant localisé à
30 km au nord-ouest de la ville. Les dépôts sauvages (de
transit) se multiplient dans la ville (figure 8) et
l’évacuation vers la décharge officielle peut prendre plusieurs
jours. Parfois, les déchets sont déposés juste à la lisière de la
ville, et ce dans le but purement économique de réduire les coûts
de transports. Cette situation nécessite un règlement immédiat, car
au-delà de l’image de ville propre que doit donner la capitale du
pays, il y a surtout un souci de santé publique évident.
Plus de 95 % de la population de Nouakchott possède un
assainissement individuel. Le réseau collectif des eaux usées
est en très mauvais état et il est extrêmement limité.
Le premier réseau en service fait 38 km. II est
essentiellement localisé au centre-ville et dessert
1 800 ménages. Un deuxième réseau existe, mais il est non
fonctionnel, il s’étend sur près de 31 km sur les
bassins-versants périphériques au nord, à l’est et au sud de la
zone centrale de la ville. Ce système est considéré
aujourd’hui comme perdu au vu des dégradations subies depuis
15 ans. Pour les eaux pluviales, seuls des avaloirs de
chaussées ont été installés aux carrefours les plus importants.
Le réseau d’évacuation des eaux usées concerne, en 1994, un peu
plus de 5 % de la population [25]. À ce jour, ce chiffre n’a guère
évolué et des projets d’améliorations ou d’extensions ne figurent
pas parmi les priorités des autorités locales. On note cependant
quelques projets en cours d’étude, tels que celui qui prévoit la
réalisation d’une station de traitement des eaux usées à Dar Naim
dont le but est de promouvoir le développement de l’agriculture
urbaine par l’irrigation [26]. La proportion des ménages qui
disposent, en 1994, d’un mode d’évacuation par fosses septiques
dépasse 32 % [25]. Ce chiffre, en revanche, est appelé à
progresser, puisqu’il est lié à l’urbanisation intensive que
connaît la ville. L’absence de statistiques récentes dans ce
contexte ne permet pas, cependant, d’en définir l’importance.
Pourtant, il est fort probable que les années à venir ne feront
qu’accentuer les distorsions existantes entre des services
municipaux aux moyens très limités et des exigences urbaines de
plus en plus gourmandes.
Cette situation montre d’ailleurs dès à présent des signes de
faiblesse, les délais de passage des camions vidangeurs ne cessant
de se prolonger. Dans le même temps, certaines structures telles
que les grands établissements hôteliers, les restaurants, les cafés
augmentent la demande et, de par leur caractère commercial,
imposent un traitement en urgence : l’hôtel Tfeila de Tevragh
Zeina, par exemple, mobilise chaque jour un camion vidangeur.
La situation de l’assainissement à Nouakchott est figée depuis
plusieurs années. Face à la croissance urbaine et démographique de
la ville et aux timides projets lancés pour y répondre, il est
impératif qu’une véritable politique de développement soit
proposée. Celle-ci doit s’appuyer sur un modèle qui doit prendre en
compte le caractère propre de la population mauritanienne, les
bouleversements sociaux et culturels et les nouvelles exigences de
la vie moderne.
Conclusion
Nouakchott est une ville jeune, mais qui fait face, déjà, à
plusieurs défis environnementaux. Depuis plusieurs années, la
capitale mauritanienne polarise l’espace en exerçant un attrait
réel sur les populations de l’intérieur de pays. En plus de ce rôle
attractif, la ville a servi de refuge aux sinistrés des récentes
sécheresses climatiques sahéliennes. La tension exercée sur
cette cité depuis une trentaine d’années est telle que de nombreux
chantiers doivent être entrepris et réussis pour maîtriser un
développement urbain rapide et imposé par la conjoncture économique
actuelle.
L’un des grands chantiers est sans nul doute celui de l’eau.
La croissance continue de la population urbaine et l’essor
économique place la ville dans une situation de stress hydrique
certain et qui ne manquera pas de s’amplifier pour les années à
venir. La gestion des autres impératifs de la vie moderne -
maîtrise des déchets urbains et de l’assainissement individuel,
contrôle et planification de l’urbanisation - sont autant de défis
à relever pour asseoir une dynamique urbaine saine et
planifiée.
Si à l’heure actuelle de réels projets environnementaux tardent
à voir le jour, ce n’est pas du fait d’un manque de volonté ou de
conscience des autorités locales, mais plutôt dû à des contraintes
financières et logistiques.
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24 Ould Aloueimine S. Méthodologie de caractérisation des
déchets ménagers à Nouakchott (Mauritanie) contribution à la
gestion des déchets et outils d’aide à la décision. Thèse de
doctorat, université de Limoges, 2006.
25 Nkuruza S. Monographie de Nouakchott. Rapport de stage.
Département de géographie, université de Nouakchott, 1994.
26 PNUD. Appel d’offres, conception et dimensionnement d’une
station d’épuration des eaux usées par lagunage sur le site
maraîcher de Dar – Naim. Nouakchott (Mauritanie) : Programme
des Nations unies (Pnud), 2006.
27 Annuaire statistique 1995-2005. Nouakchott (Mauritanie) :
ministère des Affaires économiques et du Développement, 2006.
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29 Recensement de la population et de l’habitat. Vol II.
Population des wilayas et chefs-lieux. Nouakchott (Mauritanie) :
ministère de l’Économie et des Finances/Direction de la
statistique, 1988.
1 Limite administrative équivalente à
commune.
2 Responsable de l’administration d’une
moughataa.
3 Responsable de l’administration d’une
wilaya (division administrative comparable à une région
française).
4 Bassin occupant le fond d’une dépression
à forte salinité, plus ou moins séparé d’un milieu marin, dans des
régions arides.
5 Arrêté n° R.081 du 29 septembre
1992, portant interdiction d’exploiter des carrières de sable le
long du cordon dunaire protégeant la ville de Nouakchott.
6 Colloque de Nouakchott « La
désertification au sud du Sahara », décembre 1973.
7 Lors de la mission de recherche de
janvier 2007.
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