ARTICLE
Auteur(s) : Albert
Barro, Robert
Zougmoré, Michel P
Sedogo
1Institut de l’environnement
et de recherches agricoles (Inera) 04 BP 8645
Ouagadougou 04 Burkina Faso
Les régions sahéliennes de l’Afrique de l’Ouest connaissent
depuis des décennies une pluviométrie irrégulière et insuffisante.
De nombreuses études ont pu évaluer les opérations de travail
du sol et leurs impacts sur l’économie de l’eau à la parcelle [1,
2] et sur la production agricole [3, 4]. D’autres ont traité de
l’impact du travail du sol sur la conservation des eaux et des sols
[5-7]. Toutes ces études ont montré le rôle essentiel de la
préparation du sol dans l’amélioration des caractéristiques
physiques et des conditions hydriques du sol, entraînant très
souvent une amélioration des rendements. En outre, plusieurs
stratégies ont été étudiées, telles que le calage du cycle des
cultures par une date de semis limite et la création de variétés à
cycle court en vue de faire face à l’irrégularité des pluies.
Toutefois, les rendements sont restés toujours assez faibles à
cause de la non-maîtrise d’autres facteurs de production, dont le
travail du sol qui souvent n’est pas adapté aux conditions
climatiques, ce qui conduit le producteur à des investissements peu
ou pas rentables. Le travail du sol est une opération
contraignante pour l’agriculteur sur un triple plan énergétique,
climatique et économique, particulièrement en zone sahélienne [8].
La mise en œuvre d’une opération de préparation du sol dépend
des conditions pédoclimatiques de la région où elle est réalisée
[9]. En début d’hivernage dans le Sahel, les sols sont secs ; leur
humidité évolue avec la pluviosité du milieu et le phénomène de
dessiccation. Cette variation conduit la partie de l’horizon
concerné par la préparation du sol à être apte ou inapte à une
technique de travail donnée.
Afin de respecter les dates de semis des cultures, les
producteurs réalisent très souvent la préparation du sol dans de
mauvaises conditions d’humidité de sol. Ces actions ont des
conséquences néfastes sur le ruissellement, l’érosion et sur le
niveau et le coût de production [10]. Face à la méconnaissance de
l’adaptabilité des techniques et des chaînes d’outils proposées en
fonction des conditions pédoclimatiques de la zone [11], le choix
des techniques ou des équipements adaptés devient complexe pour les
producteurs et les décideurs. En effet, on a le plus souvent évalué
l’impact agronomique des techniques de travail du sol comme le
labour et les sarclo-binages [12]. De même, une étude réalisée
par Le Thièc [2] a évalué l’impact du travail du sol à sec, à
l’aide d’un coutrier en traction animale, sur les propriétés
physiques du sol et sur la production agricole en zone semi-aride
du Burkina. Cependant, très peu d’études fréquentielles ont traité
du potentiel de mise en œuvre des techniques de travail du sol dans
la zone semi-aride ouest-africaine.
Cette étude utilise le modèle Sarra (Système d’analyse régional
des risques agroclimatiques) pour évaluer les conditions de
réalisation des trois principales opérations de préparation du sol
que sont le labour, le scarifiage à la houe manga, et le travail
manuel à la daba [13] dans la région du Plateau central du Burkina
Faso. Sarra est un modèle de bilan hydrique dérivé du modèle BIP et
développé par Baron et al. [14]. Ce modèle pourrait
constituer un important outil d’aide à la décision pour les acteurs
de la production agricole.
Matériel et méthode
Sites d’étude
L’étude a été réalisée au Burkina Faso dans le village de Saria
(12° 16’N et 2° 9’W), situé à 80 kilomètres à l’ouest de la
capitale, Ouagadougou. Le climat est de type nord-soudanien
[15]. Il comprend une saison sèche de 7 mois et une
saison des pluies qui dure 5 mois (juin-octobre).
La pluviosité moyenne annuelle est de 800 mm.
Les pluies sont irrégulières dans l’espace et dans le temps
(figure 1),
induisant des poches de sécheresse très souvent néfastes pour les
cultures. La période de préparation du sol dans la région
s’étale d’avril à début juillet. Cette période de début de saison
des pluies correspond à la période de forte évaporation, avec
5 mm/jour d’évapotranspiration potentielle (ETP) [13].
La végétation est de type savane arborée, avec comme principales
espèces ligneuses Parkia biglobosa, Acacia albida et Butyrospermum
paradoxa. Le tapis herbacé est composé de Pennisetum spp. et
d’Andropogon gayanus.
Le sol est un lixisol ferrique [16], avec une profondeur moyenne
variant de 50 à 80 centimètres. Cette profondeur est
limitée par la présence de cuirasse concrétionnée [17].
Les pentes sont en moyenne faibles (≤ 1 %).
La texture de l’horizon travaillé est sablo-argileuse (en
moyenne 55 % de sable, 31 % de limon et 14 % d’argile).
Les sols sont pauvres en matières organiques (< 1 % en
moyenne), en azote (≈ 0,7 g/kg)et en phosphore assimilable
(≈ 15 mg/kg), et leur capacité de rétention en eau (CRE)
est faible (80 à 100 mm/m) [13, 17].
Modèle utilisé pour l’étude
Le modèle utilisé, Sarra, [14, 18] est un modèle de type réservoir
qui prend en compte l’évaporation du sol en considérant un
réservoir de surface de 20 centimètres. Pour le cas du labour,
l’étude est faite sur le réservoir de 20 centimètres.
Le modèle de base de Sarra a été modifié en réduisant le
réservoir de surface à 10 centimètres pour le scarifiage et à
5 centimètres pour le travail manuel à la daba.
La relation entre l’offre en eau et la demande climatique est
donnée par la fonction polynomiale d’Eagleman [19] modifiée par
Vaksmann [20]. L’évapotranspiration est alors calculée en fonction
du coefficient cultural (kc), de l’ETP journalière et du taux de
remplissage de la réserve racinaire du sol, obtenue par la formule
suivante :
Où EPC est l’évapotranspiration potentielle cumulée.
La consommation réelle de la culture (ETR1) est alors calculée
de la façon suivante:
Où HR est le taux de remplissage du réservoir racinaire.
Toutefois, dans ce cas d’étude du travail du sol (avant le
semis) seul, l’enherbement est pris en compte dans l’équation.
Données d’entrée sur le sol
Les données d’entrée sur le sol sont :
- – la capacité de rétention en eau (CRE) du sol sur
l’horizon concerné par la profondeur travaillée. Cette profondeur
est de 20 cm pour le labour, 10 cm pour le scarifiage et
5 cm pour le travail manuel à la daba. Trois niveaux de
réserve utile du sol (18, 20, et 25 mm) ont été testés sur
l’horizon superficiel 0-20 cm ;
- – l’enherbement : son effet additif est retenu à partir
du 15 juin et est pris en compte par la considération de la
transpiration d’une culture de mil de 90 jours de cycle
semis-maturité [14]. L’utilisation des coefficients culturaux
décadaires du mil de 90 jours de cycle [21] permet le calcul
de l’évapotranspiration maximale – ETM (ETM = kc x ETP) (tableau 1) ;
- – le ruissellement : il a été estimé par la méthode du
seuil [18] qui consiste à fixer un seuil de pluie à partir duquel
commence le ruissellement. Nous avons utilisé, en référence aux
travaux réalisés dans la zone [5-7], le seuil de 15 mm de
pluie et un taux de ruissellement de 40 %.
Tableau 1 Plage d’humidité de réalisation des
opérations de travail du sol selon trois niveaux de CRE.
|
Décades du cycle
|
1
|
2
|
3
|
4
|
5
|
6
|
7
|
8
|
9
|
10
|
|
Coefficients culturaux (kc)
|
0,37
|
0,46
|
0,64
|
1,02
|
1,15
|
1,17
|
1,01
|
0,82
|
0,75
|
0,70
|
Données d’entrée sur le climat
Les données d’entrée sur le climat sont :
- – la pluviométrie journalière. Les données
pluviométriques de la station de Saria de 1944 à 2005, soit 62
années, ont été utilisées ;
- – l’ETP. Les valeurs d’ETP décadaire de la station
de Saria de 1987 à 1997 ont été utilisées ;
- – la période de simulation. Elle se situe entre le
1er avril et le 9 juillet de chaque année.
C’est la période de réalisation du travail du sol en début
d’hivernage [13].
Variables de sortie
Les variables de sortie sont :
- – l’humidité du sol : c’est la valeur journalière du
stock d’eau (en mm) dans l’horizon de sol considéré ;
- – l’évaporation du sol : C’est la quantité d’eau (en mm)
qui s’évapore de l’horizon concerné par le travail du sol. En
absence d’enherbement, elle correspond à l’évaporation en sol nu.
En cas d’enherbement, elle correspond à l’ETM.
Cas étudiés
Pour chaque type de travail du sol étudié (labour, scarifiage à la
houe manga, travail manuel à la daba), trois niveaux de CRE du sol
sont considérés (tableau 2), cela
en tenant compte des caractéristiques des sols de la zone d’étude :
- – les sols à faible CRE (réserve utile [RU] :
18 mm) correspondent aux parcelles pauvres en matière
organique (MO) (0,4-0,7 %), dont la texture est sableuse, avec
souvent une présence de graviers ;
- – les sols à CRE moyenne (RU : 20 mm) qui
correspondent aux parcelles avec un taux moyen de matière organique
(MO) (0,8-1 %) et une texture du sol sablo-argileuse ou
argilo-limoneuse ;
- – les sols à forte CRE (RU : 25 mm) ont une texture
argileuse avec un taux de MO supérieur à 1 %. Cela correspond à des
sols d’après ouverture de friche ou de reprise de jachère ou encore
aux sols ayant reçu une bonne fertilisation organique.
Tableau 2 Cœfficients culturaux décadaires du mil de
90 jours de cycle semis-maturité (Kc).
|
Opérations de travail du sol
|
CRE sur 0-20 cm (mm)
|
Plage d’humidité pondérale (%)
|
Réserve en eau du sol (mm)
|
|
Labour (0-20 cm)
|
A : 18
|
6,6 ≥ x ≥ 11,8
|
7,6 ≥ x ≥ 18,0
|
|
B : 20
|
6,6 ≥ x ≥ 11,8
|
7,6 ≥ x ≥ 20,0
|
|
C : 25
|
6,6 ≥ x ≥ 11,8
|
7,6 ≥ x ≥ 24,8
|
|
Scarifiage (0-10 cm)
|
A : 18
|
5 ≥ x ≥ 11,8
|
1,2 ≥ x ≥ 9,0
|
|
B : 20
|
5 ≥ x ≥ 11,8
|
1,2 ≥ x ≥ 10,0
|
|
C : 25
|
5 ≥ x ≥ 11,8
|
1,2 ≥ x ≥ 12,4
|
|
Travail manuel (0-5 cm)
|
A : 18
|
5 ≥ x ≥ 11,8
|
0,6 ≥ x ≥ 4,5
|
|
B : 20
|
5 ≥ x ≥ 11,8
|
0,6 ≥ x ≥ 5,0
|
|
C : 25
|
5 ≥ x ≥ 11,8
|
0,6 ≥ x ≥ 6,2
|
Procédure de détermination des jours favorables
La simulation par le modèle Sarra détermine chaque jour l’humidité
du sol dans la période du 1er avril au
9 juillet, de 1944 à 2005 :
- – selon les travaux de Leenhardt [22], on estime que
dans l’horizon 0-10 cm, l’évaporation de l’eau du sol
correspondrait à 62 % de celle de l’horizon 0-20 cm qui est le
réservoir de surface du modèle. De même, l’évaporation de
l’eau de l’horizon 0-5 cm est estimée à 62 % de celle de
l’horizon 0-10 cm ;
- – l’humidité du sol obtenue est comparée à la plage
d’humidité favorable à la technique de travail du sol présumée.
Ces plages d’humidité favorable (tableau 2) ont été déterminées à partir
d’études mécaniques du sol [13]. Si elle est favorable à la
réalisation de l’opération de travail du sol, la notation est de 1.
Dans le cas contraire, la note est 0 ;
- – la somme des notes journalières est faite par pas de
15 jours, à partir du 1er avril jusqu’au
9 juillet. Le cumul de ces valeurs donne le nombre total
de jours favorables pour la période d’étude considérée, du
1er avril au 9 juillet ;
- – le nombre de jours favorables, cumulé par quinzaine,
est alors soumis à une analyse fréquentielle sur les
62 années. Les valeurs retenues sont celles qui
correspondent à la probabilité d’occurrence de 80 %, c’est-à-dire
que les jours favorables aux opérations de travail du sol se
réalisent 8 années sur 10.
Résultats
Nombre de jours disponibles pour le labour
La figure 2
montre le nombre de jours favorables pour le labour en considérant
les niveaux de CRE faible, moyenne et forte. Les courbes sont
confondues jusqu’au 31 mai, car, à cette période, le nombre de
jours favorables est quasi identique pour les trois niveaux de CRE.
Le labour ne peut commencer avant fin mai. Du
1er avril au 30 mai, il y a un total de
5 jours qui sont favorables à la réalisation du labour. À
partir du 30 mai, les courbes pour les trois niveaux de CRE
deviennent différentes.
En effet, à la date limite de semis du sorgho à Saria qui est le
15 juin, les écarts entre les courbes de jours favorables au
labour en fonction des niveaux de CRE sont encore plus grands :
16 jours favorables au labour pour les sols à forte CRE,
11 jours favorables au labour pour les sols à CRE moyenne et
9 jours favorables dans le cas des sols à faible CRE. Ainsi,
plus la CRE du sol est forte, plus les conditions de sol favorables
à la réalisation du labour sont réunies pendant longtemps.
Nombre de jours disponibles
pour le scarifiage
La figure 3
montre que la mise en œuvre efficace du scarifiage ne commence que
fin avril. Les courbes de faible et moyenne CRE sont
similaires jusqu’au 15 mai. À cette date, il y a 6 jours
favorables à la réalisation du scarifiage pour ces deux niveaux de
CRE. À la même période (du 1er avril au
15 mai), les sols à forte CRE ont, quant à eux, un cumul de
9 jours favorables à la réalisation du scarifiage. À la date
limite de semis du sorgho (15 juin), le cumul de jours
favorables au scarifiage est de 16 pour les sols à faible CRE,
de 20 pour les sols à moyenne CRE et de 21 pour les sols
à forte CRE. Ces résultats montrent que le nombre de jours
disponibles pour la réalisation du scarifiage est plus élevé que
pour celui du labour. En effet, le nombre de jours maximum à la
date du 15 juin pour le labour correspond au nombre de jours
minimum observé pour le scarifiage. L’opération de scarifiage peut
commencer dès le 30 avril, soit un mois avant celle du labour.
À partir de fin mai, l’écart entre les courbes extrêmes du
scarifiage est plus faible que l’écart entre celles du labour.
L’effet induit par la CRE semble ici plus faible que celui observé
avec le labour : en témoigne le faible écart entre les courbes des
trois niveaux de CRE (figure 3 – courbes A,
B, C).
Nombre de jours disponibles pour le travail
manuel à la daba
Comme dans le cas du scarifiage, l’opération de travail manuel à la
daba ne peut commencer avant le 30 avril (figure 4).
Les courbes représentant les trois niveaux de CRE sont assez
distinctes : les sols à faible et moyenne CRE ont presque le même
nombre cumulé de jours favorables (à deux ou trois jours près). À
la date du 15 juin, on compte 10 jours favorables pour
les sols à CRE faible et 14 pour les sols à CRE moyenne.
Les sols à forte CRE obtiennent 33 jours favorables, soit
au moins deux fois plus que dans le cas de la CRE moyenne.
Ces valeurs sont pratiquement les mêmes que celles obtenues
sur les sols à CRE faibles avec le labour. Quand la CRE est
moyenne, le travail manuel à la daba obtient 2 jours
disponibles de plus que le labour. Les jours disponibles pour
les sols à CRE faible et moyenne sont nettement inférieurs à ceux
du scarifiage. En revanche, quand la CRE est forte, le nombre de
jours consacrés à l’opération de travail manuel du sol à la daba
est très important (figure 3).
Discussion
Nombre de jours favorables par type de travail
du sol
Les conditions de sol favorables à la réalisation du labour ne sont
réunies qu’à partir du 20 mai et la mise en œuvre de ce
dernier dans les conditions optimales, jusqu’à la date de semis –
15 juin, pour le sorgho, n’est possible que pendant
9 jours (figure 2).
Les travaux de Somé et Sivakumar [23] ont en effet montré
qu’en début de saison des pluies dans la zone d’étude, la
pluviosité est très faible, ne dépassant pas une moyenne cumulée de
40 mm à la fin juin (figure 1). En outre,
c’est dans cette période que l’ETP est la plus forte [23], ce qui
contribue à une réduction rapide de l’humidité du sol.
Le démarrage tardif de la pratique du labour s’expliquerait
aussi par un ruissellement important, pouvant atteindre 40 % en
moyenne par an, surtout en début d’hivernage [5, 6]. Ce fort
taux de ruissellement est dû en grande partie à la nudité et à la
compacité du sol en début de saison des pluies [24]. Il est
souvent aggravé par la forte intensité des premières pluies dans la
région [7] qui opèrent un colmatage des pores en surface et la
formation de croûtes peu perméables à l’eau. Ces facteurs
entraînent un retard de la progression du front d’humectation, qui
n’atteint les 20 cm de profondeur et le taux d’humidité
favorable au labour que début juin. Le nombre de 9 jours
favorables pourrait être en réalité plus faible, si l’on tient
compte du dépannage du matériel et du rappel de dressage des
animaux qui sont très souvent en divagation en saison sèche. Quand
la CRE du sol est forte, comme dans le cas des sols en ouverture de
friche ou de reprise de jachère, le nombre de jours favorables pour
la réalisation du labour augmente au fur et à mesure que
l’hivernage s’installe (fin juin). On constate que vers la fin de
juin à Saria, il y a une baisse de la pluviosité qui pose d’énormes
difficultés au démarrage des cultures (figure 1). À cette
période, même si la date de semis n’est pas un facteur limitant –
car elle dépend de la culture, la réalisation du labour est assez
difficile à cause de cette faible pluviosité de fin juin à
mi-juillet.
Le scarifiage à la houe manga pourrait déjà commencer à la fin
avril (figure 3), la date
limite étant le 15 juin ; le nombre de jours favorables est de
16 jours pour les cas de faible et moyenne CRE. Cette
opération est moins exigeante en humidité que le labour (tableau 1). L’épaisseur de sol concernée est
la moitié de celle du labour (10 cm) ; Par conséquent, il
nécessite moins d’eau pour son humectation. L’écart entre les
courbes extrêmes pour les sols à faibles et fortes CRE est de
5 jours pour le scarifiage, alors qu’il est de 7 jours
pour le labour. Cela montre que l’amélioration de la capacité de
stockage en eau du sol liée à la texture ou à l’amélioration du
taux de MO [25] n’a pas autant d’effet sur l’opération de
scarifiage que sur celle du labour. En outre, la différence de
nombre de jours favorables pour le scarifiage est négligeable entre
les sols à CRE forte, plus riches en MO, et ceux à CRE faible,
pauvres en MO (figure 4).
Les sols de haut de pente et de mi-pente à Saria sont souvent
de type gravillonnaire, avec une charge grossière atteignant 25 %
[17]. La pratique du scarifiage est surtout dépendante de la
pluviosité. En effet, l’horizon 0-10 cm se desséchant assez
vite dans les conditions d’ETP élevée de la région, la possibilité
d’humectation du sol, donc de réalisation du scarifiage, devient
plus grande si les pluies sont fréquentes.
Le scarifiage a une avance de 2 semaines sur le labour : le
nombre de 5 jours favorables atteint au 31 mai avec le
labour est atteint dès le 15 mai avec le scarifiage. Une des
conséquences est que l’installation des cultures sur les parcelles
labourées se réaliserait donc en début juillet, période de faible
pluviosité (figure 1) pouvant
occasionner une mauvaise levée de plantules.
Le travail manuel à la daba (figure 4) commence tôt
(30 avril), comme le scarifiage, mais, à la date du
15 juin, on décompte 10 jours favorables à l’opération
pour les sols à CRE faible ou moyenne. Cela est inférieur au nombre
de jours favorables obtenu avec le scarifiage, pourtant réalisé
plus profondément (10 cm contre 5 cm). Cette situation
s’expliquerait par le fait que l’horizon 0-5 cm est la partie
superficielle du sol la plus soumise à l’ETP qui, pendant cette
période, est supérieure à 5 mm/jour [13]. Après une pluie,
l’humectation est rapide pour cette épaisseur, mais cette humidité
est vite évaporée. La capacité de stockage de cet horizon ne
dépasse pas 5 mm dans les cas de CRE moyenne. Pour les sols à
forte CRE, la capacité de stockage passe à 6,2 mm, valeur
légèrement supérieure aux 5 mm/jour d’ETP. Le nombre de
jours favorables est pratiquement doublé et passe à 33.
Les sols à forte CRE sont en effet des sols argileux avec un
taux de MO supérieur à 1 %, donc plus aptes à emmagasiner de l’eau
[25] que les sols sablo-gravillonnaires pauvres en MO
(< 0,5 %).
Conséquences pour l’installation des cultures
Les simulations avec les CRE du sol faibles et moyennes ont montré
que le scarifiage a un potentiel de réalisation plus grand que le
labour et le travail manuel à la daba. L’opération est moins
exigeante en humidité (5 %) que le labour (6,6 %) et la profondeur
humidifiée nécessaire à sa mise en œuvre est plus faible.
Le nombre de jours favorables à la réalisation du labour
n’atteint 15 jours que dans le seul cas des sols à forte CRE
(figure 2)
– type de sol de plus en plus rare dans la zone d’étude.
La réalisation du travail manuel à la daba peut commencer dès le
30 avril. Les sols à CRE faible et moyenne ont trois fois
moins de jours favorables à l’opération que les sols à CRE forte.
La faible épaisseur de l’horizon (0-5 cm) ne permet pas
un important stockage d’eau, tandis que le contact direct avec
l’atmosphère favorise le processus de dessiccation.
La possibilité de mise en œuvre du grattage manuel à la daba
est moindre que pour le scarifiage sur les sols à CRE faible et
moyenne. Il dispose en fin juin du même nombre de jours
favorables au travail du sol que le labour. Quand le nombre de
jours pluvieux augmente, cela accroît les possibilités
d’interventions pour ce travail du sol superficiel [14].
Selon une étude réalisée par Barro [1], le labour requiert
23 heures/hectare, le scarifiage 6 heures/hectare et le
travail manuel à la daba 40 heures/hectare. En début de saison
des pluies, les animaux sont encore faibles. Par conséquent, le
temps de travail avec un attelage en traction animale est de
6 h/jour. La réalisation du travail manuel à la daba par
l’homme totaliserait dans le meilleur des cas 8 h/jour.
Ces données indiquent que l’on peut réaliser la préparation du
sol par le scarifiage sur 16 hectares, et par le labour et le
travail manuel à la daba sur 2 hectares à la date du
15 juin (figure 5).
Le temps de travail du scarifiage est faible ; l’opération est
en effet assez rapide à cause de sa largeur de travail de
60 cm et de sa faible profondeur de mise en œuvre (6 à
8 cm). Pour le labour, en revanche, le temps de travail est
plus important et les conditions de réalisation sont plus
contraignantes (humidité et profondeur requises plus élevées).
Aussi, la largeur de travail en un passage est d’environ
20 cm, contre 60 cm pour le scarifiage.
Le travail manuel à la daba est très lent
(40 heures/hectare). Ainsi, même dans le cas d’un travail
intense de 8 ha/jour, il n’est pas possible de faire mieux que
le labour en termes de superficie. La superficie de
2 hectares pour le labour et le travail manuel est inférieure
à la moyenne de 4,5 hectares par exploitation dans la région
[13]. Il n’est donc pas possible, pour une exploitation, de
réaliser le labour en une campagne, si l’on considère que le
15 juin, date limite de semis du sorgho, est aussi celle du
travail du sol. En considérant que la majorité des producteurs
utilise des variétés locales de sorgho photosensible à cycle moyen
(qui doivent être semées assez tôt), le labour apparaît comme
l’opération de préparation du sol la moins adaptée aux conditions
pédoclimatiques et de production du paysan dans cette région.
Le scarifiage avec la houe manga offre six fois plus de
capacités de travail du sol dans l’exploitation que la technique du
labour ou du travail manuel à la daba. Cette dernière est la moins
performante en raison de son temps de travail très élevé.
Un producteur qui possède une charrue aura 9 jours
d’utilisation par campagne pour le labour. La charrue dans
l’exploitation serait seulement utilisée pour le labour et
éventuellement pour le buttage (en remplaçant le corps de labour
par un corps butteur). Son utilisation est donc assez réduite. En
revanche, la houe manga qui réalise le scarifiage est utilisée
ensuite pour les deux à trois sarclages d’entretien contre
l’enherbement (figure 6). L’outil
est donc plus utilisé que la charrue dans l’exploitation. Dans le
cas de la zone de Saria, il serait donc plus pratique pour
l’exploitant d’utiliser le scarifiage, car :
- – les variétés locales utilisées par les producteurs
sont en majorité photosensibles. Dans ce cas, le semis précoce (fin
mai) serait un facteur favorable à une bonne production [13] ;
- – les coûts d’acquisition de la houe manga et de sa mise
en œuvre sont inférieurs à ceux de la charrue.
Conclusion
Cette étude (simulée sur 62 années) a mis en évidence que le
scarifiage est l’opération la mieux adaptée aux conditions
pédoclimatiques et aux exploitations de la région Centre du Burkina
Faso. Cette technique permet au producteur une installation à bonne
date des cultures de sorgho et de mil, principales céréales de la
région. Elle permet avec une probabilité de 80 % de préparer
16 hectares de sol avant le 15 juin, date limite de semis
du sorgho. Dans les mêmes conditions, les possibilités
d’intervention du labour ne dépassent guère 2 hectares.
Le travail manuel du sol à la daba est limité dans son
application par le temps de travail trop important (40 h/ha).
Les conditions climatiques limitent de façon importante
l’usage du labour dans la région. Le temps d’usage de l’outil
n’est que de 9 jours/an, car sujet à très peu d’usages dans
l’exploitation, à l’inverse de la houe manga qui réalise les
sarclages en plus de la préparation du sol.
On pourrait imaginer que le labour sera encore plus difficile à
réaliser quand on va vers le nord avec une moyenne pluviométrique
de plus en plus faible. À l’inverse, il est plausible qu’au sud du
pays, où la pluviométrie est plus importante, cette technique
trouve des conditions de réalisation plus favorables.
Le modèle, en permettant de choisir les techniques les plus
adaptées aux conditions pédoclimatiques de la zone de production,
contribue à une meilleure valorisation des équipements, lesquels
sont souvent acquis par crédit. C’est un outil d’aide à la décision
qui pourrait améliorer l’application des itinéraires techniques et
la production agricole dans le Sahel.
Remerciements
Nos remerciements à l’Inera et au Cirad pour avoir financé l’étude.
Notre gratitude à Florent Maraux et Christian Baron du Cirad qui
ont travaillé à la modification du logiciel Sarra pour l’adapter au
cas spécifique du travail du sol. Nos remerciements aussi aux
techniciens Fidèle Zongo, Martin Zongo, Adama Zongo†,
ainsi qu’à tous ceux qui ont contribué à la collecte des données.
Références
1 Barro A. Contribution à l’étude des relations
eau-sol-plante-machine. Mémoire d’ingénieur d’agronomie tropicale,
Esat-2, Montpellier, 1988.
2 Le Thièc G. Le coutrier à traction animale : recherche
alternative au labour en zone sèches. Cahiers de la Recherche
Développement 1991 ; 28 : 83-6.
3 Herblot G. Une expérimentation «Travail du sol en sec» en
Haute-Volta. Machinisme Agricole Tropical 1984 ; 85 : 18-28.
4 Sédogo PM, Barro A, Bonzi M. La dent RS8 de
travail du sol en sec, une alternative à la charrue. Science et
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