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Where is neuropsychology going?


Revue de neuropsychologie. Volume 1, Number 1, mars 2009, Point de vue

DOI : 10.1684/nrp.2009.0001


Author(s) : Marc Jeannerod , 20, rue Bossuet, 69006 Lyon.

ARTICLE

Auteur(s) : Marc Jeannerod

20, rue Bossuet, 69006 Lyon

La naissance d’une nouvelle revue est une occasion de s’interroger sur la discipline qu’elle entend promouvoir. La neuropsychologie, au-delà de la recherche et de la pratique qui rassemblent ses adeptes, est un champ dynamique et évolutif. J’ai personnellement vécu plusieurs des controverses qui ont marqué cette évolution au cours des trente dernières années. La première, qui remonte au temps où je collaborais avec Henry Hécaen, portait sur la validité respective des études de groupes de patients et des études de cas uniques. La déception née des études de groupes avait privilégié de facto les études de cas, mais dans un cadre renouvelé, celui de la neuropsychologie dite « cognitive ». D’où une autre controverse : que pouvait-on tirer de l’analyse détaillée d’un déficit qui satisfaisait les critères d’un modèle fonctionnel, sans tenir compte de la lésion qui produisait ce déficit ? Comment articuler l’administrateur central, le système attentionnel superviseur ou le calepin visuospatial avec ce qui était connu des connexions et de la physiologie des structures corticales ? L’époque, il est vrai, était à la découverte du rôle exécutif du cortex préfrontal, et surtout à l’arrivée massive sur la scène clinique des cas de lésions diffuses d’origine dégénérative. Au-delà de la controverse, cet épisode aura marqué une étape importante pour notre discipline, en justifiant la création de nombreux centres de neuropsychologie dans les hôpitaux et en ouvrant des postes aux étudiants du DEA national de neuropsychologie.

Pour continuer dans l’évocation des souvenirs, qui se rappelle encore l’opposition farouche, au sein même de la Pitié-Salpêtrière, entre les tenants de l’explication des symptômes par la déconnexion et les partisans de la lésion focale ? Ces derniers ont été confortés, pour un temps, par l’introduction de la neuro-imagerie, anatomique puis fonctionnelle, qui semblait enfin apporter aux neuropsychologues un outil de recherche de même niveau que ceux de leurs collègues des neurosciences plus analytiques. Mais la révolution de la neuro-imagerie place la neuropsychologie devant un nouveau tournant de son histoire. Comment, en effet, peut-elle s’individualiser à l’intérieur du champ des neurosciences cognitives ? Que lui restera-t-il si l’étude des bases cérébrales des fonctions cognitives chez l’Homme, un domaine qui lui était traditionnellement réservé parce qu’accessible seulement par la pathologie, passe maintenant entre les mains de ceux qui travaillent avec les nouveaux outils (IRMf, TMS, etc.) chez le sujet sain ?

Certes, la réhabilitation fonctionnelle, la prise en charge des patients atteints de démence, sont des secteurs qui ne cessent de se développer. La survie, cependant, dépendra d’un élargissement de l’horizon thématique. La neuropsychologie devra inéluctablement assumer sa proximité avec ce qui relève encore de la psychiatrie. Ne parle-t-on pas déjà de la neuropsychologie de la schizophrénie ? Il en ira bientôt de même pour les troubles obsessionnels, les troubles attentionnels au cours du développement de l’enfant. Déjà, les neurosciences cognitives abordent la sphère des émotions et des relations intersubjectives. La neuropsychologie ne doit pas se laisser distancer sur ce terrain et doit trouver sa place dans ce nouveau débat.


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