ARTICLE
Auteur(s) : Gilles Chironi, Alain
Simon
Service de cardiologie préventive, hôpital européen
Georges-Pompidou, et Université Paris-Descartes, Paris
Une réponse à la question « quel traitement pour quel
patient ? » pourrait être : tout traitement ayant
montré qu’il réduisait le risque cardiovasculaire, à condition
d’être prescrit chez un patient à haut risque. Une statine, par
exemple, dont les essais cliniques randomisés indiquent qu’elle
réduit le risque coronaire de 30 à 40 %, serait bénéfique chez
un homme pléthorique d’âge moyen, fumeur et hypertendu, ayant un
risque d’événement coronaire élevé de 35 % à dix ans, en
abaissant ce risque à moins de 20 %. Mais un tel traitement
serait inutile, voire néfaste, chez une jeune femme de 30 ans
non fumeuse et sportive, dont le risque de base à dix ans ne
dépasserait pas 5 %. La deuxième condition pour la
prescription d’un traitement de réduction de risque à un patient
donné est que ce traitement réduise le risque de manière
globale : dans le premier exemple, une réduction effective du
risque ne peut être obtenue qu’en associant aux mesures
hygiéno-diététiques rigoureuses comportant le sevrage tabagique une
polythérapie médicamenteuse hypocholestérolémiante antihypertensive
et antiagrégante plaquettaire.
L’objet de cet article est de passer en revue les cibles, les
objectifs et les moyens thérapeutiques disponibles pour réduire le
risque athéromateux et d’indiquer, à la lumière de leur niveau de
risque, à quels groupes de patients ils s’adressent.
Le risque cardiovasculaire d’une population se mesure, comme le
nombre d’événements, par unité de temps. Le risque global est la
résultante de l’effet combiné de tous les facteurs de risque. Il
est généralement plus influencé par l’augmentation modeste de
plusieurs facteurs que par l’augmentation importante d’un facteur
isolé. Les recommandations françaises [1], européennes [2] et
nord-américaines [3] préconisent de définir le niveau de risque,
soit en énumérant les facteurs de risque traditionnels, soit en les
intégrant dans des scores de risque multifactoriel, soit encore en
dépistant une atteinte des organes cibles, par exemple sous forme
d’athérosclérose infraclinique [2, 4]. Le haut risque est défini
comme la probabilité de survenue d’un événement coronaire
(infarctus du myocarde [IDM] ou mort subite) supérieure à 20 %
dans les dix ans à venir [3, 5], ce qui correspond
approximativement à un risque annuel de 2 %. En dessous de
10 % à dix ans (ou 1 % par an), le risque est considéré
comme faible. Entre 10 et 20 % de probabilité d’événement
coronaire à dix ans (1 à 2 % annuel), le risque est
intermédiaire. La définition européenne du haut risque selon le
modèle SCORE correspond à une probabilité d’événement
cardiovasculaire mortel de plus de 5 % à dix ans [6].
A eux seuls, les facteurs de risque ont une faible valeur
prédictive vis-à-vis du risque de complications ischémiques
ultérieures [7], mais parce qu’ils constituent autant de cibles
thérapeutiques, ils sont à la base de la décision d’instaurer un
traitement de réduction de risque et de sa surveillance.
Ainsi, la prise en charge thérapeutique en prévention
cardiovasculaire secondaire ou primaire peut se schématiser par
(tableau 1) :
- – l’identification de cibles thérapeutiques, les
facteurs de risque modifiables ;
- – la détermination d’objectifs thérapeutiques guidés par
le niveau du facteur de risque considéré, par le niveau de risque
multifactoriel associé et par l’existence d’éventuelles
comorbidités ;
- – le choix des moyens thérapeutiques non
pharmacologiques et/ou médicamenteux pour obtenir ces objectifs,
complétés de gestes de revascularisation spécifiques, le cas
échéant.
Prévention primaire
Patient hypertendu
Les cibles thérapeutiques sont la pression artérielle systolique
(PAS) et la pression artérielle diastolique (PAD) [8, 9].
L’hypertension artérielle (HTA) est définie par une PAS supérieure
ou égale à 140 mmHg et/ou une PAD supérieure ou égale à
90 mmHg. L’HTA de grade 3, définie par une PAS supérieure ou
égale à 180 mmHg et/ou une PAD supérieure ou égale à
110 mmHg, est synonyme de haut risque (tableau 2), elle requiert d’emblée un traitement
médicamenteux associé aux règles hygiéno-diététiques [8, 9].
Quels que soient l’âge et le sexe, l’objectif est d’atteindre
une PA inférieure à 140/90 mmHg, sauf en cas de diabète,
d’insuffisance rénale ou d’insuffisance cardiaque, où l’objectif
est de moins de 130/80 mmHg.
Les moyens non pharmacologiques comportent le régime
antihypertenseur (régime « DASH » : dietary approach
to stop hypertension) et la pratique d’une activité physique
régulière. Le régime antihypertenseur consiste à diminuer le sel
alimentaire (< 6 g/j), réduire, voire interrompre, en cas
de dépendance, la consommation d’alcool (< 2 verres/jour
chez la femme, < 3 verres/jour chez l’homme), augmenter la
consommation des fibres alimentaires, des fruits et légumes,
favoriser celle des laitages maigres (car les apports calciques
diminuent la pression artérielle) et des acides gras polyinsaturés.
En cas de surpoids, la réduction pondérale par régime hypocalorique
participe à la baisse des chiffres tensionnels. La pratique d’une
activité physique régulière d’au moins 30 minutes trois fois
par semaine est également recommandée.
Les moyens médicamenteux comportent une ou plusieurs molécules
antihypertensives. Quelle que soit la classe d’antihypertenseur
utilisée, la baisse de pression artérielle s’accompagne d’une
réduction du risque coronaire de 22 % et du risque
cérébrovasculaire de l’ordre de 40 %. Sauf en cas d’HTA de
grade 3 et/ou de haut risque, il est recommandé de débuter par une
monothérapie après échec des mesures hygiénodiététiques ou par une
bithérapie synergique à faibles doses. Le choix initial se fait
parmi les cinq grandes classes d’antihypertenseurs ayant montré un
bénéfice sur la morbimortalité cardiovasculaire : diurétiques
thiazidiques, bêtabloquants, inhibiteurs calciques, inhibiteurs de
l’enzyme de conversion (IEC) ou antagonistes des récepteurs de
l’angiotensine II (ARAII). Les indications préférentielles et les
contre-indications des différentes classes d’antihypertenseurs
selon le terrain ou les comorbidités sont détaillées dans les
diverses recommandations [8, 9]. En cas de recours nécessaire à une
polythérapie, il est utile de savoir que toutes les associations
ont une efficacité antihypertensive complémentaire car synergique,
sauf les associations bêtabloquants-IEC ou bêtabloquants-ARAII. En
effet, la baisse de l’activité rénine par le bêtabloquant diminue
l’efficacité antihypertensive des deux autres classes. Cela est
vrai dans l’HTA essentielle isolée, mais l’insuffisance cardiaque
et la cardiopathie ischémique restent bien sûr des indications
formelles à associer un antagoniste du système rénine-angiotensine
et un bêtabloquant.
Cas particuliers
- – L’hypertendu âgé doit bénéficier des mêmes objectifs
tensionnels, en tenant compte du risque accru d’hypotension
orthostatique qui doit systématiquement être recherché. Les essais
spécifiquement consacrés au traitement de l’hypertension systolique
isolée ont montré un bénéfice avec les thiazidiques et les
antagonistes calciques, qui doivent être préférés en première
intention, mais les autres classes peuvent aussi être utilisées.
Les posologies et les augmentations de doses doivent être plus
modérées que chez l’adulte plus jeune, car le risque iatrogène est
accru chez les sujets âgés.
- – L’hypertendu diabétique a comme objectifs tensionnels
une PA inférieure à 130/80 mmHg. Les bloqueurs du système
rénine-angiotensine-aldostérone (SRAA) sont les médicaments de
première intention. La présence d’une microalbuminurie doit faire
instaurer un traitement, même pour une pression artérielle normale
haute. La stratégie thérapeutique de l’hypertendu doit comporter la
correction de tous les facteurs de risque, et l’usage d’une statine
est systématique.
- – L’hypertendu avec atteinte rénale présente un risque
très élevé d’événements cardiovasculaires. La réduction de la
protéinurie fait appel à un IEC ou un ARAII, voire à l’association
des deux sous surveillance attentive de la kaliémie et de la
créatininémie. L’association de plusieurs antihypertenseurs est
souvent nécessaire pour atteindre l’objectif de 130/80 mmHg et
fait habituellement appel aux diurétiques de l’anse (l’insuffisance
rénale est la seule indication de cette classe comme
antihypertenseur en l’absence d’insuffisance cardiaque). Comme chez
le diabétique, une stratégie thérapeutique globale est indiquée,
comportant des antihypertenseurs, une statine et un antiagrégant
plaquettaire.
Tableau 1 Traitement de réduction de risque :
cibles, objectifs, moyens
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Cibles
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Objectifs
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Moyens
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Traitement non pharmacologique
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Traitement médicamenteux
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Pression artérielle
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< 140/90 mmHg
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- Régime antihypertenseur
- Exercice physique d’endurance
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Diurétiques, inhibiteurs calciques, IEC, ARAII, bêtabloquants
(autres)
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< 130/80 mmHg : diabète, insuffisance rénale
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Cholestérol LDL
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< 1,30 g/L : risque intermédiaire
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- Régime hypolipémiant
- Exercice physique d’endurance
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Statines, ézétimibe, colestyramine (fibrates)
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< 1 g/L : haut risque
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< 0,7 g/L : coronaropathie
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Glycémie
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< 1,10 g/L
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- Régime antidiabétique
- Exercice physique d’endurance
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Biguanides, sulfamides, thiazolidinediones, insuline
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HbA1c < 6,5 % : diabète
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Tabac
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Sevrage total
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- Aide au sevrage
- Exercice physique d’endurance
|
Substituts nicotiniques, varénicline, bupropion
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Poids
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IMC < 25 kg/m2
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- Régime hypocalorique
- Exercice physique d’endurance
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– 10 % du poids corporel
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Périmètre abdominal < 95 cm (hommes) ou < 80 cm
(femmes)
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Sédentarité
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30 à 45 minutes 4 fois par semaine
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Marche rapide, bicyclette, natation, course
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Thrombogénicité
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Aspirine (prévention primaire et secondaire), clopidogrel
(prévention secondaire)
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Sténoses artérielles
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- Angioplastie ± endoprothèse
- Pontage artériel
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Tableau 2 Définition du haut risque cardiovasculaire
(risque coronarien équivalent) [1, 3]
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Prévention secondaire
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Antécédents personnels
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- Syndrome coronaire aigu, angor avec coronaropathie documentée,
revascularisation coronaire, ischémie ou infarctus silencieux
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- Accident vasculaire cérébral, accident ischémique transitoire,
endartériectomie carotidienne.
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- AOMI symptomatique
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Athérosclérose infraclinique
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- Sténose carotidienne ≥ 50 %
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- Sténose artérielle rénale
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- Anévrisme aorte abdominale asymptomatique
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- AOMI asymptomatique (IPS < 0,90)
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Diabète de type 2
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- Tout patient diabétique (NCEP-ATP III [3])
- ou diabète compliqué d’atteinte rénale, ou associé à plus de 2
facteurs de risque (Afssaps [1])
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Monorisque sévère
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PAS ≥ 180 et/ou PAD ≥ 110 mmHg [3, 9]
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Cholestérol total ≥ 3,20 et/ou LDL ≥ 2,40 g/L [3]
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Haut risque multifactoriel
|
Risque coronaire à 10 ans (Framingham) ≥ 20 %
|
Patient dyslipidémique
Concernant les lipides, la cible thérapeutique prioritaire est le
cholestérol LDL (c-LDL).
L’objectif de c-LDL dépend du risque cardiovasculaire global. En
cas de haut risque, le c-LDL cible est à moins de 1 g/L
(2,56 mmol/L) et à moins de 0,7 g/L (1,79 mmol/L) en
cas de coronaropathie avérée. Dans les autres situations,
l’objectif de c-LDL dépend du nombre de facteurs de risque (et des
recommandations). Pour l’Agence française de sécurité sanitaire des
produits de santé (Afssaps), les objectifs de c-LDL sont inférieurs
à 2,2 g/L (5,64 mmol/L) en l’absence de facteur de
risque, inférieurs à 1,90 g/L (4,87 mmol/L) avec un
facteur de risque, inférieurs à 1,60 g/L (4,10 mmol/L)
avec deux facteurs de risque, et inférieurs à 1,30 g/L
(3,33 mmol/L) avec plus de deux facteurs de risque [1]. Pour
la recommandation nord-américaine, l’objectif est de moins de
1,6 g/L (4,10 mmol/L) de c-LDL en dessous de deux
facteurs de risque [3].
Les moyens non pharmacologiques comportent le régime
hypolipidique, limitant le cholestérol alimentaire et les graisses
animales (acides gras saturés) et privilégiant les laitages
maigres, les graisses végétales et les poissons (acides gras
polyinsaturés). La pratique d’une activité physique régulière est
toujours nécessaire.
Les moyens pharmacologiques reposent en première intention sur
les inhibiteurs de l’HMG-CoA réductase (statines). Seule cette
classe médicamenteuse a montré, de manière unanime et consensuelle,
qu’elle réduisait la morbi-mortalité cardiovasculaire et la
mortalité totale dans nombre d’essais randomisés en double insu
[3]. Toutes les statines peuvent être utilisées. En deuxième
intention, en cas d’intolérance ou d’insuffisance des statines,
l’ézétimibe peut être additionné à une statine à faible dose (effet
synergique) ou utilisé seul, sans qu’il ait démontré d’effet
bénéfique à ce jour. Les fibrates restent un traitement de
l’hypertriglycéridémie. Ils peuvent être utilisés en troisième
intention en cas d’intolérance aux statines, mais il n’a pas été
établi qu’ils pouvaient diminuer le risque cardiovasculaire.
Soulignons enfin que la colestyramine reste un médicament puissant
qui, bien que souvent mal toléré sur le plan digestif, a des effets
bénéfiques prouvés sur les coronaires [3].
Une fois le c-LDL cible obtenu, l’objectif secondaire à
atteindre est d’abaisser le cholestérol non HDL (c-nonHDL). Il se
calcule comme le cholestérol total diminué du c-HDL. Le c-nonHDL
comporte les triglycérides, dont les lipoparticules petites et
denses, hautement athérogènes. Il explique en partie le
« risque résiduel » qui persiste malgré le bon contrôle
du c-LDL. L’objectif du c-nonHDL se calcule comme le c-LDL cible
inférieur à 0,3 g/L (0,77 mmol/L) . Sa diminution repose
sur l’intensification des règles hygiénodiététiques et, si besoin,
sur l’augmentation de la posologie de statine, voire l’association
statine-fibrate, sous surveillance clinique et biologique étroite
(enzymes hépatiques et musculaires).
Patient diabétique de type 2
La cible à surveiller chez le diabétique est davantage
l’hémoglobine glyquée (HbA1c) que la glycémie à jeun, en raison de
l’importante variabilité de cette dernière. Mais la prévention de
la macroangiopathie diabétique passe avant tout par le contrôle des
autres facteurs de risque, tabagisme, pression artérielle et c-LDL
en particulier.
L’objectif glycémique est à moins de 6,5 ou 7 % d’HbA1c et
moins de 1,10 g/L (6,11 mmol/L) de glycémie à jeun. Comme
indiqué plus haut, les objectifs tensionnels et lipidiques du
diabétique sont plus stricts qu’en l’absence de diabète, soit une
PA inférieure à 130/80 mmHg et un c-LDL inférieur à 1 g/L
(2,56 mmol/L).
A côté du régime et de l’activité physique, toujours
indispensables, les antidiabétiques de première intention restent
les biguanides (généralement la metformine), surtout en présence de
surpoids androïde, associés ou non aux sulfamides. L’alternative
des thiazolidinédiones (glitazones : pioglitazone,
roziglitazone) est réservée à la deuxième intention et est
contre-indiquée en cas d’insuffisance cardiaque. Le recours à
l’insuline est parfois nécessaire.
Patient fumeur
L’obtention du sevrage complet est toujours l’objectif, quel que
soit le niveau de risque, du fait de la toxicité cumulée du
tabagisme au cours du temps sur l’arbre artériel et du fait du
comportement de dépendance le plus souvent associé. L’éviction du
tabagisme passif constitue également un objectif prioritaire chez
les sujets à haut risque.
Patient obèse ou présentant un surpoids
En combinant une alimentation appropriée hypocalorique et un
exercice physique régulier, l’objectif est d’obtenir un indice de
masse corporelle (IMC) entre 18,5 et 24,9 kg/m2 et
de viser un périmètre abdominal inférieur à 102 cm chez
l’homme et 88 cm chez la femme (populations nord-américaines)
ou 95 cm chez l’homme et 80 cm chez la femme (populations
européennes). En cas d’obésité importante, la réduction de
10 % du poids corporel sur un an peut être le but à atteindre.
Prévention de la thrombose
Le risque thrombotique n’est pas, à l’heure actuelle, évaluable en
pratique clinique, de même que l’efficacité du traitement
antithrombotique. Chez les hommes et les femmes de plus de
45 ans, dont le risque d’événement coronaire à dix ans calculé
par le modèle de Framingham est supérieur à 10 %, il faut
considérer un traitement par aspirine à dose antiagrégante
plaquettaire (75 à 160 mg/j) en tenant compte du rapport
bénéfice antithrombotique/risque hémorragique [2, 3, 8]. Les autres
antiagrégants plaquettaires, notamment le clopidogrel, n’ont pas
d’indication en prévention primaire.
La prévention du risque thromboembolique dans la fibrillation
auriculaire repose soit sur des antivitamines K, soit sur
l’aspirine, et fait l’objet de recommandations spécifiques.
Prévention secondaire
Par définition, les patients ayant une ou plusieurs atteintes
artérielles symptomatiques sont à haut risque cardiovasculaire
(tableau 2). L’efficacité de la
prévention secondaire est supérieure à celle de la prévention
primaire. Par exemple, il faut traiter 8 000 hypertendus pour
éviter un AVC en prévention primaire, contre seulement 51 en
prévention secondaire après un premier AVC [10]. Les patients
doivent donc bénéficier d’une prise en charge thérapeutique
vigoureuse qui repose sur l’association de mesures
hygiéno-diététiques et de polythérapies médicamenteuses associant
statine, antiagrégants plaquettaires et bloqueurs du SRAA. D’autres
médicaments plus spécifiques de la pathologie considérée peuvent
être indiqués ainsi que des moyens interventionnels visant à
corriger l’hypoperfusion consécutive à la sténose artérielle.
Patient coronarien
Pression artérielle [11, 12]
Les bloqueurs du SRAA et les bêtabloquants ou les inhibiteurs
calciques non dihydropyridiniques (vérapamil et diltiazem) sont
indiqués en première intention, associés si nécessaire à d’autres
antihypertenseurs pour atteindre les objectifs tensionnels. Les
objectifs tensionnels sont les mêmes qu’en prévention primaire.
Même en l’absence d’HTA, les bêtabloquants et les IEC sont indiqués
indéfiniment, sauf contre-indication. La spironolactone est
indiquée en cas d’insuffisance cardiaque, de même que les
diurétiques thiazidiques ou les diurétiques de l’anse [11, 12].
Lipides
L’objectif est un c-LDL inférieur à 1 g/L (2,56 mmol/L),
voire 0,7 g/L (1,79 mmol/l) [10] grâce à une alimentation
appropriée et à l’utilisation préférentielle d’une statine. En
postinfarctus, la consommation quotidienne d’acides gras oméga 3
(1 g/j) est conseillée, car elle réduit le risque de mort
subite.
Diabète
L’objectif d’HbA1c est le même qu’en prévention primaire. Les
glitazones ne doivent être utilisées qu’en l’absence d’insuffisance
cardiaque.
Antithrombotiques
Les associations d’antithrombotiques préconisées dans les syndromes
coronaires aigus et en présence d’endoprothèses coronaires font
l’objet de recommandations spécifiques qui ne seront pas détaillées
ici. Schématiquement :
- – tout coronarien doit recevoir de l’aspirine (75 à
300 mg/j) à vie ou, en cas de contre-indication, du
clopidogrel (75 mg/j) ;
- – en cas d’endoprothèse coronaire, en particulier de
stent actif, le clopidogrel est associé à l’aspirine pendant au
moins 12 mois ;
- – si une anticoagulation est indiquée (AC/FA, thrombus
pariétal du ventricule gauche, AVC embolique), une antivitamine K
est associée à l’aspirine et/ou au clopidogrel en maintenant
rigoureusement l’INR (international normalized ratio) entre 2 et 3,
du fait du risque hémorragique accru.
Patient aux antécédents cérébrovasculaires
Les mesures préventives médicamenteuses et non pharmacologiques
sont superposables à celles de la maladie coronaire, avec les mêmes
objectifs [13, 14].
Pression artérielle
L’hypertendu aux antécédents cérébrovasculaires a un risque de
récidive et d’événement coronaire réduit par le traitement
antihypertenseur. Même en l’absence d’HTA, la réduction de
10 mmHg de PAS ou de 5 mmHg de PAD s’accompagne d’une
réduction significative du risque [10]. Selon les recommandations,
l’objectif tensionnel est, en dehors de la phase aiguë d’AVC, de
moins de 140/90 mmHg [3, 14], voire de moins de
130/80 mmHg [2]. Même si une réduction de la morbi-mortalité a
bien été établie avec un IEC éventuellement associé à un diurétique
(étude PROGRESS) encore préconisé dans certaines recommandations
[8, 9], toutes les classes d’antihypertenseurs peuvent être
utilisées, car le bénéfice dépend avant tout de l’abaissement
tensionnel per se [2].
Antithrombotiques
En cas d’AVC ischémique non embolique, un traitement antiagrégant
plaquettaire est indiqué à vie, reposant sur l’aspirine (50 à
300 mg/j), l’association aspirine-dipyridamole ou le
clopidogrel. En l’absence de supériorité prouvée, le clopidogrel
reste indiqué en cas de contre-indication à l’aspirine. Il n’y a
pas d’indication à l’association aspirine-clopidogrel, en l’absence
de rapport bénéfice/risque établi.
En cas d’AVC embolique (20 % des AVC ischémiques),
l’indication des AVK est formelle, en visant un INR entre 2 et 3.
Elles peuvent être remplacées par l’aspirine en cas de
contre-indication si l’AVC est secondaire à une AC/FA. Elles
doivent être associées à l’aspirine si l’AVC embolique est
secondaire à un thrombus ventriculaire gauche.
Patient artéritique
L’artériopathie oblitérante des membres inférieurs (AOMI),
symptomatique ou non, augmente considérablement le risque coronaire
et cérébrovasculaire. Le tabagisme et le diabète en sont les
principaux facteurs de risque modifiables [15, 16].
La prévention secondaire en cas d’AOMI diffère peu des
recommandations décrites pour la maladie coronaire et
cérébrovasculaire. Le tabagisme sous toutes ses formes doit être
impérativement sevré de manière immédiate, totale et définitive, le
plus souvent avec une aide médicale. L’activité physique supervisée
est indispensable. Elle réduit le risque cardiovasculaire global et
s’accompagne d’une amélioration du périmètre de marche. Les soins
des pieds doivent être irréprochables, a fortiori chez
l’artéritique diabétique : toute plaie ou ulcération doit être
prévenue et traitée énergiquement. Les IEC réduisent le risque
cardiovasculaire de ces patients à très haut risque, même en
l’absence d’HTA (étude HOPE). Les bêtabloquants ne sont nullement
contre-indiqués ; au contraire, ils restent une indication
privilégiée s’il existe une coronaropathie suspectée ou prouvée. Le
traitement antiagrégant repose sur l’aspirine ou le clopidogrel, ce
dernier ayant montré une supériorité dans l’étude CAPRIE.
Autres considérations en prévention secondaire et primaire
Femme en âge de procréer
Tout événement cardiovasculaire ischémique contre-indique
définitivement la contraception orale estroprogestative. Elle
pourra avoir recours à la contraception mécanique et/ou aux
progestatifs, en particulier les microprogestatifs ou les
dispositifs intra-utérins au lévonorgestrel.
Femme ménopausée
Dans l’optique d’une prévention cardiovasculaire, il n’y a pas
d’indication à prescrire un traitement hormonal substitutif. En cas
d’accident cardiovasculaire, il est recommandé d’interrompre un tel
traitement.
Médicaments inutiles
Dans l’optique de la prévention cardiovasculaire primaire ou
secondaire, il n’y a pas d’indication à la prescription de
suppléments antioxydants (vitamine E ou C, bêtacarotène) ni de
vitamines du groupe B visant à diminuer l’homocystéine car ces
additifs alimentaires n’ont montré aucun bénéfice en termes de
morbimortalité cardiovasculaire [17, 18].
Conclusion
La connaissance des cibles, objectifs et moyens thérapeutiques
ainsi que les grands profils de patients, définis essentiellement
par leur niveau de risque, permet de remplacer avantageusement un
arbre décisionnel exhaustif qui pêcherait par sa complexité et par
sa difficile applicabilité à la pratique quotidienne. Dans tous les
cas, le préalable indispensable est d’évaluer au mieux le risque
global d’un sujet donné afin d’obtenir les meilleurs rapports
bénéfice/inconvénient et efficacité/coût du traitement de réduction
de risque.
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