ARTICLE
Auteur(s) : Salifou
Sissoko1, Salif Doumbia2, Michel
Vaksmann3, Henri Hocdé8, Didier Bazile4, Bougouna Sogoba5,
Mamoutou
Kouressy1, Kirsten Vom
Brocke6, Mamadou
Mory Coulibaly1, Aboubacar Touré1, Boureïma Gnalibouly
Dicko7
1Institut d’économie rurale (IER), Sotuba, BP 438,
Bamako, Mali
2Institut d’économie rurale (IER), BP 16, Sikasso,
Mali
3Centre de coopération internationale en recherche
agronomique pour le développement (Cirad), BP 1813, Bamako,
Mali
4Cirad, Département Environnements & Sociétés, UPR
47 « GREEN », Campus international de Baillarguet, TA
C-47/F, 34398 Montpellier cedex 5
5Association malienne d’éveil au développement durable
(AMEDD), BP 212, Koutiala, Mali
6Cirad, 01 BP 596, Ouagadougou, Burkina Faso
7DELTA-C, BP E4850, Bamako, Mali
8Cirad, Département Environnements et sociétés, Unité de
recherche (UR) « Actions collectives, politiques et
marchés », 73, rue Jean-François Breton, 34398 Montpellier
cedex 5
Les premiers travaux d’amélioration du mil (Pennissetum glaucum)
en Afrique de l’Ouest ont surtout porté sur la bande sahélienne. En
1999, les paysans de la zone cotonnière du Mali, à travers les
Commissions d’utilisateurs des produits de la recherche, ont
demandé à l’Institut d’économie rurale (IER) de lancer des
recherches sur la mise au point de variétés de mils adaptées à la
zone soudano-guinéenne (pluviométrie annuelle supérieure à 1
000 mm).
L’approche participative a été préconisée pour mieux impliquer
les bénéficiaires du programme de sélection dans le processus
d’identification et d’analyse des problèmes puis dans la recherche
de solutions. La méthode d’analyse rapide et de planification
participative (méthode MARP), très utilisée au Mali (Gueye et
Freudenberger, 1991), a été choisie.
Les préférences des paysans portaient sur la productivité,
l’adaptation au climat et aux types de sol. Les paysans ont recensé
les principales contraintes liées à la culture du mil dans leurs
villages. Il est apparu que la principale cause d’abandon des
variétés locales était l’inadaptation aux conditions climatiques
actuelles (insuffisance de pluies). Les termes de référence d’un
projet d’évaluation variétale participative ont été élaborés sur
cette base et l’introduction chez les paysans de variétés plus
précoces a été tentée en 2000 et 2001. L’utilisation de
cultivars précoces a entraîné l’apparition de fortes contraintes
biotiques (attaques d’oiseaux et moisissure du grain). Les
nouvelles variétés se sont donc avérées peu performantes dans les
systèmes de culture paysans et ont majoritairement été
rejetées.
L’IER a donc décidé, en 2007, de compléter l’étude initiale par
une caractérisation fine de la durée du cycle des variétés locales
de la zone concernée. Il s’agissait d’initier un nouveau programme
de création variétale devant déboucher sur un matériel
correspondant aux pratiques et aux attentes des paysans de la zone
soudano-guinéenne du Mali.
Matériel et méthode
Enquêtes et prospections
L’étude des variétés locales a été réalisée en 2007 dans les cinq
villages où la tentative de vulgarisation de variétés précoces
avait échoué. Ces villages couvrent les principales zones agricoles
du sud de la région de Sikasso avec une pluviométrie supérieure à 1
000 mm (figure 1). Un
échantillonnage représentatif de la diversité des mils cultivés au
sein de ces villages a été constitué sur la base d’entretiens
semi-structurés en assemblées villageoises. Les questions étaient
adressées à toute l’assemblée. Chaque paysan amenait un échantillon
de ses variétés et des questions individuelles concernant le
matériel fourni lui étaient adressées. Cette méthode de prospection
permet d’accéder facilement à la diversité des mils d’un village.
Son inconvénient est de donner un poids égal à toutes les variétés
car les cultivars rares et fréquents sont considérés pareillement.
Le nom vernaculaire des variétés n’a pas été retenu comme critère
principal de choix : plusieurs échantillons pouvaient porter
le même nom. Le nombre de variétés prospectées a été très variable
selon les villages (tableau 1). Au
total 29 variétés locales ont été obtenues.
Tableau 1 Durée semis-épiaison des variétés de la
région de Sikasso pour le semis du 18 juin (SEP1) et du 16
juillet (SEP2) et coefficient de photopériodisme (Kp).Table 1. The
duration of the planting-heading period for cultivars planted in
the Sikasso region on June 18, 2007 (SEP1) and July 16, 2007 (SEP2)
and photosensitivity coefficients (Kp).
|
Numéro
|
Nom de la variété
|
Village
|
Latitude
|
Longitude
|
SEP1
|
SEP2
|
Kp
|
|
1
|
Chô Wali
|
Lofigué
|
10° 38′ N
|
5° 42′ O
|
121
|
97
|
0,86
|
|
2
|
Pan nègue
|
|
|
|
125
|
99
|
0,91
|
|
3
|
Nioba
|
|
|
|
127
|
102
|
0,89
|
|
4
|
Chô Wali
|
|
|
|
125
|
101
|
0,84
|
|
5
|
Chô Wali
|
|
|
|
126
|
98
|
1,00
|
|
6
|
Nioba
|
|
|
|
127
|
98
|
1,00
|
|
7
|
Pan nègue
|
|
|
|
124
|
99
|
0,89
|
|
8
|
Kon nagan
|
|
|
|
126
|
98
|
1,00
|
|
9
|
Chô Wali
|
|
|
|
117
|
94
|
0,80
|
|
10
|
Kon nagan
|
Kafono
|
10° 35′ N
|
5° 50′ O
|
118
|
96
|
0,80
|
|
11
|
Chô Wali
|
|
|
|
119
|
96
|
0,82
|
|
12
|
Kon nagan
|
|
|
|
121
|
94
|
0,96
|
|
13
|
Chô Wali
|
|
|
|
119
|
93
|
0,95
|
|
14
|
Womèrè nagan
|
|
|
|
118
|
93
|
0,91
|
|
15
|
Womèrè nagan
|
|
|
|
125
|
99
|
0,93
|
|
16
|
Kon nagan
|
|
|
|
124
|
95
|
1,00
|
|
17
|
Kon nagan
|
|
|
|
125
|
96
|
1,00
|
|
18
|
Kon nagan
|
|
|
|
125
|
97
|
1,00
|
|
19
|
Womèrè nagan
|
|
|
|
124
|
96
|
0,98
|
|
20
|
Chô Wali
|
|
|
|
119
|
92
|
0,96
|
|
21
|
Sanio Koumaba
|
Nougoumé
|
11° 19′ N
|
6° 17′ O
|
99
|
79
|
0,70
|
|
22
|
Sanio Souroman
|
|
|
|
99
|
75
|
0,86
|
|
23
|
Sanio Misséman
|
|
|
|
100
|
80
|
0,70
|
|
24
|
Sanioba
|
Banko
|
11° 6′ N
|
7° 25′ O
|
105
|
82
|
0,84
|
|
25
|
Sanioba
|
|
|
|
102
|
81
|
0,75
|
|
26
|
Nioba
|
Kebila
|
11° 17′ N
|
7° 02′ O
|
104
|
81
|
0,82
|
|
27
|
Flanio
|
|
|
|
103
|
81
|
0,77
|
|
28
|
Laiguè
|
|
|
|
112
|
88
|
0,86
|
|
29
|
Flanio
|
|
|
|
106
|
80
|
0,91
|
|
Guéfoué 16
|
Exemple de variété vulgarisée
|
80
|
69
|
0,39
|
Caractérisation des variétés
Le mil est une plante photopériodique de « jours
courts », sa floraison est accélérée lorsque la durée du jour
se raccourcit. Comme la période de culture se déroule
essentiellement après le 20 juin, en conditions de jours
décroissants, le photopériodisme des mils provoque un
raccourcissement du cycle lorsque la date de semis est retardée. Le
cycle des 29 variétés a été mesuré à la station agricole de
Sotuba (7° 56’ Ouest et 12° 39’ Nord) pour deux
dates de semis : le 18 juin et le 16 juillet 2007.
Le dispositif expérimental a été un split-plot
variétés x dates de semis à 2 répétitions. Le
photopériodisme des variétés a été évalué à partir du coefficient
Kp qui mesure le raccourcissement de la période végétative lorsque
le semis est retardé. Ce coefficient est défini par le rapport de
la différence des durées semis-épiaison entre la première et la
seconde date de semis (SEP1 - SEP2) sur le nombre de jours (ΔS)
entre les 2 semis (Traoré et al., 2000). Il varie de 0 à 1
suivant le photopériodisme des variétés.
Résultats
Enquêtes
Les facteurs limitant la production du mil, exprimés par les
paysans au cours des nouvelles enquêtes ne diffèrent pas beaucoup
de ceux relevés dans le diagnostic participatif initial.
L’irrégularité des pluies et la pauvreté des sols constituent les
principaux problèmes rencontrés. En revanche, les paysans semblent
relativement satisfaits de leurs variétés qu’ils estiment bien
adaptées aux conditions de cultures traditionnelles. La variété
idéale décrite par les paysans ressemble beaucoup à leurs propres
variétés même s’il faudrait la rendre plus productive, précoce et
insensible à la moisissure et aux oiseaux. On peut relever ici une
réelle contradiction entre les critères d’amélioration avancés
puisque les moisissures et les attaques d’oiseaux résultent de
l’augmentation de précocité.
Durée du cycle des variétés locales
L’étude conduite en station montre que les variétés locales sont
très photopériodiques. La durée du cycle des variétés de la région
de Sikasso diminue en moyenne de 25 jours lorsque le semis est
retardé de 28 jours, ce qui correspond à un coefficient Kp de
0,89 (tableau 1). On observe deux
groupes de précocités différentes. Pour le semis du 18 juin,
les variétés des villages de Lofigué et Kafono épient en moyenne le
16 octobre, 120 jours après le semis, tandis que les
variétés des trois autres villages, situés plus au nord, épient
après 95 jours vers le 21 septembre.
Cette différence du cycle des variétés entre les villages
s’explique plus par des différences de pratiques que par l’effet
des contraintes climatiques. Dans tous les villages étudiés, les
dates moyennes de début et de fin des pluies sont identiques,
respectivement le 25 mai et le 11 octobre. Les variétés
des villages du sud sont plus tardives. Elles épient souvent après
les pluies et le grossissement du grain se fait essentiellement sur
l’eau stockée dans le sol. Ces variétés témoignent probablement
d’anciennes pratiques culturales, à présent marginalisées, comme la
culture associée maïs-mil (Niangado, 1989). Le mil est semé ou
repiqué directement 15 à 20 jours après le maïs et se
développe surtout après la récolte du maïs. Cette association de
cultures nécessite des variétés de mils particulièrement tardives
pour diminuer la compétition entre les deux céréales dont les
cycles se chevauchent.
En comparaison, les variétés améliorées proposées par la
recherche sont beaucoup plus précoces que toutes les variétés
locales (tableau 1).
Nous n’avons pas trouvé dans notre échantillonnage de variétés
précoces pouvant être utilisées pour faire face à la période de
disette fréquente avant la récolte principale de l’année (période
de soudure). Le maïs, plus résistant à l’excès d’eau au moment de
la maturité du grain, est généralement préféré pour cet usage. Il
peut être consommé en octobre et novembre avant les récoltes de
mils et sorghos. Le maïs s’est aussi développé récemment à
proximité des villes car cette culture bénéficie maintenant de
débouchés sur les marchés en « maïs de bouche » (épis
grillés).
Discussion
Incertitude climatique et date de semis
La durée de la saison des pluies détermine le potentiel de
production agricole. C’est surtout le début des pluies qui est très
variable d’une année à l’autre (figure 2) conduisant
à une très forte variabilité interannuelle de la durée de la saison
des pluies (Sivakumar, 1988).
À cette variabilité de l’arrivée des pluies se surimpose un
étalement important des semis. Le début de saison est toujours une
course de vitesse pour les paysans du Mali car le rendement des
céréales est maximisé si les semis sont réalisés tôt avec les
premières pluies substantielles. Les semis précoces améliorent la
maîtrise de l’enherbement et facilitent l’installation de la
culture. Mais toutes les parcelles sont rarement semées
simultanément. Des précipitations erratiques en début de saison
entraînent la succession de plusieurs vagues de semis. Il n’est pas
rare que les paysans ressèment deux ou trois fois, soit à cause de
mauvaises levées, soit à cause d’attaques de déprédateurs. De plus,
les contraintes d’exploitation, le manque de main-d’œuvre ou de
matériel agricole ne permettent pas aux paysans de semer rapidement
l’ensemble de leurs champs. Les semis débutent au moment de
l’installation des pluies et s’étalent généralement sur plus d’un
mois.
Le photopériodisme : caractère d’adaptation des variétés
locales
Pour tenir compte de la variabilité du climat, les agriculteurs ont
sélectionné des céréales photopériodiques spécifiquement adaptées à
leur environnement très changeant. Les paysans définissent les
écotypes adaptés par « ils s’attendent pour mûrir
ensemble », quelles que soient leurs dates de semis (u be
nyogon konô). Le photopériodisme des variétés locales permet la
synchronisation de la floraison avec la fin de la saison des
pluies. Une variété peut être considérée comme adaptée à une zone
si la floraison débute dans les 20 jours qui précèdent la fin
moyenne de la saison (Traoré et al., 2007). Cette condition assure
un équilibre entre la satisfaction des besoins en eau et
l’évitement de nombreuses contraintes biotiques. Le rendement et la
qualité du grain dépendent étroitement de la date de floraison car
le grain des variétés qui fleurissent trop tôt est attaqué par les
oiseaux et altéré par les moisissures et les insectes. Les variétés
dont la floraison est trop tardive épuisent les réserves en eau du
sol avant la fin du remplissage des grains.
Le photopériodisme des variétés locales de mil et de sorgho
confère à ces deux espèces une place privilégiée dans les systèmes
de culture à base de coton et de maïs car le paysan peut facilement
étaler ses semis de mils et de sorghos pour adapter la gestion de
sa main-d’œuvre aux besoins des différentes spéculations de son
assolement.
Le besoin de variétés précoces : mythe ou
réalité ?
La recherche de plantes précoces est un postulat fondamental de la
révolution verte (Swaminathan, 2006) et l’élimination du
photopériodisme est devenue un préalable à la plupart des
programmes d’amélioration des céréales. Les sécheresses des années
1970 dans le Sahel ont conforté cette position. L’élimination du
photopériodisme devenait une nécessité pour aboutir à un matériel
précoce capable de supporter des saisons des pluies de plus en plus
courtes (Dancette, 1983). Le discours ambiant fait que les paysans
sont aussi devenus convaincus de l’intérêt de la précocité, en zone
sèche comme en zone humide. Le mot « tardif » est même
devenu péjoratif, c’est pourquoi les variétés qui plaisent aux
paysans sont parfois dites « précoces » indépendamment de
la durée réelle de leur cycle. Pour cette raison, au cours des
diagnostics participatifs, la précocité apparaît toujours comme le
principal caractère demandé par les paysans (Omanya et al.,
2007). Il faudrait certainement clarifier le sens réel que les
paysans donnent à ce terme dans chaque environnement.
Cette convergence apparente entre les croyances des chercheurs
et des paysans a débouché sur la création de nombreuses variétés de
cycles courts qui se sont avérées inadaptées. En effet, les
contraintes climatiques justifient rarement l’adoption de variétés
plus précoces que les cultivars locaux. La baisse de pluviométrie
observée dans la zone soudano-sahélienne depuis 40 ans ne
s’est pas accompagnée d’une modification importante de la durée de
la saison des pluies (Barbe et Lebel, 1997 ; Traoré
et al., 2000). La sécheresse a donc eu peu de conséquences sur
la longueur des cycles des plantes de culture pluviale. La majeure
partie de l’échec à la diffusion des variétés améliorées peut
s’expliquer par leur trop grande précocité qui oblige les paysans à
retarder le semis après le démarrage de la saison. C’est une
contrainte majeure pour la gestion du travail au sein de
l’exploitation agricole. Des résultats similaires ont été obtenus
en zone sahélienne où les variétés améliorées de cycles courts ont
été refusées par les paysans au profit des variétés traditionnelles
mieux adaptées au climat et aux pratiques de semis très précoces de
la zone (de Rouw, 2004).
Prise en compte des savoirs paysans en matière de choix
variétal
La définition des objectifs de sélection et le choix des géniteurs
sont deux préalables essentiels à la mise en place d’un programme
d’amélioration variétale. La définition participative des variétés
à créer est souvent délicate car les paysans éprouvent des
difficultés à construire des idéotypes nouveaux. Leur expérience
est limitée à une zone restreinte (village ou petite région
naturelle) et ils n’ont pas connaissance de l’étendue de la
diversité génétique disponible.
Les paysans (comme d’ailleurs la plupart des agronomes)
remarquent en premier lieu les imperfections du matériel. Ils
éliminent une variété sur la base d’un seul défaut. Cette démarche
est justifiée pour une évaluation variétale visant à retenir le
matériel cultivable en l’état. En revanche, en phase de création de
nouvelles variétés, l’élimination trop rapide d’une descendance
entraîne une baisse de variabilité préjudiciable au progrès
génétique à long terme. C’est pourquoi l’implication des paysans ne
peut pas être égale pendant tout le processus d’amélioration
participative. Dans la phase de création variétale, les paysans
orientent la sélection par leurs pratiques (travail du sol, choix
des densités et dates de semis, gestion de la fertilité). Leur rôle
s’accroît ensuite, en phase d’évaluation, lorsque le matériel est
suffisamment homogène pour être considéré comme une variété qu’ils
pourront plus aisément juger.
Le savoir paysan peut être défini comme étant l’ensemble des
expériences et connaissances qu’un groupe ethnique utilise dans le
processus de prise de décision concernant les problèmes et défis
qui l’interpellent (Warren et Cashman, 1988). Les variétés locales
ont été élaborées au cours des siècles et se transmettent de
générations en générations. Elles incorporent une partie de savoirs
et de pratiques qui sont souvent difficiles à percevoir de
l’extérieur car les paysans ne cherchent pas à les justifier dans
leurs discours. Pour s’assurer de l’adaptation au milieu des
nouvelles créations variétales il semble approprié d’intégrer les
cultivars locaux des zones agroclimatiques cibles.
Adaptation au sol ou adaptation au climat
En matière d’amélioration des céréales, la démarche participative
cherche fréquemment à créer des variétés capables de surpasser les
écotypes locaux dans des conditions marginales, de faible fertilité
(Bänziger et Cooper, 2001 ; Sperling et al., 2001).
Pourtant les nouvelles variétés proposées par la recherche en
Afrique de l’Ouest ne sont pas plus productives que les cultivars
locaux des paysans (Omanya et al., 2007 ; Ahmed
et al., 2000). Au Mali, les tests variétaux montrent même
souvent le contraire avec une supériorité des céréales locales par
rapport au matériel amélioré, que ce soit en stations de recherche
(Luce, 1994) ou en champs paysans (Lacy et al., 2006).
Chercher à surpasser les variétés locales dans leurs propres
systèmes traditionnels extensifs s’avère donc un objectif de
sélection très difficile à réaliser. Les paysans disposent déjà
d’un ensemble très vaste de variétés capables de produire sur des
sols peu fertiles et sous des climats incertains. En revanche, dans
des conditions de plus forte productivité où l’environnement
physique est moins contraignant (abandon de la culture itinérante,
apports d’intrants, mécanisation), les variétés traditionnelles de
mils n’arrivent plus à atteindre les objectifs de production que se
fixent désormais les paysans. C’est pourquoi, dans la zone
cotonnière, on observe actuellement une extension rapide du maïs
qui répond mieux à l’intensification agricole (Bazile et Soumaré,
2004).
Traditionnellement, les paysans évitent de semer le mil sur des
sols trop fertiles car la production de tiges est alors favorisée
au détriment de celle du grain. L’amélioration de l’indice de
récolte des variétés locales (ratio entre la biomasse récoltée et
la biomasse aérienne totale) devrait, en partie, résoudre ce
problème. Pour répondre aux nouvelles attentes des paysans des
zones cotonnières d’Afrique de l’Ouest, le véritable défi à relever
en termes d’amélioration variétale du mil serait de remonter la
productivité des variétés locales, naturellement adaptées au
climat, dans les systèmes de cultures en voies
d’intensification.
Conclusion
Les savoirs locaux des agriculteurs sont le fruit d’un long
processus d’adaptation aux conditions environnementales et
socio-économiques. Ce processus ne fait pas l’objet d’une
formalisation claire de la part des paysans qui connaissent
empiriquement l’efficacité des techniques héritées de leurs
parents. En s’appuyant sur les variétés locales, un volet essentiel
de l’expertise paysanne devient accessible à l’analyse du
chercheur. La prospection et la caractérisation de la diversité
génétique doivent devenir des éléments clés des diagnostics
participatifs. C’est le cas de l’adaptation de variétés de mil au
climat soudano-guinéen. Les sécheresses des années 1970
et 1980 n’ont pas entraîné de changements profonds de la
longueur de la saison des pluies et la plupart des variétés locales
sont toujours adaptées à leurs milieux d’origines. C’est pourquoi
les paysans ont sélectionné des variétés photopériodiques dont la
floraison est naturellement synchrone avec la date moyenne de fin
de la saison des pluies. Ce caractère permet aux variétés locales
de surmonter la principale incertitude climatique de la zone :
la variabilité du début de la saison des pluies.
Le programme malien d’amélioration du mil intègre maintenant une
large base génétique locale et s’inspire du comportement des
variétés locales de chaque milieu cible. Le matériel produit devra
cumuler la souplesse des variétés locales et la productivité du
matériel moderne.
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