ARTICLE
Auteur(s) : David
Groheux1, Elif Hindie1, Marc
Espié2, Marie-Elisabeth Toubert1, Jean-Louis
Misset2, Sylvie Giacchetti2, Laetitia
Vercellino1, Jean-Luc Moretti1
1 Service de médecine nucléaire et centre TEP,
2 Service des maladies du sein, Hôpital Saint-Louis, 1,
avenue Claude-Vellefaux, 75475 Paris Cedex 10
Article reçu le 2 Avril 2007, accepté le 12 Avril 2007
Principes de la tomographie par émission de positons,
particularités en sénologie
La tomographie par émission de positons (TEP) au
2-[18F]-fluoro-2-désoxy-D-glucose (18FDG) constitue une
technique d’imagerie nucléaire. Son principe réside en la détection
de paires de photons gamma de 511 Kev. Ces photons gamma
résultent d’une réaction d’annihilation entre un positon et un
électron du corps humain. Le positon est un électron positif issu
d’un atome radioactif présentant un excès de protons au sein de son
noyau. Habituellement, l’atome radioactif utilisé est le fluor 18
mais d’autres éléments à durée de vie plus courte peuvent également
convenir (carbone 11 par exemple).
Le fluor 18 (le traceur) est habituellement associé à un
vecteur, correspondant le plus souvent à une molécule de glucose.
En effet, les cellules cancéreuses présentent un hypermétabolisme
glucidique en raison d’une augmentation des transporteurs du
glucose et d’une synthèse accrue des enzymes glycolytiques [1, 2].
Le 18FDG est ainsi le radiotraceur habituel en TEP.
D’autres radiotraceurs peuvent également être utilisés en
sénologie. Il s’agit essentiellement du fluorure de sodium (FNa),
de la 3’-désoxy-3’-[18F]-fluorothymidine (FLT) et du
16α[18F]-fluoro-17β-estradiol (FES). Actuellement, ces
radiotraceurs ne sont pas disponibles en pratique clinique. Le FNa
est constitué par un atome de fluorure (F-) neutralisé
par un atome de sodium (Na+). Le fluorure présente une
forte affinité pour la matrice osseuse. Ainsi ce traceur permet de
rechercher des métastases osseuses avec une très haute sensibilité,
proche de 100 %. La FLT est un analogue des nucléosides. Elle
permet de mesurer la prolifération cellulaire in vivo. Son
incorporation dans les processus tissulaires inflammatoires et
infectieux semble moins importante par rapport au FDG. En
oncologie, elle apparaît ainsi plus spécifique que le FDG. Le FES
est un analogue de l’estradiol. Il permet de mettre en évidence les
tumeurs qui surexpriment les récepteurs œstrogéniques.
La TEP est habituellement couplée à un scanner (TEP-TDM). Le
scanner est nécessaire à la reconstruction des images TEP (calcul
de la carte d’atténuation). En outre, il permet au médecin
nucléaire de localiser avec précision les foyers
hypermétaboliques.
La résolution spatiale des systèmes TEP les plus performants se
situe aux alentours de 5 mm. La TEP au 18FDG manque
donc de sensibilité pour la détection des micrométastases [3]. La
fixation du 18FDG dépend du degré de différenciation, du
grade tumoral et de l’index de prolifération [4-9]. La sensibilité
de l’examen semble aussi dépendre de la forme histologique, le taux
de fixation du 18FDG étant plus élevé pour les
carcinomes canalaires que pour les formes lobulaires [4, 9]. Par
ailleurs, la fixation du 18FDG est, selon les auteurs,
corrélée [10] ou non [9] au statut des récepteurs hormonaux (RO et
RP) et au statut c-erbB2.
En raison d’un phénomène de sidération cellulaire, une
chimiothérapie peut entraîner un examen faussement négatif.
L’examen TEP au 18FDG ne doit donc pas être effectué
juste à la fin du traitement systémique. Classiquement, on
préconise d’attendre au moins une quinzaine de jours après la fin
d’une cure à base de cytotoxiques. Le délai après une thérapeutique
ciblée, par exemple un anticorps monoclonal comme le trastuzumab,
n’est pas clairement établi. L’interférence avec l’hormonothérapie
n’est pas prouvée. En règle générale, la TEP au 18FDG
est effectuée sans fenêtre thérapeutique. Cette assertion est bien
entendue fausse si le radiotraceur utilisé est le
16α-18F-fluoro-17β-estradiol (FES) qui permet de
détecter les foyers RE+ avec une sensibilité de 93 %
[11]. La captation du FES diminue sous traitement antihormonal, et
notamment sous tamoxifène [12].
Pour rechercher une récidive en territoire irradié, il faut
attendre au moins 4 mois après la fin du traitement
systémique. En effet, un examen trop précoce risque d’être
faussement positif en raison d’une inflammation locale. Mais si
l’on recherche un site métastatique en dehors du champ de
radiothérapie, le délai n’a aucune importance. La chirurgie peut
être à l’origine de phénomènes inflammatoires. Un délai d’attente
de 3 mois est recommandé pour rechercher une récidive sur le
site opéré.
Le 18FDG n’est pas un traceur spécifique de la
maladie cancéreuse. Les foyers inflammatoires, les processus
infectieux peuvent le fixer de façon intense. De façon
exceptionnelle, certaines lésions mammaires bénignes peuvent
également le fixer [13].
Indications de l’examen en sénologie
Évaluation locorégionale des tumeurs localement évoluées
Le statut ganglionnaire extra-axillaire est certainement
sous-évalué par les techniques d’imagerie conventionnelle. De plus,
il n’est pas évalué par la chirurgie. Or, des ganglions
sus-claviculaires et mammaires internes peuvent être envahis même
si le creux axillaire est indemne de maladie. Cela est probablement
plus fréquent pour les tumeurs localisées au niveau des quadrants
internes du sein. Dans l’étude de Tran et al. [14], parmi 141
femmes présentant des cancers du sein et suivies pendant une
moyenne de 3 ans, 42 tumeurs sont localisées au niveau des
quadrants internes et 99 tumeurs en regard des quadrants externes.
Les résultats montrent que le risque relatif de présenter des
métastases ganglionnaires extra-axillaires ou une maladie à
distance est significativement augmenté dans le groupe de patientes
présentant des tumeurs localisées au niveau des quadrants internes.
Une meilleure évaluation initiale des aires ganglionnaires
extra-axillaires pourrait permettre d’effectuer un traitement
locorégional plus adapté (notamment en ajustant les champs de
radiothérapie) et peut-être ainsi de diminuer le risque d’évolution
métastatique. La TEP apparaît intéressante pour évaluer le statut
ganglionnaire extra-axillaire, et notamment la chaîne mammaire
interne [15, 16]. Ainsi, dans l’étude de Danforth et al. [16]
portant sur 46 patientes, parmi les 18 patientes présentant un
stade I ou II, les sensibilités sont de 83 % pour la détection
de la tumeur primitive et de 43 % pour la détection de
l’envahissement ganglionnaire axillaire. Chez ces 18 patientes, la
TEP n’a détecté aucune tumeur de la chaîne mammaire interne. Pour
les stades III et IV (28 patientes), la sensibilité est de
90,5 % pour la mise en évidence de la tumeur primitive et de
83 % pour le staging axillaire. Parmi ces 28 patientes,
25 % présentent un examen positif pour l’envahissement de la
chaîne mammaire interne.
En ce qui concerne l’évaluation du creux axillaire, elle est
habituellement effectuée suite au geste chirurgical. Les tumeurs
mammaires de grande taille sont le plus souvent traitées par une
chimiothérapie néoadjvuvante. Le curage axillaire réalisé dans un
second temps peut revenir négatif en raison de l’efficacité de la
chimiothérapie première. Or, la connaissance d’un envahissement
initial du creux axillaire peut être une information intéressante,
notamment pour guider les champs de radiothérapie. De plus, un
envahissement massif du creux axillaire peut être associé à un
envahissement des ganglions inter et/ou sous-pectoraux, voire à une
atteinte des muscles pectoraux. La TEP apparaît être un examen
performant pour rechercher cette atteinte. La figure 1 présente la
découverte d’un envahissement sous-pectoral lors de la réalisation
d’une TEP.
Au total, pour les cancers du sein localement avancés, la TEP au
18FDG semble être une technique d’imagerie performante
pour l’évaluation du statut ganglionnaire locorégional, en
particulier pour rechercher un envahissement de la chaîne mammaire
interne. Actuellement, un travail prospectif est effectué au sein
de notre institution afin de préciser sa place dans cette
indication.
Recherche de métastases à distance en cas de tumeur localement
avancée
La figure 2
montre la découverte de nombreuses lésions secondaires chez une
femme présentant des nodules de perméation au niveau du sein.
Dans un travail prospectif, Van der Hoeven et al. [17] se sont
intéressés à la place de la TEP au 18FDG pour rechercher
des métastases à distance chez 48 patientes présentant un cancer du
sein localement avancé alors que le bilan conventionnel
(radiographie pulmonaire, scintigraphie osseuse, échographie
hépatique, scanner abdominal) effectué initialement ne montrait pas
de métastase. Parmi ces 48 patientes, 14 présentaient des foyers
hypermétaboliques dont 10 sites étaient considérés comme
pathologiques : 4 lésions vraies positives, 1 foyer faux
positif (sarcoïdose) et 5 foyers indéterminés [17].
Dans l’étude de Landheer et al. [18], parmi 17 femmes présentant
un cancer du sein a priori localisé, la TEP permet de découvrir 5
foyers métastatiques lors du bilan initial. Selon les auteurs, la
TEP au 18FDG est une méthode sensible pour la détection
de la maladie métastatique chez les patientes présentant un cancer
du sein à risque élevé de dissémination.
Pour détecter les métastases pulmonaires et les ganglions
médiastinaux, elle est significativement plus sensible que
l’imagerie conventionnelle, dans l’étude de Dose et al. [19]. En
revanche, pour la mise en évidence des métastases osseuses et
hépatiques, ses performances semblent proches de celles de la
scintigraphie osseuse et de l’échographie hépatique [19, 20]. Au
total, pour identifier une maladie métastatique, sa sensibilité et
sa spécificité sont respectivement de 86 et 90 % contre 36 et
95 % pour le bilan traditionnel (radiographie thoracique,
échographie hépatique et scintigraphie osseuse) [19].
La TEP semble manquer de sensibilité pour la détection des
métastases osseuses [20-22]. Sur 57 femmes suivies pendant
24 mois et suspectées de présenter une récidive de cancer du
sein, elle a permis de mettre en évidence des métastases chez
29 patientes (41 sites au total) [21] ; cependant, elle
prend significativement plus souvent en défaut les localisations
osseuses que les autres métastases.
De même, dans une étude prospective portant sur 15 patientes
ayant bénéficié successivement d’une scintigraphie osseuse et d’une
TEP au 18FDG, l’analyse lésion par lésion montre une
sensibilité de 85 % pour la scintigraphie osseuse et de
seulement 17 % pour la TEP [22]. Ces résultats s’expliquent
par la présence élevée de métastases ostéoblastiques où la TEP
n’est positive que dans 6 % des cas. La TEP retrouve en
revanche 90 % des lésions lytiques. À l’inverse, si la
scintigraphie osseuse retrouve 92 % des métastases
ostéoblastiques, elle ne permet de distinguer que 35 % des
formes ostéolytiques. Ainsi, pour les lésions ostéolytiques, la
sensibilité de la TEP est très élevée et meilleure que celle de la
scintigraphie osseuse. Inversement, la sensibilité de la TEP chute
pour les métastases ostéoblastiques. Les formes mixtes sont
détectées par la TEP dans 95 % des cas [20].
Dans l’étude de Gallowitsch et al. [23], la TEP apparaît
également moins sensible que la scintigraphie osseuse (61 versus
97 %). Là encore, ce résultat est expliqué par la nature
sclérotique des lésions.
Finalement, en raison de sa faible sensibilité pour la détection
des métastases ostéoblastiques, la TEP au 18FDG ne peut
pas se substituer à la scintigraphie osseuse. Ces deux examens
apparaissent complémentaires. Toutefois, à l’avenir, il n’est pas
impossible que les bonnes performances de la TEP au fluorure de
sodium (TEP au FNa) soient mises à profit pour la détection des
métastases ostéoblastiques.
Pour la recherche des métastases pulmonaires, la TEP au
18FDG est vraisemblablement intéressante mais elle
souffre de sa résolution spatiale insuffisante. L’imagerie hybride
TEP-TDM effectuée avec un scanner en coupes fines et en fenêtre
parenchymateuse permet d’améliorer la sensibilité de détection.
Pour la maladie ganglionnaire médiastinale, la TEP est un examen
intéressant. Il peut toutefois exister des examens faussement
positifs, par exemple en rapport avec une tuberculose ou une
sarcoïdose. Pour la détection des métastases hépatiques
supracentimétriques, la TEP est un examen de choix mais, en cas de
lésions de petite taille, sa résolution spatiale apparaît là encore
comme un facteur limitant.
Au total, pour les tumeurs du sein localement avancées, la TEP
au 18FDG est un examen performant pour rechercher une
maladie métastatique. Pour autant, il faut en connaître les
limites. Les faux négatifs sont essentiellement représentés par les
métastases osseuses condensantes et les lésions de petite taille,
notamment au niveau des parenchymes pulmonaire et hépatique. Quant
aux foyers faussement positifs, ils constituent essentiellement
l’apanage des phénomènes infectieux et/ou inflammatoires.
Impact des données de la TEP sur la décision thérapeutique
Une méta-analyse publiée en 2001 a estimé l’impact thérapeutique de
la TEP au 18FDG à 24 % [24]. Cette même année, Yap
et al. [25] ont effectué une enquête prospective auprès des
médecins référents de 160 patientes atteintes d’un cancer du sein.
La nature des changements de prise en charge a été classée en deux
groupes : les changements intra-traitement qui définissent des
changements concernant les modalités de traitement (champs de
radiothérapie, type de chirurgie, type de chimiothérapie, etc.) et
les changements inter-traitement qui correspondent à une
modification du traitement (radiothérapie, chirurgie,
chimiothérapie, pas de traitement, etc.). Suite aux résultats de
l’examen TEP, le stade clinique a été modifié chez 36 % des
patientes, dont 28 % ont été sur-stadifiées et 8 %
sous-stadifiées. Les taux de modifications intra et
inter-traitement ont été respectivement de 30 et de 28 % [25].
Eubank et al. [26] ont également montré que le résultat de la
TEP entraîne une modification du planning thérapeutique.
Comparativement à l’imagerie standard, le bilan d’extension de la
maladie a été réévalué à la hausse dans 43 % des cas, est
apparu similaire dans 33 % des cas et a été réévalué à la
baisse dans 24 % des cas. Au total, pour Eubank et al., le
résultat de la TEP entraîne une modification de l’attitude
thérapeutique dans 32 % des cas.
Recherche de récidives
Les figures 3 et
4 illustrent
l’intérêt de la TEP pour la recherche de récidives de cancer du
sein. Dans une étude portant sur 62 patientes suspectes de
récidive clinique et/ou biologique (augmentation des marqueurs)
[23], la TEP, comparée au bilan d’imagerie conventionnelle
(mammographie, échographie, scanner, IRM, radiographie thoracique
et scintigraphie osseuse), montre par patient une sensibilité de
97 % (versus 84 % pour le bilan conventionnel), une
spécificité de 82 % (versus 60 %). Par lésion, elle
apparaît particulièrement performante pour retrouver les récidives
ganglionnaires (84 versus 23 %).
Grahek et al. [27], dans leur étude rétrospective portant sur
75 patientes suspectes de récidive, retrouvent des résultats
comparables. Les sensibilité et spécificité sont respectivement de
84 et 78 % pour la TEP et de 63 et 61 % pour le bilan
conventionnel (mammographie, échographie, scanner et scintigraphie
osseuse). Dans cette même indication, dans un groupe de
25 femmes, Landheer et al. [18] retrouvent 43 foyers
hypermétaboliques, 22 confirmant des sites métastatiques suspectés
par l’imagerie conventionnelle et 21 montrant des nouveaux sites.
De même, Radan et al. [28] montrent que la TEP, sur un effectif de
57 patientes avec marqueur tumoral élevé, permet chez
51 % d’entre elles de modifier la stratégie thérapeutique.
La méta-analyse d’Isasi et al. [29] reprend 18 études publiées
entre 1997 et 2004 regroupant 808 femmes (1 013
lésions). En réalisant une analyse par patiente, les auteurs
calculent une sensibilité de 90 % et une spécificité de
87 %. L’analyse par lésion montre une sensibilité à 85 %
et une spécificité à 93 %.
Au total, qu’elle soit effectuée en raison de l’augmentation
d’un marqueur ou à cause d’une suspicion clinique de récidive, les
performances de la TEP au 18FDG sont tout à fait
intéressantes. Dans cette indication, le groupe de travail SOR
conduit par P. Bourguet recommande cet examen en option selon
un niveau de preuve A [30].
Non-indications de l’examen en sénologie
Diagnostic positif du cancer du sein et caractérisation d’une
lésion mammaire
Le Tableau 1 reprend les résultats
de la plupart des études ayant cherché à caractériser une lésion
mammaire par la TEP au 18FDG.
Dans l’étude de Schirrmeister et al. [31], sur 117 tumeurs, la
sensibilité et la spécificité de la TEP au 18FDG pour
mettre en évidence la tumeur primitive sont respectivement de 93 et
75 %. La TEP au 18FDG apparaît plus efficace pour
détecter les tumeurs multifocales (sensibilité de 63 %,
spécificité de 95 %) que la combinaison de l’échographie
et de la mammographie (sensibilité de 32 %, spécificité
de 93 %). En revanche, comparativement à l’IRM, chez 36
patientes, Heinisch et al. [32] montrent le manque de sensibilité
de la TEP au 18FDG (68 % pour la TEP versus
92 % pour l’IRM). Dans cette étude, la supériorité de l’IRM
est surtout vraie pour les tumeurs infracentimétriques et les
formes lobulaires [32].
Une méta-analyse effectuée sur 606 patientes a évalué les
performances de la TEP au 18FDG pour le diagnostic de
malignité d’une lésion suspecte chez des patientes présentant une
mammographie anormale ou une masse palpable au niveau du sein [33].
Au total, elle a porté sur 13 études (dont 9 études prospectives)
publiées entre janvier 1966 et mars 2001. Elle a permis
d’estimer la sensibilité de la TEP au 18FDG à 88 %
et sa spécificité à 79 %. Le risque de conclure à tort à
l’absence de malignité sur la base d’un examen TEP au
18FDG négatif apparaît de 12 %.
La TEP au 18FDG n’apparaît donc pas indiquée pour
caractériser une lésion mammaire.
Tableau 1 Détection de la tumeur primitive
mammaire par la TEP au 18FDG
|
Auteurs [références]
|
Nombre de patientes
|
Sensibilité
|
Spécificité
|
Exactitude
|
|
Wahl, 1991 [34]
|
10
|
100%
|
~
|
~
|
|
Tse, 1992 [35]
|
14
|
80%
|
100%
|
86%
|
|
Uno, 1992 [36]
|
21
|
95%
|
|
|
|
Nieweg, 1993 [37]
|
11
|
91%
|
100%
|
95%
|
|
Hoh, 1993 [38]
|
26
|
85%
|
86%
|
85%
|
|
Crowe, 1994 [5]
|
28
|
100%
|
100%
|
100%
|
|
Jacobs, 1994 [39]
|
31
|
78%
|
89%
|
~
|
|
Jannson, 1995 [40]
|
12
|
100%
|
~
|
~
|
|
Bruce, 1995 [41]
|
15
|
93%
|
~
|
~
|
|
Avril, 1995 [7]
|
71
|
88%
|
78%
|
~
|
|
Scheidhauer, 1995 [42]
|
30
|
91%
|
~
|
~
|
|
Dehdashti, 1995 [12]
|
32
|
88%
|
100%
|
91%
|
|
Avril, 1996 [10]
|
72
|
83%
|
84%
|
83%
|
|
Palmedo, 1997 [43]
|
20
|
92%
|
86%
|
90%
|
|
Hubner, 2000 [44]
|
35
|
96%
|
91%
|
94%
|
|
Yutani, 2000 [45]
|
40
|
79%
|
~~
|
80 %
|
|
Schirrmeister, 2001 [31]
|
117
|
93%
|
75%
|
89%
|
|
Samson, 2002 [33]
|
606
|
88%
|
79%
|
~~
|
|
Heinisch, 2003 [32]
|
36
|
68%
|
~~
|
~~
|
Recherche d’un envahissement du creux axillaire dans le cas
d’une tumeur mammaire traitée par chirurgie première
Le Tableau 2 reprend les
principales études ayant évalué l’intérêt de la TEP au
18FDG pour l’analyse du creux axillaire.
Dans l’étude de Schirrmeister (n = 117), sa sensibilité et sa
spécificité pour rechercher un envahissement axillaire sont
respectivement de 79 et 92 % [31].
Dans le travail prospectif de Zornoza et al. [46],
200 patientes présentant un cancer du sein sans envahissement
ganglionnaire clinique sont incluses. Deux stratégies différentes
sont évaluées : soit un curage systématique indépendamment du
résultat de la TEP, soit l’exérèse du ganglion sentinelle en cas de
TEP négative (suivie d’un curage si celui-ci est envahi). Dans la
première situation, les sensibilité et spécificité sont évaluées à
91 et 100 % alors que, dans la seconde, elles sont
respectivement de 77 et 96 %. Pour les petites tumeurs
présentant à l’évidence un foyer ganglionnaire hypermétabolique,
les auteurs proposent de surseoir à l’étude du ganglion sentinelle
et d’effectuer d’emblée un curage axillaire. Si la TEP est
négative, l’étude du ganglion sentinelle et/ou le curage ne peuvent
pas être évités [46].
Plus récemment, dans un groupe de 236 patientes, Veronesi
et al. [47] calculent une faible sensibilité de la TEP pour la mise
en évidence des ganglions axillaires mais une forte spécificité. À
l’instar de Zornoza, en raison de cette spécificité élevée, ils
proposent d’effectuer directement un curage axillaire (sans étude
préalable du ganglion sentinelle) en cas de ganglion axillaire
hypermétabolique.
D’autres études montrent que la TEP présente des performances
intéressantes pour évaluer le statut ganglionnaire axillaire. Dans
leur travail rétrospectif, Hubner et al. [44] retrouvent même une
sensibilité de 100 %.
Pour autant, la TEP ne peut pas se substituer au curage
chirurgical dont l’intérêt n’est pas seulement diagnostique mais
également pronostique et thérapeutique. Par ailleurs, les études
les plus récentes, effectuées sur des tumeurs primitives de plus
petite taille, retrouvent une sensibilité beaucoup plus faible pour
la détection d’un envahissement axillaire [47-49]. Dans une étude
multicentrique américaine incluant 360 femmes, les
sensibilité, spécificité, valeurs prédictives positive et négative
sont respectivement de 61 % (54 à 67 % selon les centres
d’inclusion), 80 % (79 à 81 %), 62 % (60 à
64 %) et 79 % (76 à 81 %) [50].
La TEP n’apparaît donc pas indiquée pour l’étude du creux
axillaire en cas de tumeur primitive de petite taille traitée par
une chirurgie première. Néanmoins, si elle est effectuée et qu’elle
montre un foyer hypermétabolique du creux axillaire, il faut
probablement surseoir à l’étude du ganglion sentinelle et
programmer d’emblée un curage ganglionnaire. En effet, si elle
manque de sensibilité, elle apparaît très spécifique pour
rechercher un envahissement néoplasique des ganglions
axillaires.
Tableau 2 Principales études évaluant l’intérêt de
la TEP au 18FDG pour l’analyse du creux axillaire
|
Auteurs [références]
|
Nombre de patientes
|
Sensibilité
|
Spécificité
|
Exactitude
|
|
Wahl, 1991 [34]
|
8
|
83%
|
100%
|
88%
|
|
Tse, 1992 [35]
|
10
|
57%
|
100%
|
70%
|
|
Hoh, 1993 [38]
|
12
|
75%
|
~~
|
~~
|
|
Nieweg, 1993 [37]
|
11
|
100%
|
~~
|
~~
|
|
Crowe, 1994 [5]
|
28
|
90%
|
100%
|
95%
|
|
Jacobs, 1994 [39]
|
16
|
100%
|
93%
|
94%
|
|
Avril, 1995 [7]
|
15
|
73%
|
96%
|
~~
|
|
Scheidhauer, 1995 [42]
|
9
|
89%
|
93%
|
94%
|
|
Bassa, 1996 [51]
|
16
|
76%
|
100%
|
81%
|
|
Scheidhauer, 1996 [52]
|
18
|
100%
|
100%
|
94%
|
|
Avril, 1996 [10]
|
51
|
79%
|
96%
|
88%
|
|
Utech, 1996 [53]
|
124
|
100%
|
75%
|
84%
|
|
Adler, 1997 [6]
|
52
|
95 %
|
66 %
|
80 %
|
|
Smith, 1998 [54]
|
45
|
88%
|
97%
|
93%
|
|
Hubner, 2000 [44]
|
22
|
100%
|
100%
|
100%
|
|
Schirrmeister, 2001 [31]
|
117
|
79%
|
92%
|
88%
|
|
Greco, 2001 [8]
|
167
|
94%
|
86%
|
90%
|
|
Barranger, 2003 [48]
|
32
|
20%
|
100%
|
~~
|
|
Fehr, 2004 [49]
|
24
|
20%
|
93%
|
~~
|
|
Wahl, 2004 [50]
|
360
|
61%
|
80%
|
~~
|
|
Zornoza, 2004 [46]
|
200
|
84%
|
98%
|
91%
|
Perspectives de la TEP au 18FDG en sénologie
Évaluation thérapeutique
Smith et al. [55] ont évalué par TEP au 18FDG
l’efficacité de la chimiothérapie néoadjuvante dans un groupe de
30 patientes présentant un cancer du sein localement avancé.
Pour chaque patiente, une TEP a été réalisée après la première, la
deuxième et la cinquième cure. Les auteurs montrent que la réponse
à la chimiothérapie peut être prédite dès la fin de la première
cure avec une sensibilité de 90 % et une spécificité de
74 %. L’intérêt de la TEP précoce dans le suivi des patientes
sous chimiothérapie néoadjuvante est confirmé par deux études
récentes [56, 57] qui montrent qu’une TEP pratiquée dès la deuxième
[56] ou troisième cure [57] de chimiothérapie est prédictive de la
réponse histologique.
De la même manière, pour Schelling et al. [58], la TEP au
18FDG peut prédire précocement la réponse à la
chimiothérapie néoadjuvante. Dans un groupe de 22 patientes,
ces auteurs retrouvent une sensibilité de 100 % et une
spécificité de 85 % [58]. En revanche, dans un groupe de
30 patientes, Mortimer et al. [59] n’ont pas mis en évidence
de relation entre la diminution de la captation du 18FDG
ou du FES (TEP au 16α-[18F]-fluoro-17β-estradiol) et la réponse
tumorale.
Burcombe et al. [60] ont évalué la réponse tumorale chez
10 patientes traitées par une chimiothérapie néoadjuvante. À
l’issue de l’ensemble des cures, aucune patiente n’a présenté de
foyer hyperfixant résiduel. Pourtant, la tumorectomie permet de
retrouver du tissu viable chez 9 femmes (les lésions
résiduelles mesurant de 2 à 20 mm selon les patientes). À
l’inverse, dans un groupe de 50 patientes, Kim et al. [61] ont
montré que le SUV s’abaisse de façon plus importante en cas de
réponse histologique qu’en l’absence de réponse (p < 0,004).
Pour une réduction du SUV de 79 %, la sensibilité et la
spécificité sont respectivement de 85,2 et 82,6 %. Lorsque
88 % est choisi comme seuil de diminution du SUV, la
sensibilité est de 100 % et la spécificité de 56,5 %.
Concernant l’évaluation des autres modalités thérapeutiques, à
notre connaissance, il n’existe pas d’étude s’intéressant
spécifiquement à l’intérêt de la TEP pour montrer l’efficacité de
la chirurgie ou de la radiothérapie. Rappelons qu’il est recommandé
d’attendre environ 3 mois après une chirurgie et 4 mois
après une radiothérapie pour évaluer l’efficacité du traitement.
Rappelons également que la TEP, du fait de sa résolution
insuffisante, est inutile pour rechercher une maladie résiduelle
microscopique.
Au total, l’intérêt de la TEP au 18FDG pour évaluer
la chimiothérapie néoadjuvante est une indication reconnue par la
FDA (Foods and Drug Administration, États-Unis). Pour autant, en
France, si pour certains cancers (LMNH de haut grade…) son utilité
est clairement admise, cela n’est pas le cas pour les tumeurs
mammaires [30]. Personne ne peut dire clairement à partir de quelle
diminution d’intensité de la fixation la thérapeutique peut être
jugée comme efficace. Il apparaît vraisemblable que ce problème de
quantification est difficile à déterminer de façon absolue étant
donné le nombre de paramètres devant être pris en compte :
type de chimiothérapie, nombre de cures effectuées, délais par
rapport à la cure, biologie de la tumeur, histologie de la tumeur,
quantité de radiotraceur injectée, etc. Pour certains, il
serait plus pertinent d’utiliser des traceurs plus spécifiques de
la prolifération tumorale que le 18FDG. À l’avenir, la
3’-désoxy-3’-[18F]-fluorothymidine (FLT) pourrait être intéressante
dans cette indication. Par ailleurs, la place de la TEP par rapport
à l’IRM, technique également performante dans cette indication,
mérite d’être précisée.
Facteurs pronostiques
Dans leur étude, Vranjesevic et al. [62] ont suivi par TEP et par
imagerie conventionnelle 61 femmes traitées pour un cancer du
sein. Le bilan d’imagerie a été effectué en moyenne à
0,4 année après la fin du traitement (minimum : 0
année ; maximum : 16 années). Les données des différents
examens sont confrontées à la surveillance. Les courbes de
Kaplan-Meier montrent que la survie sans récidive apparaît
significativement différente selon que la TEP est positive ou
négative (log-rank test = 0,001).
En évaluation préthérapeutique, Inoue et al. [63] ont effectué
une TEP au 18FDG à 81 patientes. L’intensité de la
fixation du 18FDG (SUVmax) par la tumeur primitive et,
le cas échéant, par les ganglions axillaires (80 % des
patientes ont présenté une hyperfixation axillaire) a été comparée
à la survie sans récidive. Le pronostic apparaît moins bon dans le
groupe présentant un SUVmax élevé (n = 40) que dans le groupe ayant
un SUVmax bas (p = 0,011). Le taux de survie sans récidive est
mesuré à 75 % dans le premier groupe et à 95,1 % dans le
second. La combinaison du SUVmax et de la fixation du
18FDG au niveau de la chaîne axillaire (TEP N+) apparaît
être un facteur pronostique indépendant du T et du N clinique. Les
patientes présentant un SUVmax élevé associé à un foyer
hypermétabolique du creux axillaire ont clairement présenté un
moins bon pronostic que les autres (p < 0,001). Les survies sans
récidive à 5 ans ont été respectivement de 44,4 et 96,8 %
[63].
Ces résultats suggèrent que la TEP au 18FDG pourrait
être utile pour l’évaluation pronostique. Ils demandent à être
confirmés par de nouvelles études.
Conclusion
La TEP au 18FDG n’est pas recommandée pour la
caractérisation d’une lésion mammaire. Outre la petite taille
tumorale, les causes de faux négatifs sont essentiellement
représentées par les formes histologiques lobulaires, les tumeurs à
faible prolifération, les tumeurs de bas grade et les lésions bien
différenciées. Les causes de faux positifs sont essentiellement en
rapport avec des phénomènes inflammatoires et/ou infectieux.
Pour des raisons similaires, la TEP au 18FDG ne peut
pas se substituer à l’analyse anatomopathologique du creux
axillaire.
En revanche, pour l’évaluation initiale du cancer du sein
localement avancé (lésion primitive étendue, sein inflammatoire, N+
axillaire…), elle permet de préciser l’envahissement locorégional,
notamment au niveau de la chaîne mammaire interne, et de rechercher
des métastases à distance. Elle devrait être effectuée
systématiquement avant un traitement néoadjuvant, chez les femmes
présentant une tumeur mammaire localement évoluée. Sa sensibilité
apparaît néanmoins faible pour les lésions secondaires de petite
taille et les métastases osseuses de forme blastique, pour
lesquelles les performances de la scintigraphie aux bisphosphonates
sont supérieures.
Pour évaluer l’efficacité d’une chimiothérapie, les données de
la littérature n’apparaissent pas suffisantes pour recommander
l’utilisation de la TEP de façon systématique. Plusieurs questions
restent en suspens : À partir de quel niveau de baisse de la
fixation doit-on retenir l’efficacité du traitement ? Quelle
est la place de la TEP par rapport à l’IRM ? D’autres traceurs
plus spécifiques de la prolifération tumorale que le
18FDG (comme la FLT) doivent-ils être
utilisés ?
Pour la recherche d’une récidive locorégionale ou à distance,
les performances de la TEP au 18FDG sont très
intéressantes, y compris en cas de normalité du bilan biologique.
Son impact sur la prise en charge thérapeutique est indéniable et
semble estimé à au moins 20 %. La TEP au 18FDG
pourrait enfin avoir un intérêt pronostique mais les données de la
littérature n’apparaissent pas suffisantes pour définir son rôle
dans cette indication.
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