ARTICLE
Auteur(s) : Laurent Chiche, Edouard
Kieffer
Service de Chirurgie Vasculaire, CHU Pitié-Salpêtrière, 75651
Paris cedex 13, France
Le tronc artériel brachiocéphalique (TABC), l’artère carotide
primitive (CP) et l’artère sous-clavière (SC) gauches, prenant
directement naissance sur la crosse aortique, sont sur le plan
strictement anatomique les seuls véritables troncs supra-aortiques
(TSA). Egalement destinées au membre supérieur ou à l’encéphale et
atteintes de lésions identiques, les artères SC et CP droites sont
naturellement regroupées avec les précédentes. Elles en partagent
les problèmes chirurgicaux. Anatomiquement, on décrit à chaque TSA
un segment thoracique, parcourant le médiastin antérieur, et un
segment cervical. Selon les affections considérées, l’un et/ou
l’autre segment peuvent être le siège de lésions strictement
occlusives, anévrysmales ou mixtes.Nous détaillons ici les
caractéristiques de ces différentes affections en précisant chaque
fois que possible la topographie préférentielle et le type
d’atteinte, occlusive, anévrysmale ou mixte, des lésions qu’elles
déterminent au niveau des TSA.
Lésions acquises
Athérosclérose
L’athérosclérose est la principale cause de lésions occlusives des
TSA [1, 2]. Sa survenue, moins fréquente que dans les autres
territoires (aorto-iliaque, membres inférieurs, carotides
internes), est conditionnée par l’existence des facteurs de risque
cardiovasculaire habituels (hypertension artérielle,
hypercholestérolémie, diabète, tabac, etc). L’atteinte des TSA
s’observe comme en pathologie aorto-iliaque à partir de la
cinquième décennie. La prédominance masculine semble moins marquée
que pour les autres territoires. La découverte de lésions
occlusives athéroscléreuses des TSA doit faire rechercher d’autres
localisations artérielles de la maladie, concernant notamment les
artères carotides (figure 1),
vertébrales et coronaires, l’aorte abdominale et ses branches à
destinée viscérale ou des membres inférieurs [3]. Quelle que soit
leur localisation, les lésions sont d’étendue variable, allant du
simple diaphragme ou du bourgeon pariétal à des lésions
pluricentimétriques restant cependant presque toujours segmentaires
(figure 2).
Elles réalisent des sténoses centrées ou excentrées, plus ou moins
serrées, aboutissant à terme à l’occlusion (figure 3). Leur
nature lisse et régulière ou inversement ulcérée et anfractueuse, à
fort potentiel emboligène (figure 4), doit être
précisée par le bilan d’imagerie et conditionne en partie
l’attitude thérapeutique.
Les lésions occlusives athéroscléreuses des TSA représentent
habituellement la continuité directe d’une lésion aortique. Les
lésions observées au niveau du TABC et de l’artère SC gauche ont
tendance à s’étendre en distalité, jusqu’à la bifurcation du TABC
ou jusqu’à la naissance de l’artère vertébrale gauche,
respectivement. En revanche, l’atteinte de l’artère CP gauche reste
le plus souvent ostiale. A droite comme à gauche, les artères CP
sont effectivement classiquement épargnées par l’athérosclérose,
hormis dans leur segment ostial et au niveau de leur bifurcation.
Parfois, une épaisse plaque athéroscléreuse tapisse l’ensemble de
la convexité de la crosse aortique et déborde sur l’ostium de
chaque TSA proximal, réalisant un « syndrome du dôme
aortique » (figure 5). Respectant
le segment médiastinal moyen et cervical des artères concernées,
ces lésions sont accessibles à une endartériectomie par voie
trans-aortique. Les lésions des troncs communs unissant le TABC et
l’artère CP gauche franchissent habituellement l’ostium de chaque
artère. Les lésions athéroscléreuses diffuses, multipédiculées,
intéressant tant les TSA proximaux que les artères CP moyennes et
les SC post-vertébrales sont rares et surviennent plus volontiers
chez des malades âgés, hypertendus et diabétiques (figure 6).
Les anévrysmes athéroscléreux, ou dégénératifs, des TSA
intéressent principalement leur segment médiastinal. Fusiformes ou
sacciformes, ils peuvent être associés à un anévrysme de la crosse
aortique. Parmi 73 malades opérés d’un anévrysme des TSA à la Mayo
Clinic [4], l’athérosclérose a été l’étiologie la plus fréquente
dans l’ensemble de la série (28,8 %), dans les anévrysmes du
TABC (66,7 %) et dans ceux du segment proximal des artères SC
(34,1 %). Pour notre part [5], nous avons rapporté 6
anévrysmes dégénératifs parmi 27 anévrysmes du TABC et observé une
prédominance d’anévrysmes dus à la maladie de Takayasu (7 cas),
infectieux ou syphilitiques (7 cas), du fait d’un recrutement
particulier de notre service. L’association d’anévrysmes
dégénératifs des TSA et de l’aorte abdominale ne semble pas
fortuite. Le risque de rupture ou d’embolies distales est commun
aux deux localisations. Concernant les TSA, la rupture se fait dans
le médiastin, la plèvre, plus rarement dans la trachée, l’œsophage,
une veine de voisinage ou le péricarde. Les embolies intéressent
principalement l’encéphale ou le membre supérieur.
Maladies inflammatoires et systémiques
Maladie de Takayasu
La maladie de Takayasu est une aorto-artérite inflammatoire de
répartition ubiquitaire et d’étiopathogénie restant inconnue.
Macroscopiquement, il existe au stade actif de la maladie une
importante réaction inflammatoire péri-artérielle, prédominant dans
la media et l’adventice. Cette réaction est responsable de la
formation d’adhérences serrées entre les artères et les structures
voisines. Au stade cicatriciel, la paroi s’entoure d’une gaine
scléreuse périphérique, constituée d’une sclérose adventicielle
faite de trousseaux de tissu collagène épais envahissant la partie
plus externe de la media et enserrant les vasa vasorum. La media,
atteinte au niveau de sa limitante élastique externe, se fragmente
et est à son tour substituée par des lames de sclérose, sièges
d’une néovascularisation aspécifique. Le respect de la limitante
élastique interne permet la distinction entre une maladie de
Takayasu au stade cicatriciel et la forme sous-adventicielle d’une
dysplasie fibromusculaire. L’intima est le siège d’un
épaississement fibro-œdémateux lâche qui contribue à accentuer le
caractère épaissi de l’ensemble de la paroi. Ces altérations
expliquent la nature occlusive de la maladie. La destruction
excessive des composants élastiques de la paroi en d’autres
endroits explique au contraire le développement potentiel
d’anévrysmes.
Les lésions occlusives des TSA au cours de la maladie de
Takayasu constituent la forme la plus classique, à défaut d’être la
plus fréquente, de l’affection. Elles réalisent le syndrome de la
crosse aortique, auquel la description initiale de la maladie était
limitée, associant l’atteinte de la partie moyenne des artères CP
et de la partie post-vertébrale de l’artère sous-clavière (figure 7) [1].
En aval, l’extension au-delà de la bifurcation carotidienne est
rare, alors qu’elle intéresse volontiers les artères axillaires
voire humérales. L’évolution lente des lésions permet
habituellement à une riche circulation collatérale de s’installer.
Les lésions sous-clavio-axillaires restent ainsi le plus souvent
asymptomatiques (« maladie des femmes sans pouls »). Les
lésions occlusives bicarotidiennes sont plus ou moins efficacement
compensées par une suppléance issue des artères vertébrales (figures 8, 9).
Une occlusion extensive des axes à destinée encéphalique peut être
le fait d’une thrombose à partir de lésions proximales. Elle peut
entraîner une ischémie rétinienne ou cérébrale d’origine
hémodynamique, en particulier en cas de lésions des deux carotides
(la vascularisation hémisphérique étant alors totalement dépendante
de la compétence du polygone de Willis). La survenue d’accidents
emboliques est inhabituelle.
Les anévrysmes dus à la maladie de Takayasu sont généralement
proximaux (figure 10). Leur
fréquence est moindre que celle des lésions occlusives avec
lesquelles ils peuvent coexister.
Maladie de Horton
La maladie de Horton est une panartérite inflammatoire subaiguë du
sujet âgé, à cellules géantes, de topographie segmentaire et
plurifocale. Prédominant volontiers dans le territoire céphalique
(branches de la carotide externe), elle est capable de s’étendre à
tous les gros troncs artériels [6]. Le syndrome de la crosse
aortique, où prédomine l’atteinte occlusive des artères
sous-clavières, est un diagnostic différentiel important de la
maladie de Takayasu. Sa fréquence au cours de la maladie de Horton
varie selon les auteurs de 7 % à 16 %.
Les anévrysmes des TSA sont possibles mais rares au cours de la
maladie de Horton. L’atteinte aortique est proportionnellement plus
fréquente. Dans tous les cas, ces anévrysmes doivent être
distingués des anévrysmes non spécifiques dont la survenue est
favorisée par la prise d’une corticothérapie au long cours.
Maladie de Behçet
L’atteinte artérielle est rare au cours de la maladie de Behçet. La
prédominance masculine est unanimement reconnue [7]. D’incidence
vraisemblablement sous-estimée au cours des séries cliniques, en
comparaison avec les séries autopsiques où elles ont été
systématiquement recherchées, les lésions sont soit occlusives,
soit anévrysmales et intéressent plus volontiers les artères SC que
le TABC ou les CP. Au cours de l’étude de 450 malades atteints de
maladie Behçet, ont ainsi été dénombrées 16 lésions artérielles
sous-clavières (13 occlusives, trois anévrysmales), 6 lésions
carotides primitives (deux occlusives, quatre anévrysmales) et deux
lésions occlusives du TABC [8]. Les lésions occlusives passent,
comme cela est observé au cours de la maladie de Takayasu par une
phase active inflammatoire, durant laquelle un infiltrat de
neutrophiles, lymphocytes, plasmocytes, parfois d’éosinophiles et
de cellules géantes prédomine dans la media et l’adventice, puis
par une phase cicatricielle marquée par l’épaississement fibreux
des deux tuniques.
La majorité des anévrysmes sont comme au niveau aortique des
faux-anévrysmes, liés à une perforation à l’emporte-pièce de la
paroi artérielle du fait d’une disparition segmentaire des fibres
élastiques et musculaires et probablement d’une endartérite
oblitérante des vasa vasorum, déterminant une ischémie pariétale
localisée. Ces anévrysmes représentent au cours de la maladie de
Behçet un facteur pronostique péjoratif du fait de leur potentiel
élevé de rupture [9].
Polychondrite chronique atrophiante
La polychondrite chonique atrophiante est une rare connectivite
survenant dans la quatrième décennie et caractérisée par l’atteinte
inflammatoire du tissu cartilagineux. Des lésions artérielles
inflammatoires polymorphes peuvent y être associées dans environ
15 % des cas [10]. Les anévrysmes aortiques, intéressant
l’aorte thoracique et/ou abdominale, sont majoritairement
représentés. Des lésions anévrysmales des TSA, isolées ou étendues
à partir de l’aorte ascendante ou de la crosse, ont rarement été
rapportées. Encore plus exceptionnelles sont les lésions
occlusives. Multiples, elles peuvent réaliser un véritable syndrome
de la crosse aortique et posent le problème du diagnostic
différentiel avec la maladie de Takayasu, ce d’autant que certaines
pathologies associées telles la spondylarthrite ankylosante ou les
entérocolites inflammatoires peuvent être communes aux deux
affections.
Embolies
Les embolies des TSA sont rares mais non exceptionnelles. Le plus
souvent, il s’agit de volumineux emboles fibrino-cruoriques issus
des cavités cardiaques à la faveur d’une valvulopathie arythmogène.
Plus rarement, vraisemblablement parce que le régime de pressions y
régnant est peu propice à l’accumulation de thrombus, les embolies
proviennent de lésions de l’aorte ascendante ou de la crosse
aortique. En raison de son orientation verticale prolongeant celle
de l’aorte ascendante, le TABC est le siège le plus commun de ces
embolies. Sa bifurcation marque le point d’arrêt de l’embole qui,
du fait d’une fragmentation ou d’une mobilisation secondaire peut
ensuite gagner les territoires homolatéraux d’aval, membre
supérieur, vertébro-basilaire ou carotidien (figure 11).
Lorsqu’ils ne réalisent pas une occlusion complète des TSA, les
emboles peuvent longtemps rester asymptomatiques et être découverts
fortuitement.
Infections
Les TSA peuvent être le siège de lésions infectieuses révélées sur
un mode aigu ou chronique par la formation d’un anévrysme (figures 12, 13).
Ces anévrysmes sont rares. Ils sont dits primaires lorsqu’ils
surviennent par voie hématogène sur une paroi artérielle
initialement saine ou siège d’une lésion athéroscléreuse et
secondaire lorsqu’une greffe septique a compliqué l’évolution d’un
anévrysme dégénératif ou d’une reconstruction artérielle préalable.
Les micro-organismes les plus fréquemment représentés dans cette
localisation sont le staphylocoque et l’enterobacter. En cas
d’immunosuppression sont plus volontiers représentés les
salmonelles, l’aspergillus et le candida [11]. Des anévrysmes
infectieux mais aussi aseptiques ont également été rapportés sur
les artères carotides, SC et sur le TABC au cours d’infections par
le VIH [12].
Sans avoir complètement disparu, les anévrysmes syphilitiques
tardifs tels que nous les avons observés 5 fois parmi 27 anévrysmes
du TABC [5] sont devenus exceptionnels du fait de l’enraiement
progressif de cette pathologie. Dans la série de 73 anévrysmes des
TSA issue de la Mayo Clinic [4], une origine infectieuse était
retenue seulement dans deux cas d’anévrysmes carotidiens et dans un
cas d’anévrysme du TABC. Développés plus volontiers de manière
sacciforme plutôt que fusiforme, ces anévrysmes menacent
particulièrement par leur risque de rupture.
Lésions radiques
L’augmentation de la survie des malades traités pour cancer de la
sphère ORL, cancer du sein ou lymphome conduit à prendre en charge
de plus en plus fréquemment des malades atteints d’artérite radique
des TSA. A ce niveau, l’irradiation est susceptible d’engendrer
exceptionnellement des ruptures artérielles ou plus communément des
lésions plus chroniques comme une prolifération myo-intimale
sténosante ou à terme, une thrombose (figure 14) [13]. Dans
le premier cas, la rupture est due à une nécrose transmurale de la
paroi induite par effet direct du rayonnement sur l’endothélium et
parfois favorisée par l’infection et/ou l’inflammation locale(s).
Dans les autres cas, l’irradiation entraîne initialement une lésion
endothéliale particulièrement susceptible au développement d’une
athérogenèse accélérée comprenant une importante participation
fibreuse. Une fibrose régionale, notamment cutanée et musculaire,
est fréquemment associée. Son existence et la présence éventuelle
d’une trachéostomie à proximité ou d’un évidement ganglionnaire
cervical compliquent le traitement chirurgical.
Les lésions des artères carotides sont probablement le plus
souvent rapportées dans la littérature concernant les artérites
radiques. Siégeant au milieu d’un territoire régulièrement irradié,
l’artère CP, habituellement épargnée par les lésions
athéroscléreuses, est particulièrement sujette à ce type de
lésions. Heureusement rare, la rupture carotidienne survient dans
les 8 et 16 semaines suivant la radiothérapie, surtout par
neutrons, souvent mais pas toujours chez des malades opérés. Un
antécédent associé de chimiothérapie serait favorisant. Les lésions
occlusives carotidiennes surviennent en revanche des années après
l’irradiation. Dans des cas extrêmes, des lésions radiques de
l’artère SC ont pu être observées jusqu’à 42 ans après
l’irradiation [14]. Un antécédent d’irradiation favoriserait le
développement secondaire de lésions athéroscléreuses chez des
malades volontiers dyslipidémiques âgés en moyenne de 10 ans
de moins que ceux n’ayant pas été irradiés [15]. Enfin
l’irradiation constitue également un terrain propice à la survenue
tardive d’anévrysmes infectieux ou au développement précoce, trois
semaines après l’irradiation et à la faveur d’une chimiothérapie et
d’une intubation trachéale associées, de fistules entre le TABC et
la trachée.
Lésions d’origine mécanique
Plicatures
Du fait d’un tassement vertébral progressif, et d’autant plus
volontiers qu’existe une hypertension artérielle ou une déformation
rachidienne marquée, une plicature des TSA s’observe couramment
chez les sujets âgés [1]. Au plan mécanique, ces conditions
favorisent la surélévation de la crosse aortique. Un allongement
relatif des TSA, notamment des artères carotides et vertébrales
extra-crâniennes respectivement fixées en distalité à la base du
crâne et à l’entrée du canal transversaire, en est la principale
conséquence. Cet allongement, initialement responsable de la
formation d’une boucle harmonieuse, produit à terme une plicature
parfois fibreuse mais rarement significative hémodynamiquement en
l’absence de lésion athéroscléreuse associée. Le TABC et le segment
initial de l’artère CP droite sont les localisations
préférentielles des plicatures. L’artère SC gauche prévertébrale
est habituellement respectée. La palpation d’une masse pulsatile
sus-claviculaire, cervicale basse ou développée en arrière de la
fourchette sternale, correspondant à l’ascension et au déroulement
de ces artères, peut dans tous ces cas faire suspecter à tort la
présence d’une formation anévrysmale.
Compressions extrinsèques
La compression de l’artère SC au cours de sa traversée du défilé
thoracobrachial peut être le fait d’éléments musculo-ligamentaires
(défilé des scalènes) et/ou osseux. Une côte cervicale de longueur
variable, une anomalie congénitale de la première côte ou une
anomalie acquise, traumatique ou non de la clavicule ou de la
première côte sont les éléments osseux les plus fréquemment
incriminés. Dans certains cas, seul le trajet artériel est modifié,
aboutissant à une simple surélévation qui rend l’artère SC palpable
dans le creux sus-claviculaire. L’empreinte de l’élément compressif
appliqué de manière chronique sur la paroi détermine secondairement
une sténose fibreuse de sévérité variable. A terme surviennent une
dilatation poststénotique puis un véritable anévrysme de l’artère
SC post-scalénique (figure 11). Il ne semble
pas exister de corrélation entre la sévérité de la sténose et le
diamètre de la dilatation poststénotique. L’hyperpression, l’effet
probable de cavitation et de jet, l’augmentation des contraintes
tangentielles et l’existence de turbulences en aval de la sténose
sont les différents mécanismes proposés pour expliquer la genèse de
la dilatation. Le traitement des anévrysmes sous-claviers ainsi
formés s’impose principalement en raison de la présence
quasi-systématique d’ulcérations pariétales, potentiellement
responsables de complications thromboemboliques dans le membre
supérieur homolatéral mais aussi du fait de possibles compressions
neurologiques et veineuses liées à leur taille.
La compression des TSA par une fibrose médiastinale d’origine
tuberculeuse ou idiopathique est rare, comparée au risque de
compression artérielle pulmonaire dans ces cas.
Tumeurs
La simple compression des TSA par une volumineuse tumeur développée
dans le médiastin antérieur ou moyen (thymome, lymphome…) est le
plus souvent asymptomatique en l’absence d’envahissement pariétal
tumoral [16]. Les apparentes sténoses, liées au refoulement et/ou à
l’étirement des TSA dans ces cas, cèdent habituellement après
réduction chirurgicale ou radio-chimiothérapique du volume tumoral.
L’envahissement tumoral des TSA, et principalement de l’artère
SC au cours des cancers de l’apex pulmonaire est classique au cours
des tumeurs très évoluées [17]. La tumeur gagne progressivement la
paroi artérielle en franchissant l’adventice puis la media. Cet
envahissement est principalement le fait de tumeurs malignes. Il
peut également être observé sur l’ensemble des TSA au cours de
l’évolution des rares tumeurs pseudo-inflammatoires.
Enfin, exceptionnelles sont les tumeurs primitives des troncs
supra-aortiques. Un cas de faux-anévrysme de l’artère SC a ainsi
été identifié comme étant finalement un léiomyosarcome [18].
Traumatismes
Des traumatismes ouverts et fermés, exercés sur la partie haute du
thorax ou à la base du cou sont susceptibles d’engendrer des
lésions des TSA [19]. Il peut s’agir de ruptures complètes ou
partielles, sous-adventicielles, de désinsertions ou de
dissections. Dans les rares cas où les trois tuniques artérielles
sont rompues, une hémorragie médiastinale, intra-pleurale ou
extériorisée impose l’intervention en urgence ou conduit rapidement
au décès du malade. Dans d’autres cas, l’urgence hémorragique est
au second plan grâce à la conservation d’une intégrité
adventicielle suffisante pour contenir l’hématome, à la survenue
d’une occlusion artérielle ou d’une fistule artério-veineuse
réduisant la spoliation sanguine. L’hypotension artérielle relative
au choc hémorragique initial participe également à stabiliser au
moins temporairement l’hémorragie. Un faux-anévrysme développé
insidieusement peut être révélé tardivement par une complication
hémorragique, embolique, thrombotique, par l’existence d’une
compression locale ou par une fistulisation aux structures
environnantes.
Traumatismes fermés
Les traumatismes fermés des TSA sont toujours en rapport avec un
mécanisme violent. Le siège des lésions artérielles dépend assez
étroitement de ce mécanisme [1]. Le TABC est le plus souvent
concerné, principalement exposé au cours des décélérations
verticales, des compressions thoraciques ou de mouvements associant
une rotation et une hyperextension cervicale brutales. Soumise à
une hyperextension forcée, son origine se désinsère de la crosse
aortique et seule la résistance de l’adventice permet au traumatisé
d’espérer être pris en charge. L’artère SC gauche, la plus
postérieure sur la crosse aortique, est la seconde artère la plus
fréquemment lésée. La zone de faiblesse est ici le segment moyen
intra-médiastinal. Les lésions de l’artère CP gauche sont beaucoup
plus rares, du fait de sa situation plus centrale sur la crosse qui
lui confère schématiquement une fonction d’axe de rotation. Son
atteinte, rarement isolée, suppose un traumatisme particulièrement
violent ou associant plusieurs axes de décélération et/ou rotation.
Dans tous les cas, la rupture des TSA intra-thoraciques doit faire
systématiquement rechercher une lésion associée de la crosse
aortique ou de l’isthme.
Les lésions par traumatisme fermé du segment cervical des TSA
sont plus volontiers secondaires à une contusion directe. Les
artères CP cervicales sont ainsi exposées aux coups directs, aux
strangulations et à la compression brutale par une ceinture de
sécurité mal positionnée. Ce type de mécanisme explique que ces
lésions sont habituellement isolées. Le segment cervical des
artères SC est exposé aux contusions directes de l’épaule,
auxquelles s’associe souvent une fracture claviculaire ou costale,
et aux étirements brutaux du membre supérieur (figure 15). Les segments
rétro ou immédiatement post-scaléniques sont le plus souvent lésés.
La recherche d’un traumatisme associé du plexus brachial est
systématique.
Traumatismes ouverts
Les traumatismes ouverts des TSA, secondaires à des plaies par arme
blanche, par arme à feu ou par éclats, sont le plus souvent mortels
d’emblée ou rapidement par hémorragie intra-pleurale ou plus
rarement intra-péricardique. A l’étage cervical, ils s’accompagnent
fréquemment d’un hématome cervical compressif, voire d’une plaie
trachéale, responsables de complications respiratoires aiguës.
Rarement, une plaie artérielle méconnue peut évoluer vers
l’occlusion artérielle, la constitution d’un faux-anévrysme ou
d’une fistule artério-veineuse chronique.
Traumatismes iatrogènes
De nombreux actes diagnostiques ou thérapeutiques sont susceptibles
d’entraîner un traumatisme des TSA. Les gestes les plus fréquemment
incriminés sont les tentatives de cathétérisme cervical veineux ou
artériel [20], les biopsies sous médiastinoscopie, les
interventions pour curage ganglionnaire, la chirurgie de la
clavicule, de la thyroïde (goitres plongeants surtout) ou la
chirurgie cardio-thoracique (figure 16). Le traitement
endovasculaire de lésions occlusives ou anévrysmales de l’artère SC
peut également être la cause d’une rupture artérielle [21].
Les fistules entre la trachée et le TABC chez les malades
trachéotomisés sont potentiellement gravissimes [22]. Elles doivent
faire l’objet de mesures préventives et méritent une description
plus approfondie. Elles compliquent en moyenne 0,3 % des cas
de trachéotomie. Leur incidence est maximale, restant inférieure à
1 % chez les malades ayant une lésion cérébrale. Elles
expliquent 10 % des cas d’hémorragie post-trachéotomie, qui,
fort heureusement sont initialement modérées mais répétées et
laissent le temps de traiter le malade avant la survenue d’une
hémorragie cataclysmique. Les fistules sont favorisées par la
naissance du TABC à gauche de la trachée, surtout lorsque son
trajet est situé haut dans le médiastin, et par une surinfection
des voies respiratoires. Une corticothérapie, un diabète, une
malnutrition, modifiant la résistance de la muqueuse trachéale et
une hypotension artérielle prolongée, en modifiant la pression de
perfusion, constituent avec la notion d’une radiothérapie
antérieure ou concomitante les autres facteurs favorisants. Les
fistules les plus précoces ont été observées dès la
quarante-huitième heure suivant la mise en place de la canule. Les
plus tardives surviennent après plusieurs mois. Le pic de fréquence
se situe entre la première et la deuxième semaine, 75 % des
malades développant une fistule dans les trois semaines suivant la
mise en place de la canule. Le mécanisme observé dans deux tiers
des cas est une nécrose ischémique de la paroi antéro-latérale de
la trachée au contact du ballonnet ou de la pointe de la canule de
trachéotomie. Une surveillance stricte de la pression de gonflement
du ballonnet, un positionnement correct du bec de la canule, dont
la taille doit être adaptée à la corpulence du malade et l’absence
de manipulation intempestive de celle-ci devraient permettre d’en
éviter la survenue. Dans un tiers des cas, la fistule est liée à
l’ulcération de la trachée puis du TABC par le coude de la canule.
Les malades jeunes, chez qui le TABC est plus étendu, ou ceux ayant
eu une trachéotomie basse, située sous le quatrième anneau
trachéal, sont les plus exposés. L’utilisation d’une canule
faiblement concave, introduite au niveau du premier ou deuxième
anneau trachéal, prévient en théorie ce type de complication.
Lésions d’origine constitutionnelle ou congénitale
Lésions d’origine constitutionnelle
Des lésions rares d’origine constitutionnelle, secondaires à une
altération du tissu pariétal, élastique et/ou nerveux peuvent
intéresser les TSA.
La dysplasie fibromusculaire, dont l’étiopathogénie reste
imprécise, est responsable de lésions occlusives qui, au niveau des
artères à destinée encéphalique, affectent préférentiellement le
segment moyen de l’artère carotide interne extra-crânienne et plus
rarement l’artère vertébrale [23]. Plus exceptionnellement peuvent
être observés des lésions occlusives ou des anévrysmes de l’artère
SC [24, 25]. Ces lésions peuvent être isolées ou associées à des
localisations artérielles rénales, digestives ou iliaques de la
maladie ou à la présence d’un anévrysme intra-crânien. Une artère
sous-clavière rétro-œsophagienne (ASCRO) peut également être le
siège de lésions fibrodysplasiques [26].
Les dissections spontanées des TSA ne sont pas exceptionnelles
[16, 27]. Elles représentent habituellement l’extension d’une
dissection intéressant l’aorte ascendante ou la crosse aortique
(figure 17). Les
dissections spontanées isolées des troncs supra-aortiques,
survenant en l’absence d’atteinte aortique ou de facteur
traumatique déclenchant, sont rares et s’intègrent le plus souvent
dans le cadre de dystrophies congénitales du tissu élastique. La
forme anévrysmale des dissections prédomine sur la forme
occlusive.
Des lésions occlusives des TSA peuvent être exceptionnellement
observées au cours de la neurofibromatose de von Recklinghausen.
Accompagnant les manifestations tumorales cutanées ou neurologiques
et des anomalies du système musculo-squelettique, ces lésions sont
liées à l’inclusion de neurofibromes au sein de la paroi
artérielle.
Enfin, des anévrysmes ou faux-anévrysmes des TSA,
particulièrement de l’artère SC, peuvent également être observés au
cours de l’évolution d’un syndrome d’Ehlers-Danlos de type IV, d’un
syndrome de Marfan ou d’une médianécrose kystique [28].
Lésions congénitales
Les anomalies et variations anatomiques des TSA sont nombreuses.
Seules celles observées chez l’adulte justifient d’être décrites
dans cette revue.
Artère sous-clavière rétro-œsophagienne
Une ASCRO est décrite chez environ 0,5 % de la population
générale. Elle correspond à une anomalie d’involution du quatrième
arc aortique situé du côté opposé à celui qui devient la crosse
aortique. Une description complète de son embryologie et de ses
conséquences cliniques outrepasseraient le cadre de cette revue.
Schématiquement, quatre situations cliniques peuvent être
rencontrées [29].
La compression œsophagienne par une ASCRO, connue sous le terme
« dysphagia lusoria », est classique. Elle peut se
manifester dès l’enfance mais c’est habituellement à l’âge adulte
qu’elle apparaît ou devient plus invalidante. Elle semble plus
fréquente lorsque existe un tronc bicarotidien.
L’ASCRO peut être le siège d’une lésion occlusive ou plus
fréquemment d’un anévrysme. Ces anévrysmes occupent le plus souvent
la base d’implantation de l’artère sur l’aorte. Ils peuvent y être
développés à partir d’un diverticule de Kommerel, dilatation de la
partie initiale de l’ASCRO qui correspond à un résidu de la partie
postérieure du quatrième arc aortique.
D’autres anomalies anatomiques, telles l’hypoplasie du système
vertébro-basilaire ou une entrée en C7 de l’artère vertébrale dans
le canal transversaire, sont parfois associées à une ASCRO. La
découverte d’une ASCRO au cours du bilan d’une insuffisance
vertébro-basilaire peut donc conduire à dépister ces anomalies.
Enfin, la présence d’une ASCRO peut compliquer le traitement
d’autres lésions aortiques, coarctation isthmique, anévrysme
spontané ou traumatique, dissection.
Autres anomalies congénitales
Il s’agit de l’isolement (figure 18), l’atrésie ou
la sténose congénitale du TABC ou de l’artère SC dont les
conséquences ischémiques équivalent à celles des lésions occlusives
acquises. L’isolement correspond à l’involution de l’arc aortique
de part et d’autre de l’artère concernée. Toujours situé du côté
opposé à la crosse aortique, il concerne plus volontiers l’artère
SC que le TABC. L’atrésie et la sténose congénitale peuvent
concerner une artère SC normalement positionnée, une ASCRO ou le
TABC. Une coarctation isthmique, voire une hypoplasie de la crosse
aortique, s’y associent volontiers. Exceptionnellement ont
également été rapportés des anévrysmes congénitaux de l’artère SC
[30].
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