ARTICLE
Auteur(s) : Mathurin Flamant,
Arnaud Bourreille
Institut des Maladies de l’Appareil Digestif, CHU Hôtel-Dieu 1,
place Alexis Ricordeau, 44093 Nantes Cedex
La maladie de Crohn (MC) est une maladie inflammatoire chronique
intestinale caractérisée par une inflammation à la fois muqueuse et
transmurale du tractus digestif. Elle peut affecter l’ensemble des
segments intestinaux. Le diagnostic de la maladie repose sur un
faisceau d’arguments cliniques, biologiques, endoscopiques,
histologiques et radiologiques. Près de 80 % des patients
atteints de MC ont une atteinte de l’intestin grêle, siégeant pour
la grande majorité des cas, dans l’iléon distal [1]. La coloscopie
avec iléoscopie et la réalisation de biopsies multiples en zone
saine et inflammatoire est actuellement la méthode de référence
pour le diagnostic de la maladie. Toutefois, cet examen ne permet
pas d’explorer l’ensemble de l’intestin grêle. Les techniques
standards d’exploration du grêle, entéroscopie et plus récemment
entéroscopie double ballon, sont des examens invasifs réservés à
des centres experts, au moins pour l’entéroscopie double ballon.La
vidéo-capsule endoscopique (VCE), dont les premières images ont été
publiées en 2000, a tout d’abord été évaluée dans la recherche d’un
saignement occulte du tube digestif après la réalisation d’un bilan
endoscopique standard normal [2]. La capsule de 11 mm de
largeur et 26 mm de longueur permet l’enregistrement de 2
images par secondes, sur un champ de 140°, pendant 7 heures
(durée de vie de la batterie intégrée). Elle est propulsée par le
transit physiologique du tube digestif. Les données enregistrées
sont transmises par radiofréquence et enregistrées dans un boîtier
porté à la ceinture du patient. Les signaux sont transformés en
images grâce à un logiciel informatique et analysés par un
gastroentérologue. La capsule ne permet pas de différencier avec
précision le jéjunum de l’iléon. Seules la portion initiale du
duodénum et la première image cæcale constituent des repères
anatomiques précis. L’absence de visualisation du cæcum lors de
l’enregistrement ne permet pas de calculer la durée du transit du
grêle (TG) et impose la réalisation d’un cliché d’abdomen sans
préparation afin de s’assurer de l’absence de stagnation de la
capsule dans le grêle [3].Les indications de l’examen par VCE au
cours des maladies chroniques inflammatoires intestinales sont
rapportées sur la ( figure 1 ).Chez
l’enfant, l’examen n’est pas contre-indiqué mais il peut exister
quelques difficultés techniques (difficulté d’ingestion ;
réduction de la surface abdominale pour la disposition des
électrodes ; port de la batterie à la ceinture difficile…)
[4]. Les indications sont identiques chez l’enfant et chez
l’adulte : maladie inflammatoire, saignement occulte du tube
digestif, recherche de polypes ou tumeurs.Initialement
contre-indiquée, l’existence d’un pacemaker n’est plus un frein à
la réalisation de la VCE. En effet, il a été démontré qu’il
n’existait aucune interférence avec le système de radiofréquence
permettant l’enregistrement des images [5].La gastroparésie peut
être un facteur limitant en retardant l’entrée de la VCE dans le
duodénum. Compte tenu de la durée de vie de la batterie, la
stagnation de la capsule dans l’estomac pendant plusieurs heures
peut être à l’origine d’un enregistrement incomplet de l’intestin
grêle. Des techniques visant à limiter le temps de passage
gastrique ont été tentées : l’érythromycine, utilisée par
certaines équipes, pourrait accélérer la vidange gastrique et
permettre un enregistrement complet du grêle. Cependant, les
données publiées sont contradictoires [6, 7]. D’autres propositions
sont de positionner la VCE dans le duodénum par voie endoscopique
après ingestion par le patient [8, 9].La sténose digestive est la
contre-indication majeure de l’examen car elle expose au risque de
rétention de la capsule en amont et parfois au recours à une
intervention chirurgicale. Une rétention se définit par la présence
de la VCE dans le tractus digestif au moins deux semaines après
l’ingestion. Elle doit être différenciée d’une stagnation
secondaire au transit intestinal [3]. En cas de suspicion de
rétention, une radiographie d’abdomen sans préparation doit être
effectuée à la recherche de la VCE, radio-opaque. L’incidence de
cette complication au cours de l’exploration de la maladie de Crohn
a été évaluée dans plusieurs études [10-15] et est estimée entre 0
et 6,7 % des examens. Elle est différente en fonction du
groupe de patients évalués et notamment du caractère suspect ou
connu de la maladie antérieurement à l’examen (1,2 % versus
5 % respectivement) [3].Le dépistage des sténoses peut être
fait à l’aide d’une capsule factice, ne permettant pas
d’enregistrement d’images. Cette capsule, commercialisée sous le
nom de Patency agile™ est de forme et de taille identiques à la
VCE. Il s’agit d’une capsule composée de lactose marqué au sulfate
de baryum radio-opaque entourant un dispositif de reconnaissance
par radiofréquence. La Patency Agile™ est entourée d’une enveloppe
fenêtrée permettant le passage progressif de liquide digestif et sa
dissolution. Sa dissolution débute après 40 heures, puis est
complète en 80 à 100 heures [16]. L’élimination intacte de la
Patency agile™ dans les quarante premières heures et sans symptômes
cliniques de rétention permet de réaliser une VCE en toute sécurité
dans un second temps. Les études réalisées avec cette capsule
patency rapportent des fréquences d’impaction variables de 0 à
13 %, dépendant essentiellement de la sévérité des sténoses.
En ne considérant que les examens réalisés pour MC sténosante, la
capsule était expulsée sans aucun symptôme dans les 40 premières
heures dans 60 % des cas [17]. Les autres contre-indications
sont rapportées sur la ( figure 2 ).L’examen
par VCE est limité à 7 heures par la durée de vie de la
batterie, ce qui est, dans certains cas, un obstacle à la
visualisation de l’ensemble de l’intestin grêle. L’examen ne permet
pas toujours l’étude de l’iléon distal, en particulier chez les
patients dont le transit est ralenti.De plus, les images du grêle
obtenues par la VCE peuvent être gênées par la présence d’un flux
biliaire permanent, de résidus alimentaires ou de produit de
contraste d’un examen radiologique antérieur. Un délai de
72 heures doit être respecté entre une ingestion de produit de
contraste radiologique et un examen par VCE. D’autre part, la
qualité des images décroît au fur et à mesure de la progression
vers le grêle distal [18]. La préparation à réaliser avant l’examen
est un sujet controversé et n’est actuellement pas standardisée
pour toutes les équipes. La majorité propose une préparation par 1
à 2 litres de polyéthylène glycol (PEG). Toutefois, il semblerait
qu’elle n’améliore ni la qualité des images obtenues, ni la
performance diagnostique. Au contraire, après prise de PEG, le
passage du pylore serait retardé ce qui limiterait l’examen de
l’ensemble du grêle [19].En outre, l’étude du grêle par la VCE est
différée et « passive » : il est impossible de
tourner autour d’une lésion afin de mieux la caractériser,
d’examiner un repli muqueux dans son ensemble ou de réaliser des
biopsies à visée histologique…Enfin, la VCE est un examen coûteux
(1 000 euros environ), non encore remboursé dans certains
pays. Néanmoins, les études coût-efficacité comparant VCE, TG et
coloscopie, démontrent que la VCE est l’examen le moins coûteux dès
que le rendement diagnostique est d’au moins 64 % [20].
Comparaison VCE-examens radiologiques et endoscopiques
Le rendement diagnostique de la VCE au cours des saignements
digestifs inexpliqués par les examens endoscopiques et
radiologiques standards est élevé. Une méta-analyse de Triester
dans cette indication confirme la supériorité de la VCE sur
l’entéroscopie (63 % versus 28 % ; p < 0,00001),
et sur le transit du grêle (67 % versus 8 %,
p < 0,00001) [21].
Au cours des maladies inflammatoires intestinales, la VCE a été
comparée aux examens d’imageries actuellement utilisés chez des
patients ayant une suspicion ou une atteinte avérée de MC (transit
du grêle, scanographie, imagerie par résonance magnétique). L’un
des problèmes inhérents à ces études est l’absence d’un
« gold-standard » permettant le diagnostic de la MC. Dans
la plupart des études, la VCE était donc comparée à la fois au
transit du grêle, au scanner et parfois à l’IRM.
Toutes les études ayant comparé la VCE au transit baryté du
grêle chez des patients connus ou suspects de MC confirment la
supériorité nette de la VCE en terme de rendement diagnostique
(tableau 1)( Tableau 1 )[11, 12,
22-25, 30-32, 37]. Cependant, l’interprétation des résultats est
difficile pour plusieurs raisons. Dans la très grande majorité des
cas, le transit du grêle précédait la VCE et la découverte d’une
sténose serrée ou non, symptomatique ou non (renseignements
inconnus), était une contre-indication à la réalisation de la VCE.
Ces patients étaient alors exclus de l’analyse, ce qui pénalisait
considérablement le rendement diagnostique du TG. Par ailleurs,
chez les patients suspects de MC, la variabilité des critères
d’inclusion était importante d’une étude à l’autre et relativement
peu explicite (douleurs, diarrhées, amaigrissement, inflammation
biologique). Or, la rentabilité de la VCE en cas de douleur
chronique abdominale isolée est faible, puisque selon Bardan et
al., l’examen est normal dans 88 % des cas dans cette
indication [25]. Enfin, aucun score diagnostique n’a été validé, le
diagnostic de MC retenu après la VCE étant à la libre
interprétation des auteurs. L’absence d’un score validé de MC et
adapté à la VCE rend donc l’analyse des publications
difficiles.
D’autres techniques radiologiques standards comme le scanner ou
l’IRM ont été comparées à la VCE chez des patients suspects ou
atteints de MC mais le nombre d’études est plus faible et les
résultats hétérogènes. Elles confirment toutes la supériorité nette
de la VCE sur ces techniques (tableau 2)( Tableau 2 )[13, 18, 26, 28, 30, 32]. Toutefois, les
méthodes d’évaluation étaient différentes d’une étude à l’autre,
comme par exemple la réalisation non systématique d’une entéroclyse
associée au scanner. Cette absence de standardisation entre les
différentes études induit un biais indiscutable. De même, chez les
patients suspects de MC, le diagnostic final de MC par la VCE
reposait sur l’analyse d’images hétérogènes dont le type et la
fréquence dépendaient de l’appréciation subjective des
lecteurs.
Récemment, Triester et al., dans une seconde méta-analyse, ont
regroupé les études principales comparatives (11 études, 309
patients) chez les patients suspects ou atteints de MC [27]. La VCE
était comparée au transit du grêle (9 études, 250 patients), au
scanner ± couplé à l’entéroclyse (3 études, 93 patients), et à
l’IRM (1 étude, 18 patients). Le rendement diagnostique de la
vidéo-capsule endoscopique était supérieur pour chaque méthode
comparée ; transit du grêle : 64 % versus 24 %
(p < 0,001) ; scanner : 69 % versus 30 %
(p = 0,001) ; IRM : 72 % versus 50 %
(p = 0,16). Hormis la comparaison vidéo-capsule endoscopique/IRM,
où l’effectif de patients était faible, les différences observées
étaient toutes significatives. Néanmoins, en ne considérant que les
patients suspects de MC, aucune différence n’était
significative ; transit du grêle 43 % versus 13 %
(p = 0,09) ; scanner 70 % versus 21 % (p = 0,07). En
effet, le nombre de patients dans ce sous-groupe était moins
important et, comme il l’a été dit précédemment, le rendement
diagnostique de la VCE en cas de symptômes évocateurs de MC est
faible [25].
La VCE a été également comparée aux méthodes endoscopiques dans
la détection de lésions en cas de suspicion ou d’atteinte avérée de
MC. Dans sa méta-analyse, SL. Triester souligne la supériorité
diagnostique de la VCE sur l’iléocoloscopie (4 études, 114
patients, 61 % versus 46 %, p = 0,02) et sur
l’entéroscopie poussée (2 études, 84 patients, 46 % versus
8 %, p < 0,001) [27]. Toutefois, il n’existait aucune
différence significative dans le sous-groupe « suspicion de
MC ».
La supériorité de la VCE sur les méthodes radiologiques et
endoscopiques est probablement liée à la possibilité d’examiner le
grêle dans son ensemble. Certains auteurs soulignent l’intérêt de
l’examen pour la détection de lésions jéjunales et iléales
proximales, les lésions iléales distales étant aussi bien détectées
par l’imagerie standard (scanner et IRM) [18, 28]. Cependant, la
localisation précise des lésions visualisées en VCE est
difficile ; elle dépend du temps de transit du grêle, de sa
vitesse de progression, d’une éventuelle stagnation dans un segment
sténosé ou non et de sa facilité à franchir la valvule de Bauhin.
Comme il n’existe pas de transition macroscopique visible entre le
jéjunum et l’iléon, la séparation est artificielle. Elle peut
correspondre pour la première moitié du temps total de transit au
jéjunum et pour la deuxième moitié à l’iléon. Compte tenu de cette
incertitude, il est préférable de séparer le grêle en grêle
proximal et grêle distal [29].
Même si la vidéo-capsule endoscopique paraît être l’examen le
plus sensible pour la détection de lésions de patients atteints de
maladie de Crohn avérée, il n’en reste pas moins de l’intérêt pour
les autres méthodes radiologiques. Ainsi, Albert et al. [30]
soulignent l’intérêt de l’IRM pour la détection de lésions
transmurales de la paroi digestive. L’IRM permet également un
diagnostic précis, et dans le même temps, de fistules anopérinéales
ou de manifestations extra-intestinales de la MC (abcès, fistules,
ganglions lymphatiques mésentériques).
Les lésions observées en vidéo-capsule ne font l’objet d’aucune
classification standardisée et validée. Elles ont été décrites par
les différentes équipes au fur et à mesure des examens. L’absence
de standardisation tant diagnostique que de sévérité explique la
variabilité des résultats observés dans les études de sensibilité
ou de rendement diagnostique au cours de la MC. Les principales
lésions décrites sont les ulcérations (60 %) aphtoïdes ou non,
les érosions (20 %), les zones érythémateuses (10 %),
œdémateuses, les sténoses, les aspects nodulaires et d’hyperplasie
lymphoïde ( (figure 3) )[31, 32].
Les ulcérations aphtoïdes sont fortement évocatrices de la MC mais
non pathognomoniques. Elles peuvent être uniques ou multiples,
localisées aussi bien au niveau jéjunal qu’iléal. Les aspects
d’hyperplasies lymphoïdes et les sténoses inflammatoires sont plus
rares, souvent dépistés par un transit baryté du grêle.
La spécificité de ces lésions observées est discutable. En
effet, 10 % des sujets sains indemnes de toute pathologie et
ne recevant aucun traitement, ont des lésions érosives du grêle
[33]. De plus, la prise d’anti-inflammatoires non stéroïdiens
induit la survenue de lésions érosives ou ulcéreuses dans 16 à
55 % des cas en fonction du type d’anti-inflammatoire utilisé
et doit être prise en compte [33]. Devant la faible spécificité des
érosions isolées, Mow et al. ont retenu la nécessité d’avoir au
moins trois érosions aphtoïdes pour évoquer le diagnostic de MC
mais ce critère reste pour l’instant arbitraire [10].
Si la VCE permet indiscutablement de visualiser plus de lésions
muqueuses que les examens standards, l’impact sur la prise en
charge des patients reste à déterminer. En présence de lésions
compatibles avec une MC sur la VCE, la modification de la prise en
charge des patients était comprise entre 57 et 100 % des cas
en fonction des études [10-12, 23, 31, 34]. Cependant, aucun
critère précis n’avait été défini a priori. Le changement
thérapeutique aurait pu être modifié avec ou sans VCE en raison de
la persistance des symptômes malgré les traitements prescrits
initialement. Par ailleurs, ces études portaient sur des effectifs
faibles de patients non suivis ultérieurement.
Tableau 1 Rendement diagnostique de la VCE et du TG
dans la MC.
|
n
|
Indications
|
VCE (%)
|
TG (%)
|
|
Scapa et al., 2002
|
13
|
Suspicion MC
|
46
|
0
|
|
Fireman et al., 2003
|
17
|
Suspicion MC
|
71
|
0
|
|
Herrerias et al., 2003
|
21
|
Suspicion MC
|
43
|
0
|
|
Eliakim et al., 2004
|
35
|
Suspicion MC
|
77
|
23
|
|
Ge et al., 2004
|
20
|
Suspicion MC
|
65
|
0
|
|
Arguelles-Arias et al., 2004
|
12
|
Suspicion MC
|
58
|
0
|
|
Albert et al., 2005
|
25
|
Suspicion MC
|
92
|
28
|
|
27
|
MC connue
|
93
|
59
|
|
Chong AK et al., 2005
|
21
|
Suspicion MC
|
20
|
0
|
|
22
|
MC connue
|
85
|
19
|
|
Dubcenco et al., 2005
|
39
|
Suspicion MC
|
67
|
20
|
Tableau 2 Rendement diagnostique de la VCE, du scanner
et de l’IRM dans la MC.
|
n
|
Indications
|
Diagnostic par la VCE (%)
|
Diagnostic par TDM/IRM
|
|
Eliakim et al., 2003
|
20
|
Suspicion MC
|
70
|
35/ND
|
|
Eliakim et al., 2004
|
35
|
Suspicion MC
|
77
|
26/ND
|
|
Gölder et al., 2005
|
18
|
Suspicion MC
|
72
|
ND/50
|
|
Albert et al., 2005
|
25
|
Suspicion MC
|
92
|
ND/77
|
|
27
|
MC connue
|
93
|
ND/81
|
|
Hara et al., 2006
|
8
|
Suspicion MC
|
50
|
38/ND
|
|
9
|
MC connue
|
89
|
67/ND
|
|
Volderholzer et al., 2005
|
41
|
MC connue
|
Grêle 61
|
29/ND
|
|
|
|
I. Term 43
|
49/ND
|
Intérêt de la VCE au cours des MICI
Patients naïfs
Plusieurs études ont recherché l’intérêt de la VCE à visée
diagnostique chez des patients ayant des symptômes évocateurs de
MC, essentiellement douleur abdominale, diarrhée et perte de poids.
Les patients avaient tous bénéficié, au préalable, d’un bilan
endoscopique standard comprenant fibroscopie,
coloscopie ± iléoscopie, normal dans tous les cas [11, 12, 31, 32,
35-38]. Le rendement diagnostique de la VCE dans cette indication
est compris entre 43 et 70 %. Cette hétérogénéité des
résultats peut s’expliquer par le faible effectif de chaque étude
(moins de 45 patients) et par la réalisation d’iléoscopies avant la
VCE non systématique pour toutes les équipes. Dans la série
d’Herrerias et al., 81 % des patients avaient eu une
iléoscopie préalable et le rendement diagnostique de la VCE était
de 43 % [11]. Pour Eliakim et al., le rendement diagnostique
était de 77 % mais seulement un quart des patients avait eu
une iléoscopie préalable [32]. D’autre part, les critères
d’inclusions étaient différents d’une étude à l’autre ce qui rend
ces résultats peu interprétables. La conférence de consensus
propose pour les études ultérieures visant à rechercher l’intérêt
de la VCE chez des patients suspects de MC, la présence d’au moins
deux critères parmi : douleur abdominale/diarrhée, anémie par
carence martiale, inflammation biologique, hypoalbuminémie,
manifestations extra-intestinales, histoire familiale de maladies
inflammatoires. Par ailleurs, la présence de symptômes évocateurs
de sténose est un critère d’exclusion [39]. Enfin, comme le propose
l’algorithme décisionnel de la conférence de consensus sur la
stratégie de prise en charge des patients naïfs aux symptômes
évocateurs de MC, l’examen par VCE n’est à réaliser qu’en cas de
bilan endoscopique négatif et en l’absence de signes évocateurs de
sténose ( (figure 4) ).
MICI inclassée endoscopiquement
La VCE a été évaluée au cours des colites inclassées
endoscopiquement ou pour s’assurer de l’absence d’atteinte du grêle
sur certaines rectocolites hémorragiques. Elle permettait, en cas
de colites inclassées de découvrir des lésions évocatrices de MC
lors de 50 % des examens environ [40-42]. Maunoury dans une
étude récente a démontré chez 30 patients ayant une maladie
inflammatoire chronique inclassée, la présence de lésions
jéjuno-iléales chez 5 d’entre eux (17 %). Après seize mois de
suivi, 6 patients pour lesquels la VCE était normale, évoluaient
vers une MC, 1 patient vers une rectocolite hémorragique, 18
patients étaient toujours inclassées [43].
Récidives postopératoires
Une seule étude a comparé la vidéo-capsule endoscopique à
l’iléocoloscopie en postopératoire de la maladie de Crohn. Les deux
examens étaient réalisés à 6 mois d’une résection iléo-cæcale
et avaient pour but de rechercher des lésions de récidives
précoces. Cette étude, menée sur 31 patients, permettait d’observer
une récurrence chez 21 patients (68 %) visualisée pour 19
d’entre eux par l’iléocoloscopie, et pour 13 et 17 patients par les
deux groupes de lecture des VCE. Aucune lésion du grêle proximal
n’était observée à la VCE chez les 10 patients sans récidive. Cette
étude concluait à une meilleure sensibilité et spécificité de
l’iléocoloscopie sur la vidéo-capsule dans la limite des zones
accessibles par l’examen. Cependant, la VCE permettait de dépister
une récidive endoscopique chez 66 et 72 % des patients et
pourrait dans certains cas rendre inutile la réalisation d’une
coloscopie sous anesthésie [29].
Perspectives
De nombreuses perspectives peuvent être envisagées grâce à la
vidéo-capsule. Cette nouvelle méthode de dépistage remet en cause
les pratiques quotidiennes et suscite de nouvelles interrogations…
Quel est l’impact des lésions trouvées sur l’intestin grêle sur
la prise en charge des patients ? Doit-on obtenir la
cicatrisation des lésions après traitement et définir un nouvel
objectif thérapeutique ? Peut-on dépister les patients à haut
risque de récidive postopératoire ? Faut-il en cas de maladie
de Crohn colique, rechercher de façon systématique une atteinte
grêlique associée par une vidéo-capsule ? Qu’attendre de
l’arrivée prochaine de la capsule colique ?
Conclusion
La vidéo-capsule endoscopique est une nouvelle technique
d’exploration du grêle plus sensible que tous les autres procédés
d’exploration et adaptée au diagnostic de MC chez des patients
ayant des symptômes évocateurs et sans anomalies à la coloscopie.
Son impact sur la prise en charge des patients atteints de MICI
reste encore à préciser. Le risque de rétention capsulaire est réel
chez les patients atteints de MC et doit être discuté avant sa
réalisation.
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