ARTICLE
Auteur(s) : Philippe Rousselot
Service d’hématologie et d’oncologie, Hôpital Mignot, 177, rue
de Versailles, 78157 Le Chesnay, France
Les résultats du traitement par imatinib mésylate (IM) chez les
patients atteints de leucémie myéloïde chronique (LMC) sont
actuellement analysés avec un recul de plus de quatre ans. La
survie globale des patients traités est de 92,6 % à
54 mois [1]. Alors qu’à l’époque de l’interféron alpha
recombinant, toute réponse au traitement était bonne à prendre, les
critères de réponse sous imatinib se sont affinés, et pour la
majorité des patients, ce ne sont plus les données hématologiques
ou cytogénétiques qui vont permettre le suivi mais les données de
biologie moléculaire avec la quantification du transcrit BCR-ABL et
la recherche de mutations.Dès lors, comment définir aujourd’hui la
réponse au traitement ? Cela dépend bien sûr de l’objectif à
atteindre, éradication de la maladie (guérison) ou survie sans
progression (contrôle de la maladie résiduelle). Pour ce qui est de
la LMC, les marqueurs classiques de réduction de la masse tumorale,
à savoir la réponse hématologique et la réponse cytogénétique sont
bien corrélés avec la survie globale et cela depuis les résultats
des essais thérapeutiques avec l’interféron alpha [2]. Sous
imatinib, la qualité de la réponse moléculaire est corrélée avec la
survie sans progression. Or, la négativation du signal BCR-ABL
n’est pas obtenue chez la plupart des patients. L’objectif actuel
du traitement par imatinib est donc le contrôle durable de la
maladie résiduelle. Pour les patients ne répondant pas à cette
exigence, en fonction des données de l’étude du mécanisme de
résistance à l’imatinib, les inhibiteurs de tyrosine kinase de
seconde génération, l’allogreffe ou des traitements en phases I-II
pourront être proposés.
Suivi de la réponse au traitement par imatinib
Définition des niveaux de réponse hématologique, cytogénétique
et moléculaire
Les critères à prendre en compte pour évaluer la réponse
hématologique, cytogénétique et moléculaire sont détaillés dans
l’article de Delphine Réa dans ce numéro (pp. 4-10). La réponse
hématologique complète est définie par la disparition des signes
hématologiques de la maladie, à savoir un retour à un taux de
plaquettes inférieur à 450 G/L, un taux de leucocytes
inférieur à 10 G/L, la disparition des cellules granuleuses
immatures circulantes, la réduction de la basophilie à moins de
5 % de la formule sanguine, et cliniquement la disparition de
la splénomégalie.
La réponse cytogénétique est évaluée par l’analyse des cellules
médullaires sur au moins 20 à 30 mitoses. La réponse cytogénétique
complète correspond à la disparition complète des métaphases Ph+ et
la réponse partielle à leur diminution entre 1 et 35 % des
mitoses examinées. Les patients en réponse complète ou partielle
sont aussi dits en réponse majeure (RCM). À l’opposé, la
persistance de plus de 95 % de mitoses Ph+ définit l’absence
de réponse cytogénétique. Entre les deux, on parle de réponse
mineure, qui correspond à la persistance de 36 à 65 % de
mitoses Ph+, et de réponse minime, qui correspond à la persistance
de 66 à 95 % de mitoses Ph+.
Le suivi de la réponse moléculaire par la quantification par PCR
en temps réel du taux de transcrits BCR-ABL a constitué un progrès
majeur dans le suivi des patients atteints de LMC recevant un
traitement ciblé ou une allogreffe. Dans un premier temps, la
multiplicité des techniques et des gènes de référence a rendu
difficile la comparaison d’un laboratoire à l’autre, les patients
étant alors le plus souvent suivis par rapport à leur état de base.
L’étude IRIS d’enregistrement de l’imatinib a permis de définir des
niveaux de réponse moléculaire et surtout de faire avancer le débat
sur les techniques de quantification et le mode d’expression des
résultats [3]. Cet effort a été particulièrement important en
France suite à la centralisation des échantillons de biologie
moléculaire de l’essai SPIRIT (comparaison de quatre modalités
d’administration de l’imatinib en première ligne). Le consensus
européen pour le suivi moléculaire des patients atteints de LMC
recommande l’utilisation des gènes de contrôle ABL, BCR ou GUSB et
propose que les résultats soient exprimés comme le ratio entre le
nombre de copies de BCR-ABL et le nombre de copies du gène témoin.
La conversion des résultats obtenus pour un laboratoire donné vers
le standard international nécessite l’application d’un facteur de
correction en comparant la valeur de la ligne de base du
laboratoire (moyenne de 30 résultats de patients au diagnostic) à
la valeur de référence [4]. Ainsi, les résultats devront être
rendus sous forme de pourcentages : 100, 10, 1, 0,1 %,
etc. La réduction du taux de BCR-ABL/ABL de 3 log correspond à
un BCR-ABL/ABL à 0,1 % après application du facteur de
correction du laboratoire. La réponse moléculaire majeure est ainsi
définie par un ratio BCR-ABL/gène contrôle inférieur ou égal à
0,1 % et la réponse moléculaire complète par un transcrit
BCR-ABL non quantifiable et non détectable.
Calendrier de suivi de la réponse au traitement
Si l’obtention de la réponse complète hématologique est devenue la
règle, l’obtention de la réponse cytogénétique reste un élément
important du suivi, même en 2006. En effet, la corrélation entre
réponse moléculaire et réponse cytogénétique était jusqu’à présent
rendue difficile par l’absence d’harmonisation des résultats de
quantification de BCR-ABL. Il est donc encore recommandé de
contrôler le caryotype médullaire à six mois et à 12 mois de
traitement, puis de six en six mois jusqu’à la réponse
cytogénétique complète [5]. Une fois celle-ci obtenue, l’intérêt
des examens cytogénétiques systématiques est discuté puisqu’ils
sont alors inutiles à l’évaluation de la réponse. Le dépistage
d’évolutions clonales dans le clone Philadelphie négatif rentre
plutôt dans le cadre d’études prospectives, pour le petit nombre de
patients concernés (4 % des patients). La maladie résiduelle
sera donc contrôlée dans le sang en RT-PCR tous les trois mois.
Définition des échecs et des réponses insuffisantes à
l’imatinib
Échec du traitement par imatinib
La réponse au traitement est un processus dynamique qui s’inscrit
dans la durée. Toutefois, les analyses de l’étude IRIS montrent que
plus le temps passe, plus la probabilité d’obtenir une réponse
tardive diminue. On parle alors de résistance primaire au
traitement. Ainsi, l’échec hématologique est défini comme l’absence
de réponse hématologique complète à trois mois, l’échec
cytogénétique comme l’absence de réponse cytogénétique à six mois
(≥ 95 % Ph+), l’absence d’une réponse cytogénétique au moins
partielle à 12 mois (1-35 % Ph+) ou l’absence de réponse
cytogénétique complète à 18 mois (0 % Ph+). La résistance
secondaire correspond à la perte de la réponse, qu’elle soit
hématologique (perte de la RCH, résistance secondaire
hématologique) ou cytogénétique (perte de la RCC, résistance
secondaire cytogénétique) [6].
Réponse suboptimale au traitement par imatinib
Tout en ne répondant pas aux critères d’échec, certains patients
ont une cinétique de réponse au traitement par l’imatinib jugée
trop lente. On parle alors de réponse sub-optimale. Cette notion
s’inspire des résultats de l’essai TIDEL australien pour lequel une
stratégie d’adaptation de la posologie de l’imatinib était adoptée
selon la cinétique de réponse hématologique et cytogénétique [7].
Les résultats de cet essai non randomisé semblent indiquer que les
patients en réponse suboptimale pourraient bénéficier d’une
augmentation précoce de la dose d’imatinib (de 400 mg/j à
600-800 mg/j). Les critères de la réponse suboptimale sont
l’absence de réponse hématologique partielle à trois mois,
l’absence de réponse cytogénétique partielle à six mois, l’absence
de réponse cytogénétique complète à 12 mois et l’absence de
réponse moléculaire majeure (BCR-ABL/ABL ≤ 0,1%) à 18 mois. La
perte de la réponse moléculaire majeure chez les patients en RCC ou
la détection de mutations du domaine kinase de BCR-ABL sont
également des critères de réponse suboptimale [6]. Les critères de
réponse suboptimale sont quelque peu ambigus. En effet, pour les
réponses suboptimales hématologiques ou cytogénétiques, cela
revient à anticiper les critères d’échecs de trois à six mois. Pour
le critère de réponse moléculaire majeure à 18 mois, les
données de l’étude IRIS montrent que la réponse moléculaire
continue à se compléter de la deuxième à la quatrième année, ce qui
incite à suivre la maladie résiduelle dans le temps afin de
s’assurer de la pente lente mais continue de la décroissance du
taux de transcrits BCR-ABL [8].
Situations particulières
La présence d’une anomalie chromosomique au sein du clone
Philadelphie négatif est un événement dont la signification
pronostique n’est pas clairement établie et qui justifie une
surveillance régulière des résultats cytogénétiques [9]. La
détection par FISH d’une délétion del(9q), de pronostic péjoratif
sous interféron, pourrait ne pas être un élément pronostique sous
imatinib mais reste néanmoins à surveiller [10]. Le score de Sokal
garde une valeur péjorative lorsqu’il est élevé (taux de réponse
moindre sous imatinib), mais une fois la réponse obtenue, les
patients avec score de Sokal élevé ont un devenir identique aux
autres patients [11].
Prise en charge des patients résistants
La prise en charge des patients résistants n’est pas encore
codifiée. Les propositions ci-dessous n’ont donc pas valeur de
consensus mais constituent une conduite à tenir argumentée. La
prise en charge des patients résistants comporte deux volets :
d’une part, documenter le mécanisme de résistance, d’autre part,
apporter une réponse thérapeutique adaptée.
Recherche d’un mécanisme de résistance à l’imatinib
Il n’y a pas de mécanisme unique de résistance au traitement par
imatinib. La résistance peut être liée à la modification de la
cible de l’imatinib par mutations ou rarement amplification
(mécanismes de résistance dépendants de BCR-ABL) ou mettre en jeu
la biodisponibilité du médicament, des voies alternes d’activation
et de survie cellulaire (mécanismes de résistance indépendants de
BCR-ABL). La prépondérance d’un mécanisme de résistance donné
dépend du caractère primaire ou secondaire de la résistance ainsi
que de la phase de la LMC au cours de laquelle survient cette
résistance.
En phase chronique de la LMC, les résistances primaires sont
rares (10 à 15 % pour les résistances primaires
cytogénétiques). Parallèlement, près de 50 % des patients ne
sont pas en réponse moléculaire majeure après deux années de
traitement par imatinib à la dose de 400 mg/j [11]. Dans ce
cas de figure, la recherche de mutations du domaine kinase de
BCR-ABL s’avère en règle générale négative chez les patients
traités par imatinib de novo. Dans quelques cas, des anomalies
cytogénétiques sont retrouvées (duplication du Ph+ par exemple).
Les rares cas de mutations concernent des patients n’ayant pas
obtenu de réponse hématologique à trois mois ou des patients en
phase chronique tardive [12]. Pour la majorité de ces patients, le
mécanisme de résistance primaire n’est pas documenté. D’autres
mécanismes de résistance peuvent être à l’œuvre, tels que des voies
d’échappement moléculaire pour la cellule (mécanismes BCR-ABL
indépendants). Certains profils d’expression de gènes détectés sur
les cellules prélevées au diagnostic sont corrélés à l’apparition
ultérieure de la résistance au traitement [13].
Un mécanisme de résistance d’ordre pharmacologique a également
été décrit dans ce type de situation. Il conduit à une moindre
concentration efficace du médicament au niveau de sa cible, qui
peut être documentée par le dosage plasmatique de l’imatinib
circulant. On peut en inférer que la posologie standard de
400 mg/j est insuffisante chez ces patients
« sous-dosés ». L’imatinib agit selon une relation
dose-effet retrouvée in vivo par les études de phase I [14]. Les
dosages de l’imatinib ont montré une corrélation entre un taux
d’imatinib de 500 ng/mL (1 μM) et l’obtention de la
réponse cytogénétique [15]. Les données de l’équipe de Bordeaux
suggèrent que l’obtention d’une réponse moléculaire majeure est
quant à elle subordonnée à l’obtention de taux résiduels du
médicament de l’ordre de 1000 ng/mL (Mahon et al.,
communication personnelle).
En cas de résistance secondaire, on retrouve chez 20 à 30 %
des patients en phase chronique une mutation du domaine kinase de
BCR-ABL et chez environ 30 % des patients une évolution
clonale cytogénétique (essentiellement des duplications du
chromosome Philadelphie, rarement de véritables amplifications de
BCR-ABL). En phase avancée de la maladie, la prévalence des
mutations augmente [16] et rend compte de 60 à 80 % des cas de
résistance.
En France, dans le cadre de du programme STIC (soutien aux
innovations coûteuses), la recherche de mutation est proposée dans
les situations de résistances primaire et secondaire du consensus
européen et également en l’absence de réponse moléculaire majeure
après au moins 12 mois de traitement, en cas d’augmentation du
taux de transcrits BCR-ABL de 0,5 log sur deux examens
successifs à au moins un mois d’intervalle et en cas d’anomalies
clonales Philadelphie négatives.
Traitements de seconde ligne
Inhibiteurs de seconde génération
Les modalités d’interaction de l’imatinib avec sa cible
conditionnent l’apparition des résistances par mutation du domaine
kinase de BCR-ABL. Deux inhibiteurs de BCR-ABL de seconde
génération sont actuellement disponibles, le nilotinib (AMN107,
Desagna, laboratoires Novartis Pharma) et le dasatinib
(Sprycel®, BMS-354825, laboratoires Bristol-Myers
Squibb). Ces deux inhibiteurs présentent des IC50 plus
élevées que l’imatinib (25 fois supérieure pour le nilotinib et 400
fois supérieure pour le dasatinib). Outre une plus grande affinité,
ces inhibiteurs ne sont pas sensibles aux mutations de résistance à
l’imatinib du fait de sites d’interaction différents au sein de la
poche ATP du domaine kinase de BCR-ABL. La seule exception est la
mutation T315I, qui confère une résistance croisée à l’imatinib, au
nilotinib et au dasatinib. Le dasatinib, outre ses propriétés
inhibitrices de ABL, BCR-ABL, c-KIT, PDGFR, qu’il partage avec le
nilotinib, est également un inhibiteur puissant des kinases de la
famille SRC qui sont activées lors des transformations
lymphoblastiques de LMC ainsi qu’au cours des LAL Ph+.
À l’issue des études de phase I, la dose retenue pour le
nilotinib est de 400 mg × 2/j. Chez les patients en phase
chronique tardive, résistants ou intolérants à l’imatinib, le taux
de réponse hématologique est de 92 % (inclus les patients en
RHC et les patients contrôlés sur le plan hématologique mais
présentant des cytopénies liées au traitement). Ce taux passe à
72 % en phase accélérée et à 42 % en phase transformée
(33 % pour les transformations lymphoblastiques et 42 %
pour les transformations myéloblastiques). Les effets secondaires
principaux sont hématologiques (cytopénies, dont 25 % de
thrombopénies de grade 3 ou 4) et extra-hématologiques à type de
rash, de fatigue ou de nausées (15 à 20 % des cas, grade 1 ou
2) et de perturbations du bilan hépatique (élévation des
transaminases, de la bilirubine de grade 3 pour 10 % des
patients) [17].
Une étude comparable a été menée avec le dasatinib, dont la dose
retenue est de 100 à 140 mg/j en deux prises. Le taux de
réponse hématologique global est de 92 % chez les patients en
phase chronique, de 82 % pour les patients en phase accélérée,
de 80 % pour les TA lymphoblastiques ou les LAL Ph+ et de
61 % pour les TA myéloblastiques. Les effets secondaires sont
également hématologiques avec des cytopénies chez près des deux
tiers des patients en phase avancée et chez 50 % des patients
en phase chronique. La toxicité extra-hématologique est marquée par
la survenue d’épanchements pleuraux chez 15 à 20 % des
patients tous grades confondus [18].
Dans les deux études, près de la moitié des patients en phase
chronique et répondeurs obtiennent une réponse cytogénétique
majeure et un tiers une réponse cytogénétique complète.
Imatinib à la dose de 600 à 800 mg/j
Comme nous l’avons vu, il existe un effet dose de l’imatinib,
démontré cliniquement en phase avancée de la maladie et suggéré en
phase chronique par les études de cohortes. La dose de
400 mg/j a été retenue comme la dose à partir de laquelle le
maximum de réponse est observé. Toutefois, et étant donné qu’il n’a
pas été possible de définir strictement une dose maximale tolérée,
la question de la dose optimale d’imatinib reste posée. En phase
accélérée ou blastique, la dose de 600 mg/j est plus efficace
que la dose de 400 mg/j [19]. En phase chronique, des études
de cohortes suggèrent également que les doses supérieures à
400 mg/j (600 à 800 mg/j) seraient plus efficaces quant à
la proportion de patients en réponse cytogénétique complète et en
réponse moléculaire complète à un an [20]. Des études randomisées
sont en cours (essai SPIRIT du groupe FILMC en France et essai
international TOPS des laboratoires Novartis Pharma) pour comparer
de façon randomisée la dose de 400 mg/j à la dose de
600 mg/j et la dose de 400 mg/j à la dose de
800 mg/j respectivement. Ces essais devraient permettre de
documenter rigoureusement la place de l’effet dose en première
ligne.
En seconde ligne thérapeutique, l’augmentation de la posologie
de l’imatinib a également été proposée, mais paradoxalement peu
d’études ont été publiées. En cas de résistance cytogénétique, le
taux de réponse est de 40 à 60 % [21, 22] mais la réponse
n’est durable que pour 50 % des patients. Dans notre
expérience, sur 66 patients ayant une résistance cytogénétique
primaire, 38 % des patients obtiennent une réponse
cytogénétique complète. Cette proportion augmente à 61 % si on
ne prend que les patients ayant une réponse au moins mineure avant
l’augmentation de dose de l’imatinib. La médiane de durée de la
réponse cytogénétique complète n’est pas atteinte (Scheurmayer et
al., manuscrit en préparation).
Homoharringtonine
L’homoharringtonine (HHT) est un ester de l’alcaloïde céphalotaxine
isolé initialement par le National Cancer Institute (NCI) à partir
de feuilles de Cephalotaxus harringtonia, un conifère rare
originaire de Chine. L’intérêt pour ce traitement a été relancé par
la mise au point en 1999 d’un procédé d’hémisynthèse. Une
administration par voie sous-cutanée est possible et efficace [23].
Le schéma préconisé est de 1,25 mg/m2 par
12 heures en injection sous-cutanée par cycles de
14 jours. Au sein du groupe FILMC, une étude pilote a été
menée de l’association de l’HHT + imatinib en cas de résistance
hématologique. Le taux de réponse a été de 73 %, y compris
chez des patients présentant une mutation de résistance à
l’imatinib [24]. Une étude est actuellement en cours qui prévoit
l’administration de cycles d’HHT aux patients en phase chronique,
accélérée ou en transformation myéloblastiques porteurs d’une
mutation de résistance T315I.
Inhibiteurs de la T315I
Des inhibiteurs sont en cours de développement qui conservent leur
activité inhibitrice de BCR-ABL malgré la présence de la mutation
T315I. Il s’agit soit d’inhibiteurs de l’interaction
kinase-substrat, soit d’inhibiteur de l’activité kinase elle-même.
Interféron alfa
L’interféron alfa a été le seul traitement médical permettant
l’obtention de réponses cytogénétiques complètes entre 1980 et
l’avènement de l’imatinib à partir de 1999. À cette époque, les
formes pégylées de l’interféron étaient en cours d’évaluation.
Elles ont vu leur développement stoppé net [25]. Il n’en reste pas
moins que le mécanisme d’action de l’interféron, même s’il reste à
ce jour incomplètement explicité, n’a rien à voir avec le domaine
kinase de BCR-ABL et est donc indépendant des mutations de BCR-ABL.
Les formes d’interféron pégylées (Pegasys®,
Viraféron®) ont été utilisées dans le traitement des
hépatites C où elles ont montré leur bonne tolérance. Les schémas
proposés en association avec l’imatinib dans l’essai SPIRIT [26] ou
dans le traitement de la polyglobulie de Vaquez [27] font appel à
une injection sous-cutanée par semaine à la dose de 45 à
135 μg par injection pour le Pegasys® par exemple.
Greffe de cellules souches hématopoïétiques
Les résultats à long terme de l’imatinib ont fait disparaître
l’indication de la greffe allogénique en première ligne dans la LMC
en phase chronique. De même, l’autogreffe a quasiment disparu sans
avoir pu être évaluée dans un essai randomisé [28]. La
recommandation reste cependant d’effectuer une recherche de donneur
HLA identique dans la fratrie, chez les patients
« jeunes », âgés de moins de 55 ans. Faut-il faire
cette recherche systématiquement ? Il faut reconnaître que
cette mesure n’a jamais été évaluée à l’ère de l’imatinib en termes
de coût-efficacité. Les indications de la greffe allogénique sont
maintenant reléguées en seconde ligne thérapeutique et la place de
l’allogreffe par rapport aux inhibiteurs de seconde génération
devra être précisée.
Stratégie de prise en charge des patients résistants à
l’imatinib
La documentation du mécanisme de résistance est souhaitable chez
les patients résistants à l’imatinib, mais il y a peu de données
disponibles sur une large population de patients, l’étude de
l’équipe de Houston étant une des rares disponibles à ce jour [12].
Un effort important va être consenti en France et en Europe sur les
registres de patients résistants. Le STIC LMC dont nous avons déjà
fait mention sera à la base de la collection des données sur les
patients résistants, puisque le recueil des données intervient en
amont de la découverte des mutations. Le dosage centralisé ou à
tout le moins la centralisation des données sur les dosages de
l’imatinib permettra de confirmer la nécessité ou non d’une
adaptation de la posologie du traitement par imatinib comme c’est
le cas depuis longtemps dans d’autres thérapeutiques. Des études
pharmacogénétiques devraient, si cela était le cas, établir des
profils de patients comme cela a pu être réalisé dans les leucémies
aiguës lymphoblastiques de l’enfant par exemple [29]. Un registre
national des patients résistants est en voie de mise en place, qui
pourra coordonner l’analyse de l’ensemble de ces données et ainsi
contribuer au registre européen du LeukemiaNet.
Résistance primaire à l’imatinib
Il faut ici distinguer l’absence de réponse hématologique à trois
mois, l’absence de réponse cytogénétique à six mois et la
non-obtention d’une réponse cytogénétique majeure à 12 mois ou
complète à 18 mois.
Dans le premier cas de figure, l’augmentation de la posologie de
l’imatinib n’est en règle générale pas efficace, mais avant d’aller
plus avant il faut savoir si le patient prend réellement son
traitement ou encore s’il existe une interaction médicamenteuse
(traitements inducteurs enzymatiques ou des agents qui
interagissent avec l’absorption de l’imatinib comme les agrumes ou
pansements gastriques). La recherche de mutations sera demandée
dans le cadre du STIC si cela est possible et le caryotype
éliminera une évolution clonale cytogénétique. La conduite à tenir
est de proposer un inhibiteur de seconde génération, soit le
dasatinib dans le cadre de son autorisation de mise sur le marché,
soit le nilotinib dans le cadre des essais d’accès étendu ouverts
actuellement en France. La posologie de départ du dasatinib est de
70 mg matin et soir, soit 140 mg/j, en sachant que plus
de la moitié des patients voient leur posologie réduite à
100 mg/j [30]. La posologie de départ du nilotinib est de
400 mg matin et soir, soit 800 mg/j. Les protocoles
d’accès étendu imposent un ECG centralisé une fois par mois pour le
centre investigateur.
Dans le second cas de figure, la recherche de mutations et le
dosage de l’imatinib sont particulièrement importants. En effet, en
l’absence de mutation du domaine kinase de BCR-ABL et si le dosage
montre une exposition insuffisante à l’imatinib, l’augmentation de
posologie a toute sa place. En revanche, en présence d’une mutation
de résistance ou si le dosage est considéré satisfaisant (au moins
supérieur à 500 ng/mL, voire plus de 1000 ng/mL), il
semble préférable de proposer un inhibiteur de seconde génération.
En effet, sous traitement par imatinib, l’apparition d’une mutation
est globalement péjorative et en particulier en cas de mutation
P-Loop [31]. En revanche, sous traitement par nilotinib ou
dasatinib, les mutations de résistance à l’imatinib n’obèrent pas
la réponse à ces inhibiteurs [30]. En cas de mutation T315I, la
résistance est croisée pour tous les inhibiteurs : il faut
alors recourir à la greffe de cellules souches hématopoïétiques
allogénique si elle est possible, soit proposer l’interféron, soit
inclure le patient dans des protocoles de phases I-II ( (figure 1) ).
Résistance secondaire à l’imatinib
Même si dans ce cas de figure la fréquence des mutations explique
la résistance, il ne faut pas négliger le fait que la perte de
réponse est parfois liée à une mauvaise observance du traitement.
De toute façon, le dosage de l’imatinib, la recherche de mutations
et les contrôles cytogénétiques permettront de cerner le mécanisme
de résistance. La recommandation est ici de passer à un inhibiteur
de seconde génération (nilotinib, dasatinib) ou de proposer
l’allogreffe.
Absence de réponse moléculaire majeure (RMM)
Le débat reste ouvert sur la conduite à tenir dans cette situation.
Les données de l’étude IRIS indiquent que la réponse moléculaire
majeure est parfois longue à obtenir et que la proportion de
patients en RMM augmente avec le temps même après la seconde année
[8]. Il est préférable d’inclure les patients dans les protocoles
qui posent la question de la maladie résiduelle (comme le protocole
AFR22 qui propose l’adjonction du Zométa® à l’imatinib
600 mg/j ou le protocole BMS043 qui compare l’imatinib à
800 mg/j au dasatinib à 100 mg/j) plutôt que d’improviser
des modifications thérapeutiques. Plus que la date de la réponse
moléculaire majeure, c’est la décroissance continue du ratio
BCR/BCR-ABL qui importe.
Résistance aux inhibiteurs de seconde génération
Un article récemment publié pose la question des mutations de
résistance à l’imatinib, au dasatinib et au nilotinib par
mutagénèse in vitro. Il en ressort que les mutations de résistance
au dasatinib sont la T315I et la F317V et celles de résistance au
nilotinib la T315I, la E255V et la Y253H. Ces faits indiquent qu’il
n’y a pas de résistance croisée entre les deux inhibiteurs en
dehors de la T315I et qu’il est donc envisageable de passer de l’un
à l’autre [32].
Conclusion
Même si les mutations du domaine kinase de BCR-ABL occupent le
devant de la scène, nous n’avons qu’une connaissance partielle des
mécanismes impliqués dans la résistance primaire au traitement par
imatinib. Les problèmes d’ordre pharmacologiques ont peut-être été
sous-estimés mais il ne rendent pas compte de tous les cas de
résistance sans mutation détectable. La constitution de registres
de patients résistants est une priorité. Les inhibiteurs de seconde
génération sont les traitements de choix en situation de résistance
et leur utilisation fait encore l’objet d’études cliniques. La
place de ces traitements par rapport à la greffe allogénique de
cellules souches hématopoïétique ne peut être précisée sur les
données actuellement disponibles du fait du manque de recul sur la
durée des réponses obtenues. La mutation T315I induit une
résistance croisée à l’imatinib, au nilotinib et au dasatinib. Des
inhibiteurs spécifiques sont en développement à côté de traitement
plus conventionnels comme l’homoharringtonine, l’interféron ou
l’allogreffe.
Références
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