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Benign infantile seizure syndromes complex. From classic to recent advances


Epilepsies. Volume 18, Number 1, 8-23, Janvier, Février, Mars 2006, Mise au point


Résumé   Summary  

Author(s) : Yukio Fukuyama, Masako Sakauchi , Child Neurology Institute, c/o 6-12-17-201, Minami-Shinagawa, Shinagawa-ku, Tokyo 140-0004, Japan, Department of Pediatrics, Tokyo Women’s Medical University, Tokyo 162-8666, Japan.

Summary : The initial description by Fukuyama in 1963 and in Japanese of a short-lived seizure disorder in normal infants has been overlooked at the time, but in recent decades the chapter of benign seizures in infancy has been largely acknowledged, and this diagnosis is now frequently made in this age class. The authors discuss the diagnostic criteria, the course and treatment of the various entities described since, which are mainly based on the familial or non-familial occurrence of ictal manifestations, and on their possible association with a rotavirus diarrhea.

Keywords : benign infantile seizure, diarrhea, rotavirus

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ARTICLE

Auteur(s) : Yukio Fukuyama1,2, Masako Sakauchi2

1Child Neurology Institute, c/o 6-12-17-201, Minami-Shinagawa, Shinagawa-ku, Tokyo 140-0004, Japan
2Department of Pediatrics, Tokyo Women’s Medical University, Tokyo 162-8666, Japan

Au début du XXe siècle, il était largement reconnu dans la société japonaise que les enfants avaient tendance à convulser mais que les crises se produisaient rarement et ne nécessitaient pas de traitement au long cours. Selon cette vieille croyance, les épisodes convulsifs, isolés ou fréquents, qui se produisent pendant la petite enfance, sont de nature bénigne et nonépileptique, et leur déroulement est fonction de l’âge auquel ils apparaissent ; ils ont une nature qui leur est propre. Les statistiques significatives dont on disposait alors accréditaient cette croyance, en démontrant que seul un petit nombre de patients épileptiques commencent à souffrir de leur épilepsie avant 10 ans (32 %, Wilson, 1935 ; 8 %, Taen et al., 1956).Grâce aux progrès de la recherche clinique effectués dans les années 1950 et 1960, la situation changea complètement. Un certain nombre de phénomènes cliniques relatifs à ces crises furent identifiés et la finesse et la spécificité du diagnostic furent largement améliorées par l’arrivée de l’électroencéphalographie, permettant une identification plus fréquente des patients épileptiques. Des études plus tardives démontrèrent que trois quarts, voire plus, des patients épileptiques font leur première crise avant l’âge de 15 ans, et que l’épilepsie pourrait donc apparaître comme « une pathologie de l’enfance ». Alors que des crises dont la nature est mal connue peuvent souvent survenir chez les nourrissons et les jeunes enfants, il est maintenant établi que l’épilepsie est une pathologie courante dans cette tranche d’âge.Une question importante se pose donc : les convulsions de la petite enfance sont-elles toutes de l’épilepsie ou pas ? La réponse est tout simplement « non ». Il a déjà été admis que de nombreux désordres non épileptiques tels que des syncopes vaso-vagales, des pseudocrises, ou des atteintes cérébrales aiguës (infections du SNC, etc.) puissent se manifester par des convulsions semblables à des crises d’épilepsie.La question que l’on doit se poser ensuite est de savoir s’il est toujours possible de distinguer, et dans quelle mesure, les crises épileptiques des crises non épileptiques de l’enfance. La réponse est probablement non. Il est en effet difficile de distinguer les crises épileptiques des crises non épileptiques chez les nourrissons en raison de la présence d’un certain nombre de paramètres. Il y a, en effet, dans cette tranche d’âge, pléthore de facteurs générateurs de crises (ictogènes) mais pas nécessairement épileptogènes, d’origine exogène ou endogène ou les deux.De plus, la question centrale était que, alors que ce type de trouble était assez répandu chez les nourrissons, les convulsions généralisées idiopathiques avec perte de conscience, n’avaient pas été systématiquement étudiées avant 1963, quand l’auteur publia sa première étude sur « les crises bénignes du nourrisson (infantiles) » (CIB) (Fukuyama, 1963). Malheureusement, cette publication resta méconnue dans le monde entier, pour la seule et unique raison que l’article était écrit en japonais. Les épileptologues de niveau international ne commencèrent à montrer de l’intérêt pour ces troubles qu’en 1992, quand Vigevano et al. (1990, 1992) publièrent une étude innovante.Depuis, un certain nombre d’articles sur les convulsions généralisées idiopathiques avec perte de connaissance chez les nourrissons ont été écrits par des chercheurs occidentaux, mais la majorité de ces études ne s’intéressaient étrangement qu’à des cas familiaux, en particulier ceux avec une hérédité autosomique dominante, du moins au début. S’intéressant particulièrement à ce groupe de patients, d’importantes études de génétique moléculaire furent conduites, qui aboutirent en 1997 à l’identification par Guipponi et al. d’un marqueur sur le chromosome 19q12-q13.1.Aujourd’hui, ce sujet intéresse de plus en plus de scientifiques et de nombreux articles de recherche paraissent régulièrement à travers le monde. Récemment, les études de génétique moléculaire ont beaucoup avancé, et on assiste à l’accélération de la communication d’informations sur ce sujet, toujours plus nombreuses. Il n’est pas du ressort de cet article de traiter la génétique du problème, nous nous contentons donc de fournir deux références (Weber et al., 2004 ; Callenbach et al., 2005).Rétrospectivement, même au Japon, une certaine indifférence vis-à-vis de mon travail persista un certain temps après ma première présentation en 1963 ; ce ne fut qu’en 1976, c’est-à-dire 13 ans après, que des études sur le même sujet furent successivement rapportées par deux groupes (Hojo et al., 1976, Kajitani et al., 1976). Par la suite, les CIB ont soulevé l’intérêt de mes collègues japonais et un grand nombre d’articles fut publié. La plupart des auteurs reconnurent alors la validité et la valeur du concept de CIB et l’adoptèrent comme entité, ou entités, nouvelle(s) des troubles convulsifs des nourrissons. Grâce à l’échange d’informations pertinentes qui intervint dans les années suivantes, une idée plus fine émergea au Japon au début des années 1990. À savoir que les CIB englobent, de façon très large, plusieurs (au moins trois) syndromes qui ont des caractéristiques cliniques communes et des pathologies sous-jacentes. Ces trois syndromes sont : 1) celui des CIB ; 2) l’épilepsie partielle bénigne du nourrisson, définie par Watanabe ; et 3) les CIB accompagnées d’une diarrhée modérée selon la définition de Morooka. La forme héréditaire autosomique dominante de Vigevano peut être intégrée dans ce syndrome complexe, au sens large.Ces dernières années, de plus en plus d’études cliniques et de génétique moléculaire ont été menées sur cette catégorie de syndromes. Cet article va retracer l’histoire et l’évolution du concept du « complexe des syndromes de crises bénignes du nourrisson ». Par ailleurs, une longue liste d’ouvrages, incluant 138 publications japonaises, est à votre disposition sur demande faite à l’auteur.

Le travail original de Fukuyama

Identification d’une forme particulière de crise spécifique des nourrissons

Lors d’un symposium sur le rôle des examens EEG dans la pratique clinique au cours du XIe Congrès annuel de la société d’EEG de Tokyo en 1962, Fukuyama passa en revue 1 040 tracés de sommeil et 610 tracés de veille enregistrés pendant les 12 mois précédents. Les patients étaient tous des enfants âgés de moins de 15 ans, et leur diagnostic clinique était très varié allant d’une épilepsie à des troubles non neurologiques, systémiques ou psychosomatiques. Le but principal de cette étude était de fournir des données importantes sur l’incidence des constatations anormales (décharges épileptiformes) sur le premier EEG enregistré chez des enfants souffrant de plusieurs troubles, et ainsi, de fournir des éléments permettant de déterminer dans quelle condition il serait nécessaire de pratiquer un EEG lors de la première consultation en pédiatrie.

Puis, l’étude fut dirigée de manière à détecter le nombre de décharges épileptiformes sur le premier enregistrement EEG, dans les différents cas de crises enregistrées. Les résultats dans 221 cas d’enfants de moins de 2 ans (tableau 1( Tableau 1 )) montrèrent clairement une nette différence au niveau du taux de détection entre le groupe des convulsions généralisées et les autres groupes tels que les crises focales et le syndrome de West ; le taux du premier se révéla être incroyablement plus bas que celui du dernier. Nos données démontrèrent que le rendement de l’EEG de routine, le plus souvent enregistré pendant le sommeil, naturel ou provoqué, est généralement très pauvre dans les deux sous-groupes d’épileptiques avec crises généralisées tonicocloniques (CGTC) probables et dans les cas présumés de CIB. On considéra que le diagnostic probable de l’épilepsie avec CGTC dépendait beaucoup plus de la constatation d’une récidive des crises, alors que l’on présuma que, dans le cas de CIB, on devait se baser sur des critères hypothétiques de diagnostic mentionnés dans la section suivante.

Une autre constatation évidente fut la prépondérance numérique accablante de cas de crises généralisées dans ce groupe d’âge. La plupart de ces nourrissons se présentaient cliniquement comme ayant eu une histoire pathologique très brève, allant d’un à quelques épisodes de « convulsions » dont la nature était mal définie. De plus, les parents qui les accompagnaient étaient jeunes et si inexpérimentés qu’il était difficile de leur demander d’observer des crises très objectivement. Par conséquent, ce fut une tâche difficile pour l’auteur que de cerner le problème à la première consultation et de juger si l’enfant concerné souffrait d’épilepsie ou de quelque autre maladie ressemblant à l’épilepsie, mais de nature non épileptique. L’auteur a observé de nombreux cas en consultation qui n’ont jamais présenté de récidive de crises pendant leur suivi médical. Ces expériences toutefois pourraient être jugées anecdotiques. Par conséquent, l’auteur a décidé de suivre systématiquement un plus grand nombre de nourrissons pour vérifier l’hypothèse qu’il existe bien un type de crises bénignes du nourrisson.
Tableau 1 Types de crises et anomalies EEG chez 221 nourrissons (< 2 ans) avec convulsions infantiles suivis à l’université de l’hôpital de Tokyo en 1961 (Adapté de Fukuyama,1963)

EEG

Type de crise

N

Normal

Limite

Décharge épileptiforme

Crise généralisée - CIB

77

76 (98%)

0

1 (1%)

Crise généralisée - Epilepsie

62

49 (79%)

2 (3%)

11 (17%)

Epilepsie-crise focale lésionnelle

20

6 (30%)

2 (10%)

12 (60%)

Syndrome de West (spasmes infantiles)

40

1 (3%)

0

39 (97%)

Spasme du sanglot et divers

22

21 (95%)

0

1 (5%)

Description des crises bénignes (Fukuyama, 1963)

En se basant sur son expérience clinique, l’auteur avança l’hypothèse que des convulsions isolées se produisant une ou plusieurs fois pendant la petite enfance ne débouchent pas forcément sur une épilepsie chronique ; que les convulsions bénignes du nourrisson ne sont pas simplement anecdotiques, mais qu’elles vont prendre de l’importance chez certains patients et peuvent être identifiées comme une maladie à part entière.

Pour tester la validité de cette hypothèse, on tenta de définir les crises bénignes du nourrisson (CIB) à partir de 7 critères listés dans le tableau 2( Tableau 2 ).

La première étape de l’étude consista en un recrutement de sujets qui répondraient aux 6 premiers critères décrits dans le tableau 2.

Dans cette procédure de recrutement, les critères 7, 8 et 9 du tableau 2 ne furent pas pris en considération. On retint le terme d’épilepsie généralisée pour tout cas présentant des convulsions généralisées et ne remplissant pas au moins un ou plusieurs des critères (4), (5) ou (6). De ce fait, 77 cas furent attribués au groupe suspecté de CIB et 63 au groupe suspecté d’épilepsie.

Résultats du premier EEG : on rechercha principalement dans les premiers enregistrements de sommeil de tous les sujets la présence de décharges épileptiformes, et l’on compara le taux de détection des 2 groupes. L’EEG se révéla anormal dans 1 cas sur les 77 (1,3 %) suspectés de CIB, et dans 11 cas sur les 67 (17 %) suspectés d’épilepsie, ce qui représente une différence assez significative entre les deux groupes (p < 0,005).

Suivi de l’évolution : 53 jeunes enfants suspectés de CIB ont été suivis avec beaucoup d’attention pendant une période de 7 mois à 5 ans. Certains d’entre eux furent maintenus sans traitement pendant tout le suivi, alors que d’autres furent traités, principalement, avec une petite dose de phénobarbital. Vingt-sept enfants suspectés d’épilepsie furent aussi suivis de la même manière.

Dans le groupe suspecté de CIB, 70 % des cas (37/53) sont restés libres de crises pendant tout le suivi, alors que le diagnostic d’épilepsie fut finalement fait pour trois enfants qui avaient présenté des crises à plusieurs reprises. Les 13 autres enfants ont présenté une ou deux crises. Dans le groupe suspecté d’épilepsie, 52 % (14/27) sont restés sans crise pendant le suivi, mais 30 % (8/27) ont présenté plusieurs crises, avec l’évolution habituelle d’une épilepsie chronique.

Dans le groupe suspecté de CIB, l’incidence de la non récidive de crises était significativement plus élevée que dans le groupe suspecté d’épilepsie (p < 0,05).

Étude de suivi EEG : 29 cas suspectés de CIB et 14 suspectés d’épilepsie ont eu des EEG répétés pendant une période d’un an ou plus. Les EEG de 89 % des nourrissons suspectés de CIB et 78 % de ceux suspectés d’épilepsie se révélèrent normaux pendant toute la durée de ce suivi. Dans 2 cas de chacun des 2 groupes cliniques, des décharges épileptiformes anormales sont apparues, alors qu’un tracé anormal au début du suivi est devenu normal dans un cas de chacun des deux groupes.
Tableau 2 Définition des convulsions infantiles bénignes proposée par Fukuyama (1963)a

1.

Age de début

Avant 24 mois

2.

Symptôme majeur

CGTC afébriles de 1 à 2 minutes, sans facteur déclenchant, ni maladie systémique

3.

Fréquence des crises avant la première consultation

Très rares, 1 ou 2 dans la plupart des cas

4.

Antécédents familiaux

Négatifs pour l’épilepsie et d’autres affections du SNC

5.

Antécédents de facteurs acquis

Négatifs

6.

Examen clinique/neurologique/cognitif à la première consultation

Normal

7.

EEG intercritique à la première consultation

Normal

8.

Evolution crises et EEG

Rien ou crises rares, l’EEG reste normal

9.

Pronostic (cognitif, social)

Excellent

aFukuyama Y. Seishin Igaku (Tokyo) 1963 ; 5 : 211-23.

Résumé

En 1963, Fukuyama fut le premier à définir une sous-catégorie de convulsions du nourrisson avec une évolution clinique bénigne, comme une entité clinique unique. Dans la mesure où la survenue des crises dans ces cas était limitée à la toute petite enfance, il hésita à donner le nom d’« épilepsie » à ces cas bénins et préféra donc un terme nouveau de « crises bénignes du nourrisson » (CIB), pour les différencier de l’épilepsie qui désignait une maladie chronique considérée comme devant durer toute la vie selon les connaissances médicales de l’époque (( figure 1 )).

Ainsi, le cadre conceptuel de base de CIB fut mis en place pour la première fois il y a 40 ans, mais les caractéristiques cliniques, telles que la sémiologie des crises et la prédisposition génétique, restaient à définir.

Études ultérieures des CIB comme concept classique au Japon

Après 12 ans de silence, le thème de CIB commença à soulever l’intérêt des neuropédiatres japonais. Dans le tableau 3( Tableau 3 ), 13 autres articles que les miens sont listés. En tout, 833 cas probables de CIB ont été étudiés dans ces 13 rapports. Tous ces auteurs ont approuvé le concept de base de CIB tel que proposé par Fukuyama (1963) et ont accepté la majorité des critères de diagnostic, à l’exception du caractère négatif de l’enquête familiale (critère 4 dans le tableau 2). Ces rapports venant de plusieurs institutions du Japon ont apporté des données supplémentaires sur différents aspects des caractéristiques cliniques. La description de la forte tendance à la répétition des crises en série (( figure 2 )) est un exemple de ces contributions, qui comblèrent utilement les lacunes de la description originale.

L’étude clinique de Sakauchi

Pour montrer les caractéristiques générales des CIB, nous allons citer ici les données essentielles de Sakauchi (1997). Cette publication a été choisie parce qu’il s’agissait de sa thèse de doctorat, et parce qu’elle couvrait un très grand nombre de sujets d’études, et que l’étude fut menée au Women’s Medical College de Tokyo (maintenant Université de Médecine) où l’auteur, professeur et chef du service de Pédiatrie au TWMC pendant des années, travailla avec elle et fut son mentor. Cet article fut écrit en japonais et parut dans un journal à très petit tirage, ce qui lui valut de rester méconnu, même de ses collègues japonais. Son étude concernait 212 patients diagnostiqués comme CIB entre 1967 et 1992. La majorité fut hospitalisée pour obervation et mise en place d’un traitement. Dans 34 cas (22 %), des crises furent directement observées soit par des médecins soit par des infirmières, alors qu’un enregistrement EEG-vidéo fut pratiqué dans 5 cas seulement (3,3 %). En ce qui concerne les autres cas, une information aussi détaillée que possible fut recueillie auprès des parents par des neuropédiatres très expérimentés dans les épilepsies de l’enfant. Les sujets furent divisés en deux groupes cliniques, en fonction de la présence ou de l’absence de manifestations diarrhéiques. Il y avait 162 cas de CIB avec manifestations diarrhéiques (groupe A) et 50 cas sans diarrhée (groupe B).

La répartition des âges de survenue de la première et des dernières crises dans les groupes respectifs est montrée sur la ( figure 3 ). Le groupe A est constitué en majorité de patients qui cadrent avec la définition classique des CIB. Dix cas qui furent confirmés être des épilepsies partielles bénignes du nourrisson (EPBI) par la sémiologie critique et par un EEG critique, furent inclus dans le groupe A, en raison du faible nombre de patients.

L’âge de la première crise était différent dans les 2 groupes. La majorité des patients du groupe A avait eu leur première crise avant 12 mois, avec une moyenne de 8,6 ± 5,8 mois, alors que dans le groupe B, le pic se situait dans la deuxième année, avec une moyenne à 14,6 ± 9 mois (les différences entre les deux groupes étaient statistiquement significatives [p < 0,0001]).

L’âge de la dernière crise fut confirmé dans chaque cas en suivant l’évolution pendant une année ou davantage. Les âges moyens dans les groupes A et B étaient respectivement 12,1 ± 8,7 et 19,1 ± 9 mois, la différence étant, là encore, très significative (p < 0,0001).

La durée de la maladie variait de 0 à 4 ans 9 mois, la moyenne étant de 3 ± 7 mois, ce qui est très court. En général, 46 % des sujets (97/212) ont présenté un seul épisode (pas de récidive). La maladie durait moins d’un mois dans 45 cas (21 %), 1 à 3 mois dans 27 cas, 4 à 6 mois dans 20 et 7 à 12 mois dans 8. Ce qui signifie que 93 % de l’ensemble des sujets observés (197/212) ont cessé de faire des crises dans l’année suivant leur première crise.

La récidive de crises, après deux ans, ne se produisit que dans 3 cas, le premier présenta sa dernière crise afébrile à l’âge de 2 ans et demi ; le deuxième, à l’âge de 4 ans et 2 mois, alors qu’il présentait une varicelle, avec une forte fièvre ; le troisième, à 4 ans et 1 mois, avec un simple rhume et un peu de fièvre.

Des enregistrements EEG intercritiques furent pratiqués sur tous les sujets, et dans la majorité des cas, ils furent répétés plusieurs fois (allant d’une seule fois à 33 fois, avec une moyenne de 8, 9 fois). L’âge des derniers EEG allait de 2 à 21 ans, la moyenne étant de 7 ans 11 mois. L’EEG a été considéré comme normal dans les cas où les EEG répétés étaient restés normaux, alors qu’il a été considéré comme anormal si un seul des enregistrements présentait des décharges épileptiformes, même si elles étaient transitoires. Sur ces critères, 90 % des patients du groupe A et 76 % des patients du groupe B ont été estimés normaux. La ( figure 4 ) montre une séquence des EEG intercritiques des 21 des cas dans lesquels ils avaient été anormaux à une ou plusieurs reprises pendant le suivi. Bien que des anomalies EEG aient souvent été notées chez des enfants d’âge scolaire, les crises cliniques avaient déjà cessé avant l’âge de 2 ans.
Tableau 3 Littérature japonaise sur les crises bénignes du nourrisson (infantiles) (CIB)

Auteurs

Année

Patients

Antécédents familiaux (%)

Toutes les crises

CIB

Fukuyama

1963

53

Nemoto et al.

1975

6

1

1

Kubagawa et al.

1976

71

21

9

Hojo et al.

1976

104

32

1

Kajitani et al.

1976

57

1

1

Tamai et al.

1978

47

19

11

Terauchi et al.

1979

108

10

3

Yoshino et al.

1981

2 (13)a

100

100

Sugiura et al.

1983

38

10

1

Kajiyama et al.

1987

53

17

8

Sumida et al.

1990

35

63

20

Dobashi et al.

1991

40

43

5

Takagi et al.

1991

1(5)b

100

100

Hashimoto et al.

1993

50

8

1

Sakauchi

1997

212

46

9

aDeux familles, incluant 13 membres atteints

bUne famille dont 5 membres avec CBI.

Étude clinico-génétique des CIB

Sakauchi et al. (1999) ont étudié l’histoire familiale de 271 patients, diagnostiqués CIB, qui ont été suivis à l’hôpital TWMU ces 30 dernières années, et dont les dossiers médicaux fournissaient des informations fiables sur les membres de leur famille jusqu’à la 2e génération. Parmi les 271 probands testés sur 266 familles (incluant 5 familles dont 2 membres affectés dans la fratrie), une hérédité familiale de CIB fut découverte dans 30 lignées (11,3 %). Dans 19 familles, les membres affectés par CIB ont été trouvés dans deux ou trois générations consécutives (arbres généalogiques 1-19, ( figure 5A )) alors que dans 11 autres familles, les deux membres de la fratrie étaient affectés tous les deux, alors qu’aucun autre membre d’une quelconque génération n’était affecté (affection horizontale ; arbres généalogiques 20-30, ( figure 5B )). Une consanguinité a été trouvée dans une famille. De cette analyse familiale, on conclut que 14 familles sont compatibles avec une forme héréditaire autosomique dominante, 16 familles avec une forme autosomique récessive, et les 236 autres cas sont isolés. Des crises fébriles (CF) ont été notées chez 6,2 % des parents au premier degré (père, mère ou fratrie du proband), ce qui se vérifia dans les mêmes proportions dans les cas de CF pour la population japonaise en général.

Puis, une étude comparative a été menée sur des caractéristiques cliniques de 30 patients avec un terrain familial (CIFB, crise infantile familiale bénigne) et 236 cas isolés (CINFB, crise infantile non familiale bénigne).

Pour le sex ratio, la sémiologie des crises (crises répétées, série de crises, la proportion de crises partielles par rapport aux CGTC), et la présence d’anomalies à l’EEG, il n’y avait pas de différence significative entre CIFB et CINFB. Une différence significative a été toutefois notée dans l’âge de début des crises (CIFB : 6,5 mois versus CINFB : 10,3 mois), et dans l’association de diarrhée (CIFB : 14,3 % versus CINFB : 27,1 %).

Il est très rare de nos jours d’entendre parler de l’existence possible d’une forme autosomique récessive de CIB. Notre étude de nombreuses familles avec un cas affecté dans la fratrie nous porte à croire qu’il est nécessaire de d’orienter nos recherches dans cette direction dans le futur.

Reconceptualisation des crises bénignes du nourrisson en épilepsie partielle bénigne du nourrisson par Watanabe

Un changement radical dans le concept des crises bénignes du nourrisson fut apporté par Watanabe et ses collègues en 1987 (Watanabe et al., 1987) et les années suivantes (Watanabe et al., 1990, 1993). Ils ont effectué une analyse clinique et électrographique très pointue des crises en surveillant en permanence et simultanément par EEG-vidéo leurs patients qui avaient été jusqu’alors diagnostiqués comme CIB, en fonction des critères de diagnostic préexistants. Grâce à cette nouvelle approche, ils purent déterminer que les crises chez ces patients n’étaient pas des convulsions généralisées d’emblée, mais qu’il y avait toujours des signes focaux non convulsifs qui, soit persistaient pendant toute la crise, soit pouvaient évoluer en convulsions généralisées.

Dans les premiers cas, la sémiologie majeure de la crise est celle d’une crise partielle complexe (CPC) «EPBI-CPC», alors que dans les deuxièmes cas, la CPC initiale évolue vers une généralisation secondaire qui fut nommée EPBI avec crises généralisées secondaires (CGS). Ces deux groupes ont plusieurs critères de diagnostic en commun : 1) présence dans la famille ou pas ; 2) développement normal avant la première crise ; 3) première crise dans la première année ; 4) aucun dysfonctionnement sous-jacent ni aucune anomalie neurologique ; 5) EEG intercritique normal ; 6) excellente réponse au traitement ; et 7) développement ultérieur normal.

Des différences existent uniquement au niveau de la sémiologie des crises et des EEG critiques. Les crises ont tendance à survenir en séries dans les deux groupes, mais le principal type de crises est la CPC, avec ou sans mouvements convulsifs légers dans les EPBI-CPC, alors qu’il y a des crises à début partiel qui vont évoluer vers des convulsions tonicocloniques généralisées dans les EPBI-CGS. Sur l’EEG critique, on trouve des différences sur la localisation des foyers, le plus souvent temporale pour le premier type et centrale, pariétale et occipitale pour le deuxième type de crises.

Bien qu’il puisse exister des différences clinico-électriques, comme mentionnées ci-dessus, il est tentant de considérer que les différences pourraient se situer à un niveau quantitatif et non qualitatif, de telle sorte qu’il serait impossible de faire la moindre distinction entre les deux. Watanabe lui-même dut admettre que les deux types de crises puissent alternativement affecter le même patient. C’est pourquoi Watanabe proposa plus tard une nomenclature unifiée de l’épilepsie bénigne du nourrisson, (EPBI), pour couvrir ces deux pathologies (1993) et sa proposition fut mondialement acceptée.

Dans un récent article de revue (2000), Wanabe et Okumura ont résumé des données concernant 13 nourrissons présentant une EPBI-CPC et 11 une EPBI-CGS. Le diagnostic dans ces cas fut clairement établi grâce à un enregistrement EEG-vidéo et un suivi suffisant. Dans tous les cas examinés, la nature focale de l’origine des crises fut confirmée. La plupart des enfants étudiés étaient à l’origine considérés comme ayant des convulsions tonicocloniques généralisées ; ces crises se sont révélées être des crises partielles avec généralisation secondaire, après l’enregistrement d’un EEG critique. Les manifestations focales critiques initiales peuvent être méconnues, sauf lorsqu’elles sont accompagnées d’un phénomène moteur localisé.

Ce diagnostic est très important. Même dans les cas de convulsions de l’enfance associées à une diarrhée modérée (Morooka), un enregistrement EEG critique a révélé que ce type de crise devait être considéré comme étant de type EPBI-CGS, contrairement à ce qui avait été conclu après l’examen clinique initial. On observa exactement la même chose dans des cas de convulsions infantiles bénignes héréditaires autosomiques dominantes, pour lesquelles un EEG critique démontra l’existence d’un début focal des décharges et leur propagation progressive vers d’autres régions du cerveau, et finissant par se propager de façon très diffuse sur les deux hémisphères, après un certain laps de temps variant de quelques secondes à 30 secondes après le début de la crise.

Par conséquent il est donc clairement établi que les convulsions généralisées décrites jusqu’ici dans tous les sous-groupes des syndromes de crises bénignes du nourrisson, sont en réalité des cas de EPBI-CGS. Dans son récent ouvrage, Panayiotopoulos (2005) proposa comme acronyme « le syndrome de Watanabe-Vigevano » au groupe des « crises bénignes du nourrisson » (familiales ou non familiales).

Les crises bénignes du nourrisson associées à une diarrhée modérée (Morooka)

Dans sa définition originale de CIB (tableau 2), Fukuyama (1963) ne prit pas en compte le rôle potentiel des facteurs extrinsèques inducteurs de crises dans le CIB. Il partit plutôt du principe que le CIB était une forme idiopathique de crises spontanées survenant sans déclenchement immédiat. Des études cliniques ultérieures, cependant, ont démontré l’existence d’une association entre les CIB et d’autres événements tels que le bain, les pleurs, une diarrhée ou un simple rhume. En 1981 et 1982, Morooka décrivit pour la première fois une nouvelle entité clinique potentielle. En se basant sur l’étude d’un groupe de nourrissons en bonne santé (22 cas) qui présentaient des convulsions généralisées associées à une diarrhée, il proposa un nouveau syndrome clinique appelé crises bénignes de l’enfant avec diarrhée modérée (CIBD). Goto et al. (1975) avaient, en fait, identifié avant lui, ce syndrome qu’ils décrivaient dans un résumé. Ils notaient que 6 parmi les 196 enfants atteints de diarrhée hivernale (3 %) avaient des convulsions non fébriles sans déshydration ou déséquilibre électrolytique et une évolution finalement bénigne.

Description originale des CIBD par Morooka

Le syndrome des CIBD est constitué de deux symptômes majeurs, convulsions et diarrhée. Il est bien connu que des convulsions généralisées peuvent survenir pendant le stade aigu d’une diarrhée sévère, comme complication neurologique à la fois toxique (e.g. Shigellose), métabolique (déséquilibre électrolytique et déshydratation, hypoxie, etc.) ou circulatoire (hypotension, ischémie, etc.). Au contraire, et de façon très caractéristique, les nourrissons souffrant de CIBD présentent des crises quand ils sont en bonne condition physique, et la diarrhée reste habituellement légère et ne provoque aucune déshydration ou déséquilibre électrolytique grave.

Voici la description des caractéristiques cliniques de 22 cas (10 garçons et 12 filles) souffrant de CIBD (Morooka 1981, 1982). L’âge de début se situe entre 6 mois et 2 ans et demi (1 an et 5 mois en moyenne). Les périodes pré- et périnatales étaient complètement normales chez tous, et le développement psychomoteur normal. Des crises fébriles simples ont été observées chez 3 enfants, mais aucun d’entre eux n’avait eu de crises non fébriles avant. Chez quatre autres enfants étaient notées des crises fébriles dans la famille.

L’épisode en question se produisait en général en hiver de décembre à mars (20 de 29 épisodes). Cet épisode débutait généralement avec une diarrhée, bien que des vomissements aient pu être observés la veille dans 10 cas. Les convulsions survenaient soit le même jour que la diarrhée soit 1 à 3 jours après. Une diarrhée modérée persistait pendant quelques jours, mais les vomissements cessaient rapidement au bout d’un jour ou deux ; il arrivait donc que l’on néglige les symptômes gastro-intestinaux le jour des convulsions, et les parents avaient tendance à ne faire état que de la survenue de graves convulsions au service des urgences.

Il s’agissait là typiquement de convulsions généralisées tonicocloniques, accompagnées d’une perte de conscience et d’une fixité du regard, durant moins d’une minute dans la plupart des cas (33 sur 55 crises), les plus longues étant environ de 5 minutes pour 6 crises. Les convulsions tendaient à se répéter en série en quelques heures et/ou plusieurs fois sur une période de 2 ou 3 jours. Les autres signes et symptômes cliniques observés à la première visite incluaient une inactivité, une mauvaise humeur et un manque d’appétit, mais pas de fièvre, ni d’altération de la conscience ou de signes méningés ou d’insuffisance circulatoire périphérique. Les résultats des examens biologiques, incluant des numérations sanguines, des électrolytes, des tests fonctionnels du foie et des reins, et des EEG intercritiques se révélèrent tous normaux. Le scanner (5 cas), la scintigraphie (1 cas), le LCR (5 cas), la glycémie (15 cas) et les gaz du sang (1 cas), étaient également normaux.

Les sujets se remirent rapidement et sans complication de l’épisode aigu. Des observations de suivi pour une moyenne de 22 mois (moyenne de 13 à 52) confirmèrent une évolution clinique favorable, à l’exception de 5 cas où il y a eu réapparition de convulsions généralisées non fébriles avec diarrhée légère comme lors du premier épisode (un réépisode dans 3 cas et 2 dans 2 cas). Il faut noter que toutes les récidives sont survenues avant l’âge de 2 ans, excepté dans un cas où la dernière survint à l’âge de 2 ans et demi. Il n’a pas été noté de crises non fébriles ou d’épilepsie pendant le suivi.

Morooka suggéra qu’une infection virale, très probablement par rotavirus, était à l’origine de la diarrhée, bien qu’il n’ait pu le prouver.

Données générales des CIBD – revue de la littérature

Depuis 1982, 36 articles traitant de ce sujet ont été publiés (tableau 4( Tableau 4 )), reconnaissant unanimement l’identité des CIBD en tant que syndrome clinique ou en tant qu’état clinique unique, et l’hypothèse d’une relation causale entre une gastro-entérite et des convulsions en fut considérablement renforcée. Les caractéristiques cliniques des CIBD en général sont rapportées dans le tableau 5( Tableau 5 ), basé sur une revue de la littérature. Des nourrissons et de jeunes enfants âgés de 3 mois à 3 ans (âge moyen 1 an et 1/2), préalablement en bonne santé peuvent présenter des convulsions apparemment généralisées en association avec des gastro-entérites légères particulièrement en hiver, de décembre à mars. Des vomissements et une légère diarrhée précèdent habituellement les crises de 2 ou 3 jours ; mais parfois, il arrive que des convulsions soudaines surviennent avant et soient suivies d’une diarrhée modérée 1 à 3 jours plus tard. Il peut arriver parfois que la diarrhée soit si légère que les parents ne la remarquent pas, jusqu’à ce qu’un médecin leur pose clairement la question. Les crises surviennent typiquement la veille et chez des nourrissons en bonne forme physique, sans fièvre. Parfois, la mauvaise humeur, des stimuli douloureux, des pleurs violents, etc, semblent favoriser les crises. Quant aux crises, la plupart des premiers rapports les décrivent comme des convulsions généralisées symétriques, de type soit tonicoclonique, soit tonique, avec perte de conscience, pouvant durer de 20 secondes à quelques minutes, mais ne persistant jamais au-delà de 30 minutes et suivies d’un sommeil post-critique. Certains auteurs rapportent une fixité du regard, une déviation des yeux, une cyanose et une hypokinésie, suggérant une crise de type partiel complexe.

Des études récentes d’enregistrement simultané EEG- vidéo ont complètement changé la sémiologie de la crise dans les CIBD. Dans tous les cas ainsi examinés, on constata que les crises étaient des crises partielles complexes qui se généralisaient. (Tsurui et al., 1989 ; Ohfu et al., 1996, Honma et al., 1997 ; Hongou et al., 1998 ; Imai et al., 1999 ; Watanabe, 2000). Les EEG critiques seront décrits plus loin dans ce chapitre.

Une autre caractéristique particulière des épisodes de crises de ce type est la haute incidence (40-80 % des cas) des crises en série ; fréquemment, plusieurs crises surviennent en une heure ou plusieurs heures (par exemple 2 à 20 crises en 24 heures). Entre les crises de la série, l’état mental reste inaltéré : un épisode de véritable état de mal épileptique est assez exceptionnel. Le déroulement d’une série dure habituellement moins de 24 heures dans la majorité des cas (8 %, Uemura et al., 2002), mais il peut s’étendre à 2 ou 3 jours dans certains cas. Il serait intéressant de noter que ces crises en série sont résistantes aux mesures d’urgence banales telles qu’une perfusion rapide de diazépam. Différents médicaments ont été essayés pour stopper la survenue d’autres crises dans les cas résistants pour lesquels le diazépam a échoué. Les résultats furent variés, mais un certain nombre de chercheurs obtinrent de meilleurs résultats avec une perfusion de lidocaïne, de midazolam, de phénytoïne, etc. Certains auteurs préconisent la prise orale de CBZ dont les effets anticonvulsivants peuvent se révéler spectaculaires, même à petite dose. Après avoir traversé la période d’une série de 2 à 3 jours, les crises disparaissent clairement pendant de nombreux mois ou de nombreuses années, avec une prise orale de médicaments antiépileptiques (MAE), ou même plus souvent sans traitement.

Les examens neurologique et physique des patients en période de crises restent en grande partie normaux, comme le sont sans exception tous les examens de laboratoire, incluant la numération globulaire, la biochimie sanguine, le LCR. Le scanner et/ou l’IRM sont normaux. L’EEG intercritique est normal, alors qu’une activité lente, diffuse ou localisée, peut être trouvée occasionnellement sur l’EEG quand l’enregistrement est réalisé peu de temps après la période des crises. Des EEG critiques ont été obtenus actuellement dans 9 cas, et ont tous montré des bouffées de pointes focales avec une généralisation secondaire. Le début était variable d’un nourrisson à l’autre, au niveau des lobes initialement impliqués, mais un début latéralisé sur un hémisphère était la règle générale. Chez une petite fille de 6 mois souffrant d’un CIBD diagnostiqué par Imai et al. (1999), une série de 3 crises non fébriles fut enregistrée sous vidéo-EEG. Toutes les crises furent identifiées comme étant des crises partielles complexes avec généralisation secondaire et la localisation du foyer initial migrait sans cesse des régions occipitales droites aux régions centropariétotemporales droites et occipitales gauches. Toutes ces caractéristiques des EEG critiques faits dans ces conditions sont tout à fait identiques à celles décrites dans les cas d’épilepsie bénigne du nourrisson selon Watanabe.

Le rotavirus a été identifié comme étant responsable de la gastro-entérite dans la majorité des cas (20-70 %). Dans les cas négatifs, un petit virus à la structure ronde, appelé Norwalk-like, apparaît clairement comme deuxième agent important. Dans les gastro-entérites d’origine bactérienne ou autre origine non virale, l’incidence des crises afébriles est faible et elle se situe au même niveau que pour la moyenne de la population.

Le pronostic, à la fois des crises et des fonctions cognitives, se révéla être tout à fait bénin selon de nombreuses études de suivi couvrant 2 à 5 années. Il est bien sûr intéressant de noter que le même nourrisson peut être affecté à nouveau par des CIBD l’hiver suivant, alors qu’il est très rare de voir un nourrisson souffrir d’autres types de CIB, de CF ou d’épilepsie dans l’évolution.

L’étude clinique génétique de membres de la famille de probands est loin encore d’être satisfaisante, mais un certain nombre d’études ont démontré l’existence croissante de CIBD dans les fratries (Kai et al. (1984) : 17 %, ; Okumura et al. (1999), 8 %), alors qu’une probable affection multigénérationnelle avait été rapportée seulement dans quelques familles. Okumura et al. (1999) ont rapporté le cas de deux jumeaux monozygotes qui firent tous les deux des convulsions le même jour, presque simultanément, en association avec une gastro-entérite virale rotanégative. Dans ce cas, la mère et la tante du côté maternel avaient eu des convulsions afébriles dans l’enfance, bien que l’on n’ait pas su si elles avaient été accompagnées ou non de diarrhée. Ces observations suggèrent qu’une sensibilité génétique spécifique aux CIBD, pourrait être présente, mais aucun lien direct ne semble exister entre les CIBD et d’autres formes de CIB ou de CF ou d’épilepsie. Jusque là, aucun rapport ne faisait état d’un analyse moléculaire génétique de cette pathologie.
Tableau 4 Littérature sur les crises infantiles bénignes afébriles avec diarrhée modérée (36 études portant sur un total de 867 patients)

Année

Auteurs

Nb de pts

Pays

Année

Auteurs

Nb de pts

Pays

1975

Goto et al.

6

Japon

1998

Shikano et al.

26

Japon

1982

Morooka

22

Japon

1999

Okumura et al.

26

Japon

1982

Nakai et al.

5

Japon

2001

Wong

68

Hong Kong

1982

Ono et al.

15

Japon

2002

Uemura et al.

105

Japon

1983

Ushijima et al.

7

Japon

2002

Kobayashi et al.

25

Japon

1984

Kai et al.

12

Japon

2002

Omata et al.

19

Japon

1984

Kajiyama et al.

25

Japon

2002

Wu et al.

33

Chine

1988

Ito et al.

7

Japon

2002

Ong & Lee

7

Singapour

1993

Nishimura et al.

6

Japon

2002

Maeda et al.

3

Japon

1993

Wang et al.

20

Taiwan

2003

Hara et al.

27

Japon

1994

Contino et al.

3

USA

2003

Kohno et al.

32

Japon

1995

Hotta et al.

22

Japon

2003

Kawasaki et al.

19

Japon

1995

Jones et al.

1

Australie

2003

Hung et al.

40

Taiwan

1995

Komori et al.

10

Japon

2004

Inage et al.

18

Japon

1996

Mizukawa et al.

8

Japon

2004

Okumura et al.

126

Japon

1996

Lin et al.

8

Taiwan

2004

Ichiyama et al.

16

Japon

1997

Repetto et al.

?

Italie

2004

Inoue et al.

50

Japon

1997

Minamiura et al.

10

Japon

2004

Omata et al.

40

Japon


Tableau 5 Caractéristiques cliniques des CIB avec diarrhée modérée (CIBD) – Données générales

Âge de début

3 mois - 3 ans, pic 1 à 6 m

Sexe

Égalité pour les 2 sexes

Histoire familiale d’épilepsie

CF chez quelques-uns. CIB et épilepsie très rares

Antécédents personnels

Prépérinatal

Sans particularité

Développement psychomoteur

Normal

Antécédents médicaux

Rien. Pas de crise néonatale. CF dans 5 à 15 % des cas, absence de crises non fébriles

Symptômes majeurs de l’épisode aigu

Vomissements et diarrhée suivis de convulsions apparemment généralisées sans fièvre, souvent en salve

Examens à la phase aiguë

Physique

Normal ou légère déshydratation

Neurologique

Normal ou quasi-normal entre les convulsions

Examens biologiques

NFS, ionogramme, LCR, dans les limites de la normale

EEG

EEG critique : décharges de pointes à début focal suivies d’une généralisation secondaire ; EEG intercritique normal

Bilan virologique (selles, LCR)

Positif aux antigènes des rotavirus dans près de 50 % des cas. Positif aux SRSV et adénovirus parfois

Scanner, IRM

Normaux

Évolution

Récidive des crises

Rare. Rechute CIBD dans 5-20 %, moins pour les CF, pas d’épilepsie

Développement psychomoteur

Normal

Épidémiologie et étiologie

Selon de récentes études, la survenue de convulsions dans des gastro-entérites à rotavirus varie de 2,9 à 9,1 % [Morooka 1982 ; Nakai et Masuda, 1982 ; Komori et al. 1995 ; Shikano et al., 1998 ; Omata et al., 2002]. La gastro-entérite à adénovirus peut aussi se compliquer de convulsions dans les mêmes proportions, mais la fièvre est toujours une complication dans le deuxième cas, contrairement aux convulsions dans l’infection à rotavirus dans laquelle on ne trouve pas de fièvre. L’âge des enfants touchés par ces deux affections est aussi différent. Il est préférable de dire, par conséquent, que l’association entre diarrhée modérée et convulsions afébriles, en particulier pendant l’hiver, est largement due au rotavirus.

Il existe un lien très étroit entre les CIBD et la gastro-entérite, mais la physiopathologie de l’ictogenèse n’a pas encore été tout à fait éclaircie. Nishimura et al (1993) ont démontré que l’antigène du rotavirus était positif dans le LCR et dans les selles à la phase aiguë chez 5 enfants sur 6 atteints de CIBD examinés par PCR. Il a été rapporté des cas d’encéphalite (Ushijima et al, 1986) probablement causée par une infection à rotavirus. Cependant, il n’existe aucune autre preuve de l’invasion du virus dans le tissu du SNC.

On ne connaît pas au Japon l’incidence précise des CIBD, mais il est probable que les CIBD apparaissent plus fréquemment que les CIB sans diarrhée ou les EPBI, et qu’elles soient aussi fréquentes que les CF, à en croire ce qui ressort de la pratique clinique quotidienne.

De toute évidence, les articles sur les CIBD émanent presque tous exclusivement du Japon. Les rapports rédigés dans d’autres pays que le Japon, sont ceux de Wang et Hung (Taiwan, 1993), Contino et al. (USA, 1994), Jones et al. (Australia, 1995)Lin et al. (Taiwan, 1996), Wong (Hong Kong, 20011998), Hung et al. (Taiwan, 2003), Ong et Lee (Singapour, 2002), et Wu et al. (Chine, 2002). La raison pour laquelle si peu d’articles sont parus dans les pays occidentaux n’est toujours pas claire à ce jour et l’on peut se demander si cela est dû à la rareté de cette pathologie dans ces pays ou à un défaut de prise de conscience des médecins.

Autres nouveaux syndromes héréditaires avec CIB

Convulsions infantiles familiales et choréoathétose

Szepetowski et al. (1997) ont étudié 4 familles en France chez lesquelles les CIB avaient une hérédité autosomique dominante, associées à une choréoathétose paroxystique (CA, d’où syndrome ICCA, infantile convulsions and choreoathetosis). Les manifestations cliniques des crises sont les mêmes que celles décrites dans les CIB. Les mouvements choréoathétosiques qui apparaissent pendant la petite enfance ou l’enfance sont de type dystonique, surviennent au repos ou peuvent être induits par un état de fatigue ou d’anxiété. Un lien entre le gène de la maladie et la région per-centromérique du chromosome 16 a été établi.

Hattori et al. (2004) ont rapporté le lien encore plus étroit qui existe entre deux manifestations différentes de pathologie (CIB et CA) dans le cas de 11 familles japonaises (( figure 6 )). Dans ces 11 familles, il y avait seulement 7 cas de CIB, seulement 2 cas de CA, et 19 cas avec à la fois CIB et une CA. Ces deux conditions sont dépendantes de l’âge : les CIB se manifestent généralement pendant la petite enfance et disparaissent après l’âge de 2 ans, alors que la CA n’apparaît qu’après l’âge de 5 ans. Les observations de Hattori laissent entrevoir une plus grande interrelation qu’on ne l’avait pensé précédemment entre CIB et CA ou une possibilité de troubles génétiques alléliques. Des analyses moléculaires récentes localisent les gènes responsables dans la même région du chromosome 16.

Crises néonatales infantiles familiales bénignes (Berkovic et al, 2004) et migraines hémiplégiques familiales et CIB familiales (Terwindt et al., 1997) ont été ajoutées à la liste des syndromes complexes de CIB, mais leurs particularités ne sont pas décrites dans cet article.

Conclusion

En annexe, un historique du développement du syndrome de BIS, montré dans le diagramme (( figure 7 )). Au tout début de l’apparition de ce syndrome, on se trouvait en présence de nouveau-nés, de nourrissons et de jeunes enfants, qui présentaient des problèmes de crises mal définies. Dans les années 1960 et 1970, il était impossible de trouver dans un manuel classique de pédiatrie un chapitre portant clairement le titre d’épilepsie, par contre, un tel chapitre portait le plus souvent le titre de « troubles convulsifs » ou de « troubles paroxystiques ». Il semblait clair que les éditeurs voulaient éviter d’employer le terme d’épilepsie pour cette catégorie d’âge. La tendance s’inversa rapidement. Le temps passant, les crises du nourrisson et de l’enfant devinrent des cibles de recherches favorites pour les scientifiques, et de nombreux types d’épilepsie et syndrome épileptique furent reconnus. Cependant, persiste toujours un doute quant à la limite exacte existant entre l’épilepsie et les troubles non épileptiques paroxystiques. De plus, l’ensemble des syndromes de CIB soulève un certain nombre de problèmes non résolus à ce jour, comme précisé dans le tableau 6( Tableau 6 ). Tous ces thèmes semblent assez significatifs pour faire l’objet d’une future recherche.
Tableau 6 Problèmes du complexe « CIB »

1.

Concepts : est-ce de l’épilepsie ?

Nomenclature appropriée : CIB ? ou EIB ?

2.

Des crises vraiment généralisées existent-elles chez le nourrisson ?

•Les EEG critiques publiés n’ont jamais montré de début focal, à de rares exceptions près

•Dans les CNNFB comme dans les CF simples, les EEG critiques mettent en évidence un début focal

3.

Est-il raisonnable d’utiliser le terme d’épilepsie ou de crises « focales » dans les syndromes de CIB, avec la même signification que dans les épilepsies de l’adulte ?

•Le siège du début de l’ EEG critique migre souvent chez le même patient, y compris au cours d’une même série de crises

4.

Pourquoi s’organisent-elles en séries ?

•Habituellement sans état de mal

5.

Par quels mécanismes la CBZ a-t-elle une activité rapide et sélective dans le contrôle des crises en séries ?

•La CBZ 2 mg/kg per os arrête rapidement une série

•Le diazépam i.v. ou rectal est totalement inefficace

•Supersensibilité d’un canal sodique muté à la CBZ ?

6.

Interrelations nosologiques entre syndromes ?

•Maladies génétiquement alléliques ?

•Similaires pour le phénotype, mais génétiquement distinctes ?

•Les différents syndromes sont-ils coségrégués dans les familles ?

•Différents syndromes peuvent-ils coexister chez un même individu ?

Références

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