ARTICLE
Auteur(s) : G Régnier-Vigouroux
AMP St Roch, 5 rue Gerhardt, 34000 Montpellier
Le recueil de sperme pour la réalisation d’un spermogramme ou d’une
AMP implique une éjaculation obtenue le plus souvent par
masturbation solitaire au laboratoire. La masturbation est dans
beaucoup de civilisations l’objet d’un interdit explicite ou
implicite. La nécessité médicale d’obtenir du sperme dans le but du
rétablissement de la fertilité peut donc provoquer des
comportements d’évitement ou d’inhibition de l’éjaculation [1]. Le
diagnostic d’infertilité chez l’homme peut aussi augmenter
l’anxiété jusqu’à entraîner des troubles de l’érection et de la
libido [2]. Cependant, l’anxiété n’aurait pas toujours un rôle
direct sur la qualité du sperme [3].Les échecs de recueil de sperme
le jour de la FIV, sont rares, de l’ordre de 0,1 à 3 % selon
la littérature. Cette fréquence peu élevée dans les centres
pratiquant l’AMP s’explique par une politique de dépistage précoce,
dès la première consultation du couple infertile, et une prévention
de ce risque essentiellement par cryoconservation de sperme avant
la tentative. Les causes réelles d’échecs peuvent être anatomiques
(atteintes médullaires, cancers, diabète, chirurgicales),
médicamenteuses avec la prise d’antidépresseurs, mais le plus
souvent psychogènes comme nous l’avons vu plus haut avec parfois
une prédominance ethnique [4].Une enquête dans 6 centres d’AMP
(clinique Urbain V à Avignon, clinique de la Duys à Bagnolet,
clinique Pasteur à Brest, CHU Lyon, CHU Nîmes et clinique St Roch à
Montpellier), permet d’établir quels sont les signes d’alertes et
les conduites à tenir les plus fréquentes. Tout d’abord, le taux
d’échec de recueil de sperme est très bas dans tous les centres et
seulement un centre ne pratique pas la cryoconservation préventive
(tableau 1)( Tableau 1 ).À Montpellier,
sur les 76 congélations préventives effectuées, la présence de
l’homme avec nouveau recueil le jour de la FIV a permis l’obtention
d’un éjaculat pour 74 d’entre eux. Il semblerait que ce faible taux
d’échecs ne soit pas lié à la notion d’entraînement mais plutôt au
fait que l’homme est moins anxieux à l’idée de disposer de ses
paillettes pour la mise en fécondation. En effet, Jouannet et al
[5] ont montré qu’il existait autant d’échecs au cours d’un
deuxième recueil. De même, Saleh et al [2] ont pu démontrer que la
notion d’entraînement n’avait aucune influence sur 405 hommes ayant
réalisé avec succès un premier recueil. Ainsi, lorsqu’on annonça à
ces mêmes hommes que leur sperme présentait des anomalies,
11 % (46/405) ont été dans l’impossibilité de se prélever une
deuxième fois 15 jours après.En matière de dépistage, les 6 centres
s’attachent à dépister les échecs de recueil dès le premier
rendez-vous au laboratoire. Ainsi, les signes les plus révélateurs
qui conduisent souvent à une congélation préventive sont la
présence de la femme dans la salle de prélèvement, une durée de
prélèvement supérieure à 45 minutes, une hypovolémie à moins de
1 ml, et la prise d’antidépresseurs ou d’alpha-bloquants. Des
reports successifs de rendez-vous de spermogramme ou la demande de
pratiquer l’examen à domicile doivent aussi alerter.Les conditions
matérielles et psychologiques du recueil dépendent aussi de
l’accueil. Les six centres disposent d’au moins une salle de
prélèvement dont l’insonorisation, le confort et la chaleur de la
décoration ont été étudiés pour atténuer l’impression
d’environnement hospitalier. Quatre vingt-sept hommes sur 480
interrogés dans une enquête de Jouannet et David [5] expriment
comme souhait principal, de pouvoir disposer dans la salle de
revues érotiques (28 % des réponses) et d’un cadre plus
chaleureux ou mieux insonorisé (25 % des réponses).Lorsque
malgré tout, l’échec se produit, la conduite à tenir ne varie guère
selon les centres d’AMP et les méthodes lourdes restent
exceptionnelles (tableau 2)( Tableau 2
).La dédramatisation est une constante dans tous les centres. Cela
se traduit souvent par une simple « pause-café », un
nouveau recueil en présence de la conjointe ou parfois une vidéo
érotique. Bagnolet et Brest préconisent d’emblée l’emploi du
« stimulant » au moment de dédramatiser. Le recours au
préservatif n’est pas proposé systématiquement si la conjointe est
présente dans la salle de prélèvement.Pour 39 « pannes »
sur 3 000 FIV à Brest, 9 ont été résolues par la prise
d’apomorphine et 28 ont subi une congélation d’ovocytes.
Soixante-huit ovocytes ont été décongelés avec l’obtention de 13
embryons. Jusqu’à présent, les 2 centres qui pratiquent la
congélation d’ovocytes n’ont obtenu aucune grossesse.Enfin, les
ponctions épididymo-testiculaires sont très rares car elles
nécessitent une organisation lourde à mettre en œuvre dans
l’urgence.En conclusion, on peut considérer l’échec de recueil de
sperme comme un événement rare, le plus souvent d’origine
psychogène, mais ne devant pas faire oublier qu’il peut exister des
causes anatomiques potentiellement sévères. Certains signes
d’alertes conduisent à proposer une congélation de sperme
préventive. La prévention passe aussi par les conditions d’accueil
et si l’échec se produit, dédramatiser est pour certains centres la
seule méthode employée.
Références
1 Czyba J-C. Andrologie 1997 ; 7 : 407-11.
2 Saleh RA, et al. Fertil Steril 2003 ; 79 :
909-12.
3 Hammond KR, et al. Fertil Steril 1990 ;
53 : 337-40.
4 Kirsch-Noir F, et al. 98e Congrès Français d’Urologie, nov.
2004.
5 Jouannet P, et al. J Gyn Obst Biol Repr 1977 ;
6 : 55-64.
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