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Le recueil de sperme impossible le jour de la FIV


Médecine Thérapeutique / médecine de la reproduction. Volume 8, Number 1, 37-8, Janvier-Février 2006, Journée FIVATE



Author(s) : G Régnier-Vigouroux , AMP St Roch, 5 rue Gerhardt, 34000 Montpellier.

ARTICLE

Auteur(s) : G Régnier-Vigouroux

AMP St Roch, 5 rue Gerhardt, 34000 Montpellier

Le recueil de sperme pour la réalisation d’un spermogramme ou d’une AMP implique une éjaculation obtenue le plus souvent par masturbation solitaire au laboratoire. La masturbation est dans beaucoup de civilisations l’objet d’un interdit explicite ou implicite. La nécessité médicale d’obtenir du sperme dans le but du rétablissement de la fertilité peut donc provoquer des comportements d’évitement ou d’inhibition de l’éjaculation [1]. Le diagnostic d’infertilité chez l’homme peut aussi augmenter l’anxiété jusqu’à entraîner des troubles de l’érection et de la libido [2]. Cependant, l’anxiété n’aurait pas toujours un rôle direct sur la qualité du sperme [3].Les échecs de recueil de sperme le jour de la FIV, sont rares, de l’ordre de 0,1 à 3 % selon la littérature. Cette fréquence peu élevée dans les centres pratiquant l’AMP s’explique par une politique de dépistage précoce, dès la première consultation du couple infertile, et une prévention de ce risque essentiellement par cryoconservation de sperme avant la tentative. Les causes réelles d’échecs peuvent être anatomiques (atteintes médullaires, cancers, diabète, chirurgicales), médicamenteuses avec la prise d’antidépresseurs, mais le plus souvent psychogènes comme nous l’avons vu plus haut avec parfois une prédominance ethnique [4].Une enquête dans 6 centres d’AMP (clinique Urbain V à Avignon, clinique de la Duys à Bagnolet, clinique Pasteur à Brest, CHU Lyon, CHU Nîmes et clinique St Roch à Montpellier), permet d’établir quels sont les signes d’alertes et les conduites à tenir les plus fréquentes. Tout d’abord, le taux d’échec de recueil de sperme est très bas dans tous les centres et seulement un centre ne pratique pas la cryoconservation préventive (tableau 1)( Tableau 1 ).À Montpellier, sur les 76 congélations préventives effectuées, la présence de l’homme avec nouveau recueil le jour de la FIV a permis l’obtention d’un éjaculat pour 74 d’entre eux. Il semblerait que ce faible taux d’échecs ne soit pas lié à la notion d’entraînement mais plutôt au fait que l’homme est moins anxieux à l’idée de disposer de ses paillettes pour la mise en fécondation. En effet, Jouannet et al [5] ont montré qu’il existait autant d’échecs au cours d’un deuxième recueil. De même, Saleh et al [2] ont pu démontrer que la notion d’entraînement n’avait aucune influence sur 405 hommes ayant réalisé avec succès un premier recueil. Ainsi, lorsqu’on annonça à ces mêmes hommes que leur sperme présentait des anomalies, 11 % (46/405) ont été dans l’impossibilité de se prélever une deuxième fois 15 jours après.En matière de dépistage, les 6 centres s’attachent à dépister les échecs de recueil dès le premier rendez-vous au laboratoire. Ainsi, les signes les plus révélateurs qui conduisent souvent à une congélation préventive sont la présence de la femme dans la salle de prélèvement, une durée de prélèvement supérieure à 45 minutes, une hypovolémie à moins de 1 ml, et la prise d’antidépresseurs ou d’alpha-bloquants. Des reports successifs de rendez-vous de spermogramme ou la demande de pratiquer l’examen à domicile doivent aussi alerter.Les conditions matérielles et psychologiques du recueil dépendent aussi de l’accueil. Les six centres disposent d’au moins une salle de prélèvement dont l’insonorisation, le confort et la chaleur de la décoration ont été étudiés pour atténuer l’impression d’environnement hospitalier. Quatre vingt-sept hommes sur 480 interrogés dans une enquête de Jouannet et David [5] expriment comme souhait principal, de pouvoir disposer dans la salle de revues érotiques (28 % des réponses) et d’un cadre plus chaleureux ou mieux insonorisé (25 % des réponses).Lorsque malgré tout, l’échec se produit, la conduite à tenir ne varie guère selon les centres d’AMP et les méthodes lourdes restent exceptionnelles (tableau 2)( Tableau 2 ).La dédramatisation est une constante dans tous les centres. Cela se traduit souvent par une simple « pause-café », un nouveau recueil en présence de la conjointe ou parfois une vidéo érotique. Bagnolet et Brest préconisent d’emblée l’emploi du « stimulant » au moment de dédramatiser. Le recours au préservatif n’est pas proposé systématiquement si la conjointe est présente dans la salle de prélèvement.Pour 39 « pannes » sur 3 000 FIV à Brest, 9 ont été résolues par la prise d’apomorphine et 28 ont subi une congélation d’ovocytes. Soixante-huit ovocytes ont été décongelés avec l’obtention de 13 embryons. Jusqu’à présent, les 2 centres qui pratiquent la congélation d’ovocytes n’ont obtenu aucune grossesse.Enfin, les ponctions épididymo-testiculaires sont très rares car elles nécessitent une organisation lourde à mettre en œuvre dans l’urgence.En conclusion, on peut considérer l’échec de recueil de sperme comme un événement rare, le plus souvent d’origine psychogène, mais ne devant pas faire oublier qu’il peut exister des causes anatomiques potentiellement sévères. Certains signes d’alertes conduisent à proposer une congélation de sperme préventive. La prévention passe aussi par les conditions d’accueil et si l’échec se produit, dédramatiser est pour certains centres la seule méthode employée.

Références

1 Czyba J-C. Andrologie 1997 ; 7 : 407-11.

2 Saleh RA, et al. Fertil Steril 2003 ; 79 : 909-12.

3 Hammond KR, et al. Fertil Steril 1990 ; 53 : 337-40.

4 Kirsch-Noir F, et al. 98e Congrès Français d’Urologie, nov. 2004.

5 Jouannet P, et al. J Gyn Obst Biol Repr 1977 ; 6 : 55-64.


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