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Intestinal parasitoses in a village of Côte d’Ivoire. I: Control and prevention plan


Cahiers d'études et de recherches francophones / Santé . Volume 15, Number 1, 5-10, Janvier-Février-Mars 2005, Étude originale


Résumé   Summary  

Author(s) : Paul Dancesco, Jérôme Abeu, Claude Akakpo, Ileana Iamandi, Emmanuel Kacou, Francois Quenou, Jacob Keusse-Assi , Tropical Medicine Consultants Regd, 245, boul. Laird, Mont-Royal (Qc) H3R 1Y3 Canada, Hôpital protestant de Dabou, BP 115, Dabou, Côte d’Ivoire, Service d’assistance canadienne aux organismes (Saco), 1615/750, boulevard René-Lévesque, Montréal (Qc) H3B 1P5 Canada.

Summary : The goal was to develop a complex medical, hygienic, sanitary and educational plan for control and prevention of intestinal parasitic infections in the rural areas in Ivory Coast. In a village situated at the border of the Ébrié lagoon, 416 persons were examined : 371 children, of which 343 were school and preschool children, aged 4 to 15 years (195 boys and 148 girls), 28 young children aged 6 months to 3 years, and a group of 45 adults. The parasitologic exams included perianal swabs (Graham’s method), stool examination using saline solution, iodized solution (Lugol) and prparation Kato-Miura’s method in thick layer. Parasitic intensity was done for helminths and worm burden have been carried after specific treatment of roundworms. Hygienic conditions as environment, school, dwelling and personal hygiene, eating habits, drinking water sanitation, garbage disposal, toilets, reproduction areas of hematophagous and mechanical vectors etc. have recorded. The prevalence of intestinal parasites was 84.8% in children (with 76,7 % polyparasites) and 29,0 % in adults. The results pointed out a hyperendemic zone. Parasitic infectious transmitted from person to person was frequent among children : 37.3% pinworms in school children, 30.3% amoebas cystes and 30.3% flagellate. Infections transmitted by soil were predominant, with 62,1 % roundworms (78,6 % in children aged 7 to 10 years) presenting an important parasitic intensity and worm burden. The parasitoses transmitted as larvae were frequent, only Srongyloides stercoralis being most frequent parasite in adults compared to children. A feasible plan of control the intestinal parasites has been established in collaboration with the local hospital, village leaders and health workers. Short-term measures have been carefully chosen, targeting especially the schools, teachers and health workers. The first health education measure concerns the hand cleanliness at home and at schools. It was suggested that a bucket of warer be used per class, that the water be changed more often during the day, and soap be made available at all time. Lessons on the ways of transmission of parasites will be introduced in schools. A door-to-door education plan was discussed with village health workers and hospital nurses and laboratory technicians during the maternal-infantile prophylactic visits. The health education problems have been discussed extensively with village health workers. As a preliminary example, the prevention and campaign against the pinworm, a common parasite in children was chosen, whose transmission mechanism from person to person can be easily understood by children and mothers. Simultaneously the prevention of parasitic infections contributes extensively to the prevention of other serious diseases, as the typhoid fever etc. which are endemic in the region. Long-term preventive measures have been discussed with village leaders. The first measure is to fix the deep-well drinking water pump station of the village, financed by outside parties, with labour provided by the village. Measures for proper maintenance of the water pump station have also been discussed with representatives of the village. The program of the World Health Organization and National Institute of Hygiene of Ivory Coast concerning the periodic treatment of intestinal helminths, especially A. lumbricoides, given to all school aged children was discussed.

Keywords : parasitology, prevention, hygiene, lifestyle conditions, rural environment, children and teenagers, Côte d’Ivoire

ARTICLE

Auteur(s) :, Paul Dancesco1,*, Jérôme Abeu2, Claude Akakpo2, Ileana Iamandi3, Emmanuel Kacou2, Francois Quenou2, Jacob Keusse-Assi2

1Tropical Medicine Consultants Regd, 245, boul. Laird, Mont-Royal (Qc) H3R 1Y3 Canada
2Hôpital protestant de Dabou, BP 115, Dabou, Côte d’Ivoire
3Service d’assistance canadienne aux organismes (Saco), 1615/750, boulevard René-Lévesque, Montréal (Qc) H3B 1P5 Canada

Le but des présentes investigations a été d’élaborer un plan complexe médical, d’hygiène et d’éducation pour la santé visant le combat et la prévention des infections parasitaires intestinales dans un village africain. À cette fin, nous avons essayé d’établir le rapport qui existe entre les infections parasitaires et les facteurs spécifiquement locaux du milieu physique et social susceptibles de favoriser les cycles de transmission des parasites. L’action a été guidée par les documents de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) [1, 2] et organisée par le Service d’assistance canadienne aux organismes (Saco) en collaboration avec l’Hôpital protestant de Dabou (HPD), qui mène plusieurs programmes de santé publique depuis trente ans.

Zone d’étude

Les recherches ont eu lieu à Tiaha, petit village ivoirien isolé sur une butte surplombant un golfe de la lagune Ebrié, entourée d’une riche végétation, à l’écart des grandes routes de circulation du pays. Les familles ont de nombreux enfants et occupent des maisons entassées sur les hauteurs de la butte. Les problèmes socio-économiques sont ceux des villages de zone rurale. La principale occupation des villageois était la pêche dans la lagune, mais la pêche intensive et les modifications biologiques du milieu consécutives à la création d’une communication directe avec la mer ont provoqué une diminution de la quantité de poisson. Actuellement, les villageois s’orientent davantage vers l’agriculture, mais les terrains agricoles ne suffisent pas à assurer les besoins de la population. Les pompes de ravitaillement des puits étant défectueuses, l’approvisionnement en eau potable est un problème sérieux.

Méthode de travail

Quatre cent seize personnes ont été examinées : 371 enfants, dont 343 (195 garçons et 148 filles, scolarisés ou non) âgés de 4 à 15 ans, soit environ 75 % de la population scolaire et préscolaire du village [3], et 28 jeunes enfants âgés de 6 mois à 3 ans, ainsi qu’un groupe témoin de 45 adultes.

L’examen parasitologique a compris le prélèvement de deux échantillons : un prélèvement matinal de l’empreinte anale (méthode de Graham) chez tous les sujets, et un examen coproparasitologique chez 343 enfants et 45 adultes. Afin d’éviter la contamination de l’échantillon de selles avec de la terre, chaque sujet a reçu une boîte en plastique ainsi qu’un carré de carton et une baguette en bois pour le prélèvement. Afin de déjouer les fréquentes plaisanteries des enfants risquant de fausser le prélèvement des échantillons de selles, nous avons fait appel à la famille ou bien nous avons suivi le prélèvement de façon significative pour un certain nombre d’enfants. L’examen de laboratoire a compris deux préparations, l’une plus épaisse en solution saline, l’autre plus mince en solution Lugol et, pour un certain nombre d’échantillons, une préparation en couche épaisse (Kato-Miura). L’intensité parasitaire a été déterminée pour les helminthes d’après la méthode de Stoll simplifiée. La charge parasitaire d’Ascaris lumbricoides a été déterminée pendant trois jours [4] suivant la courbe d’élimination des parasites après traitement par le mébendazole [5].

Les conditions d’hygiène ont été évaluées au cours des visites effectuées avec les agents de santé du village : hygiène alimentaire et de l’eau potable, élimination des résidus ménagers, liquides et liquéfiables, hygiène individuelle, de l’habitation et de l’école, sites de multiplication des vecteurs hématophages et des vecteurs mécaniques, etc. L’inventaire des problèmes d’hygiène a été rapporté aux données de parasitologie obtenues sur place.

Résultats et discussion

Les infections parasitaires intestinales

L’examen des selles (tableau 1( Tableau 1 )) des enfants a mis en évidence une prévalence des porteurs de parasites intestinaux de 84,8 %, confirmant l’existence d’une hyperendémie parasitaire intestinale comparable à celles trouvées dans d’autres régions tropicales [6-8] et de Côte d’Ivoire [9]. Un polyparasitisme a été constaté chez 263 enfants (76,7 %). Le palmarès des parasites de la région lagunaire de Côte d’Ivoire est complet, avec des valeurs de prévalence et d’intensité parasitaires. La prévalence des infections parasitaires chez les adultes est également élevée (29,0 %). Deux cas d’helminthes, exceptionnels pour la région du village de Tiaha et qui concernaient des sujets originaires d’autres régions de Côte d’Ivoire, ont été identifiés dont un cas de Schistosoma mansoni chez un enfant de 8 ans et un autre de Paragonimus sp. chez un adulte. Dans ce dernier cas, nous avons trouvé des œufs en transit intestinal et, par la suite, les mêmes œufs dans les expectorations.

Parasites à transmission directe

Dans le groupe des parasites transmis directement par contact direct d’une personne à une autre ou par les objets, les aliments ou l’eau pollués, les principaux représentants identifiés sont Enterobius vermicularis, les amibes et les flagellés (tableaux 1 et 2( Tableau 2 )), au rôle pathogène connu [10, 11]. L’examen de l’empreinte anale (tableau 2) a mis en évidence des œufs d’E. vermicularis chez un pourcentage bien plus élevé d’enfants que d’adultes ; les plus parasités sont les enfants âgés de 4 à 15 ans (tableau 2). Parmi les amibes, on a observé un pourcentage important de kystes avec quatre noyaux, ce qui évoque Entamoeba histolytica, Entamoeba histolytica like ou Entamoeba dispar. Les trophozoïtes d’amibes n’ont pas été rencontrés.
  • Conditions épidémiologiques locales des parasitoses à transmission directe.

Étant donné la prévalence élevée de ces parasites, nous avons examiné les conditions locales d’hygiène susceptibles de faciliter la diffusion et la transmission. L’alimentation de la population est à base d’atchéké, qui est une pâte de manioc consommée avec de la sauce tomate, de la viande ou du poisson. L’atchéké est préparé par les femmes du village qui, après avoir bouilli le manioc, le divisent en boules, mettent ces dernières dans des sacs de plastique et les vendent dans la rue. La préparation et la vente comportent plusieurs manipulations. Quant aux repas, les enfants les prennent généralement assis par terre. Selon l’habitude ancestrale, on se sert exclusivement des doigts pour manger, jamais de la cuillère ou de la fourchette. Si le fait de manger avec les doigts est une pratique très répandue dans le monde, nous avons observé que les enfants de Tiaha ne se lavent pas les mains à l’eau et au savon avant de manger. De même, à l’école, avant et après la collation, les enfants se trempent simplement les mains, sans les laver au savon, dans un petit bassin commun où l’eau n’est changée qu’une fois par jour. Le savon n’est pas cher en Côte d’Ivoire, mais la principale difficulté tient à l’absence d’eau courante dans le village. Il faut toutefois mentionner que les enfants se lavent fréquemment au cours de bains avec du savon, les filles à la maison et les garçons surtout au bord de la lagune.

Quant à l’eau potable, elle provient de trois marigots, car les deux pompes dont disposait le village sont en panne depuis quelques années. Les marigots sont des bassins entourés d’une clôture en béton qui ménage une surface d’eau de quelques mètres carrés. L’eau est de qualité douteuse et les clôtures en béton sont partiellement dégradées. La pollution est visible. Les femmes ou les enfants puisent l’eau avec un pot apporté de la maison, qui est d’abord mis directement sur le sol à côte du marigot puis descendu vers la surface de l’eau avec une corde restée au sol. La pollution est d’autant plus intense tout autour des marigots que l’endroit est très fréquenté par les enfants chargés de transporter l’eau ou qui accompagnent leur mère.
Tableau 1 Prévalence des parasites intestinaux des enfants entre 4 et 15 ans et des adultes.Prevalence of intestinal parasitic infections of 343 children betwen 4 et 15 years of age and of 45 adults.

Enfants entre 4 et 15 ans

Adultes

nombre

%

Intensité parasitaire

Charge parasitaire

nombre

%

Intensité parasitaire

Personnes examinées

343

45

Personnes parasitées

291

84,8

13

29,0

Helminthes total

245

71,5

8

17,8

Helminthes trasmis par oeufs

231

67,2

3

6,7

Ascaris lumbrioïdes

213

62,1

1 000-52 000 opg*

1 – 16

3

6,7

1 500 opg

Trichuris trichiura

50

14,6

0

Helminthes transmis par larves

95

27,7

Ancylostoma duodenale

55

16,0

500 – 4 000 opg

2

4,4

1 000 opg

Strongyloides stercoralis

42

12,2

500 – 3 500 lpg**

8

17,7

3 000 lpg

Autres voies de transmission

1

1

Schistosoma mansoni

1

0

Paragonimus sp.

0

1

Protozoaires

175

51,0

4

9,1

Amibes

104

30,3

4

9,1

Entamoeba histolytica et E. histolytica like

19

5,5

0

Entamoeba coli

65

19,0

4

9,1

Kystes d’amibes non identifiés

25

7,3

0

Iodamoeba butschlii

3

0,9

0

Flagellés

104

30,3

0

Giardia lamblia

62

18,1

0

Trichomonas hominis

61

17,8

0


Tableau 2 Résultat de l’examen de l’empreinte anale des 371 enfants et 45 adultes.Prévalence of Enterobius vermicularis in 371 children and 45 adults.

Nombre personnes examinées

Entérobius vermicularis

%

Enfants

6 mois à 3 ans

28

2

7,1

4 ans à 15 ans

343

128

37,3

Adultes

45

3

6,7

Total

416

133

32,0

Parasites transmis par le sol sous forme d’œufs

Ascaris lumbricoides et Trichuris trichiura sont les parasites qui prédominent chez les enfants (tableau 1). A. lumbricoides est le parasite le plus fréquent à Tiaha, 62,1 % [10]. Les enfants âgés de 7 à 10 ans sont les plus parasités, 78,6 % (tableau 3( Tableau 3 )). L’intensité parasitaire a été appréciée entre 500 et 52 000 opg. La charge parasitaire d’ascarides (4,5), déterminée après le traitement des 54 enfants parasités, est comprise entre 1 et 16 helminthes, avec une moyenne de 4,7. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande une attention particulière aux cas d’infection avec charge parasitaire élevée, même si le nombre de cas n’est pas très important.
  • Conditions épidémiologiques locales des parasitoses transmises par le sol.

Concernant les facteurs de transmission des ascarides [12, 13], l’infestation des enfants par des œufs de parasites est certainement à mettre en rapport avec la rareté, voire l’absence de toilettes hygiéniques. Moins de 10 % des ménages possèdent des latrines et les fèces sont généralement dispersées au voisinage des maisons ou sur la butte hébergeant le village, de sorte que les pluies contribuent à disséminer les agents infestants, sur tout le voisinage des maisons et les pentes de la butte. Le contact avec le sol pollué est étroit, car les enfants prennent leurs repas assis par terre où bon nombre de cas d’infestation par des œufs d’ascarides résultent de la contamination des aliments avec le sol ou la poussière. La transmission des ascarides par les légumes crus est peu probable, car ils sont peu consommés (la laitue est pratiquement inconnue à Tiaha). Les jardins potagers sont rares ; les tomates, importées d’autres villages, sont consommées exclusivement en sauce. Les fruits, notamment les mangues, qui tombent des arbres et que les enfants ramassent au sol et mangent sans les laver, peau comprise, sont suspects de véhiculer des agents infestants. Les terrains où poussent les manguiers autour du village ne sont pas contrôlés.

À Tiaha, 20 % des enfants de 4 ans sont infestés par des ascarides. Partout au monde, les petits enfants sont les plus grands pollueurs du sol en milieu rural, sans modèle éducatif et sans aide des parents, ils déposent les fèces n’importe où. Des documents de l’OMS précisent de plus que les enfants de 4 ans ou moins ne doivent pas utiliser les latrines des adultes.
Tableau 3 Prévalence d’Ascaris lumbricoides rapportée aux groupes d’âge.Prevalence of Ascaris lumbricoides in connection with age groups.

Groupe d’âge

Nbre d’enfants examinés

Nbre d’enfants parasités

Pourcentage

4 à 6 ans

81

23

28,4

7 à 10 ans

168

132

78,6

11 à 15 ans

94

58

61,7

Total

343

213

62,1

Parasites transmis sous forme de larves qui pénètrent par la peau

La prévalence de Strongyloides stercoralis est de 12,2 %. Les enfants marchent tous pieds nus au village et le contact direct de la surface corporelle avec le sol humide au cours du repos est fréquent. Le débarcadère du village pourrait constituer un véritable foyer d’infections ; il s’agit d’un endroit ombragé où le sol très humide ménage de petites flaques d’eau. L’endroit, très fréquenté par les enfants, et ses alentours, sont pollués par les excréments. S. stercoralis est le seul parasite plus fréquent chez les adultes (17,7 %) que chez les enfants (12,2 %). Il s’agit vraisemblablement de l’accumulation d’infestations répétées et persistantes au cours des années. L’intensité parasitaire de S. stercoralis a été parfois élevée : 3 500 lpg dans le cas d’un enfant et 3 000 lpg chez un adulte (valeurs approximatives car les larves ont tendance à s’accumuler dans les parties hautes de l’échantillon de selles). Concernant les Ancylostomidae chez les enfants, la prévalence est de 16,0 % et l’intensité parasitaire de 500 à 4 000 opg, avec une moyenne de 1 000 opg. Concernant les œufs des Ancylostomidae, dans certains cas leur forme, leur taille et la présence de 4 à 8 blastomères évoquent Ancylostoma duodenale tandis que, dans d’autres cas, leur forme, leur taille légèrement plus grande et la présence de plusieurs blastomères, voire d’une morula, étaient en faveur de Necator americanus.

Conclusions et stratégie de prévention et de lutte contre les infections parasitaires

Au terme des investigations, nous avons tenté de concevoir un plan de lutte et de prévention axé sur plusieurs paramètres :
  • les résultats obtenus en parasitologie ;
  • les disponibilités matérielles locales ;
  • le niveau culturel et les susceptibilités de la population du village.

Une intervention énergique visant à combattre les parasitoses et à améliorer les conditions d’hygiène a été exclue d’emblée afin d’éviter le risque de rejet de nos propositions par la population, les dirigeants du village, le conseil des patriarches et même les agents de santé du village. Notre champ d’action s’est limité à un seul groupe de parasites qui sont à la fois fréquents, connus de la population et dont le mécanisme de transmission est susceptible d’être facilement compris par les enfants et les mères. Ainsi, l’accent a été mis sur les parasitoses à transmission interpersonnelle directe ou maladies des mains sales. Plus particulièrement, nous avons limité le programme éducatif à un seul parasite, l’oxyure (E. vermicularis), qui est bien connu au village, surtout par les enfants et les mères. Un programme d’éducation sanitaire [2, 14] conçu sous forme de discussions portant sur le cycle biologique et la transmission de l’oxyure a suscité l’intérêt des agents de la santé. Avec cette base initiale solide, l’éducation pour la santé a été acceptée par la population, y compris par les enfants. Fait important, les mesures préconisées sont aussi valables pour la prévention d’autres maladies graves telles l’amibiase, la fièvre typhoïde, la diarrhée parasitaire des enfants, etc. endémiques dans la région. Cette première étape ne comportait pas d’explication des voies de transmission des autres parasites tels que S. stercoralis et les ankylostomes, leur mécanisme de transmission étant difficile à comprendre par une population avec un faible niveau d’instruction. Ce programme ainsi engagé de lutte et de prévention des maladies parasitaires chez l’enfant, a emporté l’adhésion active du conseil des patriarches du village, des villageois et surtout des femmes du village.

Le plan d’action élaboré en accord avec la direction de L’HPD et le conseil des patriarches du village est axé sur deux volets : les mesures à court et long termes.

Mesures à court terme

  • 1. L’action a commencé par la présentation des résultats de l’enquête, dans un cadre solennel, aux dirigeants et au conseil des patriarches du village pour nous assurer de leur collaboration. L’accent à été mis sur la prévention.
  • 2. Un compte rendu détaillé a été présenté aux agents de santé du village. Les problèmes d’hygiène rurale ont été revus dans leur globalité et présentés en rapport avec les résultats de parasitologie et les mesures de prévention. Les discussions ont été guidées par les recommandations de l’OMS ainsi que par les résultats d’autres chercheurs de Côte d’Ivoire [9]. Les mesures à court et à long termes ont été discutées de manière plus approfondie avec les agents de santé du village afin de leur faciliter la tâche dans l’éducation des habitants du village.
  • 3. Des mesures de prévention ont été recommandées aux enseignants des écoles. Ainsi, pour améliorer l’hygiène, on a recommandé qu’un bassin avec de l’eau soit utilisé par classe pour le lavement des mains à l’école, que l’eau des bassins soit changée plusieurs fois par jour et que du savon soit mis à la disposition des élèves. Les instituteurs et les professeurs du village ont été incités à introduire, dans leur enseignement, des leçons sur les parasites et les maladies qu’ils déterminent.
  • 4. Le renforcement de l’activité d’éducation pour la santé [1, 2, 15] auprès de la population, plus particulièrement les enfants d’âge scolaire et les femmes du village, a été notre objectif premier. À cet effet, la détermination de la charge parasitaire s’est révélée un outil très efficace auprès des élèves et de leurs mères. Les médecins et le corps infirmier du département de santé publique ont été chargés d’animer des discussions spontanées ou de porte à porte et d’organiser de petites conférences sur la prévention des maladies des mains sales, et de contrôler l’activité éducative déployée par les agents de santé du village.
  • 5. Il a été recommandé de contacter les différentes organisations non gouvernementales (ONG) locales qui s’occupent d’épidémiologie et de prévention, telles que l’Association africaine antiépidémies (AAAE) de Côte d’Ivoire, et de solliciter leur collaboration pour organiser l’action d’éducation sur la santé conjointement avec l’HPD.
  • 6. Tous les élèves n’ayant pas reçu de traitement antiparasitaire au cours de cette action ont été dirigés vers l’HPD pour une nouvelle investigation et pour traitement.

Mesures à long terme

  • 1. La nécessité de la réfection des deux pompes des puits du village a été amplement discutée avec les dirigeants du village [2, 13, 16]. Au terme des discussions, il a été recommandé d’établir une collaboration entre les villageois, qui seront appelés à fournir la main-d’œuvre, et l’HPD, qui devra chercher un appui financier étranger pour obtenir le matériel nécessaire. En contrepartie de l’effort consenti par le Département de santé publique de l’HPD, le conseil du village s’est engagé à assurer l’entretien et le bon fonctionnement des pompes et à superviser leur utilisation correcte par la population, plus particulièrement les enfants.
  • 2. Un contrôle des mesures recommandées sera effectué par le Département de santé publique de l’HPD. Une campagne d’éducation portant sur l’importance de l’hygiène de l’eau potable, inspirée des documents de l’OMS [1, 4] et de la littérature sur ce sujet [8, 13, 16], sera organisée en parallèle avec l’action de réfection des pompes.
  • 3. La prévention des autres groupes de maladies parasitaires sera abordée à l’avenir, en parallèle avec une campagne de promotion visant à la construction de toilettes hygiéniques. Le village sera inscrit au programme des traitements périodiques généraux des helminthiases intestinales prévus par l’Institut national d’hygiène de Côte d’Ivoire [17] et par l’OMS [4], l’objectif premier étant de réduire le taux de prévalence, y compris le taux d’infection à charge parasitaire élevée [4, 18].
  • 4. Partant du fait qu’une action-éclair ne suffit pas toujours à convaincre les populations rurales de la nécessité d’adopter des mesures d’hygiène, nous avons envisagé une action soutenue d’une durée minimale de trois ans. Cette action sera encadrée par l’HPD avec le concours de spécialistes canadiens et sera élargie à plusieurs villages avoisinants.
  • 5. Avant d’entreprendre cette action de longue durée, il faudra approfondir les connaissances et prendre en compte le contexte socio-économique des villages et de la région, notamment pour ce qui est des pratiques de la médecine populaire et des traitements antiparasitaires empiriques, des croyances et superstitions entourant les maladies parasitaires. Un des objectifs serait de valoriser les traditions populaires bénéfiques et de s’assurer d’une meilleure collaboration de la population.
  • 6. À la suite de cette action de trois ans, on devra créer, à terme, un Centre des maladies parasitaires à l’HPD, entité permanente avec une orientation curative et préventive et qui pourrait devenir une unité de terrain pilote dans la lutte contre les maladies parasitaires en Côte d’Ivoire.

Références

1 Organisation mondiale de la santé (OMS). Lutte contre les parasitoses intestinales. Rapport d’un Comité OMS d’experts. Série de rapports techniques, n° 749. Rome : OMS, 1987.

2 World Health Organization (WHO). Monitoring helminth control programmes. CSD.S. 99.3 WHO/CSD/CPC/SIP-N° 3. Rome : WHO, 1999.

3 World Health Organization (WHO). Guidelines for the evaluation of soil-transmitted helminthiasis and schistosomiasis at community level. WHO.CSD.S. 98.1 – HO/CTD/SIP/1998-n° 1. Rome : WHO, 1998.

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8 Brooker S, Donnelly CA, Guyatt HL. Cameroun : estimation du nombre d’helminthiases à partir de la prévalence de l’infestation chez les enfants d’âge scolaire. Bull WHO 2000 ; 78 : 1456-65.

9 Messou E, Swai S, Hoopman R, Van Hell L. Impact de l’assainissement et de l’hygiène domestique sur l’incidence de l’ascaridiase et de l’ankylostomiase chez les enfants de 2-4 ans dans les zones rurales de Côte d’Ivoire. Bull Soc Path Exot 1997 ; 90 : 48-50.

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12 Kightlinger LK, Seed JR, Kightlinger MB. Ascaris lumbricoides intensity in relation to environmental, socioeconomic, and behavioral determinants of exposure to infection in children from Southeast Madagascar. J Parasitol 1998 ; 84 : 480-4.

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