ARTICLE
Auteur(s) : Dr Jacques Lambrozo
Service des études médicales d’EDF et du Gaz de France,
Paris
Organisé par le bureau de l’Organisation mondiale de la santé
(OMS) de Genève, dirigé par le Dr Michael Repacholi, avec notamment
la collaboration de l’EPRI1 du projet
européen COST 281 et de l’ICNIRP2, ce
séminaire a réuni 136 participants. Il s’inscrit dans la même
démarche que l’initiative européenne SCALE3, c’est-à-dire qu’il était focalisé sur la
santé de l’enfant, celui-ci étant potentiellement une cible
privilégiée des risques environnementaux. Mais ici, seules ont été
envisagées les expositions aux champs électromagnétiques de très
basse fréquence et aux radiofréquences.
Cette préoccupation découle notamment du classement par le
Centre international de rechercher sur le cancer (CIRC), en
juin 2000, des champs électromagnétiques de fréquence
50/60 Hz en catégorie II B pour les expositions
résidentielles chez l’enfant.
Après une série de leçons tutoriales, plusieurs des facteurs
pouvant jouer un rôle tel que les données dosimétriques, les
facteurs d’exposition et les résultats des études épidémiologiques,
ont été passés en revue. Au chapitre des conclusions, c’est le
cadre général impliquant la position de l’OMS vis-à-vis du principe
de précaution, qui a été discuté.
Le professeur Robert Brent, de l’Université Thomas Jefferson à
Philadelphie, a ouvert la première session en traitant de la
sensibilité des organismes en voie de développement exposés à des
toxiques environnementaux. À partir d’une série d’exemples
tirés d’alertes environnementales portant sur les cyclamates, la
saccharine, les pesticides, la chloration de l’eau et les
ultrasons, l’orateur a insisté sur le risque de se fonder sur des
tests extrêmement simplifiés conduisant à une surinterprétation,
car il s’agit de maladies particulièrement graves et angoissantes
telles que les cancers, les maladies mentales, les affections
héréditaires ou les malformations congénitales. Il a opposé les
effets de type déterministe (mort fœtale, malformations
congénitales, retard de développement mental, microcéphalie, effets
neurocomportementaux, prématurité) qui requièrent un seuil d’effet,
aux effets stochastiques (cancers et mutagenèse) où le risque
d’effet (mais non la sévérité) augmente avec
l’exposition.
Parmi les pathologies qui surviennent pendant le développement
de l’embryon, de l’enfant et/ou de l’adolescent, certaines
étiologies peuvent être reliées à des expositions environnementales
(liste jointe en annexe 1). En fait,
si les effets sur le développement embryonnaire commencent à être
mieux connus, il n’en va pas de même des effets survenant après la
naissance et qui peuvent concerner la croissance, la fertilité, le
développement neurologique, ou le risque de cancer.
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Annexe 1
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Maladies survenant exclusivement ou
majoritairement pendant des phases de développement (d’après Robert
Brent)
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1. Malformations congénitales
2. Retard du développement fœtal
3. Fausse couche, enfant mort-né
4. Prématurité
5. Microcéphalie et troubles neurocomportementaux
6. Syndrome de mort subite du nourrisson
7. Leucémie lymphocytaire aiguë
8. Adénocarcinome du vagin
9. Bronchiolite
10. Colique
11. Allergie au lait de vache
12. Craniosténose
13. Croup
14. Amblyopie par défaut d’usage
15. Tumeur d’Ewing
16. Crises fébriles
17. Pneumonie, ostéomyélite et sepsies par streptocoque du
groupe B |
18. Purpura de Schönlein-Henoch
19. Invagination idiopathique
20. Développement problématique du langage dû à une surdité
21. Botulisme du nourrisson
22. Ictère nucléaire
23. Médulloblastome
24. Retard mental dû à l’hypothyroïdie
25. Entérocolite nécrosante
26. Neuroblastome
27. Ostéosarcome
28. Sténose du pylore
29. Syndrome de détresse respiratoire
30. Rétinopathie liée à la prématurité
31. Tachypnée transitoire du nouveau-né
32. Néphroblastome |
Une fois ces mises en garde précisées, la question était posée
de savoir si l’enfant est plus vulnérable que l’adulte. La réponse
n’est pas univoque : « Les enfants sont
différents. » Ils peuvent être plus sensibles à certains
produits tels que les cyclines, la morphine, l’atropine ; en
revanche, ils peuvent être moins sensibles à d’autres composés tels
que la strychnine, les hormones thyroïdiennes, la codéine, le
méthotrexate ou les thio-urées. Ils possèdent par ailleurs de
meilleures capacités de récupération que les adultes.
Une fois évoquée l’éventualité d’une pathologie
environnementale, il reste à essayer d’en démontrer la
responsabilité. L’épidémiologie est la clé de voûte de la
démonstration, mais toutes les études ne se valent pas et les
cohortes apportent une qualité d’information supérieure aux études
cas-témoins qui, elles, ont l’avantage d’être particulièrement
sensibles en termes de détection d’un risque.
L’évolution de l’incidence des pathologies est aussi un élément
à considérer, mais il doit être interprété avec prudence. En effet,
si l’incidence des cancers chez l’enfant entre les années 1989 et
1998 a connu une diminution, celle des leucémies entre les années
1974-1978 et 1994-1998 montre une augmentation de l’incidence qui,
pour être valablement interprétée, doit tenir compte du changement
de classification de ces pathologies pouvant expliquer cette
variation.
Les études expérimentales, et notamment les études
in vitro, peuvent être contributives, mais il est
inutile de développer un programme expérimental si les études
épidémiologiques ne sont pas déjà en faveur d’un effet.
Dans tous les cas, la plausibilité biologique est un argument
important. Ainsi, le fait de ne pas avoir observé de lésions
osseuses malignes dans les traitements des pseudarthroses par de
forts niveaux de champ magnétique est en défaveur de la réalité
d’une action délétère. De même, R. Brent a rappelé que le fait
de se déplacer en avion, dans le champ magnétique terrestre, génère
un champ magnétique de l’ordre de 450 mG sans que, jusqu’à
présent, l’attention ait été attirée par des effets
quelconques.
En conclusion, la sensibilité de l’enfant doit tenir compte à la
fois de son stade de développement et du (ou des) facteur(s)
d’expositions environnementales.
Dans le cadre de la session tutoriale, une deuxième contribution
sur l’étiologie des leucémies et de l’enfant a été proposée par le
Professeur Tracy Lightfoot.
Elle a rappelé que les leucémies sont les cancers les plus
fréquents chez l’enfant, puisqu’elles participent pour 25 à
35 % des cancers à cet âge, et que la leucémie aiguë
lymphoblastique est la plus fréquente des leucémies, avec une
prévalence plus importante dans la population de race noire que
dans la population de race blanche.
Il y a un pic d’incidence entre 2 et 5 ans, qui culmine
en général à l’âge de 3 ans. C’est d’ailleurs ce pic qui a
suggéré différentes hypothèses étiologiques associées notamment aux
contacts infectieux. Les différents types de leucémie aiguë
lymphoblastique ou myéloblastique sont fréquemment caractérisés par
des altérations génétiques au nombre desquelles figurent les
translocations chromosomiques. Plus de 200 gènes ont été
reconnus impliqués dans ces translocations et, notamment MML, KEL
et AML1.
Certaines données plaident en faveur de la survenue
in utero de ces modifications et il a été suggéré
qu’une fusion du gène MML dans la cellule souche hématopoïétique
appropriée pourrait être suffisante pour être à l’origine d’une
leucémie.
L’observation de réarrangements du gène MML chez l’adulte
leucémique, préalablement exposé à une chimiothérapie avec des
inhibiteurs de la topo-isomérase II de l’ADN, a conduit à
s’interroger sur le fait que l’exposition à ces inhibiteurs,
pendant la grossesse, pourrait être impliquée dans la genèse de
leucémies infantiles. D’ailleurs, des associations entre fusion du
gène MML et usage, chez la mère, de dipyrone et de produits
antimoustiques ont été rapportées.
La liste des inhibiteurs de la topo-isomérase II est
particulièrement longue et ne se réduit pas aux agents de
chimiothérapie et aux pesticides. Elle inclut aussi les métabolites
du benzène, les bioflavonoïdes, des plantes médicinales, les
laxatifs anthraquinoniques, les antibiotiques de la famille des
quinolones, la plupart des phénols et leurs métabolites, mais les
fruits, le café, le thé, le vin, le soja et la noix de coco n’en
sont pas exempts. Il est aussi probable que d’autres produits
chimiques ayant la propriété d’inhiber la topo-isomérase n’ont pas
été encore reconnus.
Il ressort donc que, comme pour la plupart des cancers, l’un des
mécanismes de la genèse des leucémies impliquerait une interaction
entre certains gènes et des facteurs environnementaux à identifier.
D’autres événements doivent aussi être pris en considération comme
le rôle des folates, l’alimentation au sein qui pourrait
transmettre des agents infectieux ou des produits chimiques
toxiques pour le génome, tout comme les nouvelles techniques de
reproduction assistée.
Quant à l’hypothèse infectieuse, deux voies différentes semblent
devoir être prises en compte : d’une part, la survenue
d’infections retardées et, d’autre part, les progrès de l’hygiène
qui, en prévenant nombre d’infections de la période périnatale,
pourraient ainsi de la sorte influer négativement sur la réponse
immunitaire.
Puisque le colloque était centré sur les champs
électromagnétiques, une mise au point sur les propriétés
diélectriques des tissus biologiques en fonction de l’âge était
tout à fait bienvenue (C. Gabriel, Microwaves Consultants
Limited, Londres, Royaume-Uni). Il existe en effet
d’importantes variations de la permittivité et de la conductivité
du tissu cérébral et du crâne. Ces variations de nature tissulaire
qui sont dépendantes des sujets examinés peuvent modifier les DAS
(débit d’absorption spécifique) locaux. Un tableau a été présenté
qui montrait clairement une variation du DAS corporel total chez
des rats d’âges différents et exposés à des fréquences étagées
entre 27 MHz et 2 000 MHz.
Le DAS s’élève aussi légèrement avec l’âge et cette variation est
à mettre en relation avec la permittivité plus basse de la peau
chez les rats les plus âgés. Sans prétendre transposer ces
résultats chez l’homme adulte ou chez l’enfant, il faut les prendre
en considération, notamment lorsque les chercheurs utilisent les
propriétés diélectriques de la peau de l’animal, en général un
rongeur, pour les transposer dans les études d’exposition
humaine.
Avant d’aborder les données issues de la recherche, notamment
épidémiologique, une étape nécessaire consistait à prendre en
compte les particularités de la dosimétrie chez l’enfant.
Philippe Chadwick (Microwaves Consultants Limited, Londres,
Royaume-Uni) a présenté un travail particulièrement important, qui
concerne aussi bien les expositions de l’enfant que les
travailleurs dans la perspective de l’application de la Directive
européenne, puisqu’il vise, en modélisant l’exposition aux champs
électriques et magnétiques à partir des niveaux de champs externes,
à apprécier l’intensité de l’exposition interne qui en résulte.
Bien entendu, à la différence de ce qui est observé pour les
radiofréquences, l’exposition aux champs électrique et magnétique
50/60 Hz doit être considérée de façon séparée, car les deux
composantes du champ n’ont pas entre elles de relation établie et
les mécanismes de couplage avec l’organisme sont donc différents.
Dans la mesure où le champ magnétique n’est pas notablement modifié
par la géométrie du corps, à la différence du champ électrique, on
peut considérer que les tissus et les organes sont exposés au même
niveau de champ magnétique que celui qui est mesuré à l’extérieur
du corps.
Ce champ génère un champ électrique interne et des courants
« circulaires » dont l’amplitude dépend du rayon de
l’organe considéré. Leur intensité dépend de la taille de
l’organe : plus son rayon est petit, plus l’intensité sera
faible.
En revanche, les champs électriques ont une forte interaction
avec l’organisme puisqu’ils ne pénètrent pas pour l’essentiel le
corps et se renforcent à sa périphérie. Il en résulte un couplage
au niveau de la surface du corps, le courant circulant de façon
verticale. La taille du sujet intervient, puisque les sujets de
plus grande taille modifieront davantage le champ électrique
externe que les sujets de plus petite taille ou les animaux de
laboratoire, qui sont quadrupèdes. Il en résultera alors des
courants induits plus importants dans l’organisme. Il convient
également de toujours prendre en considération les courants de
contact associés à un champ électrique externe. Un sujet
« chargé » par le champ électrique qui touche un objet
mis à la terre, par exemple une clôture, percevra un courant de
contact de la même manière qu’un sujet mis à la terre qui se trouve
en contact avec un objet volumineux qui, lui, ne l’est pas, tel un
véhicule.
L’appréciation des niveaux de courants induits a été modélisée
par Maria Stuchly de l’Université de Victoria en Colombie
britannique au Canada. Cette modélisation a pris en compte
l’hétérogénéité tissulaire des organes rencontrés et a divisé
l’organisme en cellules (voxels) de 2 mm de côté. Dans chaque
cellule ainsi définie, le niveau de champ électrique et la densité
de courant ont été calculés. Malgré l’effort de précision réalisé,
la résolution du modèle n’est bien sûr pas suffisante pour
permettre une détermination des courants induits ou des champs
électriques internes au niveau cellulaire ou au niveau membranaire.
Il s’agit là d’un autre secteur, la dosimétrie microscopique, qui
implique de transposer les résultats de la modélisation
macroscopique au modèle électrique d’une membrane cellulaire ou
d’une structure nerveuse. Les adultes connaissent, vis-à-vis de
l’enfant, des champs électriques internes et des densités de
courants plus importants du fait de la différence de taille.
Cependant leurs distributions sont différentes et certains tissus
ont, chez l’enfant, des densités de courant induit plus importantes
que chez l’adulte pour un même champ externe. Autre résultat
notable, en raison de leur anatomie, les enfants ont des densités
de champs internes et de courants induits par les courants de
contact en moyenne trois fois plus élevées que celles de
l’adulte. Pour l’auteur, les courants de contact jouent, chez
l’enfant, un rôle plus important que l’exposition directe au champ
magnétique proprement dit. Cette donnée s’intègre au travail de
B. Kavet (EPRI) qui prend en compte les courants de contact au
niveau des membres dans l’évaluation du risque sanitaire lié aux
champs électromagnétiques chez l’enfant. Pour l’auteur, cette
précision anatomique est d’importance, car c’est au niveau des os
longs que se situerait la myélopoïèse la plus active à cet âge, ce
qui pourrait en faire une structure cible de la leucémogenèse chez
l’enfant.
Une fois traitées les données concernant les propriétés
diélectriques des tissus et l’évaluation dosimétrique des organes
cibles, l’étape suivante consistait à évaluer les expositions.
J. Swanson, du National Grid, a présenté, à partir
de l’expérience britannique, les données actuelles dont nous
disposons sur l’exposition résidentielle des enfants aux champs
électriques et magnétiques de fréquence 50-60 Hz et à
certaines de leurs harmoniques.
Il classe les expositions en trois grands types : celles
liées aux lignes de transport d’électricité ; celles liées aux
lignes de distribution ; et enfin, celles liées aux
applications domestiques de l’électricité. L’exposition aux lignes
de distribution, qui concerne toute la population, est généralement
faible, inférieure à 1 microtesla en valeur instantanée. Il en
est de même de celle qui résulte des applications
domestiques ; mais ici, les niveaux d’exposition peuvent être
parfois très élevés et atteindre jusqu’à 10 microteslas. Il ne
s’agit toutefois que de quelques dizaines de secondes.
L’exposition aux lignes de transport est au maximum de l’ordre
de 10 microteslas mais elle n’est le fait que de 0,5 à
1 % de la population. À ce jour, aucun paramètre de
mesure du champ magnétique n’a fait la preuve de sa supériorité ou
en tout cas de sa pertinence au plan biologique en l’absence de
mécanisme biophysique d’interaction avec le vivant. Les travaux
épidémiologiques ont surtout utilisé l’exposition moyennée (time
weighted average) mais la médiane du champ ou le carré du champ
pourraient tout aussi bien être considérés.
L’exposition au champ magnétique n’est pas uniforme dans les
différents pays et cela même à l’intérieur de l’espace européen. En
effet, les niveaux les plus élevés de champs résidentiels sont
retrouvés en Suède puis aux États-Unis avec une moyenne géométrique
d’environ 70 nanoteslas avec 10 % des maisons où les
champs dépassent 0,2 microtesla. Ensuite, par ordre
décroissant, on retrouve la Finlande, la Nouvelle-Zélande, le
Royaume-Uni, où la moyenne géométrique des champs est aux alentours
de 35 nanoteslas, l’Allemagne, la Suède, la Norvège. Aucune
donnée n’a été communiquée en ce qui concerne la France.
Au Royaume-Uni, seulement 1 à 2 % des
résidences connaîtraient des champs magnétiques supérieurs à
0,2 microtesla. L’exposition dépend aussi de facteurs qui sont
propres aux enfants et à leur âge puisque les enfants en bas âge
passent plus de temps à la maison qu’à l’extérieur et sont moins
exposés aux applications domestiques de l’électricité que les
adultes ou les adolescents. L’auteur considère donc que, de la
naissance à 9 ans, l’exposition mesurée dans la résidence
serait bien corrélée avec leur exposition personnelle. En ce qui
concerne l’exposition aux radiofréquences, le paramètre considéré
est, soit l’intensité du champ exprimée en volts par mètre, soit la
densité de puissance en mW par mètre carré. Les principales
sources sont les ondes radio et télé dont la fréquence s’étage
entre 105 et 109 Hz avec une
large couverture géographique, à la différence des stations de base
qui couvrent une aire géographique beaucoup plus restreinte et dont
les fréquences s’étagent de 418 Hz
à 219 Hz, incluant aussi des composants à des
fréquences plus basses. Les stations radar émettent à des
fréquences de 0,1 à 410 Hz. Les variations
temporelles sont aussi notables, puisque si les ondes de
radiodiffusion sont généralement constantes, celles des émissions
des stations de base varient avec le volume des appels, donc dans
la journée.
L’exposition liée aux stations de base, si elle peut atteindre
jusqu’à 10 000 W/m2 à l’extérieur, est en
moyenne de 0,01 W/m2. À l’intérieur des
habitations, ce niveau est fortement réduit, et généralement
inférieur à 0,1 mW/m2. L’intensité des ondes radio
est, elle aussi, réduite à l’intérieur des maisons, puisqu’elle
n’atteint que 0,05 à 0,2 mV/m2. En Europe, la
médiane de densité de puissance à l’intérieur des maisons est de
0,005 mW/m2. L’exposition des enfants au téléphone
cellulaire a été traitée par Joachim Schuz (Institute of Medical
Biostatistics Epidemiology and Informatics, University of
Mainz, Allemagne). Si, en 1998, 3 % des enfants âgés de 12 à
13 ans possédaient un téléphone portable, cette incidence
atteint 69 % en 2002. En 1998, 16 % des adolescents âgés
de 18 à 19 ans possédaient un portable ; ils étaient
91 % en 2002.
En Australie, en 2003, 93 % des enfants âgés de 6 à
9 ans, ont mentionné utiliser de temps à autre le portable de
leurs parents. Dans un récent sondage aux États-Unis, en 2004,
51 % des enfants interrogés possèdent un téléphone
portable.
Parmi les facteurs qui jouent un rôle dans la possession et
l’usage d’un téléphone portable chez les enfants, il faut relever
le sexe (les garçons sont plus nombreux que les filles), l’âge, le
temps passé à regarder la télévision ou à jouer sur des consoles de
jeux et le fait d’être enfant unique. Enfin, la proportion
d’enfants possédant un téléphone portable était plus importante
dans les groupes sociaux d’enfants les plus désavantagés, ce qui
pourrait paraître paradoxal mais devrait être interprété comme un
symbole d’ascension sociale. L’exposition des enfants aux ondes de
radiofréquences est donc plus importante que celle de leurs parents
au même âge. Ainsi, du fait de l’extension de son usage, il devient
de plus en plus difficile d’isoler les populations d’enfants qui ne
soient pas détenteurs d’un téléphone portable.
Une fois les paramètres d’exposition définis, il était dès lors
possible d’aborder les données des études épidémiologiques.
Leika Kheifets, ancienne du programme EMF de l’OMS à Genève et
actuellement professeur à l’UCLA4, a
présenté une synthèse des études sur le risque de leucémie chez
l’enfant en exposition aux champs magnétiques de très basse
fréquence. À partir de deux constats d’ordre général – un
pic d’incidence de la leucémie chez l’enfant entre 2 et 4 ans
aux États-Unis (mais aussi dans les autres pays occidentaux) plus
prononcé pour la leucémie lymphoblastique aiguë que pour la
leucémie myéloïde aiguë, et la méconnaissance des facteurs
étiologiques éventuels puisque les facteurs de risque bien
identifiés ne rendent compte que de 10 % de l’incidence des
leucémies infantiles –, les analyses conjointes d’Ahlbom et de
Greenland qu’elle a passées en revue, montrent une association
entre risque de leucémie et exposition résidentielle à des niveaux
moyennés de champ magnétique dépassant 0,3 ou 0,4 microtesla.
Cette association n’est pas le fait du hasard, elle n’est
probablement pas non plus liée à une erreur de classification entre
exposés et non-exposés. Parmi les facteurs confondants examinés, ni
les variables socio-économiques, ni l’intensité du trafic
automobile, ni les expositions aux produits chimiques, le tabagisme
passif, les facteurs alimentaires ou infectieux (viraux ou
bactériens) ne peuvent rendre compte de l’association. Cependant,
on ne peut pas exclure un effet simultané combiné de plusieurs
types d’exposition agissant conjointement. La possibilité d’un
biais de sélection qui rendrait compte de ces résultats est, elle,
à considérer plus attentivement. En effet, la participation des
sujets, si elle atteint 94 %, voire 100 %, dans les
études reposant sur des registres de population, est beaucoup moins
bonne dans les autres études puisqu’elle n’inclut que 37 à
68 % des cas éligibles pour remplir des questionnaires, et
elle n’est plus que de 9 à 31 % lorsque des mesures
d’exposition sont réalisées. La situation serait encore moins bonne
pour les témoins, même si les auteurs minimisent généralement la
question alors qu’il est probable que des facteurs tels que la
mobilité résidentielle et le statut socio-économique affectent
notablement la participation des cas et surtout des témoins aux
études. Il s’agit d’une piste sérieuse de travaux pour étudier, par
exemple, les différences entre les témoins qui ont participé à
l’étude et les témoins éligibles qui n’y ont pas participé.
Cependant, le fait que le même niveau d’association soit retrouvé
dans les études utilisant des registres de population comme dans
les autres études pourtant plus sujettes à ce type d’erreur,
limiterait le rôle du biais de sélection comme facteur explicatif
des résultats observés. Abordant la question délicate de la
causalité, L. Kheifets retient en faveur d’une association
causale la consistance des résultats épidémiologiques et leur
spécificité. En revanche, l’absence d’un mécanisme clairement
validé et reproductible d’interaction entre les champs et les
systèmes biologiques (ce qui est aussi un obstacle pour apprécier
valablement les paramètres pertinents d’exposition) et l’absence de
données expérimentales corrélées aux données épidémiologiques
s’inscrivent à l’encontre de la réalité d’une association causale.
D’autres pistes consisteraient à envisager des hypothèses
alternatives telles que le rôle des courants de contact, de la
mélatonine (qui a fait l’objet d’une présentation peu convaincante
de D. Henshaw et de R. Reiter), ou de la sensibilité
particulière au risque de leucémie de sous-groupes de populations
tels les enfants présentant des gènes de fusion produits par une
translocation chromosomique de type TEL-AML1. À ce jour,
aucune donnée validée ne vient à l’appui de ces éventualités.
À la question posée de savoir quels types d’études
épidémiologiques pourraient faire avancer les connaissances, il
ressort qu’il est peu probable que de nouveaux résultats puissent
modifier de façon substantielle l’association observée dans les
études conjointes. En revanche, des études ciblées pour tester les
hypothèses telles que les biais de sélection ou les sous-groupes
spécifiques pourraient s’avérer utiles.
La seconde partie de la présentation a été consacrée à une revue
de la littérature portant sur les études d’exposition aux
radiofréquences et particulièrement aux stations relais
(7 études citées). Les données fournies n’apportent pas
d’arguments en faveur d’une relation avec la leucémie, mais
l’essentiel est, à ce stade, d’améliorer nos connaissances sur les
données d’exposition.
P. Mckinney a revu les études épidémiologiques et les
facteurs de risque concernant les tumeurs cérébrales. Les tumeurs
du système nerveux central représentent 20 % des tumeurs de
l’enfant avant 15 ans mais seulement moins de 2 % des
cancers chez l’adulte. Elles sont aussi de type histologique
différent et, pour la plupart, de localisation
sous-tentorielle.
La question a été posée d’une augmentation de l’incidence depuis
les années 1970. En fait, si l’incidence a pu augmenter, notamment
aux États-Unis, en Grande-Bretagne, au Japon et en Australie, il ne
s’agit pas d’une distribution uniforme mais de données hétérogènes
sur les différents types histologiques de tumeurs où les
astrocytomes représentent 50 % des cas ; aussi, son
caractère réel ou artéfactiel du fait de l’amélioration des
techniques diagnostiques, reste débattu. L’incidence est
plus importante dans les pays occidentaux : 30 par million de
personnes/année, alors qu’elle n’est que de 10 par million de
personnes/année en Afrique.
En dehors des radiations ionisantes, aucun facteur
« environnemental » n’a fait la preuve de son implication
dans leur genèse.
Chez l’enfant, aucune association consistante n’a été observée
entre exposition au champ magnétique et survenue de tumeurs
cérébrales. Il reste qu’une analyse conjointe comparable à ce qui a
été fait pour la leucémie de l’enfant serait bienvenue.
M. Feychting a abordé un tout autre registre pathologique,
celui des anomalies congénitales, faible poids de naissance,
manifestations d’hypersensibilité, une association avec la survenue
de maladie d’Alzheimer ou de sclérose latérale amyotrophique, voire
des effets « tardifs » comme les affections coronariennes
chez l’adulte5, qui ont pu être
associées dans certaines publications avec une exposition au champ
magnétique. En fait, les données disponibles ne permettent pas de
retenir la réalité d’un effet... même si en l’état des
connaissances il n’est pas possible de conclure à l’absence de
danger. La publication de Li qui avait fait état d’une augmentation
de risque d’avortements spontanés ne peut être retenue comme
contributive car des lacunes méthodologiques, notamment des biais
dans l’évaluation des expositions, en atténuent singulièrement la
portée.
Concernant l’exposition aux radiofréquences, si des études chez
des kinésithérapeutes avaient montré un risque plus élevé de
malformations congénitales dans leur descendance, aucun type
spécifique de malformations n’a été rapporté de façon consistante
et il existe de plus un biais important de remémoration dans ce
type d’études.
Certes, l’exposition à un téléphone portable dans un sac, une
poche ou à la ceinture, toutes situations qui pourraient le
rapprocher du fœtus chez une femme enceinte utilisant notamment un
kit mains libres, a fait l’objet de discussions, mais sans que la
réalité d’un risque puisse être démontrée. Enfin, même si les
expositions aux stations de base sont de plusieurs ordres de
grandeur inférieures à celles du téléphone portable, la durée
d’exposition est ici à prendre en considération.
Après B. Veyret (PIOM6 de
Bordeaux) qui a fait le point sur les résultats expérimentaux
relatifs aux expositions aux radiofréquences, Isabelle Lagroye, du
même laboratoire, a présenté une synthèse très claire des études
biologiques. Elle concernait principalement les systèmes
hématopoïétique et immunitaire en cas d’exposition à des champs
magnétiques de très basse fréquence et à des radiofréquences, en
regrettant que peu de protocoles aient spécifiquement testé la plus
grande sensibilité éventuelle de l’enfant.
À la question soulevée par L. Keifets relative aux
données animales expérimentales sur l’induction de leucémies, les
résultats sont négatifs, qu’il s’agisse de leucémies, de lymphomes
spontanés [1, 2] ou de leucémies induites [3, 4]. Il en est de même
pour l’exposition aux radiofréquences, la seule exception étant la
survenue de lymphomes dans la publication de Repacholi chez des
souris transgéniques. Plus récemment, un travail portant sur
l’exposition in utero de rates prégnantes ayant reçu
des injections de nitroso-urée n’a montré d’accroissement ni du
nombre ni du développement des tumeurs du système nerveux central
chimio-induites.
Les études sur une perturbation du système immunitaire sont
également négatives et la revue conduite par l’ICNIRP en 2004 a
conclu à l’absence d’effet pathologique sur la prolifération de
cellules immunocompétentes et sur la production de cytokines.
Les effets neurocomportementaux ont été analysés par
Z. Sienkiewicz du National Radiological Protection
Board. Il conclut à des effets « modestes » dont la
relation avec la santé n’est pas claire, quelle que soit la gamme
de fréquence étudiée, mais les travaux concernant spécifiquement
les enfants sont ici encore trop peu nombreux.
R. Kavet (EPRI) a présenté une synthèse sur la genèse des
courants de contact en exposition résidentielle, et ce
particulièrement chez les petits enfants. Constatant la négativité
des études expérimentales en exposition au champ magnétique, alors
que la question encore pendante concerne les enfants en exposition
résidentielle, il analyse le rôle des courants de contact qui
génèrent un champ électrique à l’intérieur du corps comme une
alternative explicative. Ils entraînent une exposition régulière,
sinon fréquente chez les jeunes enfants (car leur seuil de
perception est notablement plus bas que chez l’adulte), jouant dans
leur bain (d’où une impédance plus basse) et touchant les robinets.
Il en résulte un passage de courant dans les avant-bras où la
moelle hématopoïétique serait particulièrement active. Bien
entendu, il ne s’agit pas du mécanisme d’initiation qui se produit
probablement in utero, mais d’un second stade de
stimulation affectant spécifiquement les cellules souches
hématopoïétiques.
Dans une étude conduite dans 191 résidences avec
F. Zafanella, à Denver, il a observé une assez bonne
corrélation entre le niveau de champ magnétique résidentiel et le
voltage sur le système de plomberie mis à la terre selon les normes
nord-américaines.
D’après ses estimations, un courant imperceptible d’au moins
10 micro-ampères peut être rencontré dans 5 à 10 %
des maisons individuelles aux États-Unis. Il produirait un champ
électrique dans la moelle osseuse du bras qui excède notablement
celui créé par le champ magnétique ambiant résidentiel.
La principale question qui se pose est la transposition de ce
mécanisme en Europe où le système de mise à la terre est différent
de celui en vigueur aux États-Unis (sauf en Suède).
La position de l’OMS, face au recours au principe de précaution,
a été traitée par E. Van De Venter et M. Repacholi.
À partir d’un document en cours de préparation et intitulé
« Cadre pour développer des mesures de précaution dans les
domaines d’incertitude scientifique » et d’une analyse de la
position de certains pays tels que le Canada, la Suisse, la
Nouvelle-Zélande, et bien entendu la Communauté européenne, il
ressort que la précaution est un complément et non un substitut à
la gestion des risques fondée sur les connaissances scientifiques
validées. Elle doit proposer des options raisonnables et réalistes,
tenir compte d’une évaluation du rapport coût-bénéfice, être un
moteur de la recherche scientifique et impliquer une évaluation
itérative des politiques engagées. À partir de ces
considérations générales, il est prévu de développer des études de
cas génériques pour faire adopter l’ensemble de la démarche au
meilleur niveau de l’Organisation mondiale de la santé.
Le mot de conclusion est revenu au Président en exercice de
l’ICNIRP, P. Vecchia qui, en synthèse des sessions
scientifiques, retenait que les enfants ne sont pas
fondamentalement différents des adultes, du moins vis-à-vis des
champs électromagnétiques. Il pourrait même être dangereux de
considérer que nous n’en savons pas assez quant à leur éventuelle
sensibilité aux champs, car le risque d’une mauvaise interprétation
des résultats existe et il serait de nature à accroître
l’inquiétude du public.
Dans cet esprit, l’OMS prévoit, dans un document de communication
vis-à-vis des gouvernements, d’établir clairement ce qui est acquis
quant aux effets des champs électromagnétiques, d’exposer les
différentes positions vis-à-vis du risque éventuel et de s’engager
à suivre régulièrement les résultats des activités de recher-che
tout en en informant régulièrement le public.
1 EPRI : Electric Power
Research Institute
2 International Commission for Non Ionizing Radiation
Protection,
3 SCALE : Science, Children, Awareness, Legal
instrument, Evaluation
4 UCLA : University of California,
Los Angeles.
5 Ainsi une étude aurait rapporté que
l’usage du tabac pendant la grossesse serait associé à une
prévalence plus élevée de réduction de l’appétit chez l’enfant,
mais à l’âge de 42 ans…..
6 PIOM : laboratoire de Physique des
interactions ondes-matière.
Références
1. Mandeville R, Franco E, Sidrac-Ghali S, et
al. Evaluation of the potential carcinogenicity of 60 Hz linear
sinusoidal continuous wave magnetic fields in Fisher F344 rats.
FASEB Journal 1997 ; 11 : 1127-36.2
2. Harris AW, Basten V, Gebski D, et al. A
test of lymphoma induction by long-term exposure of E μ-Pim1
transgenic mice to 50-Hz magnetic fields. Rad Res
1998 ; 149 : 300-7.
3. Devevey L, Patinot C, et al. Absence of
the effects of 50-Hz magnetic fields on the progression of acute
myeloid leukaemia in rats. Int J Radiat Biol 2000 ;
76 : 853-62.
4. Bernard N, Chrétien P, Tanguy ML, Lambrozo J,
Guillosson JJ, Nafziger J. Study of the potentiel leukemogenic
effects of 50 Hz magnetic fields and harmonics in a rat
lymphoblastic leukaemia model. Annual meeting of BEMS, 2004,
Washington DC, Etats-Unis.
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