ARTICLE
Auteur(s) :, Hervé
Fernandez1, Antoine Watrelot2
1Service de Gynécologie-Obstétrique, hôpital Antoine
Béclère, Assistance publique-hôpitaux de Paris, 157 rue de la
Porte-de-Trivaux, 92141 Clamart cedex
2Clinique Sainte-Anne Lumière, 85, Cours Albert Thomas,
69003 Lyon
Le syndrome des ovaires micro-polykystiques (SOPK) est
l’endocrinopathie la plus fréquente de la femme [1] et
l’infertilité observée est principalement une anovulation. Le
traitement antiestrogènes reste la première approche thérapeutique
et le citrate de clomiphène (CC) induit une ovulation dans
80 % des cas. Le taux cumulatif de grossesse observée après 6
mois de traitement varie de 30 à 60 % et le taux de fausse
couche observée est élevé (30 à 40 %) [2, 3]. En dépit du
traitement par le CC, 15 à 20 % des femmes restent
anovulatoires. Les femmes résistantes au CC sont alors traitées
soit par des stimulations de l’ovulation par gonadotrophine, soit
par chirurgie. Le traitement de stimulation est associé à un taux
cumulatif de grossesse proche de 50 % après 4 à 6 cycles de
traitement avec un risque d’hyperstimulation ovarienne, de fausse
couche et de grossesses multiples [4].Aussi, d’autres options
thérapeutiques telle l’utilisation de la metformine ou du drilling
ovarien ont été recommandées bien que les données soient
actuellement insuffisantes pour comparer efficacement le taux de
grossesse après stimulation ou après drilling ovarien par voie
cœlioscopique [5].La metformine améliore la fonction ovarienne chez
les patientes présentant un SOPK et restaure l’ovulation dans 60 à
80 % des cas [6]. La metformine apparaît simple d’utilisation,
décroît l’incidence des diabètes de type 2 et des maladies
coronaires et est bon marché. La place de la metformine est soit
seule ou en association avec le citrate de clomiphène [7].
Actuellement, l’approche chirurgicale n’est proposée qu’en cas
d’échec des traitements médicaux [8].Depuis le premier traitement
par laparotomie, avec résection bilatérale ovarienne pour un SOPK,
de nombreuses techniques se sont développées depuis le début des
années 1980 pour un traitement par voie cœlioscopique. Ces
techniques incluent les biopsies seules, l’électrochirurgie, le
laser [9]. Le principal risque de ces procédures est la réalisation
d’un acte opératoire et des conséquences en terme de risque
d’adhérence pouvant compromettre la fertilité ultérieure par une
atteinte mécanique [10]. Cependant, le taux observé de grossesse
après chirurgie ovarienne est toujours supérieur à 50 % ce qui
limite donc probablement la conséquence mécanique de cette
intervention et surtout, la chirurgie n’est associée à aucun risque
de grossesse multiple et une absence d’hyperstimulation ovarienne
[11, 12].Farquhar [13] a rapporté un taux de grossesse comparable
entre un drilling par voie cœlioscopique et 3 cycles de stimulation
de l’ovulation avec gonadotrophines. Cependant, les patientes
traitées par drilling ovarien ont continué à avoir des grossesses
spontanées à l’arrêt du protocole et celles ayant bénéficié
secondairement d’une assistance médicale à la procréation ont eu un
taux supérieur de grossesse avec moins de risque d’hyperstimulation
[14]. Cette diminution d’hyperstimulation a été confirmée par
Bayram en 2004 [15]. La diminution du taux de LH après drilling
ovarien a été évoquée comme le mécanisme principal de l’efficacité
du traitement. Par ailleurs, la revue de la littérature ne semble
pas démontrer une chute du taux de fausse couche après drilling
ovarien [16].De nouvelles procédures de drilling ovarien ont été
proposées. Elles incluent l’abord échographique avec ponction
multiple de l’ovaire [17], la réalisation sous anesthésie locale
d’un drilling par microcœlioscopie [18] et la fertiloscopie [19].
Nous présentons ici l’expérience du drilling ovarien par
fertiloscopie dans deux centres, pour évaluer l’efficacité, les
risques et la fertilité.
Matériel et méthode
Patientes
Quatre-vingts patientes infertiles avec SOPK dont les critères
diagnostiques étaient issus de la conférence de consensus de 1990
[20] ont été traitées dans deux centres à Paris et à Lyon entre
novembre 1998 et décembre 2001. Le diagnostic utilisait
la notion de cycle oligo-anovulatoire, un rapport LH/FSH
> 2, et/ou à l’échographie une augmentation du volume du
stroma ovarien avec un nombre de follicules supérieurs à 10 en
périphérie [21]. L’index de poids corporel était de 24,7 ± 6,3.
Dix-huit des patientes présentaient un hirsutisme clinique, aucune
n’avait de signes d’hyperthyroïdie ou d’hyperplasie surrénalienne.
Avant la chirurgie, 25 patientes étaient aménorrhéiques, 40
oligoménorrhéiques (cycle entre 46 et 120 jours) et 15 avaient des
cycles de 45 jours en moyenne. Aucun facteur masculin n’était
associé dans cette série.
Le drilling était réalisé par fertiloscopie dont l’indication
provenait d’un échec préalable de l’utilisation de citrate de
clomiphène.
Dans cette étude, l’échec du traitement par le CC était défini
soit par l’absence d’ovulation (n = 30), soit l’absence de
conception (n = 50). Toutes les patientes avaient une
perméabilité tubaire bilatérale évaluée à l’hystérosalpingographie.
Si aucune grossesse n’était observée 6 mois après le drilling
ovarien, une stimulation par CC et FSH associée à une insémination
intra-utérine était proposée.
L’analyse de la fertilité a été réalisée sur la première
grossesse observée qu’elle ait été spontanée ou après induction de
l’ovulation. Les grossesses obtenues après fécondation in vitro ont
été exclues dans l’analyse du taux cumulatif de grossesse. Toutes
les patientes étaient vues à trois, six, neuf et douze mois après
la chirurgie.
Procédure chirurgicale
Sous anesthésie générale, les patientes sont placées en position
gynécologique. Une aiguille de Veress est utilisée pour instiller
300 ml de sérum physiologique dans la cavité péritonéale par
le cul-de-sac vaginal postérieur. Le fertiloscope est ensuite
introduit par la même voie et un ballon distal inclus dans le
fertiloscope est gonflé à 5 ml pour le maintenir dans le
cul-de-sac de Douglas. Dans le canal opérateur est introduit une
optique de 2,9 mm avec 30 degrés (K-Storz SA, Germany) ce qui
permet de pratiquer un examen endoscopique de la face postérieure
de l’utérus et des deux annexes [22]. Une électrode bipolaire
(Versapoint, Versapoint-Gynecare Inc., Menlo Park, CA et Ovadrill,
Erbe-Soprane, Lyon, France) est introduite dans un canal opérateur
latéral. Des électrodes de 5 French de diamètre sont connectées à
un générateur qui délivre en moyenne une puissance de 130 Watts
pour la réalisation du drilling. Environ, 10 points de perforation
sont réalisés dans le cortex ovarien. La profondeur de la
perforation est de 10 mm. L’énergie bipolaire réduit les
dommages périphériques à la perforation. S’il est nécessaire, une
épreuve au bleu, une salpingoscopie et une hystéroscopie sont
pratiquées dans le même temps. Toutes les patientes recevaient une
antibioprophylaxie par amoxicilline et acide clavulanique lors de
l’intervention.
Résultats
La multiperforation ovarienne a été réalisée par fertiloscopie dans
tous les cas et aucune cœlioscopie de conversion n’a été réalisée.
Le tableau 1( Tableau 1 )
présente les caractéristiques cliniques et démographiques. Aucune
complication immédiate ou tardive n’a été observée. Tous les actes
chirurgicaux ont été réalisés en ambulatoire.
Soixante-treize patientes (89 %) ont retrouvé un cycle
régulier ovulatoire avec courbe biphasique. Trois patientes ont été
perdues de vue et deux patientes ont divorcé quelques mois après la
procédure et n’ont pas été étudiées dans le suivi. À ce jour, 44
grossesses sont survenues, 29 spontanément et 15 après stimulation
de l’ovulation avec inséminations intra-utérines techniques
réalisées chez 30 patientes. Le taux cumulatif de grossesses est de
59 % (44/75) (( figure 1 )) avec
respectivement 28,4 ; 51,2 ; 71,5 et 81 % de
grossesses observées après 3, 6, 9 et 12 mois avec un taux moyen de
conception de 3,9 mois (1 à 11,8 mois). Huit fausses couches
(18 %) ont été observées et 36 patientes ont accouché
d’enfants vivants bien portants. Aucune grossesse extra-utérine et
aucune grossesse multiple n’ont été observées. Le taux de grossesse
est apparu indépendant de la cause ayant amené au drilling
c’est-à-dire soit l’anovulation, soit l’échec de reproduction après
CC.
Tableau 1 Données cliniques et démographiques de
80 patientes traitées par drilling ovarien par fertiloscopie
|
Âge (y) ± SD
|
30,5 ± 3,7
|
|
Indice de Masse corporelle (IMC)
|
24,7 ± 6,3
|
|
FSH (mUI/ml)
|
5,6 ± 2,3
|
|
LH (mIU/ml)
|
9,3 ± 3,7
|
|
Testostérone (ng/ml)
|
0,8 ± 0,4
|
|
Durée d’infertilité (mois)
|
34,7 ± 22,4
|
|
Temps opératoire moyen (minutes)
|
18 ± 3
|
|
Épreuve au bleu
|
80
|
|
Hystéroscopie (n)
|
75
|
|
Suivi moyen (mois)
|
18,1 ± 6,4
|
Discussion
Les SOPK ont des manifestations cliniques, biologiques et
échographiques variées. Le citrate de clomiphène lié aux mesures
hygiénodiététiques comprenant l’amaigrissement chez les patientes
obèses donne un résultat d’environ 50 % de grossesse. Au
moment où l’étude a été réalisée, nous ne proposions pas de
traitement de l’hyperinsulinisme associé. Cependant, actuellement,
la metformine peut être indiquée comme première ligne de traitement
avant de proposer une stratégie chirurgicale [8].
Le résultat confirme dans une large série avec un suivi
supérieur à 1 an, la faisabilité du drilling ovarien par
fertiloscopie et l’existence d’un taux cumulatif de grossesse
identique à ceux observés après drilling par voie cœlioscopique
[12, 23]. Nous pensons que cette technique chirurgicale peu
invasive est indiquée après échec de citrate de clomiphène et/ou de
metformine dans deux situations :
- – soit comme alternative à des stimulations par
FSH ;
- – soit chez des patientes présentant une
hyperstimulation après citrate de clomiphène.
Il est également évident que, s’il existe un doute sur
l’hystérosalpingographie avec nécessité de pratiquer une
exploration chirurgicale préalable à tout traitement, il peut être
licite de proposer dans le même temps le drilling ovarien. Les
facteurs qui encouragent à proposer le traitement chirurgical sont
l’effet durable du drilling, la restauration de cycle
monofolliculaire, l’absence de stimulation, d’hyperstimulation
ovarienne et de grossesse multiple.
Par ailleurs, la combinaison d’un drilling et d’une stimulation
réduit le nombre de cycles annulés, la quantité d’ampoules
utilisées et le nombre d’hyperstimulations [24].
Le mécanisme exact d’efficacité du drilling est actuellement non
élucidé bien qu’il ait été suggéré qu’une diminution locale des
taux circulants d’androgènes induits par la destruction de la
capsule ovarienne joue un rôle.
Zullo [18] a montré que le drilling ovarien était suivi par une
décroissance de LH, de testostérone et d’androstènedione.
La technique utilisant l’énergie bipolaire augmente la sécurité
et optimise l’efficacité de la destruction tissulaire. Les
arguments contre l’utilisation chirurgicale sont : la
morbidité intrinsèque de toute cœlioscopie et le risque de
formation d’adhérences. Peu de complications sont observées après
la fertiloscopie et sont dans tous les cas sévères. Aussi, les
résultats observés encouragent à utiliser largement cette approche
chirurgicale chez les patientes présentant une résistance au
citrate de clomiphène avec un syndrome d’ovaires micropolykystiques
et la procédure de fertiloscopie est toujours réalisée en
ambulatoire et apparaît moins chère qu’une cœlioscopie. Enfin, le
risque minimal de la procédure chirurgicale apparaît clairement
supérieur aux inconvénients des traitements médicaux et à la
nécessité du monitorage précis du traitement médical. Cependant, il
est important de discuter par la réalisation d’un essai
thérapeutique suffisamment puissant, l’utilisation des stratégies
chirurgicales par rapport aux stratégies médicales. On observe par
ailleurs un effet temps du drilling puisqu’Amer [25] a rapporté la
persistance d’une efficacité après 9 ans.
Il existe donc un faisceau d’arguments pour penser que le
drilling quelle que soit la voie d’abord observée (mais
préférentiellement par la fertiloscopie associée à l’utilisation
d’une énergie bipolaire) est devenu un traitement de choix de la
prise en charge du SOPK.
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