ARTICLE
Auteur(s) :, Thierry Le
Tourneau*
Service d’Échocardiographie et de Cardiologie C, hôpital
cardiologique, CHRU de Lille, bd du Pr J Leclerc, 59037 Lille
Cedex
La grossesse s’accompagne de modifications de l’homéostasie
cardiovasculaire avec notamment tachycardie, augmentation du débit
cardiaque et hémodilution pouvant décompenser une valvulopathie
préexistante, en particulier au cours du 3e trimestre ou
lors de la naissance. La prise en charge d’une valvulopathie chez
une femme jeune devra prendre en compte le désir de grossesse, et,
en cas de nécessité d’intervention, s’attacher à préserver la valve
native par un geste conservateur ou s’orienter vers un remplacement
biologique. L’implantation d’une valve mécanique ne devra être
réalisée qu’en dernier recours et avec l’accord de la patiente du
fait des risques fœto-maternels liés à l’anticoagulation lors de la
grossesse. Le risque fœto-maternel secondaire à la valvulopathie
peut être apprécié en fonction du type et de la sévérité de la
valvulopathie, de la symptomatologie clinique, de la fonction
ventriculaire gauche et du niveau de pression pulmonaire. La
dilatation de l’aorte ascendante doit également être prise en
compte dans l’évaluation du risque. Le rétrécissement mitral et la
sténose aortique sont les valvulopathies les plus redoutées au
cours de la grossesse. En cas d’échec du traitement médical, le
rétrécissement mitral pourra bénéficier d’une valvuloplastie
percutanée pendant la grossesse. Les possibilités thérapeutiques
sont plus limitées dans le rétrécissement aortique. La chirurgie
cardiaque pendant la grossesse est bien entendu à éviter car elle
est grevée d’une lourde mortalité fœtale. Dans les situations non
maîtrisées ou à très haut risque, un accouchement précoce pourra
être envisagé.
Homéostasie cardiovasculaire en cours de grossesse
Les modifications cardiovasculaires liées à la grossesse, lors du
travail, et pendant le post-partum précoce peuvent entraîner la
décompensation d’une valvulopathie bien tolérée auparavant, mettant
en jeu le pronostic maternel et fœtal. La grossesse s’accompagne
d’une tachycardie constante, la fréquence cardiaque s’élevant de 80
à 100/min. Le ventricule gauche se dilate modérément avec une
augmentation du volume d’éjection systolique. La conjonction de ces
deux phénomènes est responsable d’une majoration de 30 à 50 %
du débit cardiaque. La baisse marquée des résistances périphériques
s’accompagne d’une diminution de la pression artérielle systémique
qui passe de 120/80 à 110/70 en moyenne. Dans le même temps, le
volume sanguin augmente d’environ 50 % avec une augmentation
plus modérée du volume globulaire de l’ordre de 30 %
responsable d’une hémodilution et d’une anémie modérée (tableau 1)(
Tableau 1 ).
Lors du travail, la fréquence cardiaque, le débit cardiaque mais
également la pression artérielle augmentent de façon importante,
avec un accroissement du retour veineux et des pressions de
remplissage du ventricule gauche lors de la naissance (tableau 2)(
Tableau 2 ).
Tableau 1 Homéostasie cardiovasculaire pendant la
grossesse
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Évolution
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Valeurs
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Fréquence cardiaque
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↑↑
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84 à 100/min
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Volume d’éjection
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↑
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Débit cardiaque
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↑↑
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↑ de 30 à 50 %
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Pression artérielle
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↓
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120/83 à 110/70
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Résistances périphériques
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↓↓
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Volume sanguin
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↑↑
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↑ de 50 %
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Volume globulaire
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↑
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↑ de 30 %
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Tableau 2 Modifications cardiovasculaires lors de
l’accouchement
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Évolution
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Fréquence cardiaque
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↑↑
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Débit cardiaque
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↑↑
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Pression artérielle
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↑↑
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Retour veineux
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↑↑
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Pression de remplissage
|
↑
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Avant la grossesse
La prise en charge d’une valvulopathie chez une femme jeune,
lorsqu’elle est connue, doit être précoce, avec un suivi régulier,
et aboutir à une décision thérapeutique argumentée dans la
perspective d’une grossesse [1–3]. Afin de permettre une ou
plusieurs grossesses dans les meilleurs conditions, cette prise en
charge doit avoir pour objectif principal de préserver les valves
natives ou, à défaut, de recourir à un remplacement par valve
biologique. L’implantation d’une valve mécanique devra être évitée
au maximum du fait des complications maternelles et fœtales liées à
la nécessité d’une anticoagulation efficace.
La décision de poursuite du traitement médical ou de recours à
un geste valvulaire va dépendre du niveau de risque maternel et
fœtal qui est assez bien défini dans une revue récente de Reimold
et Rutherford [4]. On peut ainsi définir 3 niveaux de risque
maternel et/ou fœtal dans un contexte de valvulopathie :
- • Le risque maternel et fœtal est considéré comme faible
en cas de fonction ventriculaire gauche (VG) normale devant un
rétrécissement aortique (Rao) modéré asymptomatique avec un
gradient moyen < 50 mmHg, une insuffisance mitrale (IM) ou
aortique (Iao) en stade NYHA 1 ou 2, un prolapsus mitral avec au
maximum une IM de grade 2 fort, un rétrécissement mitral (RM) lâche
> 1,5 cm2 avec un gradient moyen < 5 mmHg et une
hypertension pulmonaire (HTAP) modérée, ou encore une sténose
pulmonaire modérée.
- • Le risque maternel et fœtal est très élevé en cas de
Rao serré (< 1 cm2) symptomatique ou asymptomatique,
d’IM ou d’IAo importante en stade 3 ou 4 de la NYHA, de
valvulopathie mitrale ou aortique avec des pressions pulmonaires
systoliques supérieures à 50 mmHg ou encore une fraction d’éjection
du VG < 40 %. L’existence d’une cyanose maternelle ou d’une
insuffisance cardiaque en stade 3-4 de la NYHA sont également des
situations à haut risque pendant la grossesse.
- • Le risque maternel est élevé en cas d’antécédent
d’insuffisance cardiaque ou d’accident vasculaire cérébral dans un
contexte de valvulopathie. Enfin le risque fœtal néonatal est élevé
si l’âge maternel est < 20 ans ou > 35 ans, si une
anticoagulation a été nécessaire pendant toute la grossesse, si le
tabagisme a été poursuivi, ou en cas de grossesse multiple.
De cette classification du risque découle directement le choix
thérapeutique chez une femme jeune désirant débuter une grossesse
[1, 2] :
- • Devant un niveau de risque faible, une surveillance
régulière éventuellement associée à un traitement médicamenteux est
suffisante.
- • Devant un niveau de risque élevé maternel et/ou fœtal,
il faudra dans la plupart des cas s’orienter vers un geste
valvulaire percutané ou chirurgical en privilégiant la conservation
de la valve native ou l’emploi d’un substitut biologique.
En cas de RM rhumatismal serré symptomatique (gradient moyen ≥
10 mmHg, PAP systolique ≥ 50 mmHg, stade NYHA ≥ 2), le traitement
de choix repose sur la valvuloplastie mitrale percutanée, et en
seconde intention sur la commissurotomie chirurgicale.
Devant une IM massive très symptomatique, ou responsable d’une
altération débutante de la fonction VG (FE VG ≤ 60 %), la
patiente devra être adressée à un chirurgien possédant les
techniques de réparation valvulaire.
Un rétrécissement aortique congénital (gradient moyen > 50
mmHg ou Rao symptomatique) avec fusion d’une ou plusieurs
commissures pourra bénéficier avant l’âge de 20 ans d’une
valvuloplastie percutanée en l’absence de calcifications, et après
20 ans d’une valvulotomie chirurgicale dans certains cas.
L’intervention de Ross, avec autogreffe pulmonaire en position
aortique et mise en place d’une homogreffe en position pulmonaire
(ou un Ross modifié avec une bioprothèse sans armature en position
pulmonaire), est une solution séduisante en cas de valvulopathie
aortique. Entre des mains expérimentées, les résultats sont
excellents avec une survie de 95 % à 12 ans, et une
probabilité d’être libre de réintervention aortique ou pulmonaire
de 93 % à 12 ans dans l’expérience du Pr. Prat (CHU de Lille)
portant sur plus de 200 patients. Ce type d’intervention peut être
employé pour tout type de lésion valvulaire aortique et en
particulier après une endocardite.
En cas d’insuffisance aortique symptomatique, ou avec un
retentissement ventriculaire gauche (FE < 55 %, dilatation
VG ≥ 70 mm en diastole, ou ≥ 50 mm en systole) secondaire à une
dilatation de la racine aortique avec des cusps saines, une
intervention conservatrice des valves aortiques avec remplacement
prothétique de la racine (intervention de T. David ou de Yacoub)
peut être réalisée par un chirurgien entraîné. La mise en place
d’une homogreffe aortique peut constituer une alternative aux
interventions de Ross ou de chirurgie conservatrice de la valve
aortique, avec un taux de détérioration de l’ordre de 12 % à 8
ans [5]. À défaut, une bioprothèse conventionnelle stentée ou non
pourra être implantée en position mitrale ou aortique avec
cependant un taux de détérioration d’environ 50 % à 8 ans à
cet âge, non influencé par la grossesse [5, 6]. L’implantation
d’une valve mécanique, imposant une anticoagulation au long cours,
doit être réservée autant que possible aux patientes ne désirant
plus avoir d’enfant, du fait du risque très élevé de complications
fœto-maternelles thrombo-emboliques et hémorragiques.
L’aorte, dont le diamètre augmente d’environ 20 % est
fragilisée pendant la grossesse et présente un risque accru de
dissection. La dilatation de l’aorte ascendante ≥ 40 mm est une
situation à risque surtout en cas de bicuspidie ou de maladie de
Marfan, et doit conduire à un remplacement prothétique
prophylactique.
Grossesse en cours
La situation est bien entendue différente en cas de découverte
d’une valvulopathie au cours d’une grossesse. La prise en charge va
dépendre du type de valvulopathie, de sa sévérité et de la
symptomatologie clinique. Les valvulopathies sténosantes en
particulier mitrale et aortique sont mal tolérées en cours de
grossesse contrairement aux valvulopathies régurgitantes [1-3, 7].
Rétrécissement mitral
Le RM est la valvulopathie la plus fréquente chez la femme jeune.
La principale étiologie est rhumatismale, beaucoup plus rarement
congénitale. Il existe au cours de la grossesse un risque de
décompensation même en cas de RM asymptomatique auparavant. Un
traitement bêta-bloquant est indiqué en première intention,
éventuellement associé à un diurétique. Les bêta-bloquants
cardio-sélectifs, sans effet sur la contraction utérine, sont
préférés en cours de grossesse. La persistance de la
symptomatologie ou d’une HTAP systolique > 50 mmHg expose au
risque de décompensation cardiaque en particulier au cours du
troisième trimestre ou lors de l’accouchement. Dans cette
situation, une valvuloplastie mitrale percutanée pourra être
réalisée pendant le 2e trimestre avec des précautions
particulières pour limiter l’irradiation fœtale (double tablier de
plomb abdominal, réduction du temps de scopie, valvuloplastie
guidée par échocardiographie). La valvuloplastie donne de bons
résultats avec un risque fœtal réduit contrairement à la chirurgie
cardiaque avec circulation extra-corporelle. La valvuloplastie
percutanée s’accompagne d’une mortalité fœtale et néonatale
de l’ordre de 5 % alors qu’elle est de 33 % à
la suite d’une commissurotomie chirurgicale [8, 9]. L’accouchement
par voie basse est possible chez les patientes en état
hémodynamique stable. Un monitoring invasif lors de l’accouchement
ou une césarienne pourront être proposés afin de diminuer le risque
de décompensation cardiaque à la naissance chez une patiente très
symptomatique ou présentant une HTAP marquée [2, 4].
Rétrécissement aortique
Le rétrécissement aortique serré est mal toléré pendant la
grossesse, avec un risque de décompensation cardiaque en
particulier lors du 3e trimestre ou pendant
l’accouchement, mettant en jeu le pronostic fœtal ou néonatal. Un
traitement diurétique peut être institué en cas d’insuffisance
cardiaque. Une valvuloplastie aortique a pu être proposée dans
certains cas de sténose aortique congénitale peu calcifiée (7 cas
rapportés dans la littérature). Le remplacement valvulaire ne doit
être proposé qu’en dernier recours. Une interruption thérapeutique
de grossesse pourrait être envisagée en cas d’apparition de
symptômes dès le 1er trimestre. L’accouchement par voie
basse est préférable, mais une césarienne (précoce) peut être
proposée chez les patientes très symptomatiques.
Insuffisance mitrale
La vasodilatation périphérique de la grossesse aurait un effet
favorable sur l’insuffisance mitrale ou aortique. Cependant, la
dilatation modérée du ventricule gauche pourrait majorer une
insuffisance mitrale préexistante en particulier rhumatismale en
aggravant le défaut de coaptation valvulaire. Bien qu’il existe peu
de données dans la littérature, le risque maternel et fœtal semble
augmenté en cas de dysfonction du ventricule gauche. Un traitement
diurétique et vaso-dilatateur peut être utilisé chez les patientes
symptomatiques, en privilégiant les inhibiteurs calciques de type
dihydropyridine et les dérivés nitrés. Les inhibiteurs de l’enzyme
de conversion et les antagonistes des récepteurs à l’angiotensine
sont à proscrire du fait de leur potentiel tératogène. Un
accouchement normal par voie basse est habituellement possible. En
cas d’insuffisance cardiaque sévère, une intervention chirurgicale,
en privilégiant la réparation valvulaire, pourrait être envisagée.
Insuffisance aortique
Il existe très peu de données disponibles concernant l’insuffisance
aortique en cours de grossesse, qui apparaît assez bien tolérée. Le
risque maternel et fœtal est élevé en cas de dysfonction
ventriculaire gauche ou de limitation marquée de la capacité
fonctionnelle. L’accouchement par voie basse est habituellement
possible.
Sténose valvulaire pulmonaire
La sténose pulmonaire valvulaire est généralement bien tolérée
pendant la grossesse, et aucun cas de décès maternel n’est
rapporté. Cette sténose peut se compliquer d’insuffisance cardiaque
droite, de fibrillation auriculaire ou d’insuffisance
tricuspidienne, quelle que soit la symptomatologie avant la
grossesse. En cas de mauvaise tolérance, la valvuloplastie
percutanée semble être le traitement de choix mais seulement 4 cas
sont rapportés dans la littérature.
Dilatation de l’aorte ascendante
L’aorte est fragilisée au cours de la grossesse particulièrement en
cas de maladie du tissu élastique ou de bicuspidie aortique. En cas
de dilatation > 40 mm découverte en cours de grossesse, un
traitement bêta-bloquant est recommandé avec surveillance
échographique toutes les 6-8 semaines et jusqu’à 6 mois après
l’accouchement. Devant une dilatation importante ou une progression
rapide de la dilatation, une césarienne précoce devra être
programmée. Dans un contexte de maladie de Marfan ou de bicuspidie
aortique, un diamètre > 45 mm doit conduire à une césarienne
précoce. Une interruption de grossesse pourra être envisagée en cas
de grossesse débutante avec dilatation majeure de l’aorte
ascendante. Le risque de dissection ou de rupture aortique
prédomine au cours du 3e trimestre ou lors de
l’accouchement. Il est de l’ordre de 10 % en cas de maladie de
Marfan. En cas d’accouchement par voie basse, celui-ci doit être
réalisé sous analgésie et strict contrôle tensionnel.
Endocardite
L’antibioprophylaxie pendant la grossesse repose sur les
recommandations internationales de prévention de l’endocardite.
Lors d’un accouchement par voie basse, le risque de bactériémie et
d’endocardite est extrêmement faible et ne nécessite pas
d’antibioprophylaxie sauf chez les patientes porteuses de prothèse
valvulaire ou aux antécédents d’endocardite. L’antibioprophylaxie
repose habituellement sur de l’ampicilline ou de l’amoxicilline
2 g associé à de la gentamycine 1,5 mg/kg (sans dépasser 120
mg) IV ou IM 30 minutes avant l’accouchement, puis ampicilline ou
amoxicilline 1 g per os, IV ou IM, 6 heures après. En cas
d’allergie à la pénicilline, on utilisera de la vancomycine (1g IV
sur 1 à 2 heures) associée à la gentamycine.
La survenue d’une endocardite est une éventualité rare en cours
de grossesse. Le choix de l’antibiothérapie sera guidé par sa
toxicité potentielle pour le fœtus. En cas de besoin, l’indication
chirurgicale devra prendre en compte le risque maternel lié à
l’endocardite et le risque fœtal de la circulation
extra-corporelle. L’intervention ne devra pas être retardée en cas
d’état de choc, de fuite massive ou de fistule, ou d’infection à
staphylocoque. L’extraction de l’enfant devra dans la mesure du
possible précéder la chirurgie s’il est viable.
Prothèse valvulaire
Les bioprothèses valvulaires, avec ou sans armature, dégénèrent
plus rapidement chez les sujets jeunes mais présentent l’avantage
d’éviter le traitement anticoagulant difficile à gérer durant la
grossesse. La grossesse a été incriminée dans l’accélération du
processus de dégénérescence des bioprothèses. Deux travaux récents,
portant sur des séries limitées forcément non randomisées, tendent
à démontrer l’absence d’influence défavorable de la grossesse sur
la dégénérescence des bioprothèses [5, 6].
Les prothèses mécaniques ont une durabilité supérieure aux
bioprothèses ou aux homogreffes mais nécessitent une
anticoagulation efficace pendant toute la grossesse exposant au
risque hémorragique maternel et fœtal, au risque tératogène pour
les AVK, et au risque de thrombose valvulaire particulièrement sous
héparine. Parmi une population de 348 jeunes femmes porteuses de
valves mécaniques suivies dans la clinique des valvulopathies au
Caire, 100 grossesses ont été suivies chez 67 femmes entre 1986 et
1999. Ces grossesses ont abouties à 56 naissances d’enfants en
bonne santé et 44 (44 %) pertes fœtales comparé à un taux de
24 % dans un groupe contrôle. Neuf thromboses valvulaires sont
survenues sous héparine au cours du 1er trimestre
conduisant à 5 décès maternels et à 4 réinterventions. Aucun décès
maternel n’est survenu sous AVK [10].
Le schéma d’anticoagulation recommandé pour éviter l’effet
tératogène des AVK (risque estimé de l’ordre de 5 à 10 % entre
la 6e et la 12e semaine) nécessite une
perfusion continue d’héparine en hospitalisation pendant 7 semaines
au cours du 1er trimestre, éventuellement en association
à de petites doses d’aspirine pour diminuer le risque de thrombose
valvulaire ( (figure
1) ). L’adjonction d’aspirine augmente néanmoins le risque
hémorragique fœto-maternel. Le traitement AVK de choix pendant la
grossesse repose sur la warfarine pour laquelle les données de la
littérature sont les plus importantes. Les AVK traversent le
placenta, et entraînent un risque d’embryopathie entre la
6e et la 12e semaine nécessitant leur
éviction dès la 5e semaine pour prévenir ce risque. Ils
augmentent également le risque d’avortement, de prématurité, et
d’hémorragie cérébrale fœtale pendant l’accouchement surtout en cas
d’utilisation de forceps. Le risque d’avortement et d’embryopathie
semble cependant dose-dépendant et serait quasi nul si la dose de
warfarine est < 5 mg par jour [11]. L’héparine non fractionnée
ne traverse pas le placenta, mais présente un risque d’ostéoporose
lors d’un emploi prolongé, de thrombopénie et d’hémorragie. Son
utilisation pendant toute la grossesse est associée à un taux
prohibitif d’événements thrombo-emboliques ( (figure 2) ). L’emploi
d’héparine non fractionnée sous-cutanée est à proscrire du fait
d’un risque 4 fois plus élevé de thrombose valvulaire et de décès
[3, 7]. L’héparine sous-cutanée n’améliore pas le pronostic fœtal
et augmente la mortalité maternelle des patientes porteuses de
valve mécanique. Les héparines de bas poids moléculaire, qui ont
une demi-vie plus longue et ne traversent pas le placenta,
pourraient représenter une alternative à l’héparine non fractionnée
en perfusion continue [12]. Cependant les données disponibles dans
la littérature sont limitées, et la survenue de thromboses de
valves mécaniques pendant la grossesse sous ce traitement ont
conduit à déconseiller formellement leur emploi dans cette
indication.
Le choix du traitement anticoagulant devrait être décidé de
façon multidisciplinaire, avec les futurs parents, après
explication des risques respectifs de l’héparine et des AVK. La
décision d’une anticoagulation par héparine pendant 6 à 7 semaines
au cours du premier trimestre doit être prise après acceptation du
risque thrombo-embolique maternel. Un traitement par AVK pendant
toute la grossesse avec relais par héparine 15 jours avant la
naissance est licite après explication et acceptation du risque
d’embryopathie.
Chirurgie cardiaque avec circulation extra-corporelle
Le risque lié à la chirurgie cardiaque en cours de grossesse est
surtout fœtal avec un taux de décès fœtal de 20 à 30 % et une
morbidité fœtale estimée à 9 %. Le risque maternel ne semble
pas modifié par la grossesse, de l’ordre de 3 à 10 % de décès
[9, 13, 14]. La morbi-mortalité maternelle et fœtale est
probablement majorée par le caractère souvent tardif de
l’intervention chez une patiente en insuffisance cardiaque
réfractaire. Les facteurs de mauvais pronostic maternel sont
représentés par une hospitalisation après la 27e semaine
de grossesse, l’extrême urgence de l’intervention, et par la
réalisation de l’opération dans le même temps ou juste après la
naissance de l’enfant [13]. Afin de réduire la morbi-mortalité
fœtale, la circulation extra-corporelle devrait être réalisée sous
hypothermie très modérée (température > 34°c), un haut débit de
3,5 à 4 l/min/m2 et une pression de perfusion élevée
(pression artérielle moyenne de 80 à 90 mmHg). L’emploi d’une
perfusion pulsée a également été suggérée mais reste encore
débattue.
Thrombolyse
Une thrombolyse par l’altéplase ou la streptokinase apparaît
possible pendant la grossesse, avec un faible passage placentaire
sans effet fibrinolytique significatif chez le fœtus. Ce type de
traitement doit bien entendu être évité en péri-partum.
L’administration en cas de nécessité d’altéplase 100 mg sur 2
heures chez la femme enceinte est acceptée par la FDA. Seule une
vingtaine de cas de thrombolyse pour embolie pulmonaire massive ou
pour thrombose valvulaire sont rapportés dans la littérature avec
des résultats satisfaisants, apparemment comparables à ceux
observés dans la population générale.
Conclusion
Chez une patiente jeune, en âge de procréer, il est nécessaire de
toujours privilégier une intervention conservatrice devant une
valvulopathie sévère symptomatique mitrale ou aortique
(valvuloplastie mitrale ou plus rarement aortique percutanée,
plastie mitrale, chirurgie conservatrice de la valve aortique,
intervention de ROSS). En cas de besoin, la mise en place d’une
homogreffe ou d’une bioprothèse devra être préférée à
l’implantation d’une prothèse mécanique, après avoir expliqué à la
patiente la nécessité d’une réintervention à moyen terme.
Les situations valvulaires à risque en cours de grossesse sont
constituées par le rétrécissement aortique (< 1 cm2)
ou mitral (< 1,5 cm2) serré symptomatique, et les
valves mécaniques. L’existence d’une dysfonction ventriculaire
gauche, d’une insuffisance cardiaque sévère (stade 3 ou 4 de la
NYHA), et la présence d’une aorte dilatée (> 40 mm) en
particulier en cas de maladie de Marfan ou de bicuspidie aortique
sont également à haut risque chez la femme enceinte.
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