|
RR |
Signification |
RR |
Signification |
|
RR |
Signification |
| Estomac |
4,1 |
p < 0,001 |
10,5 |
p < 0,001 |
|
6,9 |
|
p < 0,001 |
| Intestin grêle |
25,0 |
p < 0,001 |
166,7 |
p < 0,001 |
|
– |
|
– |
| Système hépato-biliaire |
4,9 |
p < 0,05 |
– |
– |
|
9,1 |
|
p < 0,05 |
| Rein |
3,2 |
p < 0,01 |
– |
– |
|
4,7 |
|
p < 0,05 |
| Vessie |
1,1 |
NS |
– |
– |
 |
7,6 |
 |
p < 0,01 |
| Uretère |
22,0 |
p < 0,001 |
53,2 |
p < 10–8 |
| Ovaire |
3,5 |
p < 0,001 |
4,1 |
NS |
|
13,0 |
|
p < 0,001 |
| Poumon |
12,0 |
p < 0,01 |
– |
– |
|
1,0 |
|
NS |
| Cerveau |
1,6 |
NS |
– |
– |
|
4,5 |
|
p < 0,05 |
1 Il s’agit de la valeur nominale du risque de
première espèce, donc sans correction pour les comparaisons
multiples.
2 Les risques relatifs (RR) et degrés de
signification ont été calculés à partir des valeurs données dans
l’article.
Par ailleurs, plusieurs études ont analysé le degré
d’association des cancers les plus fréquents dans la population
générale (sein et prostate) au syndrome HNPCC et ont documenté
l’existence d’un risque pour ces localisations comparable à celui
de la population générale [22, 23].
Risques cumulés
L’étude de Mecklin et al. [24] est celle qui a tenté pour
la première fois d’estimer les risques des différents types de
tumeur à l’époque où les critères d’Amsterdam n’avaient pas encore
été énoncés et où l’on ne connaissait pas les gènes MMR. Les
familles ont des critères de recrutement variés mais présentent
toutes en commun d’avoir au moins 3 apparentés au premier
degré atteints de cancer colorectal. Les risques de cancer
colorectal ont été estimés par la proportion de personnes atteintes
de cette tumeur chez les descendants des cas ayant un risque de
moitié d’être porteurs, par une méthode de type Kaplan-Meier. Ils
sont de toute évidence surestimés en raison d’un recensement sur
l’existence de nombreux individus atteints.
L’identification des mutations délétères a fait gagner en
précision mais le biais de recensement par plusieurs patients
atteints demeure. Les estimations de risque cumulé sur la vie de
cancer colorectal, dans les différentes études où le biais n’a pas
été pris en compte, varient entre 70 et 82 % mais le vrai
risque est certainement plus faible, de l’ordre de la moitié, comme
l’ont montré Carayol et al. [25]. Les risques des autres
tumeurs, qui ne devraient pas souffrir de ce biais, sauf dans
l’étude de Aarnio et al. [26] où les risques ont été estimés
uniquement à partir de patients atteints d’un cancer quel qu’il
soit, sont indiqués dans le tableau 2.
Il faut néanmoins garder en mémoire que certaines tumeurs, en
particulier le cancer de l’endomètre, ont pu participer à
l’inclusion des familles et présenter alors un certain degré de
surestimation.
Tableau 2. Risques cumulés (%) à 70 ans de cancer des
autres organes que le côlon ou le rectum
|
Étude |
Site de la tumeur |
|
|
Endomètre |
Ovaire |
Estomac |
Tractus biliaire |
Urothélium |
|
Aarnio et al., 1995 [26]1 |
40 |
10 |
15 |
8 |
5 |
|
Dunlop et al., 1997 [27] |
42 |
– |
– |
– |
– |
|
Aarnio et al., 1999 [21] |
60 |
12 |
13 |
– |
– |
|
Green et al., 2002 [96]2 |
79 |
36 |
– |
– |
– |
1 Risques estimés à partir de patients atteints de
cancer uniquement.
2 Risques estimés pour une seule mutation MSH2
fondatrice originaire de Terre-Neuve ; il est possible que
cette mutation délétère confère un risque particulièrement élevé de
cancer de l’endomètre et de l’ovaire.
Seules deux études ont tenu compte du biais de recensement et
permettent des estimations a priori plus exactes.
La première est celle de Dunlop et al. [27] dont la
méthodologie est totalement différente des précédentes. Les auteurs
sont partis de patients atteints de CCR très jeunes (à 35 ans)
et présentant une tumeur MSI (donc en dehors de tout critère
familial). Le risque a été estimé à partir des apparentés testés
positifs ou selon leur probabilité de l’être s’ils n’étaient pas
testés. La méthode d’estimation repose sur le principe du maximum
de vraisemblance selon l’approche classique des analyses de survie
et ne présente pas de défaut méthodologique notoire. Le risque de
CCR à 70 ans est significativement plus élevé chez les hommes
(74 %) que chez les femmes (30 %) ; le risque moyen
est donc de 52 %, avec un ratio hommes/femmes de 2,5 ; le
risque de cancer de l’utérus est de 42 % à 70 ans.
La deuxième est une étude française portant sur 163 familles
portant une mutation délétère, à partir de 436 patients
adressés en consultation de génétique [28]. Les auteurs proposent
un nouvel estimateur du risque cumulé, qui utilise uniquement le
statut porteur ou non porteur des individus non atteints et ne
devrait donc pas être affecté par le biais de recrutement. Un
inconvénient est que, pour être précis, il nécessite une nombre
élevé d’individus. Les risques de CCR n’apparaissent pas
significativement plus élevés chez les hommes que chez les femmes à
âge égal. Le risque de cancer du côlon, rapporté à la surface du
segment colique considéré, apparaît constant, quelle que soit la
localisation tumorale [S. Olschwang, données non publiées]. Les
risques de CCR ont été estimés pour deux âges : 43 % à
38 ans et 62 % à 51 ans. Cette étude donne aussi une
estimation du risque de tumeur métachrone chez les cas index et
leurs apparentés, avec un risque de cancer colorectal vingt ans
après le premier cancer de 72 % lorsque le premier organe
atteint était l’endomètre et de 52 % lorsqu’il s’agissait du
côlon ou du rectum.
D’une manière générale, la valeur prédictive pour une mutation
délétère constitutionnelle d’un gène MMR peut être considérée comme
très faible pour les cancers dont le RR dans la forme héréditaire
considérée est de l’ordre de 1-5, intermédiaire lorsque le RR est
de l’ordre de 5-8 et bonne s’il est supérieur à 8. Dans la
définition du spectre étroit, comme l’avait proposé la conférence
de consensus de 1998 [6], il convient de retenir, parmi les cancers
extra-coliques, l’endomètre, l’uretère, le bassinet et l’intestin
grêle (RR > 8) comme « bons » indicateurs de
consultation puis d’analyse génétique. Ils sont inclus sous le
terme de spectre étroit. En raison des risques relatifs
intermédiaires trouvés dans les différentes études, il paraît
raisonnable d’accorder également une valeur prédictive positive,
certes moindre, aux cancers de l’estomac, des voies biliaires et de
l’ovaire (5 < RR < 8) qui définiront le
spectre large dans la suite du texte. Par contre, les études
s’accordent toutes pour ne pas inclure le sein, la prostate et le
poumon (RR < 5). Les indications de consultation
d’oncogénétique sont donc discutées sur la base de ces risques.
Consultations
Au cours de la consultation, la personne doit être informée des
caractéristiques de la maladie recherchée, des moyens de la
détecter, des possibilités de prévention et de traitement. Si une
analyse de génétique constitutionnelle est demandée, le médecin
prescripteur délivre, au praticien agréé réalisant l’examen, une
attestation certifiant qu’il a apporté à la personne concernée les
informations définies ci-dessus et qu’il a recueilli son
consentement ; le double de celle-ci est versé au dossier
médical de la personne concernée. Le consentement, prévu à
l’article L. 1131-1, de la personne à qui est prescrit
l’examen de ses caractéristiques génétiques, doit être libre et
éclairé par une information préalable comportant notamment des
indications sur la portée de l’examen. Ce consentement est donné
par écrit avec signature.
En amont des consultations d’oncogénétique, l’importance de la
consultation de première ligne (médecins généralistes et
spécialistes) doit être soulignée. C’est en effet celle qui
recueille en premier lieu les données anamnestiques sur l’histoire
familiale et qui permet une information préalable des
personnes.
Évaluation du risque de prédisposition génétique
L’évaluation de la présence du risque de prédisposition
génétique chez un patient atteint de cancer est faite par l’unité
de consultation multidisciplinaire (UCP) de cancérologie.
En dehors de situations exceptionnelles, il n’existe aucun critère
pathognomonique permettant, à partir de la seule présentation
clinique d’un cancer, d’identifier une prédisposition héréditaire
et le gène responsable. Cependant, il existe des arguments
d’orientation de trois ordres :
– individuels : diagnostic à un âge inhabituel, existence de
cancers primitifs multiples ; ces informations sont
généralement fournies par le compte-rendu d’hospitalisation ou de
consultation spécialisée ;
– familiaux : nombre de cancers, localisation, distribution
dans l’arbre familial ; à cette étape, la vérification des
données anamnestiques est nécessaire ;
– tumoraux : caractéristiques histologiques, résultats des
tests immunohistochimiques ou biologiques des cellules tumorales,
d’où la nécessité de disposer systématiquement des comptes-rendus
d’anatomie pathologique.
Un point important pour proposer une consultation d’oncogénétique
puis une analyse génétique est celui de la fiabilité des
informations fournies par les personnes. Une synthèse de la
littérature à ce sujet peut être faite pour les deux localisations
tumorales principales du syndrome HNPCC, cancer colorectal et de
l’endomètre. La sensibilité est la proportion des personnes
effectivement atteintes parmi celles signalées comme telles et la
spécificité est la proportion des personnes indemnes parmi celles
rapportées comme telles (ces deux variables ont été extraites de
données anamnestiques directes ou de registres) [29-31] ; tous
cancers confondus, le degré de parenté avec la personne atteinte a
en outre un impact important sur la précision (tableau 3) [32-34]
Tableau 3. Précision des données
anamnestiques en fonction de la localisation tumorale et du degré
de parenté
|
Critère |
Sensibilité |
Spécificité |
|
Localisation* |
|
|
|
CCR |
0,73-0,83 |
0,93 |
|
Endomètre |
0,30-0,71 |
0,97 |
|
Parenté |
|
|
|
1er degré |
0,74-1,00 |
|
|
2e degré |
0,43-0,75 |
|
|
3e degré |
0,30-0,59 |
|
* Sans précision du degré de parenté.
On peut estimer qu’un degré de parenté supplémentaire diminue en
moyenne de 25 % la fiabilité des diagnostics. Néanmoins, le
médecin doit tenir compte de la « proximité », dont le
degré de parenté (proximité génétique) n’est qu’un reflet
statistique, qui ne prend pas en compte la proximité affective.
L’autre facteur intervenant essentiellement dans la fiabilité de
l’information est la localisation tumorale, relativement fiable
pour le côlon [32]. La situation optimale sera donc de disposer des
comptes-rendus histologiques, ainsi que le recommandent les
critères d’Amsterdam.
Indications
La participation respective des paramètres intervenant dans le
diagnostic anatomoclinique du syndrome HNPCC a été évaluée.
L’incidence des cancers les plus fréquents dans ce syndrome est
indiquée dans le tableau 4, de même que
la proportion des cancers de type MSI [9, 27, 35-37], selon les
différentes localisations et l’âge au diagnostic.
Tableau 4. Influence de l’âge au
diagnostic de cancer et des antécédents tumoraux sur le phénotype
tumoral pour les deux localisations les plus fréquentes (colon,
endomètre) du syndrome HNPCC
|
Localisation |
Incidence |
Type MSI |
|
CCR |
36 000 |
10 % (3 600) |
|
0-40 ans |
1 % (360) |
51 % (184) |
|
40-50 ans |
4 % (1 440) |
10 % (144) |
|
50-60 ans |
12 % (4 320) |
10 % (432) |
| avec un antécédent personnel
de cancer (CCR, endomètre) |
|
|
1 % (360) |
69 % (248) |
|
Endomètre |
5 000 |
|
|
0-60 ans |
24 % (1 200) |
34 % (408) |
Les valeurs entre parenthèses correspondent aux estimations
chiffrées des proportions.
L’indication d’une consultation d’oncogénétique pour un patient
atteint de cancer sera retenue (figure 1) :
a) d’emblée en présence des critères d’Amsterdam II, que nous
proposons d’élargir (deux apparentés au premier degré au minimum et
non trois) afin de privilégier la sensibilité de détection de
mutations des gènes MMR ;
b) après avis d’une UCP de cancérologie dans les configurations
suivantes :
– probabilité de cancer de type MSI supérieure à 50 % (à
savoir CCR avant 40 ans et/ou antécédent personnel de cancer
colorectal ou de l’endomètre, tableau
4) ; en l’absence d’information concernant la valeur
prédictive de la présence d’antécédents de cancer du spectre large
du syndrome HNPCC (autres que CCR et endomètre), les experts
proposent de les prendre également en compte ;
– cancer MSI, dont l’âge au diagnostic rend peu vraisemblable une
méthylation de l’ADN liée à la sénescence (c’est-à-dire diagnostic
avant 60 ans) [38] ;
– cancer MSI ayant un antécédent au premier degré de cancer du
spectre large.
Les situations suivantes ne sont pas retenues comme associées à un
risque fort de CCR, génétiquement déterminé, et ne sont pas
actuellement des indications de consultation
d’oncogénétique :
– CCR MSS (microsatellite stable) après
40 ans ;
– CCR MSI isolé après 60 ans.
Dans l’impossibilité d’obtenir une détermination du phénotype
tumoral, les CCR diagnostiqués entre 40 et 60 ans seront
discutés par l’UCP de cancérologie.
Le nombre prévisionnel de consultations pour prédisposition
héréditaire au CCR est estimé à environ 2 000 par an. Cette
estimation est cohérente avec les conclusions du groupe de travail
réuni en mai 2002 par le Center for Diseases Control, qui évaluent
la proportion des situations à haut risque (sans prendre en
considération le phénotype tumoral) entre 5 et 10 % des cas
incidents [39], soit 1 800-3 600 pour la population
française. Pour les autres localisations du spectre large, un
raisonnement identique conduit à envisager un complément d’environ
700 consultations. Compte tenu des capacités d’accueil des
consultations d’oncogénétique au niveau national, prévues pour
10 000 patients en 2003 (et 15 000 en 2004), la
prescription d’une consultation pour 2 700 patients
apparaît justifiée.
Le groupe d’experts souhaite que la plupart des indications
d’analyse moléculaire soient portées par des équipes spécialisées.
Certaines indications sont néanmoins indiscutables et peuvent être
portées par les médecins traitants, mais il est souhaitable
qu’elles soient soutenues par l’avis d’une UCP de cancérologie et,
au mieux, l’avis ou la consultation d’un médecin oncogénéticien
travaillant dans le cadre d’une équipe pluridisciplinaire au sens
de la génétique prédictive.
La demande d’examen relève de l’entière responsabilité et de
l’expertise du médecin prescripteur. Il fournira au laboratoire,
outre une attestation de signature du consentement, les éléments
médicaux qui l’ont conduit à prescrire l’analyse. Il est
souhaitable qu’il accompagne sa demande d’un arbre généalogique
anonyme, en indiquant la situation du patient dans l’arbre. Les cas
ne relevant pas des indications habituelles seront discutés entre
le médecin prescripteur et le laboratoire.
Déroulement
Les consultations d’oncogénétique ont certaines
particularités :
– le recueil initial de l’information passe par la reconstitution
de l’arbre généalogique (histoire familiale). Cette étape est à la
fois délicate, car elle évoque des tiers à la consultation, et
douloureuse pour les consultants car pratiquement tous, même
lorsque le risque génétique ne sera pas retenu, ont une histoire
familiale où coexistent plusieurs cas de cancers ;
– la prise en charge des personnes à risque élevé va s’effectuer
sur une longue période (des dizaines d’années) ;
– la consultation a un retentissement psychologique aux niveaux
personnel, familial et social ;
– il y a un décalage important entre les avancées scientifiques,
leurs applications thérapeutiques et les attentes du
public ;
– enfin, il existe, pour les personnes ayant une mutation
délétère, un risque élevé de survenue de pathologies graves,
redoutées car encore mutilantes et fréquemment mortelles.
Pour ces raisons, il est très important de rappeler l’importance
du respect de certaines règles relatives aux interventions
médicales :
– Il faut que l’action envisagée pour la personne lui procure un
bénéfice. Pour respecter cet objectif majeur, les médecins
doivent affronter une double difficulté, celle de la nature du
bénéfice attendu (espérance de vie, qualité de vie, dignité,
conséquences psychologiques et sociales) et celle de leurs mesures.
Les interventions proposées (simples consultations, surveillance
par imagerie, coloscopies, endoscopies, chirurgie prophylactique,
etc.) présentent toutes des inconvénients potentiels. Le bénéfice
attendu est donc un compromis entre les risques et les
avantages.
– Il convient d’examiner la réalité de la demande des personnes
consultant et de leur laisser le libre choix des décisions. Il
convient d’éviter toutes pressions à finalités médicales ou
scientifiques et de chercher à limiter les pressions familiales
afin que les personnes accèdent librement et volontairement aux
consultations.
En France, l’information directe des apparentés d’un consultant,
même dans leur intérêt, est interdite. Il est interdit de
contacter et, à plus forte raison, de convoquer une personne qui
n’aurait pas demandé explicitement à rencontrer un médecin
généticien ou à réaliser une analyse génétique :
– l’article 226-13 du Code pénal prévoit que « la
révélation d’une information à caractère secret par une personne
qui en est dépositaire » constitue une atteinte au secret
professionnel ;
– l’article 11 du Code de déontologie rappelle que le
secret professionnel, institué dans l’intérêt du malade, s’impose à
tous médecins dans les conditions établies par la loi ;
– enfin la communication à un tiers d’une information médicale de
cette nature constitue une « violation du droit au respect
de la vie privée » (article 9 du Code civil) [40].
En revanche, dans d’autres pays, cette information est possible
(sauf opposition des personnes par exemple, ou avis spécifiques
d’une commission). Il peut même s’agir d’un devoir comme aux
États-Unis (the duty to disclose) [41, 42].
La consultation d’information sur le statut biologique est ensuite
une étape particulièrement importante et délicate. Il est peut-être
utile de s’inspirer des réflexions déjà construites autour de la
consultation d’annonce du diagnostic du cancer (point 7.2 et annexe
4 du Plan Cancer), en particulier pour certains aspects :–
consultation longue, spécifique ;
– réalisée par un médecin « senior » ;
– se situant après la démarche de concertation
pluridisciplinaire ;
– permettant d’informer à nouveau le patient sur les différentes
possibilités diagnostiques et préventives ainsi que sur les risques
que ces interventions comportent ;
– associant un accompagnement psychologique qui permet un dialogue
autour de cette annonce tout en respectant le poids de celle-ci et
les émotions qu’elle peut susciter.
Le suivi des personnes à haut risque (établi sur des arguments
génétiques, familiaux ou moléculaires) se fera en collaboration
avec l’équipe pluridisciplinaire d’oncogénétique dans le cadre d’un
réseau compétent. La prise en charge médicale de ces personnes doit
bénéficier :
– de l’assurance d’un soutien psychologique pour les personnes
particulièrement anxieuses, du fait du risque accru, de
l’impossibilité de se voir fournir une réponse de type binaire
(analyse moléculaire infructueuse), même après un test négatif.
Cela suppose une grande disponibilité de tous les
intervenants ;
– d’une évaluation, qui nécessite une communication des
informations entre les différents acteurs de la prise en charge
avec l’accord des personnes ;
– d’un contrôle de qualité des procédures.
Ces objectifs seront d’autant mieux atteints que seront mis en
œuvre des protocoles évaluatifs.
Pathologie et génétique moléculaires
Analyse des cellules tumorales
Les tumeurs se développant dans le cadre d’un syndrome HNPCC ont
un phénotype instable qui se caractérise par l’apparition de
nouveaux allèles lorsque l’on génotype des marqueurs
microsatellites à partir de l’ADN extrait de cellules tumorales. Ce
phénotype instable, à l’exception d’un cas insuffisamment documenté
[43], est constant dans les cancers colorectaux associés à
l’inactivation d’un des gènes MMR principaux (MSH2, MLH1, MSH6)
[44, 45]. Le but de cette caractérisation phénotypique des cellules
tumorales est d’isoler, parmi les patients atteints de CCR, le
sous-groupe de patients pouvant bénéficier d’une recherche de
mutation délétère constitutionnelle des gènes MMR [9, 11, 27,
46-50].
La caractérisation de ce phénotype par les techniques de génétique
moléculaire est actuellement standardisée par une conférence
internationale organisée par le National Institute of Health et
publiée dans Cancer Research en 1998 [51]. Elle recommande
le génotypage de cinq marqueurs : D2S123, D5S346, D17S250,
BAT25, BAT26. La réalisation de ce test, qui compare le génome
constitutionnel et tumoral d’un patient, suppose un contrôle
histologique de la qualité du prélèvement tumoral. D’autres
propositions de marqueurs ont été faites, en particulier à l’aide
de microsatellites mononucléotidiques afin de pallier l’absence de
disponibilité d’ADN provenant de cellules normales. Un article
récemment publié par l’équipe de Richard Hamelin propose de
génotyper cinq marqueurs quasi monomorphes : BAT26, BAT25,
NR21, NR22 et NR24. Le statut MSI est alors affirmé par la présence
d’une instabilité de trois des cinq marqueurs [52]. Cette technique
permet d’identifier les tumeurs MSI en l’absence d’ADN provenant de
cellules normales, à condition que le contingent cellulaire tumoral
du prélèvement soit d’au moins 10 %. Les résultats d’une
nouvelle conférence internationale retiennent ce jeu de marqueurs
comme une alternative au précédent [53].
L’immunohistochimie permet d’étudier sur une coupe histologique
l’expression tissulaire des protéines de réparation des
mésappariements de l’ADN. À l’état normal, ces protéines sont
exprimées dans le noyau de nombreuses cellules de l’organisme, en
particulier dans l’intestin par les cellules du tiers inférieur des
cryptes de la muqueuse, par les lymphocytes du centre germinatif
des follicules lymphoïdes et par les lymphocytes et les cellules
endothéliales du stroma de la tumeur, qui servent ainsi de témoins
internes positifs à la technique.
En utilisant deux anticorps dirigés contre les protéines MLH1 et
MSH2, dont les gènes correspondants sont les plus fréquemment
atteints dans le syndrome HNPCC, on peut mettre en évidence une
perte d’expression d’une de ces deux protéines dans les noyaux des
cellules tumorales. La perte d’expression est exclusive, ce qui
signifie qu’elle ne concerne qu’une seule des deux protéines MLH1
ou MSH2, et somatique, ce qui signifie qu’elle ne s’observe que
dans les cellules tumorales. L’immunohistochimie est un acte de
routine médicale qui figure à la nomenclature ; cependant,
elle teste partiellement la fonction MMR (analyse de deux
protéines) avec une sensibilité moins bonne que le génotypage
(92 %), liée en partie au fait que toutes les mutations ne
modifient pas l’épitope reconnu par l’anticorps ou sa stabilité,
mais également à l’hétérogénéité des pratiques de fixation des
tissus. Elle est enfin reconnue comme sujette à d’importantes
variations d’interprétation entre observateurs [54-58].
Environ 10 % des cancers colorectaux sporadiques ont un
phénotype MSI, en l’absence de toute agrégation familiale de
cancers. Ces cancers se rencontrent volontiers chez des sujets
âgés, sont souvent localisés dans le côlon droit et s’accompagnent
fréquemment d’une perte d’expression somatique de la protéine MLH1,
provoquée par une méthylation du promoteur du gène en relation avec
un mécanisme de sénescence de l’épithélium colique [59-62]. En
l’absence de méthylation du promoteur du gène MLH1, la perte de
fonction est liée à une mutation délétère des deux allèles du gène
[38], ce qui constitue une bonne indication d’analyse génétique
constitutionnelle. Néanmoins, l’inverse n’est pas vrai et la
caractérisation du degré de méthylation du promoteur du gène MLH1
n’est donc pas, à ce jour, un outil performant pour distinguer les
cancers apparus chez une personne porteuse d’une mutation délétère
constitutionnelle du gène MLH1, des cancers dus à une inactivation
somatique pure de ce gène [59, 60, 63].
Analyse constitutionnelle
En France, les laboratoires réalisant l’examen des gènes
associés au syndrome HNPCC, à la recherche d’une anomalie
constitutionnelle responsable de la maladie, sont réunis en un
réseau national depuis octobre 2000.
Avant de poser l’indication d’une analyse génétique
constitutionnelle à la recherche d’une mutation délétère d’un gène
MMR, il est recommandé de disposer du résultat de l’analyse des
cellules tumorales (génotype en premier lieu et immunohistochimie
pour les tumeurs MSI si possible).
La prescription des analyses constitutionnelles est faite après
évaluation de deux aspects.
– L’acceptation de l’analyse par la personne venue
consulter. Les informations doivent préciser les limites des
analyses, les conséquences médicales et non médicales attendues ou
prévisibles d’un test positif ou négatif. Le délai d’attente des
résultats doit être indiqué, la réalisation des analyses chez des
personnes mineures doit être limitée aux pathologies susceptibles
d’être prises en charge avant l’âge de 18 ans, ce qui n’est
pas le cas du syndrome HNPCC. Si, en résumé, une personne à très
forte probabilité d’appartenir à une famille à risque est
réticente, l’analyse ne sera pas prescrite.
– La probabilité a priori de trouver une mutation.
Sont actuellement considérées comme légitimes, et présentées sur la
figure 1, les
propositions d’analyse pour des personnes chez qui la probabilité
a priori de trouver une mutation délétère est supérieure à
0,20 (risque de CCR au moins égal à quatre fois celui de la
population standard), et comme non légitimes les propositions
d’analyse lorsque le risque a priori est inférieur à 0,10
(risque de CCR au maximum double de celui de la population
standard) [9, 11, 27, 28, 64].
Avant de poser l’indication d’une analyse génétique
constitutionnelle à la recherche d’une mutation délétère d’un gène
MMR, il est recommandé de disposer du compte-rendu de l’analyse des
cellules tumorales (par génotypage, puis par immunohistochimie si
MSI). L’analyse sera alors proposée, indépendamment de l’histoire
tumorale familiale, dans les cas suivants :
– CCR de type MSI avec extinction de la protéine MSH2 ou
MSH6 ;
– cancer colique gauche ou rectal de type MSI.
Les cas de cancer colique droit de type MSI avec extinction de la
protéine MLH1, entre 40 et 60 ans, sans antécédent personnel
ou familial, seront discutés.
En l’absence de détermination du phénotype tumoral (échec
technique par exemple), l’analyse sera proposée dans les situations
suivantes :
– présence des critères d’Amsterdam II élargis (deux cas et non
trois, autres critères inchangés) ;
– cancer du spectre large du HNPCC avant 40 ans ;
– cancers primitifs multiples, typiques du HNPCC ;
– deux cas de cancer du spectre large du HNPCC liés au premier
degré, avant 60 ans.
Actuellement, il est recommandé de réaliser les analyses dans
l’ordre suivant.
1) Analyse de la séquence codante des gènes MLH1 et MSH2 à la
recherche de mutations ponctuelles, arrêt de l’analyse et
compte-rendu si une mutation délétère est identifiée.
2) Poursuite de l’analyse dans les autres cas par une analyse de
la séquence codante du gène MSH6 à la recherche de mutations
ponctuelles et par une analyse du gène MSH2 à la recherche d’une
anomalie complexe, arrêt de l’analyse et compte-rendu.
3) Si la probabilité résiduelle de mutation délétère d’un gène MMR
reste élevée (argument lié à l’analyse somatique par exemple),
reprise ou complément d’analyse orienté par cet argument (recherche
de réarrangement génomique, analyse des promoteurs, etc.).
Les analyses se déroulent en deux temps. La première détermination
est effectuée sur un premier prélèvement et cherche la présence
d’une mutation, connue (apparentés) ou non (cas index). Les
résultats sont contrôlés lors d’une seconde détermination sur un
second prélèvement, où la mutation préalablement identifiée est
cherchée (apparentés et cas index) ou l’identité du patient
vérifiée par génotypage (cas index pour lesquels aucune mutation
n’a été trouvée lors de la première détermination).
Le compte-rendu comporte les éléments relatifs aux différentes
étapes des analyses.
1) Validation du prélèvement : nom, nom de naissance,
prénom, date de naissance du patient, date et nature du
prélèvement, dates d’envoi et de réception, coordonnées du médecin
prescripteur (destinataire du compte-rendu), références identifiant
le prélèvement avant et après son arrivée dans le laboratoire.
2) Validation de la demande d’examen : pour les
demandes de type 1 (examens des apparentés asymptomatiques ou non),
capacité d’identification de la mutation familiale (référence du
cas index et du laboratoire ayant effectué l’analyse
correspondante) ; pour les demandes de type 2 (examens des cas
index), justification de la demande. Il est rappelé que la demande
d’examen relève de la responsabilité et de l’expertise du médecin
prescripteur qui aura fourni, avec sa demande, au minimum les
éléments médicaux justificatifs, de préférence accompagnés d’un
arbre généalogique anonyme, avec mention explicite du patient dans
l’arbre.
3) Validation de l’analyse :
– type d’analyse (type 2 pour les cas index, type 1 pour les
apparentés). Il est préférable, pour des raisons de responsabilité,
de contrôler la description de la mutation délétère du cas
index : lorsque le laboratoire responsable de la présente
analyse n’a pas assuré l’analyse du cas index, il peut demander une
copie anonyme des électrophorégrammes de séquence justifiant sa
conclusion ;
– gène(s) analysé(s) et méthode(s) d’analyse ;
– liste exhaustive des variants mis en évidence. Il est
indispensable de distinguer clairement la description de la
mutation délétère responsable du syndrome HNPCC de celle des
variants, de signification connue ou inconnue, dont la connaissance
ne peut être utilisée à des fins médicales.
4) Interprétation des résultats : synthétique
(identification, présence, absence de mutation délétère),
commentée. L’interprétation du résultat de l’analyse génétique
relève de la responsabilité et de l’expertise du biologiste qui
prend position sur le caractère délétère ou non d’un variant et
suggère au besoin une analyse complémentaire. Il peut, en option,
assortir son interprétation de conseils cliniques relatifs au
résultat ou d’une simple référence à un document récent.
5) Responsabilité médicale. Le laboratoire réalisant
l’analyse est distinctement identifié sur le compte-rendu qui sera
daté et signé du biologiste responsable. Le compte-rendu est
exclusivement envoyé au médecin qui a prescrit l’analyse ; ce
dernier a quant à lui la responsabilité de communiquer les
résultats au patient.
En conclusion, si les indications d’analyse génétique ont porté
sur une personne avec cancer MSI pour lequel la probabilité d’une
méthylation liée à la sénescence a été jugée très faible, la
mutation responsable doit être identifiée au prix d’examens de plus
en plus complexes. Les situations d’incertitude résiduelle
concernent donc essentiellement les variants de signification
inconnue. Une concertation des généticiens cliniciens et
biologistes est alors recommandée, afin de classer chaque variant
selon sa probabilité d’altération de la fonction MMR et d’adapter
la prise en charge ultérieure à cette classification. Cette
position est susceptible d’évoluer si des variants associés à des
risques intermédiaires viennent à être décrits. En cas de cancer
MSS dans un contexte familial évocateur d’une prédisposition
héréditaire, les personnes pourront se voir proposer, par l’équipe
pluridisciplinaire de génétique, une prise en charge adaptée à leur
niveau de risque, en s’appuyant en particulier sur les
recommandations de la conférence de consensus [65].
Prise en charge
Les propositions de prise en charge sont faites dans l’état
actuel des connaissances. Sauf précision particulière, ce chapitre
concerne les personnes dont le risque génétique a été identifié au
niveau individuel par des analyses de biologie moléculaire ou dont
la probabilité d’avoir une prédisposition héréditaire au cancer du
spectre HNPCC est élevée (supérieure à 0,20). Il est important de
rappeler que, chez les personnes porteuses d’une mutation
constitutionnelle délétère d’un des principaux gènes MMR,
l’absence, à ce jour, de corrélation génotype-phénotype
significative justifie de ne pas considérer l’âge d’apparition ou
la localisation des cancers dans une famille pour les propositions
de prise en charge. Par contre, cette position doit être nuancée
dans les familles où aucune mutation délétère n’est identifiée, en
particulier celles dans lesquelles les tumeurs ne sont pas MSI.
Les médecins ont un devoir d’information et de conseil. Quelles
que soient les propositions ici décrites, c’est la personne
intéressée qui joue le rôle le plus important dans le choix des
différentes stratégies de prise en charge.
Les stratégies de dépistage et de prévention ne doivent pas se
substituer à la gestion des symptômes. Afin de minimiser le risque
de fausse sécurité que pourraient induire des examens de dépistage
négatifs, les personnes doivent être prévenues de l’importance de
signaler aux médecins l’existence de symptômes anormaux. D’une
manière générale, étant donné leur forte prévalence, la valeur
prédictive positive des symptômes se trouve augmentée en cas
d’histoire familiale et à plus forte raison en cas de mutation
délétère. Ainsi, les symptômes classiques (troubles du transit,
métrorragies, etc.) doivent être interprétés en fonction de ce
contexte et la répétition des examens complémentaires
envisagée.
Personnes asymptomatiques, indemnes de pathologie
• Côlon et rectum
Les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS : anti-Cox2
et aspirine) ont un effet protecteur démontré sur les adénomes et
cancers colorectaux sporadiques (taille et nombre des lésions) [14,
15]. Deux études sont en cours actuellement dans le syndrome HNPCC,
dont une étude européenne intitulée CAPP2, fondée sur le prise
combinée d’aspirine et d’amidon, commencée en 1998 et à laquelle la
France participe.
Le dépistage des tumeurs colorectales a fait la preuve de son
efficacité chez les personnes porteuses d’une mutation délétère
d’un des principaux gènes MMR, comme chez les apparentés au premier
degré des personnes atteintes de CCR, dont l’histoire familiale
répond aux critères d’Amsterdam II [66-68] ; ce dépistage doit
être réalisé par coloscopie, à débuter au plus tard à 25 ans,
sans doute pas avant l’ âge de 20 ans, et à répéter tous les
2 ans [27, 28, 69-72]. À l’issue de chaque coloscopie, il est
recommandé de compléter l’examen en utilisant un colorant de type
indigo carmin [73, 74]. Il paraît intéressant d’évaluer le bénéfice
d’un enregistrement numérique systématique de ces examens [75,
76].
En raison du caractère incomplet de la pénétrance des mutations
délétères et de l’expressivité variable de la maladie, d’une part,
des performances élevées de la coloscopie totale réalisée dans les
conditions techniques correctes, d’autre part [77, 78] et, enfin,
des résultats de l’analyse des risques et bénéfices [79], la
chirurgie d’exérèse colique ou rectale prophylactique ne peut être
recommandée. Les morbidités immédiate et secondaire de la
colectomie totale et de la coloproctectomie ne doivent pas être
minorées ni sous-estimées [80]. Cependant, lorsque l’étendue de la
colectomie, quelle qu’en soit la raison, doit dépasser les limites
standard des opérations oncologiques habituelles, l’intervention
doit être discutée dans une réunion de concertation
pluridisciplinaire. La non-observance d’un individu aux examens de
surveillance ne peut être en soi une indication à la chirurgie. La
colectomie totale ne supprime pas les exigences de surveillance sur
la partie terminale du côlon et sur le rectum. La voie d’abord
cœlioscopique pour la chirurgie abdominale ne modifie pas les
règles de prise en charge des patients qui entrent dans le syndrome
HNPCC [81, 82].
• Endomètre
Les œstroprogestatifs réduisent de moitié le risque de survenue
d’un cancer de l’endomètre dans la population générale, avec un
effet durée-efficacité [83]. La protection persiste plusieurs
années après l’arrêt du traitement. Cependant, vouloir agir sur les
facteurs de risque de cancer de l’endomètre semble illusoire
puisqu’ils sont liés à la vie génitale et au nombre des grossesses.
Ce type de prévention imposerait d’agir notamment sur des choix
personnels de vie des patientes ou des comportements sociologiques.
Ce que l’on doit retenir est qu’il n’y a aucun argument pour
contre-indiquer un traitement œstroprogestatif ou un traitement
hormonal substitutif (THS) chez les femmes appartenant à une
famille HNPCC [84].
La mesure de l’épaisseur endométriale par échographie ou
l’évaluation de la cavité utérine par hystéroscopie paraissent les
méthodes les plus importantes à évaluer [85]. Elles pourraient être
proposées sur la base d’un rythme annuel à partir de 30 ans
[28, 86]. Cependant, à ce jour, nous n’avons pas d’étude
suffisamment bien menée pour affirmer que le dépistage du cancer de
l’endomètre chez les femmes ayant une prédisposition HNPCC est
efficace [87].
Enfin, tous les saignements anormaux avant comme après la
ménopause doivent être explorés avec un bilan morphologique de la
cavité utérine et un diagnostic histologique [86].
Il paraît cohérent de discuter l’hystérectomie prophylactique à
l’occasion d’une intervention chirurgicale, le plus souvent pour
traitement d’un cancer colique, en la restreignant aux patientes
ayant une prédisposition identifiée. A fortiori, une
indication de chirurgie prophylactique sans autre indication de
chirurgie pelvienne ne peut être discutée qu’en cas de mutation
délétère identifiée ; elle n’est pas recommandée par le groupe
d’experts.
• Autres localisations
Les autres localisations cancéreuses, dont le risque relatif est
augmenté en cas de mutation délétère constitutionnelle d’un gène
MMR, sont l’intestin grêle et les voies urinaires excrétrices pour
le spectre étroit, les ovaires, l’estomac et les voies biliaires
pour le spectre large. Compte tenu des fréquences de ces cancers,
la chirurgie prophylactique n’est pas indiquée et n’a pas été
discutée, à l’exception de la localisation ovarienne qu’il est
difficile de dissocier de la prise en charge du risque de cancer de
l’endomètre. Dans ce dernier cas cependant, aucune étude ne vient
étayer l’argumentation aujourd’hui.
En l’absence de corrélation génotype-phénotype, l’existence de ces
cancers dans une famille n’est pas suffisante pour justifier
l’introduction d’une prise en charge spécifique. Une surveillance
avertie des symptômes est par contre recommandée.
Personnes atteintes de cancer
• Côlon et rectum
La recherche des antécédents familiaux par l’interrogatoire
préopératoire est une règle de la prise en charge des cancers du
côlon et du rectum. Lorsqu’un syndrome HNPCC est suspecté mais non
prouvé, les règles oncologiques habituelles de la chirurgie
colorectale s’appliquent, notamment en ce qui concerne l’étendue de
la résection colique [28, 71, 74]. Les taux de survie à 5 ans
des patients opérés d’un cancer colorectal dans le cadre du
syndrome HNPCC montrent que les risques de décès dans ce délai sont
supérieurs au risque de développer un cancer colique ou rectal
métachrone dans le même délai [88-90]. La balance des risques
relatifs reste en faveur de la seule chirurgie à visée curative
pour les patients opérés d’une tumeur colorectale sans métastase
ganglionnaire [91]. Chez les patients opérés d’une première tumeur
colique, la chirurgie « prophylactique » consisterait en
une colectomie subtotale ; cependant, cette intervention
laisse en place une surface muqueuse colorectale exposée au risque
de tumeur métachrone. Chez les patients opérés d’un premier cancer
rectal, l’attitude « prophylactique » cherchant à
prévenir les tumeurs métachrones devrait comporter une colectomie
totale avec anastomose iléo-anale. Compte tenu de l’impact négatif
en termes fonctionnels et des morbidités potentielles d’une
colectomie totale ou d’une coloproctectomie [80], il ne paraît pas
recommandé d’indiquer ce type de chirurgie tant que l’on n’a pas la
preuve que les objectifs prophylactiques sont cohérents par rapport
aux objectifs curatifs. Dans l’hypothèse où cette chirurgie
étendue, à visée prophylactique, serait discutée, les paramètres
suivants doivent être considérés : l’espérance de vie (selon
les critères habituels rappelés plus haut), la parfaite
compréhension par la personne des avantages et des inconvénients,
la validation d’une telle stratégie par les UCP d’oncogénétique et
de cancérologie.
Il existe dans la littérature des arguments contradictoires quant
à la spécificité des cancers colorectaux de phénotype MSI, en
termes d’histoire naturelle ou de chimiosensibilité vis-à-vis du
5-fluoro-uracile (5FU) [92]. Actuellement, il n’est pas justifié
d’adapter la prise en charge des cancers coliques au contexte de
survenue (syndrome HNPCC en particulier). Elle doit reposer, après
exérèse « curative », sur l’administration d’une
chimiothérapie adjuvante à base de 5FU en cas de métastase
ganglionnaire (stade III de l’UICC).
Chez les patients ayant un syndrome HNPCC et opérés d’un cancer
colorectal de stade II ou III, la surveillance endoscopique durant
les cinq premières années postopératoires est différente de celle
des cancers colorectaux sporadiques. Tous les patients doivent
avoir une coloscopie totale, selon les règles recommandées dans le
syndrome, tous les deux ans. Chez les patients qui, au cours de la
surveillance, ont un adénome supérieur à 1 cm, à contingent
villeux ou en dysplasie de haut grade, une ré-intervention à visée
préventive peut être discutée. Ses modalités et sa complexité sont
fonction du type de chirurgie initiale. Les patients doivent être
informés des bénéfices escomptés et des complications et séquelles
de la chirurgie préventive. Le même type d’information doit être
donné aux apparentés qui présentent le même type de lésion colique
ou rectale au cours d’un programme de surveillance endoscopique, en
l’absence de tout antécédent de chirurgie colorectale.
• Endomètre
Les cancers de l’endomètre diagnostiqués dans le cadre du
syndrome HNPCC doivent être traités de la même façon que les cas
sporadiques [93, 94]. Leur pronostic semble comparable à celui des
cancers de la population générale.
• Autres localisations
Les cancers de l’intestin grêle, de l’estomac et des voies
biliaires ne présentent aucune particularité en cas de mutation
délétère constitutionnelle d’un gène MMR et leur traitement n’est
en conséquence pas modifié comparativement à celui des cancers
sporadiques.
Quelques spécificités peuvent par contre être relevées pour les
localisations ovarienne et urothéliale.
– La présentation de ces tumeurs ovariennes est très différente de
celle observée dans la population générale ou en cas de
prédisposition BRCA. Les tumeurs épithéliales sont les plus
fréquentes, mais la prévalence des variétés endométrioïdes et
mucineuses est plus importante que dans les cas sporadiques. Les
lésions frontières sont également rencontrées et actuellement
sous-évaluées en raison des difficultés diagnostiques pour les cas
les plus anciens. Enfin, la plupart des cas sont diagnostiqués à un
stade précoce (84 % de stades I et II de la FIGO). Il faut
souligner qu’un cancer endométrial est simultanément diagnostiqué
dans plus de 20 % des cas [95].
– Contrairement aux formes sporadiques, les tumeurs urothéliales
siègent le plus souvent sur le haut appareil urinaire (66 %)
et il n’existe pas de prédominance masculine. L’histologie est
celle habituellement rencontrée (carcinome à cellules
transitionnelles). Au niveau des tumeurs, une instabilité des
microsatellites est observée dans plus de 80 % des cas. Le
caractère multiple et bilatéral des lésions tumorales urothéliales
impose une prise en charge précoce de ces lésions et un traitement
conservateur pour les lésions superficielles. Le pronostic de ces
formes n’est pas plus défavorable, à stade et grade égaux, que
celui des formes sporadiques.
Synthèse
L’identification et la prise en charge du syndrome HNPCC, telles
qu’elles sont proposées dans ce rapport, résultent d’une synthèse
critique des données de la littérature. Elles sont récapitulées
dans le tableau 5. L’acquisition
extrêmement récente des connaissances et les observations à partir
d’effectifs de taille parfois restreinte ont néanmoins conduit les
experts, à quelques reprises, à émettre des avis sur des problèmes
non définitivement résolus.
Tableau 5. Risques* et prise en
charge des personnes porteuses d’une mutation constitutionnelle
d’un gène MMR
|
Localisation |
RR |
RMMR |
Dépistage
|
Chirurgie prophylactique |
Pronostic |
Traitement |
|
Côlon/rectum |
10 |
50-60 |
> 20-25 ans, tous les 2 ans |
non |
id. sporadique |
id. sporadique |
|
|
|
|
chromocoloscopie complète
(indigo carmin) |
|
Endomètre |
40 |
30-40 |
examen annuel > 30 ans |
non |
id. sporadique |
id. sporadique |
|
|
|
|
échographie ou hystéroscopie
souple (biopsies)
ou hystérosonographie |
|
Urothélium |
15 |
5 |
aucune prise en charge particulière
|
|
Intestin grêle |
> 25 |
1-5 |
|
Ovaire |
9 |
8 |
|
Voies biliaires |
5 |
5 |
|
Estomac |
10 |
5-10 |
* Relatif (RR) et cumulé sur la vie (RMMR), exprimés
en %.
Le contexte très évolutif de ce domaine médical fait de ce
travail une étape et non une fin, qui doit trouver un prolongement
dans la constitution d’un comité de suivi chargé de la mise à jour
des informations et de l’élaboration de protocoles nationaux, qui
permettent de consolider et d’améliorer les connaissances. En
particulier, une évolution des positions prises dans ce rapport et
une amélioration de leur degré de précision seront possibles grâce
à la conception d’études prospectives de grande envergure dans les
domaines suivants :
– mise au point et exploitation de méthodes non biaisées
d’évaluation de la pénétrance ;
– développement d’outils d’évaluation des variants de
signification inconnue ;
– validation des algorithmes utiles au calcul de la probabilité,
pour une personne, d’être porteuse d’une mutation délétère d’un des
principaux gènes MMR, d’une part, et au calcul du risque de cancer,
pour une personne porteuse d’une mutation délétère, d’autre
part ;
– validation de l’efficacité des nouvelles pratiques de dépistage
des cancers les plus fréquents, côlon, rectum et endomètre
(chromoendoscopie, hystérosonographie et hystéroscopie).
L’identification du syndrome HNPCC et des mutations
constitutionnelles délétères des gènes MMR à l’issue d’un
diagnostic de cancer a, à ce jour, peu d’impact pour le traitement
initial. Par contre, elle influence la surveillance à long terme du
patient et a des conséquences majeures pour ses apparentés qui
pourront bénéficier des modalités de prise en charge ici
décrites.
Le comité de suivi devra s’attacher à vérifier la diffusion et la
mise en pratique des propositions faites ici ; il est
également important de mettre en place les moyens de contrôler la
qualité de l’ensemble du processus, de l’identification au
traitement des personnes porteuses d’une mutation délétère d’un des
principaux gènes MMR. n
Remerciements. Les positions concernant
l’identification et la prise en charge du syndrome HNPCC ici
décrites engagent la responsabilité exclusive des auteurs. Nous
remercions, pour leur participation à des séances thématiques, les
personnes suivantes : Valérie Bonadona, Bruno Buecher,
Jean-François Fléjou, Diane Julhiet, François Paraf, Emmanuel
Tiret, Jean Viguier, Qing Wang ; et pour la lecture
critique : Jean Faivre, Pierre Hutter, Alex Kartheuser,
Catherine Nogues. Nous remercions également, pour leur soutien, les
organismes et sociétés savantes suivants : l’Association des
épidémiologistes de langue française, l’Association française de
chirurgie, l’association HNPCC-France, la Fédération française de
carcinologie digestive, la Fédération nationale des centres de
lutte contre le cancer, le Groupe génétique et cancer, l’Institut
national de la santé et de la recherche médicale, la Ligue
nationale contre le cancer, la Société française de chirurgie
digestive, la Société française de génétique humaine, la Société
nationale française de gastro-entérologie.
Nous remercions, pour leur soutien financier, la Direction
générale de la santé et la Ligue nationale contre le cancer ;
pour leur aide à la formation des experts, l’Agence nationale
d’accréditation et d’évaluation en santé, l’équipe Standards,
Options et Recommandations de la Fédération nationale des centres
de lutte contre le cancer, le département Expertises collectives de
l’Institut national de la santé et de la recherche médicale. Nous
remercions enfin les structures qui ont mis les experts à
disposition. Les experts ont déclaré n’être l’objet d’aucun conflit
d’intérêt.
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