ARTICLE
Auteur(s) : Jean Lemerle1, Fouzia
Msefer-Alaoui2, M’Hamed Harif 3, Elise
Kogumu4, Yasmina Ladjadj5, Claude
Moreira6, Josoa Andriamparany Rafetrason7,
Pierre Doumbe8
1 GFAOP, Institut Gustave-Roussy, Villejuif,
France,
2 Hôpital d’Enfants de Rabat, Maroc,
3 Hôpital du 20 Août 1953, Casablanca, Maroc,
4 Fondation Chantal Biya, Yaoundé, Cameroun,
5 ôpital Mustapha, Alger, Algérie,
6 Hôpital Le Dantec, Dakar, Sénégal,
7 Hôpital Cenhosa, Antananarivo, Madagascar,
8 Fondation Chantal Biya, Yaoundé, Cameroun
Devant une telle question, une première évidence : l’Afrique
n’est pas un immense continent homogène. Les différences n’y sont
pas seulement géographiques, elles sont surtout des différences de
développement et de ressources, et des différences humaines.
Mais la question est partout posée : est-il raisonnable,
dans des pays aussi pauvres, où sévissent sida, paludisme et
tuberculose, d’essayer de traiter ces maladies rares et chères que
sont les cancers de l’enfant ?
La réponse est simple comme on le verra : nous ne traitons
pas des cancers de l’enfant..., mais des enfants atteints de
cancer. Ces enfants, le plus souvent en très mauvais état, ont
besoin de toutes les ressources de la pédiatrie pour guérir, quand
il n’est pas trop tard. La vraie question est de savoir si l’on
peut, en Afrique, aider la pédiatrie hospitalière à se développer,
celle qui se tourne vers des enfants très gravement atteints mais
qui ont une chance de guérir, comme leurs homologues des pays
riches. C’est donc de développement global qu’il s’agit ici, et
c’est un enjeu autrement important que la simple mise en pratique
des « recettes » de la cancérologie. Si l’on peut
parvenir à guérir les lymphomes de Burkitt des petits enfants
parvenus tardivement aux lieux de soins, alors on a une bonne
chance de pouvoir traiter aussi avec succès les méningites, les
tuberculoses, les malformations, les sidas, et les piqûres de
serpent.
L’Afrique
L’Afrique est vaste et pleine d’enfants [1]
Avec ses 30 millions de km2, elle représente
22 % des terres émergées. Elle est divisée en 53 états
différents, dont certains très peu peuplés, et cette fragmentation
nuit à son développement. Elle comptait 770 millions
d’habitants en 1999, soit 13 % de la population mondiale,
presque autant que les deux Amériques. Près de la moitié de cette
population a moins de 15 ans, et son taux de croissance
annuelle est deux fois plus élevé que la moyenne mondiale :
2,7 % par an actuellement. Si il persiste, il assurera à
l’Afrique 1,3 milliard d’habitants en 2025, dont
585 millions d’enfants de moins de 15 ans. L’Afrique est,
de loin, le continent dont la population va croître le plus dans
les 25 ans à venir.
L’Afrique est pauvre [1-2]
Le produit national brut (PNB) par habitant est de
660 Euros en moyenne pour l’ensemble du continent, 8 fois
inférieur à la moyenne mondiale de 5 170 euros. Mais il y
a de grandes variations d’une région à l’autre, et à l’intérieur
même des pays. Actuellement près d’1/4 des habitants de l’Afrique a
moins d’1 euro par jour pour vivre, et 27 pays ont un
PNB/habitant inférieur à 400 dollars par an, et ils figurent
sur la liste des 40 pays les plus pauvres du monde. Le PNB de
la France est de 25 000 euros/habitant et par an.
La production industrielle de l’Afrique représente 1 à 2 %
de la production mondiale, alors que sa population est égale à
13 % de la population du monde.
En ce qui concerne la santé
Les médecins en Afrique (Afrique du Sud, et Afrique du Nord
exclues), sont au nombre de 30 pour 100 000 habitants,
contre 330 en France. La mortalité infantile est de 80 ‰ en
Afrique contre 5,9 ‰ en France.
L’Afrique francophone
L’Afrique francophone, république Démocratique du Congo incluse,
elle comporte essentiellement l’Afrique du Nord, une partie de
l’Afrique de l’Ouest et de l’Afrique Centrale, ainsi que Madagascar
et d’autres îles. Sa population représente actuellement
258 millions d’habitants, dont 111 millions d’enfants de
moins de 15 ans. Ces chiffres doublerons dans 25 ans.
Les cancers de l’enfant
• Dans les pays développés, les cancers de l’enfant, par
ailleurs très différents de ceux de l’adulte, sont aussi beaucoup
moins nombreux qu’eux. Ils représentent entre 1 et 2 % de
l’ensemble des cancers. Dans ces pays, on relève en moyenne
10 nouveaux cas d’affections malignes (cancers et leucémies)
par an pour 100 000 enfants de moins de 15 ans.
Toujours dans les pays développés, le taux de guérison est passé en
30 ans d’environ 25 % à près de 75 %, toutes tumeurs
et leucémies comprises. Il s’y est créé une spécialité :
l’oncologie pédiatrique, avec des unités spécialisées
pluridisciplinaires, et des spécialistes, chez les médecins et les
infirmières.
• En Afrique, les statistiques sont rares et fragmentaires.
L’incidence globale des maladies malignes de l’enfant y serait du
même ordre que dans les pays développés, et en 2000, elle aurait
été de 35 000 nouveaux cas chez l’enfant de moins de
15 ans. Le double est attendu en 2025. Peu de notions précises
sont connues sur l’épidémiologie africaine des cancers de l’enfant.
Il est néanmoins probable que, dans la plupart des pays
subsahariens, la tumeur la plus fréquente soit le lymphome de
Burkitt, plus fréquent que les leucémies. Sa prépondérance dans les
zones infestées par le paludisme et ses liens avec le virus EBV,
sont connus. De 8 à 12 000 nouveaux cas de Burkitt sont
attendus en Afrique en 2004.
Les taux de guérison des cancers de l’enfant en Afrique ne sont
pas connus. La grande majorité des cas n’est ni identifiée, ni
traitée, et les taux de guérison ne doivent guère dépasser 10 à
15 %.
Des séries limitées de cas traités dans de grands centres en
Afrique du Sud ou du Nord ont été rapportées, et certains résultats
sont encourageants [3-5].
Les raisons de cet état de fait sont multiples. Avant tout la
grande pauvreté des populations et des systèmes de santé,
l’insuffisance dramatique des infrastructures, les prix élevés et
la disponibilité aléatoire des médicaments. S’y ajoutent
l’éducation sanitaire des populations qui est insuffisante, et la
formation pratique à l’oncologie pédiatrique des soignants et de
nombreux médecins, qui est peu développée. Facteurs aggravants
majeurs : l’insuffisance, ou l’absence complète le plus
souvent de toute couverture sociale, et une idée, encore très
répandue en Afrique : « le traitement des cancers en
général, des enfants en particulier, n’est pas une priorité de
santé publique ». Récemment encore, on a vu l’aide
internationale se focaliser sur trois maladies : la
tuberculose, le paludisme, et les infections à VIH.
Un groupe de travail permanent, le GFAOP
Depuis le début des années 90, des pédiatres africains et
français se réunissent une fois par an aux Journées
Franco-Africaines d’Oncologie Pédiatrique, à Paris.
C’est en octobre 2000 qu’a été officiellement mis sur pied un
groupe de travail international, le « Groupe Franco-Africain
d’Oncologie Pédiatrique », GFAOP, composé d’Africains
francophones et de Français.
• Ce groupe a élu un Bureau (tableau
1). Surtout, il a adopté un programme de travail de
recherche clinique thérapeutique sur les cancers de l’enfant, et un
programme de formation à cette recherche, et à l’oncologie
pédiatrique en général. Ce programme est appliqué dans
8 unités pilotes réparties en Afrique francophone (tableau 2). Ces unités ont été sélectionnées sur le
fait qu’elles comportaient déjà, ou ont mis sur pied, une équipe
multidisciplinaire d’oncologues, des pédiatres de formation dans la
plupart des cas, et qu’elles avaient déjà un certain recrutement
local de patients dirigés vers elles.
Tableau 1. Bureau du GFAOP
| Membres élus par l’Assemblée Générale du
8 octobre 2001 |
| Président : Pr. J. LEMERLE |
| Vice-Président : Mme le Pr. Fouzia
MSEFER-ALAOUI |
| Secrétaire Général : Pr. Claude
MOREIRA |
| Secrétaire Général Adjoint : Pr.
Mohammed KHATTAB |
| Trésorier : Dr. Pierre DOUMBE |
| Membres |
| Mme le Pr. Siham BARSAOUI |
| Dr. Gervais RAKOTONIRINA |
| Pr. Saïd BENCHEKROUN |
| Pr. Jérome CLOUZEAU |
| Pr. M’Hamed HARIF |
| Mme le Pr. Yasmina LADJADJ |
Tableau 2. Les unités pilotes du
GFAOP en 2003
| ALGERIE |
| Professeur Yasmina LADJADJ |
| CCI – CHU Mustapha |
ALGER
|
| Professeur Rachid BOUHASS |
| Centre Emir Abdelkader |
ORAN
|
| CAMEROUN |
| Docteur Pierre DOUMBE |
| Centre Mères et Enfants de la Fondation
Chantal BIYA |
YAOUNDE
|
| MADAGASCAR |
| Docteur Gervais RAKOTONIRINA |
| Hôpital CENHOSOA |
ANTANANARIVO
|
| MAROC (Casablanca) |
| Professeur Saïd BENCHEKROUN |
| Professeur HARIF |
| Hôpital 20 août-1953 |
CASABLANCA
|
| MAROC (Rabat) |
| Professeur Fouzia MSEFER ALAOUI |
| Professeur Mohammed KHATTAB |
| Hôpital d’Enfants de Rabat |
RABAT
|
| SENEGAL |
| Professeur Claude MOREIRA |
| Hôp. Aristide LE DANTEC |
DAKAR
|
| TUNISIE |
| Professeur Sihem BARSAOUI |
| Hôpital des Enfants Bab Saadoun |
| TUNIS |
Le programme thérapeutique s’applique à deux tumeurs, le
néphroblastome et le lymphome de Burkitt, qui ont en commun un
excellent pronostic avec des taux de guérison dépassant 90 %,
tous cas confondus, dans les pays développés.
Par ailleurs, ces tumeurs sont soignées avant tout par
chimiothérapie, ce qui permet une unité de lieu et de supervision
très précieuse. Pour ces deux tumeurs, nous avons sélectionné des
protocoles thérapeutiques que nous avons essayé d’adapter aux
réalités africaines en en diminuant un peu la toxicité, la
longueur, et le coût.
Pour le néphroblastome, le protocole proposé est proche de celui
de la SFOP (Société Française d’Oncologie Pédiatrique), avec
chimiothérapie première de réduction, chirurgie et stadage, suivis
d’un traitement complémentaire variable selon le stade, mais
comportant toujours une chimiothérapie plus ou moins longue et
intensive. Ici c’est la faisabilité d’un travail en équipe
comportant pédiatres et chimiothérapeutes, anatomo-pathologistes,
chirurgiens et dans certains cas radiothérapeutes, que nous
cherchons à tester [6].
Pour le lymphome de Burkitt, le traitement comporte uniquement
une chimiothérapie, dérivée là encore des protocoles de la SFOP,
les protocoles LMB, dont le succès est mondial [7]. Là il s’agit de
tester la faisabilité de protocoles agressifs, aplasiants, devant
être réalisés rapidement sur des tumeurs en croissance très rapide,
et chez des enfants dans un état général souvent très compromis.
Allons-nous guérir un nombre significatif de malades qui seraient
décédés sans cela? Cela est-il faisable dans les conditions
africaines, et à des coûts acceptables? Donc, étude de faisabilité
de traitements adaptés.
Sauf exceptions très rares, c’est en Afrique qu’il s’impose de
soigner les enfants africains, pour plusieurs raisons. La plus
claire est le coût exorbitant des transferts de patients pour des
séjours prolongés en Europe, insupportables par les économies
africaines et par la quasi totalité des familles. Vient ensuite
l’inconvénient du traumatisme supplémentaire lié à la
transplantation pour l’enfant et la famille. Enfin, l’inutilité
croissante de tels transferts, à mesure que se développent en
Afrique des unités d’oncologie pédiatrique à même de traiter la
plupart des patients sur place. C’est au développement de ces
unités, en efficacité et en nombre, que veut se consacrer le GFAOP.
Dès le départ, il était prévu que des médicaments, notamment
anticancéreux et antibiotiques, seraient fournis aux unités qui en
feraient la demande.
Ce travail de recherche clinique doit être suivi de près par le
GFAOP. La grande dispersion et l’éloignement des unités pilotes, le
peu de contacts entre les différents médecins qui y travaillent,
l’absence de moyens de communication effectifs et de critères
d’évaluation communs, imposaient une organisation pour ce travail
prospectif. C’est ainsi que nous avons été amenés à créer une
structure simple. A l’Institut Gustave-Roussy, siège social de
notre association, une base de données recueille des questionnaires
standardisés remplis par toutes les unités pilotes, questionnaires
suivis, complétés et entrés en machine par deux assistantes de
recherche clinique. Les unités pilotes sont chargées de rendre
compte en temps réel du recrutement des malades et du détail de
leur traitement et de leur suivi. Cela posait le problème de leur
informatisation, qui a été résolu. Les questionnaires nous
parviennent pour la plupart par internet, certains par fax. Il
s’est vite avéré que le problème n’était pas la transmission des
documents, mais plutôt le remplissage des questionnaires...
Ainsi s’est mis en place un système inspiré des études cliniques
européennes, largement nouveau pour le continent africain.
Parallèlement à la mise en place des protocoles thérapeutiques,
se posait de façon urgente le problème de la formation spécifique à
la recherche clinique et à l’oncologie pédiatrique en général des
médecins et des soignants africains. Pour les médecins, des
réunions de travail autour des études prospectives, des séminaires
de plusieurs jours à l’occasion des Journées parisiennes de
pédiatrie, le diplôme inter-universitaire d’oncologie pédiatrique,
des stages de plusieurs mois en France, tout cela contribue à la
formation notamment des plus jeunes. Pour les infirmières, pivot
évident de la mise en œuvre des protocoles, nous avons commencé par
l’organisation de stages intensifs de deux mois dans des unités
d’oncologie pédiatrique françaises. Huit infirmières en ont déjà
bénéficié, et le rythme des demandes ne se ralentit pas.
Nous nous penchons également maintenant sur la formation des
techniciens aux méthodes modernes de laboratoire.
Cet ensemble est dirigé par le Bureau de l’association, qui fait
en même temps office de Conseil scientifique et de Comité
d’éthique...
C’est sur ces bases qu’a été mise sur pied la première étude du
GFAOP prévue pour durer d’avril 2001 à avril 2004 avec deux années
d’inclusion de nouveaux cas, néphroblastomes et lymphomes de
Burkitt, suivies d’une année d’observation avant de pouvoir
conclure sur la faisabilité des protocoles adoptés, leur efficacité
et leur coût.
Les premières réalisations du GFAOP
C’est dans le traitement des malades que notre activité a été la
plus forte [8].
Nous avions pensé traiter 300 cas en 2 ans dans nos
8 unités pilotes. Il en vint près de 400. Quatre cents dont
toutes les fiches ou presque sont parvenues à la banque de données.
Huit à douze pages de questionnaires remplies cas par cas, plus de
4000 pages à dépouiller, vérifier, compléter, entrer dans
l’ordinateur central. Ce n’est qu’au début de 2004, que l’on
parviendra à se former une opinion précise, complète et détaillée
sur ces 400 premiers patients.
Que peut-on dire au point où nous en sommes?
• Tout le monde a joué le jeu de son mieux, et « la machine
tourne ».
• Les malades sont là : 17 nouveaux cas par mois en
moyenne. On arrive à absorber cette information, et on le ferait
beaucoup mieux si elle nous parvenait plus régulièrement...
• La distribution des cas est de 250 Burkitt pour
150 néphroblastomes, ce qui représente un ratio moyen
vraisemblable, de Tunis à Dakar et de Rabat à Tananarive. Il existe
de grandes différences de recrutement d’une unité à l’autre :
50 % de tous nos cas viennent des deux unités pilotes
marocaines qui se partagent la majorité des cas survenus dans le
royaume.
Les lymphomes de Burkitt
Le traitement comporte exclusivement de la chimiothérapie selon
un programme en plusieurs étapes. Le début est très progressif,
avec de très petites doses d’endoxan, vincristine, cortisone pour
faire diminuer la tumeur sans entraîner d’aplasie, ni de syndrome
rénal de lyse tumorale. Vient ensuite une phase d’induction par
plusieurs cures de vincristine, endoxan et méthotrexate à 2 ou
3 g, puis de consolidation par méthotrexate encore, associé à
de la cytarabine à dose élevée, et encore oncovin, endoxan. Le tout
dure 3 ou 4 mois.
Les premières constatations étaient attendues, mais nous avons
quand même été surpris par le nombre élevé de malades chez qui le
diagnostic avait été fait très tardivement et/ou chez qui le
traitement n’était commencé qu’avec un long retard expliqué par les
longues distances à parcourir, et différents atermoiements avant de
parvenir à un centre spécialisé. Dix à quinze pour cent des cas
dans certaines unités arrivent dans un état catastrophique avec
d’énormes masses tumorales abdominales et faciales, chez des
enfants cachectiques, douloureux, infectés et atteints de
différents troubles métaboliques graves, en particulier d’origine
rénale. La plupart de ces cas « dépassés » meurent en
quelques heures ou quelques jours malgré l’extrême prudence du
début du traitement. Puis le traitement s’intensifie pour la phase
d’induction entraînant des aplasies parfois longues, et une
deuxième vague d’accidents peut survenir. Cela concerne encore 5 à
10 % des cas. Ces premières semaines ont fait une sélection et
les cas les moins résistants, pour qui il était trop tard, n’ont
pas survécu. Par la suite, on aura peu de décès
« toxiques », et jusqu’à présent, on a observé peu de
récidives. Mais il est trop tôt pour apprécier cet aspect de nos
résultats.
Il est prématuré de conclure sur l’efficacité du traitement. On
peut dire qu’il ne sauve pas les malades vus à un stade trop
avancé, mais qu’il entraîne des mises en rémission complète chez
les autres malades qui ont supporté la phase d’attaque,
c’est-à-dire, environ 60 à 75 % des cas. Il est trop tôt aussi
pour dire si, comme en France, tous les malades ont besoin du même
traitement. Les lymphomes de Burkitt dits « endémiques »
vus en Afrique, avec les tumeurs maxillo-faciales de volume limité
qui les caractérisent, sont-ils de meilleur pronostic que les
autres? Il sera intéressant à cet égard de voir ce que deviennent
les cas traités en afrique australe et orientale par endoxan seul,
dans le cadre d’une autre étude [9].
Mais on peut peut-être déjà commencer à répondre à la question
posée et dire que la faisabilité de ces traitements difficiles sur
des malades fragiles est probable moyennant encore beaucoup de
travail. On pourra sans doute un jour guérir les
2/3 ou les 3/4 de ces
patients, avec les moyens que l’on a, quand le diagnostic sera
moins tardif. Le problème est donc surtout en amont. Nos unités
pilotes arrivent à traiter les lymphomes de Burkitt
« normaux » : la démonstration était à faire, et il
semble qu’elle soit en cours.
• Les structures pédiatriques africaines, médecins, résidents,
infirmières, personnels de laboratoire, qui ont pris le problème à
bras le corps, et au prix de vraies « révolutions
culturelles », parviennent à leurs fins. Il y a encore des
complications thérapeutiques, mais de moins en moins, et dans deux
ou trois ans, nous pourrons avoir remédié aux principales
imperfections du traitement. Resteront sans doute les cas arrivant
trop tardivement à un centre spécialisé...
Les néphroblastomes
Leur traitement est moins agressif, la chimiothérapie bien
supportée. Le problème est rendu complexe par son aspect
médico-chirurgical, et avec parfois une irradiation délicate après
la chirurgie. Ce qui est mis à l’épreuve ici, c’est l’efficacité de
toute l’équipe multidisciplinaire, sans laquelle il n’est pas
possible de mener à bien ce type de traitement.
Notre expérience, encore limitée dans le temps, est que cette
coordination, dans certaines équipes, n’est pas facile à mettre en
œuvre. C’est l’une des bases de la cancérologie moderne que nous
nous efforçons de faire pénétrer dans notre groupe, non sans peine.
Pour ce qui est de l’efficacité du protocole adapté à partir de
celui de la Société Internationale d’Oncologie Pédiatrique, la
SIOP, il est beaucoup trop tôt pour en parler, et il nous faut
encore au moins un an de recul.
Le problème des médicaments
Le problème des médicaments, en particulier chimiothérapies et
antibiotiques, est réel. Leur prix élevé en Afrique fait que nous
sommes obligés, pour certaines unités, de les leur envoyer de
France grâce en partie à l’aide d’organismes caritatifs. Dans
certains pays du Maghreb, ce sont des associations de parents qui
fournissent les médicaments aux enfants.
Le problème des laboratoires
En anatomie pathologique, en biologie clinique, en chimie et en
bactériologie, on est parfois surpris de voir des comportements
révolus en Occident depuis des décennies dans la plupart des
hôpitaux. Des résultats trop tardifs, non signalés, une
insuffisance de contacts entre biologistes et cliniciens.
L’insuffisance d’équipement de nombreux laboratoires est également
un lourd handicap.
Pédiatrie générale
Dans toutes les unités pilotes, ce qui se dégage avec une
évidence croissante, c’est l’ampleur de notre tâche à tous, et
surtout sa nature. Ce ne sont pas seulement en effet des protocoles
de technique de cancérologie qu’il faut assimiler. Ce qui se pose à
toutes les phases du traitement, et pas seulement au début, ce sont
des problèmes de pédiatrie générale de l’enfant très malade,
gravement infecté de germes multi-résistants, avec des problèmes de
réanimation médicale, métabolique, hématologique et infectieuse.
Nous n’avons pas seulement à « plaquer de la cancérologie
moderne » sur de la pédiatrie, nous avons à prendre en compte
les agressions médicales sévères que nous devons infliger à des
enfants déjà mal en point, pour traiter des lymphomes de Burkitt ou
des néphroblastomes amenés très tard.
Projets
Au début de 2004, nous tirerons les conclusions de l’étude en
cours. Nous aurons pris la mesure des difficultés rencontrées pour
lancer la cancérologie de l’enfant là où elle était presque
inexistante et pour la faire prospérer là où elle existait
déjà.
Notre deuxième vague de projets est en préparation, elle
comprend d’élargir notre action à de nouvelles unités pilotes et à
d’autres tumeurs. Nous pensons aussi à développer, sur le terrain,
notre activité de formation des infirmières et des techniciens de
laboratoire. Enfin, nous envisageons d’associer à notre deuxième
étude thérapeutique une étude biologique des lymphomes de
Burkitt.
Conclusion
Nous sommes partis la fleur au fusil pour une lutte facile
contre les cancers de l’enfant en Afrique. Nous avons rencontré les
racines compliquées du sous-développement et les longues péripéties
du développement en cours. Nous avons compris que nous avions tout
à apprendre de l’Afrique tout à comprendre des africains, et que ce
serait long et difficile. Nous savons maintenant que nous ne
détenons pas « une vérité universelle et transmissible »,
et qu’il nous faut plus modestement aider les Africains à
construire leur cancérologie pour les enfants africains, en
profitant si possible de notre expérience acquise dans les pays les
plus favorisés. Le travail qui reste à faire est considérable, il
fait partie du développement de l’Afrique.
Mais l’intérêt, souvent l’enthousiasme, et toujours la bonne
volonté que nous rencontrons nous permettent de penser que si
l’entreprise est ardue, elle n’est pas déraisonnable. Les premiers
résultats obtenus le montrent.
Remerciements
Nous remercions tous nos partenaires pour leur aide, et
notamment : Institut Gustave Roussy, Villejuif ;
Association « Un cœur pour les enfants atteints de
cancer », Luxembourg ; Les uvres Hospitalières Françaises
de l’Ordre de Malte ; Institut Aventis, Paris ; COPES
Francophone, Montpellier et Ligue Nationale Contre le Cancer.
Références
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2000.
2. Atlaséco 2003, Paris, Médiaobs, 2003.
3. Olweny CLM, Catongole-Mbidde E, Otim D, Lwanga
SK, Magrath I, Ziegler JL. Long term experience with Burkitt’s
lymphomas in Uganda. Int J Cancer 1980 ; 26 :
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Casablanca. Med Pediatr Oncol 2002 ; 39 : 398.
5. Kazembe P, Hesseling PB, Griffin BE, Lampert I,
Wessels G. Long term survival of children with Burkitt’s lymphoma
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Pediatric Oncology Wilms tumor trial and study. J Clin Oncol
2001 ; 11 : 1014-23.
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Leverger G. The Société Française d’Oncologie Pédiatrique LMN
89 Protocol : highly effective multiagent chemotherapy
tailored to the tumor burden and initial response in
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Blood 2001 ; 97 : 3370-9.
8. Lemerle J, Barsaoui S, Benchekroun S, et
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Pédiatrie 10 suppl. 1, 2003 : 247S-9S.
9. Hesseling P.B. Communication personnelle.
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