Texte intégral de l'article
 
   

Fil rouge franco-québécois : Le métier de psychiatre


l'Information Psychiatrique. Volume 79, Number 6, 501-2, Juin 2003, HÔPITAUX, PATIENTS, PSYCHIATRES



Author(s) : Pierre Faraggi, Centre hospitalier, 89, rue Cazeaux-Cazalet, 33410 Cadillac.

ARTICLE

Auteur(s) : Pierre Faraggi*

* Centre hospitalier, 89, rue Cazeaux-Cazalet, 33410 Cadillac

Dans la préparation de nos journées de Québec, l’objectif du Fil Rouge sur le métier de psychiatre était d’abord de réaliser comme une interface franco-québécoise aux confins du scientifique, du professionnel et du syndical, et d’animer un débat quotidien entre nous, débat nourri de nos expériences et de nos images respectives. Cette ambition n’a pu se réaliser que très partiellement de par le petit nombre de psychiatres québécois participant à nos travaux, mais les intervenants ont bien mis en scène distance et proximité. 

C’est lors d’échanges avec Jean Hébert à un précédent congrès de l’APA que nous avions réalisé que confrontés aux mêmes situations, aux mêmes tensions, aux mêmes dérives de pertes démographiques attendues, de fortes inégalités régionales, d’élargissement du champ et de la demande très au-delà des « troubles mentaux consistants » dans un contexte de réduction des moyens, d’intrusion du social et des molécules dans la clinique, etc., confrontés aux mêmes difficultés donc, nous recherchions des solutions parfois voisines mais avec un tempo, une place, un positionnement stratégique, très différents pour les praticiens. Pour aller au plus simple : 

Un psychiatre français riche de l’appui identitaire de ses héritages multiples où l’on retrouve les grandes figures aliénistes du XIXe, les théoriciens du XXe ainsi que les pionniers de la psychanalyse, de la psychothérapie institutionnelle et de la psychiatrie de secteur... sans oublier les défricheurs des neuro-sciences... Un psychiatre, homme de la relation pour une psychiatrie du sujet qui se veut aussi pilote des organisations de soins avec autorité sur l’équipe pluridisciplinaire, ou plus précisément sur le secteur (art. R. 3221-5 du CSP), et bien souvent aussi se représente comme militant du service public et de la place du médecin à l’hôpital, qui veut conserver son indépendance et sa capacité d’initiative. Ce psychiatre donc, qui ne renonce à rien, se trouve confronté à un message contradictoire et désorganisateur : alors que jamais il ne lui a été autant demandé, qu’il est appelé partout, personne ne semble s’inquiéter d’une disparition annoncée. 

Pendant ce temps le psychiatre québécois, sans renier l’histoire, souhaite nous apparaître comme ayant réussi la mutation de son exercice, envisageant l’avenir avec sérénité et optimisme ne voulant s’appuyer que sur les certitudes évaluables de notre métier et, nos collègues nous l’ont souvent répété, très assuré d’un prestige médical retrouvé et d’une très satisfaisante reconnaissance pécuniaire, ce qui n’est pas sans effet sur nous. 

Il semble qu’il soit parvenu mieux que nous à baliser les limites de son champ et sa distribution entre les lignes des différents niveaux de soins, et au milieu des autres professions, au prix certes d’interventions trop souvent ponctuelles laissant aux médecins généralistes et aux psychologues des pans entiers de prise en charge, au prix également d’une hypertrophie de la fonction expertale. Etait-ce le bon choix ? A l’heure de nos états généraux de la psychiatrie et des scenarii catastrophes d’hôpital 2007, tout cela est à méditer et c’est le grand mérite des articles de G. Jovelet et de P. A. Lafleur de mettre en perspective ces deux approches du métier de psychiatre.

   

Plan théorique d’un « hôpital d’aliénés », Monrobert architecte (1835)


Copyright © 2007 John Libbey Eurotext - Tous droits réservés