ARTICLE
Auteur(s) : Andréas Bikfalvi*
* Laboratoire des mécanismes moléculaires de l’angiogenèse
(Inserm E0113), Université Bordeaux I, avenue des Facultés,
33405 Talence
Article reçu le 27 janvier 2003 accepté le 31 mars
La croissance des tumeurs solides est contrôlée à la fois par des
mécanismes strictement intratumoraux et par des interactions entre
la tumeur et le tissu environnant (figure 1). Dans la phase
préinvasive de la tumeur (latence), très peu de néovaisseaux
peuvent être décelés. En revanche, l’angiogenèse est massive lors
de la phase invasive et métastasiante. Au siècle dernier, Golgi et
Virchow avaient déjà évoqué une participation du stroma tumoral au
développement des cancers. En 1945, Algire avait postulé que le
stroma vasculaire tumoral pourrait contribuer à la croissance des
tumeurs [1]. En 1971, Folkman a émis l’hypothèse que la croissance
tumorale était dépendante de la néovascularisation (angiogenèse) et
que le passage de la phase latente à la phase agressive était
contrôlé directement par la néovascularisation grâce à des
substances diffusibles provenant de la tumeur [2]. Ce passage a été
dénommé switch angiogénique. Cette conclusion était fondée
sur des expériences sur organe isolée dans lesquelles il avait été
montré que la croissance tumorale était sévèrement diminuée en
l’absence de vascularisation. Ce concept n’était pas accepté par la
communauté scientifique à cette époque car on pensait que la
présence des vaisseaux était seulement liée à l’inflammation.
Néanmoins, la possibilité d’isoler et de cultiver les cellules
endothéliales in vitro ainsi que la mise en évidence de la
production par les cellules cancéreuses de facteur(s) diffusible(s)
capable(s) de stimuler la croissance, la migration et la
différenciation des cellules endothéliales ont contribué à mettre
le concept de l’angiogenèse tumorale sur des bases expérimentales
solides. L’activité identifiée dans des extraits cellulaires ou des
milieux conditionnés a été appelée « facteur de l’angiogenèse
tumorale » ou TAF (tumor angiogenesis factor)
[3]. Le premier facteur TAF identifié était un facteur de
croissance déjà connu pour ses propriétés angiogéniques, le facteur
de croissance des fibroblastes (fibroblast growth factor, ou
FGF) [4]. Par la suite, celui-ci a été isolé à partir de nombreux
tissus tumoraux et ses facultés de stimuler l’angiogenèse in
vitro et in vivo ont été confirmées [5]. D’autres facteurs
non homologues des FGF ont ensuite rejoint la famille des TAF. La
conjonction des travaux de plusieurs équipes a notamment révélé le
rôle majeur du vascular endothelial growth factor (VEGF)
dans l’angiogenèse nécessaire à la croissance de certaines tumeurs
solides [6, 7]. Récemment, un certain nombre de nouveaux acteurs de
l’angiogenèse ont été identifiés comme Notch, Delta ou les éphrines
et leurs récepteurs. Il est probable que ces molécules
interviennent également dans l’angiogenèse tumorale.
La régulation moléculaire de l’angiogenèse fait intervenir un
équilibre entre facteurs pro et anti-angiogéniques qui contrôlent
négativement ce processus [8]. Par ailleurs, un nouveau concept
d’angiogenèse tumorale a vu le jour récemment : la
néovascularisation des tumeurs par vasculogenèse. En effet, des
précurseurs de cellules endothéliales circulantes provenant de la
moelle osseuse peuvent contribuer significativement (en fonction de
la tumeur) à la néovascularisation tumorale 9].
Si l’on a identifié de plus en plus précisément les régulateurs
principaux et annexes de l’angiogenèse et si certaines interactions
entre ces facteurs ont été caractérisées, les étapes moléculaires
concertées régies par ceux-ci et conduisant au switch ne
sont pas clairement élucidées. Dans cet article, nous résumons les
avancées récentes dans le domaine de l’angiogenèse tumorale. Pour
complément, le lecteur pourra se référer aux revues récentes de
Hagedorn et Bikfalvi [8], Bikfalvi et Bicknell [10] et de Javerzat
et al. [11].
Mécanismes moléculaires de l’angiogenèse tumorale :
switch angiogénique
La surexpression de l’antigène T sous la dépendance du promoteur
d’un gène de régulation de l’insuline induit un insulinome chez la
souris transgénique (lignée RIP-Tag). Ce modèle, développé par
Hanahan et al. en 1985, a permis de mieux comprendre les
mécanismes du démarrage de la néovascularisation tumorale et de
fournir une base expérimentale pour le concept de switch
angiogénique (figure
2) [12]. Les îlots pancréatiques de souris RIP-Tag prélevés
en phase pré-angiogénique et cultivés en présence de cellules
endothéliales n’entraînent pas de modification de ces dernières
quant à leur statut de différenciation, de migration ou de
prolifération. En revanche, lorsque les îlots sont prélevés à un
stade de malignité déclarée et co-cultivés avec les cellules
endothéliales en gel de collagène en trois dimensions, la formation
de réseaux capillaires convergents vers l’îlot d’angiogenèse est
observée. Cela indique que les cellules tumorales acquièrent la
capacité de stimuler l’angiogenèse au cours de leur progression
maligne. Différentes molécules semblent être à l’origine du
switch angiogénique dans ce modèle. La présence de VEGF-A
est absolument requise car ce facteur semble être essentiel et non
redondant ; les souris présentant une inactivation
conditionnelle du gène ne sont plus capables de développer une
néovascularisation tumorale dans ce modèle [13]. Par ailleurs,
Bergers et al. [14] ont également montré que le VEGF est
transloqué des cellules tumorales vers l’endothélium tumoral grâce
à l’action d’une protéase, la métalloprotéinase MMP9, et que cette
translocation est un événement essentiel pour le switch
angiogénique. La conversion du pro-MMP9 en MMP9 semble être le fait
d’une autre protéase, la MMP3. L’activation oncogénique est
également impliquée dans le switch comme cela était montré
pour l’oncogène ras [15]. L’insertion d’un oncogène c-ras activé
dans des cellules MCF7 entraîne l’induction de l’expression du VEGF
et la formation in vivo de tumeurs très vascularisées.
La perte d’hétérozygotie au locus codant pour p53 favorise
clairement le switch, de même que le facteur de
croissance/survie IGF11 ; le FGF1 semble également impliqué.
Le rôle de la protéine p53 a été élucidé dans différents modèles
[16, 17]. Elle régule positivement l’activité d’inhibiteurs de
l’angiogenèse comme la thrombospondine (TSP1) et négativement le
VEGF. Kerbel et al. [18] ont récemment montré que des
tumeurs HCT116 négatives pour p53 étaient moins
sensibles, in vivo, à l’inhibition par des molécules
anti-angiogéniques que les tumeurs HCT116 p53-positives. En
dehors de la thrombospondine 1 (TSP1), la thrombospondine 2 (TSP2)
semble participer à la quiescence de l’endothélium vasculaire et
constitue un mécanisme de défense de l’hôte (cf. infra).
Dans un autre système, le carcinome pulmonaire de Lewis (LLC), la
stimulation de la formation de néovaisseaux s’accompagne de la
perte d’un inhibiteur de l’angiogenèse. Il s’agit de l’angiostatine
[19]. Paradoxalement, celle-ci est produite par la tumeur primaire
elle-même et inhiberait le développement des métastases latentes.
Cette situation est différente de celle décrite pour le modèle
Rip-Tag dans lequel le contrôle se situe au niveau de la tumeur
primaire.
L’hypoxie est un facteur essentiel de régulation du switch
angiogénique [20]. L’hypoxie induit l’expression du VEGF-A et
down-régule l’expression de la TSP2 dans un grand nombre de
cellules normales ou transformées. La nature précise de cette
régulation a été récemment élucidée. Une enzyme, appelée
prolyl-4-hydroxylase (PHD), lie l’oxygène moléculaire et le fixe
sur des résidus spécifiques de proline du HIF1α. Une autre
protéine, appelée protéine de von Hippel-Lindau (VHL), lie ensuite
le HIF1α oxydé, et le complexe est ensuite ubiquitinylé et dégradé
dans le protéasome.
Quand le taux d’oxygène baisse, ce processus est ralenti et le
taux de HIF1α augmente. À l’inverse, quand le taux d’oxygène
augmente, la dégradation de HIF1α est accélérée.
Il existe trois familles de PHD (PHD1, PHD2, PHD3) possédant des
similarités de séquence. En dehors des sites d’hydroxylation de
proline, des sites d’asparagine hydroxylée ont été identifiés.
L’enzyme responsable de cette hydroxylation n’a pas encore été
identifiée. Une autre cible de l’hypoxie est également HIF2α [21].
Néanmoins, la cible transcriptionnelle dans ce cas est le VEGFR2 au
niveau de la cellule endothéliale.
Facteurs impliqués dans l’angiogenèse tumorale
VEGF
Plusieurs équipes ont démontré que les membres de la famille des
VEGF stimulent la croissance des cellules endothéliales. L’action
des VEGF est plus restreinte que celle des FGF. Le VEGF-A existe
sous quatre isoformes de 121, 165, 189 et 206 acides aminés.
Des homologues du VEGF-A ont été décrits qui incluent le VEGF-B,
pour lequel un rôle angiogénique a récemment été proposé, et les
VEGF-C, D et E (voir sur la lymphangiogenèse) [22, 23].
Les molécules de VEGF-A se fixent sur deux types de récepteurs de
surface appelés FLK1 (ou KDR ou VEGFR2) et FLT1 (VEGFR1) ainsi que
sur un co-récepteur la neuropilline 1 (NRP1) (figure 3). La transduction
du signal par ces types de récepteurs a récemment fait l’objet de
recherches actives [24, 25]. Le VEGF-A a une affinité dix fois plus
importante pour le VEGFR1 que pour le VEGFR2. Cependant, l’activité
tyrosine kinase de VEGFR2 est fortement stimulée par le VEGF-A,
contrairement à celle du VEGFR1. Le VEGFR2 active, après sa
stimulation, la voie des MAP kinases, principalement par
l’intermédiaire de la PLCγ et de la PKC. Le VEGFR1 est capable de
s’associer à la sous-unité p85 de la phosphatidylinositol-3-kinase.
De plus, la phosphorylation de Fyn et de Yes est stimulée en
réponse au VEGF-A dans les cellules exprimant le VEGFR1. Par
ailleurs, le VEGFR1 est exprimé à la surface de cellules
hémapoïétiques et de monocytes dont le recrutement dans des foyers
néoangiogéniques semble important pour faciliter le développement
de la néovascularisation [26].
L’ensemble des données indique donc que le VEGFR2 et le VEGFR1
participent tous les deux à la signalisation mais par des voies
distinctes. Quant à la NRP1, elle joue le rôle de co-récepteur pour
le VEGFR2 principalement [27].
L’invalidation par recombinaison homologue (knock-out) des
gènes codant pour le VEGF-A, le VEGFR2 et le VEGFR1 a été réalisée
et met en évidence le rôle primordial de ces molécules lors de
l’angiogenèse embryonnaire [28].
La transcription du gène codant pour le VEGF-A est activée dans
les cellules tumorales mais ne l’est, en général, dans les cellules
endothéliales. En revanche, le VEGFR2 et le VEGFR1 sont présents à
la surface des cellules endothéliales adjacentes aux cellules
tumorales et le VEGFR1 au niveau des monocytes et des cellules
hématopoïétiques participant à l’angiogenèse tumorale. Notons
qu’une source supplémentaire de VEGF-A est constituée par les
lymphocytes infiltrant la tumeur [29]. Cela indique que le VEGF-A
induit l’angiogenèse sur un mode paracrine. Il semble qu’il agit
principalement via le VEGFR2 directement au niveau de la
cellule endothéliale tumorale. En effet, chez la souris nude, la
croissance des glioblastomes est inhibée par surexpression dans les
cellules endothéliales d’une forme dominante-négative de VEGFR2
[30]. Néanmoins, Shibuya et al. [31] ont montré que le
VEGFR1 pouvait renforcer l’effet du VEGF-A dans l’angiogenèse
tumorale.
Le VEGF-A a été détecté à des concentrations très élevées dans un
certain nombre de tumeurs comme les tumeurs du poumon et de la
vessie. Cette surexpression est accompagnée d’une augmentation
significative de la densité de microvaisseaux dans les tumeurs. Par
ailleurs, l’expression du VEGF-A dans les cellules tumorales est
positivement corrélée avec le pouvoir métastasiant.
En utilisant principalement des approches de transgenèse et
d’invalidation conditionnelle spécifique, des informations
importantes concernant l’activité des différentes formes du VEGF
ont été obtenues [10]. Si le VEGF121 semble être
indispensable pour le développement et l’organogenèse, l’ensemble
des isoformes du VEGF-A est capable d’induire l’angiogenèse
tumorale. Par ailleurs, une isoforme du VEGF-B, le
VEGF-B186, est exprimée dans certains types de tumeurs.
Quant aux VEGF-C et D, leur action dans la lymphangiogenèse est
actuellement très étudiée (cf. infra). La famille des
placental growth factors (PLGF1, 2 et 3) apparentés aux VEGF
semble jouer un rôle principalement dans la neoangiogenèse
post-natale en activant exclusivement le VEGFR1 (figure 3). En effet, les
souris PLGF1-/- ne présentent pas de déficits
développementaux, mais ont une inhibition de l’angiogenèse lors de
l’ischémie, l’inflammation et du cancer dans des modèles
expérimentaux.
L’activité du VEGFR2 peut être inhibée par des anticorps
neutralisants, des inhibiteurs de tyrosine kinase, des récepteurs
du VEGF (principalement VEGFR2) et par l’administration de
récepteur soluble, en particulier du VEGF-trap, un récepteur
soluble créé par la fusion du domaine extracellulaire du VEGFR1
et/ou du VEGFR2 à la région constante Fc des immunoglobulines IG1
[32, 33]. Le développement tumoral est plus fortement inhibé par le
VEGF-trap que par des anticorps solubles. Par ailleurs, le
VEGF-trap est capable d’inhiber également la co-option de
vaisseaux, ce qui peut expliquer sa plus grande efficacité par
rapport à d’autres stratégies d’inhibition du VEGF.
FGF
Les FGF appartiennent à une famille qui compte actuellement
23 membres [11, 34-37]. Les propriétés angiogéniques de deux
prototypes FGF1 et FGF2 ont été particulièrement étudiées.
Le FGF1 et le FGF2 ont un poids moléculaire de 18 kDa et une
homologie d’environ 50 %. Ces deux facteurs se lient à des
récepteurs de surface cellulaire spécifiques. Quatre types de
récepteurs à activité tyrosine kinase ont été caractérisés,
incluant FGFR1 (Fig), FGFR2 (bek), FGFR3 et FGFR4 [34]. Leur
spécificité et leur affinité sont régulées par épissage alternatif
d’exons codant pour la 3’ boucle d’immunoglobuline-like
(Ig-like) extracellulaire. En particulier, la variante
lg-like Ilc lie préférentiellement le FGF2. Les cellules
endothéliales expriment les récepteurs FGFR1 et FGFR2, et
l’autophosphorylation est stimulée par le FGF1 et le FGF2. Le FGF2
est synthétisé sous différentes formes [34]. Les formes de haut
poids moléculaire du FGF2 (HPM FGF2), de 21 à 24 kDa, ont une
extension N-terminale riche en motifs GC présentant des arginines
méthylées. Ces formes sont localisées préférentiellement dans le
noyau. À l’opposé, la forme standard du FGF2 (d’un poids
moléculaire de 18 kDa) ne comporte pas d’extension
N-terminale. Il semble que le FGF intracellulaire est capable de
s’associer directement à des facteurs de transcription, ce qui
pourrait médier son action [35, 37].
Le FGF1 et le FGF2 stimulent l’angiogenèse in vitro et in
vivo. Les FGF activent au niveau de la cellule endothéliale non
seulement la voie classique des MAP kinases, mais aussi la
p38 kinase qui semble jouer un rôle capital dans la
morphogenèse tubulaire des vaisseaux capillaires [38]. Par
ailleurs, syndecan 4 est impliqué dans l’action du FGF2 sur
l’endothélium vasculaire [39]. En effet, la transfection de
récepteurs dominant-négatifs de syndecan 4 bloque complètement
l’activité du FGF2.
Des observations récentes confirment l’implication du FGF2 dans
l’angiogenèse tumorale. L’expression du FGF2 est fortement associée
à la densité microvasculaire dans des tumeurs synthétisant le FGF2
comme les mélanomes cutanés [28] et l’expression du FGFR1 est
stimulée dans les vaisseaux angiogéniques. L’injection de molécules
anti-sens pour le FGF2 ou le FGFR1 inhibe le développement de
mélanomes [40]. De même, l’injection d’adénovirus recombinant
codant pour l’ADNc du récepteur soluble du FGFR1 (qui inhibe
l’activité des FGF) dans des souris RipTag entraîne une inhibition
de l’angiogenèse et du développement tumoral in vivo 41].
Aussi, le traitement de souris présentant une xénogreffe de
mélanome, avec des anticorps neutralisants inhibant à la fois le
FGF et le VEGF, est plus efficace que le traitement avec un
inhibiteur mono-spécifique inhibant seulement le VEGF [42]. Par
ailleurs, une protéine de liaison du FGF2, le FGF-BP1, a été
identifiée 43]. Il a été proposé que cette molécule agisse comme un
chaperon qui lie le FGF2 et mobilise la molécule liée à la matrice
extracellulaire pour stimuler l’angiogenèse. Le FGF-BP1 pourrait
participer de cette manière au switch angiogénique.
Il est probable que l’action du FGF dans l’angiogenèse est à la
fois directe et indirecte. Auguste et al. [44] ont montré
que des cellules de gliome C6 transfectées avec le récepteur
dominant-négatif R1 ou R2 du FGF (FGFR1-DN, FGFR2-DN) présentaient
une inhibition de la prolifération et de la migration cellulaire
des cellules tumorales mais également une capacité réduite
d’induire l’angiogenèse in vitro et in vivo et une
inhibition de l’expression du VEGF-A. Par ailleurs, les cellules
MCF7 transfectées avec une autre forme de FGF, le FGF4, présentent
une croissance tumorale in vivo augmentée et une induction
de la synthèse du VEGF-A [45]. Le FGF2 est aussi capable d’induire
l’expression d’un autre membre de la famille des VEGF, le VEGF-C,
et de participer à la lymphangiogenèse.
Angiopoïétines
L’angiopoïétine 1 (Ang1) a été identifiée comme le ligand de la
kinase transmembranaire Tie2 par une approche de clonage appelée
secretion trap expression cloning [46]. C’est une protéine
glycosylée de 70 kDa. Elle est formée de deux régions :
la région amine-terminale contient un motif de type
coiled-coil caractéristique des protéines capables
d’hétérodimériser ; la région carboxyle-terminale est
homologue au fibrinogène. L’Ang1 se lie à Tie2 et active sa
phosphorylation.
Au cours du développement embryonnaire de la souris, son
expression est localisée, à un stade précoce, au niveau du myocarde
et du mésenchyme et, à un stade ultérieur, dans les cellules
environnant les vaisseaux en développement. La rupture du gène
codant pour l’Ang1 conduit à une létalité des embryons au stade
12,5 jours, qui est vraisemblablement la conséquence de
modifications profondes de l’architecture vasculaire.
L’Ang1 semble induire la formation de tubes capillaires in
vitro à partir de sphéroïdes de cellules endothéliales
[47]. Par ailleurs, le ciblage de l’Ang1 dans la peau de
souris transgéniques utilisant le promoteur K14 ou par l’injection
d’adénovirus entraîne une augmentation du diamètre des vaisseaux
sans extravasation [48]. L’implication de l’Ang1 dans l’angiogenèse
semble indirecte par l’induction, au niveau des cellules
endothéliales, des facteurs responsables du recrutement des
cellules mésenchymateuses (cellules accessoires, péricytes). Des
données récentes indiquent que l’Ang1 peut aussi contribuer au
remodelage vasculaire en l’absence de cellules mésenchymateuses
accessoires [49].
Différents autres types d’angiopoïétines ont été identifiés
incluant l’angiopoïétine 2, 3, 4 et 5 (Ang2, Ang3, Ang4 et Ang5).
S’il est établi que l’Ang2 est un antagoniste de l’Ang1, le rôle
des autres angiopoïétines n’est pas clairement connu. Il semble que
l’Ang2 joue un rôle primordial dans l’angiogenèse tumorale grâce à
son effet antagoniste sur l’Ang1 [50]. Une étude récente montre que
l’expression de l’Ang2 est significativement corrélée à un mauvais
prognostic et à une angiogenèse tumorale très importante [51]. Cela
est encore plus prononcé quand l’expression du VEGF est élevée dans
ces tumeurs.
TGFβ
Le TGFβ est secrété dans une forme inactive latente et peut être
activé par l’action de protéases. La dimérisation du TGFβ actif
entraîne l’hétérodimérisation des récepteurs de types I et II et
conduit à la phosphorylation du TGFβ-RI. TGFβ-RI agit ensuite sur
des substrats de type CO-SMAD et SMAD4 qui sont ensuite transloqués
dans le noyau et se lient aux SMAD binding elements (SBE)
qui entraînent l’activation de la transcription [52].
Le TGFβ exerce une action biphasique sur les cellules
endothéliales in vitro, stimulatrice à faible concentration,
inhibitrice à plus forte concentration. In vivo cependant,
cet effet semble être stimulateur sur l’angiogenèse tumorale.
Par exemple, le traitement des tumeurs de la prostate LNCaP par le
latency activating peptide (LAP) ou par des anticorps
anti-TGFβ neutralisants entraîne une inhibition de l’angiogenèse et
du développement tumoral [53].
Régulateurs du développement
Des études récentes ont montré qu’un certain nombre de gènes
possédant un rôle général dans le développement embryonnaire
régulent aussi le développement vasculaire, dont des membres de la
famille des éphrines et leurs récepteurs, Notch et Notch ligands,
et des molécules de la famille des hedghog et leurs
récepteurs.
La famille Notch comprend des récepteurs transmembranaires (Notch
1, 2, 3 et 4) qui lient un certain nombre de ligands dont Delta et
Jagged [54-56]. Grâce à des expériences de trangenèse et
d’invalidation des différentes formes de Notch chez la souris, il a
été clairement établi que Notch participe au remodelage de la
vascularisation embryonnaire, à la spécification des artères et des
veines et à l’angiogenèse [54, 55]. Il a été récemment montré que
Delta4, un ligand de Notch, est fortement exprimé au cours de la
néoangiogenèse chez l’adulte et dans des tumeurs [56]. Cela indique
que ces récepteurs et ligands sont potentiellement importants dans
l’angiogenèse tumorale. Le Sonic hedgehog (shh) et
l’indian hedhog (ihh) participent eux aussi au remodelage de
la vascularisation embryonnaire. Par ailleurs, le shh est exprimé
dans le tissu cardiovasculaire post-natal et induit la formation de
vaisseaux de plus grand diamètre et l’augmentation du flux sanguin
après ischémie [57]. Son rôle dans l’angiogenèse tumorale n’a pas
encore été documenté mais est très probable.
Facteurs neuronaux
Récemment, il est devenu clair que nombre de gènes tenus pour
être spécifiques pour les neurones ont aussi un rôle dans
l’angiogenèse. Cela indique que les systèmes nerveux et
cardiovasculaire ont des similarités d’un point de vue de leur
développement. Récemment, il a été montré que deux d’entre eux, la
NRP1 et les éphrines, interviennent dans l’angiogenèse tumorale
[27, 58]. La NRP1 intervient dans l’angiogenèse tumorale de deux
manières. D’une part, au niveau de la cellule endothéliale, la NRP1
est le co-récepteur du VEGFR2, indispensable à l’activation de ce
récepteur par le VEGF-A165. D’autre part, la NRP1 peut
être exprimée au niveau de la cellule tumorale et former un
complexe ternaire avec le VEGF-A et le VEGFR2 au niveau de la
cellule endothéliale. Par ailleurs, il a été rapporté qu’elle
pourrait faire partie d’une boucle autocrine de survie au niveau de
la cellule tumorale elle-même [59].
Si les rôles de l’éphrine B2 et de l’éphrine EphB4 dans le
développement ont été bien étudiés et si l’éphrine B2 est exprimée
dans certaines tumeurs, leur rôle dans l’angiogenèse tumorale n’est
pas encore établi [58]. En revanche, une étude récente montre
l’implication de l’éphrine A1 et de son récepteur EphA2 dans
l’angiogenèse tumorale [60]. En effet, l’éphrine A1 est exprimée
dans les cellules tumorales et endothéliales, mais l’ephA2 l’est
seulement au niveau des cellules endothéliales. Par ailleurs,
l’EphA2 soluble fusionné avec le fragment Fc des immunoglobulines
inhibe l’angiogenèse et le développement tumoral in
vivo.
Inhibiteurs
Un certain nombre de molécules inhibitrices de l’angiogenèse ont
été identifiés [8, 10, 61]. Certaines sont des molécules endogènes
de régulation ou des fragments de ces molécules générés par clivage
protéolytique. Des informations plus détaillées sont données plus
loin sur les thrombospondines, l’angiostatine, l’endostatine, le
fragment hémopexine (PEX) de la métalloprotéinase MMP2 et le
facteur plaquettaire 4 (PF4) ainsi que sur de nouveaux inhibiteurs
récemment identifiés.
• Thrombospondines
La thrombospondine 1 (TSP1) appartient à une famille de
glycoprotéines produites par nombre de cellules normales et
transformées. Il a été montré qu’elle est un inhibiteur puissant de
l’angiogenèse in vivo et in vitro et joue un rôle dans le
switch angiogénique [16, 62]. Par exemple, sa surexpression
dans des lignées cellulaires A431 et SCC-13 inhibe fortement
le développement tumoral in vivo chez la souris sans pour
autant modifier la croissance in vitro [63]. La perte d’un
gène suppresseur de tumeur dans les fibroblastes de hamster induit
aussi une réponse angiogénique par diminution de la sécrétion de la
TSP1.
La nature du gène suppresseur capable de réguler l’expression de
la TSP1 a été élucidée en utilisant les fibroblastes isolés de
patients présentant la maladie de Li-Fraumeni. Il est identique à
la protéine p53 [16]. Finalement, la TSP1 est régulée par Id1
qui est aussi un répresseur de la transcription [64].
La TSP1 inhibe l’angiogenèse tumorale grâce à des effets directs
sur la prolifération, la migration et la survie des cellules
endothéliales mais aussi grâce à des effets indirects sur la
mobilisation des facteurs pro-angiogéniques. En effet, la TSP1 est
capable de lier et d’activer CD36 à la surface des cellules
endothéliales mais aussi d’empêcher la mobilisation du VEGF de la
cellule tumorale vers la cellule endothéliale grâce à une
inhibition de l’activation de MMP9 [65].
La TSP1 inhibe le développement des vaisseaux sanguins mais non
celui des vaisseaux lymphatiques et par conséquent seulement la
dissémination des métastases par voie hématogène. L’expression de
la thrombospondine 2 (TSP2), contrairement à celle de la TSP1, est
induite dans un modèle de carcinogenèse cutanée au niveau du stroma
tumoral [66]. Les souris TSP2-/- ont un développement
tumoral accéléré dans le même modèle tumoral. La TSP2 semble donc
participer à un mécanisme de défense antitumoral de l’hôte. Par
ailleurs, son expression dans des cellules tumorales
A431 entraîne une forte inhibition du développement tumoral
in vivo sans altérer la croissance ou la survie in
vitro. Cet effet semble être additif, voire synergique, avec la
TSP1. Aussi, le relargage continu systémique de TSP2 par des
implants de fibroblastes transfectés avec l’ADNc de la TSP2 chez la
souris entraîne une inhibition considérable de la croissance
tumorale in vivo.
• Angiostatine
L’angiostatine a été découverte et isolée à partir d’urine de
souris présentant une tumeur pulmonaire de Lewis [8, 24, 61, 67].
C’est un fragment de la plasmine de 56 kDa représentant quatre
boucles Kringle. Son action est principalement endothéliale.
Récemment, le rôle des différentes boucles Kringle a été élucidé.
Il semble que la boucle IV présente une activité d’auto-inhibition
moléculaire. Si des molécules de liaison pour l’angiostatine ont
été identifiées, on ne sait pas comment elles interviennent dans la
signalisation de l’angiostatine.
L’action inhibitrice de l’angiostatine s’exerce probablement sur
le développement des métastases latentes. En effet, l’exérèse de la
tumeur primaire de Lewis entraîne le développement de métastases en
corrélation étroite avec une chute du taux urinaire en
angiostatine.
L’administration d’angiostatine juste après l’exérèse inhibe le
développement des métastases. Ces résultats indiquent que
l’angiostatine joue un rôle dans le maintien de la latence des
métastases.
• Endostatine
L’endostatine est un inhibiteur de l’angiogenèse identifié dans
les cellules endothéliales hémangiomateuses [61, 68]. C’est une
molécule de 20 kDa correspondant au fragment C-terminal du
collagène de type XVIII.
Les souris déficientes en collagène XVIII présentent des anomalies
vasculaires importantes, notamment une absence totale de la
formation de vaisseaux rétiniens réminescents du syndrome de
Knobloch [69]. L’endostatine inhibe fortement l’angiogenèse in
vitro et in vivo ainsi que la croissance tumorale. Il a été
proposé que le relargage continu d’endostatine in vivo fasse
régresser complètement la tumeur primaire vers l’état d’îlot
microscopique latent. La validité de cette dernière observation
n’est cependant pas acceptée d’une façon générale [70].
• Fragment hémopexine (PEX)
Le PEX est l’extrémité C-terminale de la métalloprotéase
MMP2 ; il possède une forte activité anti-angiogénique et
antitumorale in vivo [71]. Ce fragment inhibe la fixation de
la proMMP2 à l’intégrine αvβ3 et à la MT1-MMP et inhibe ainsi
l’activité catalytique de MMP2.
Son effet biologique semble donc résider dans une inhibition de la
dégradation de la matrice extracellulaire et une inhibition de la
migration cellulaire. Le PEX est une molécule très puissante dans
l’inhibition du développement tumoral et notamment celui des
glioblastomes [72].
• Facteur plaquettaire 4
Le facteur plaquettaire 4 (PF4) est un polypeptide de 7 kDa
qui est produit dans les plaquettes sous forme de complexe
tétramérique. Il a été montré qu’il inhibe l’angiogenèse in
vitro et in vivo [73, 74]. Par ailleurs, les plaquettes
libèrent lors de l’activation un inhibiteur de l’activité du FGF2
qui est identique au PF4.
Il a été proposé que le PF4 exerce son effet par inhibition de la
liaison du FGF2 et du VEGF à leurs récepteurs. Le PF4 empêche aussi
l’activation des récepteurs aux FGF par inhibition de la liaison et
de la dimérisation du récepteur [75].
L’activité inhibitrice est due à une interaction directe entre PF4
et molécule angiogène [75, 76]. Un mécanisme alternatif
intracellulaire a été également proposé. Des fragments du PF4
dérivés de la partie C-terminale présentant une activité
inhibitrice très puissante dans l’inhibition du développement
tumoral ont été également identifiés [77, 78].
Autres acteurs récemment identifiés
• EG-VEGF
L’endocrine gland VEGF (EG-VEGF) a été récemment
identifié comme un mitogène spécifique pour les cellules
endothéliales des glandes endocrines [79]. Il active un récepteur à
7 domaines transmembranaires couplé aux protéines G et induit
la phosphorylation de P42/44 MAP kinases et de Akt/PKB par la
PI3 kinase. Par ailleurs, eNOS semble être une cible
secondaire de Akt/PKB au cours de cette activation. Ce facteur
pourrait contribuer à l’angiogenèse tumorale des tumeurs
endocriniennes.
• Molécules identifiées par display de phage
(vascular maping tumoral)
Ruoslahti et Pasqualini ont identifié un certain nombre
d’étiquettes moléculaires par display de phage in
vivo se fixant sur différents types de cellules endothéliales
en fonction de leur distribution tissulaire ou de leur état
d’activation [80, 81]. Ainsi, une étiquette NGR se fixant sur
l’endothélium tumoral de souris a été identifiée. Ce motif lie, au
niveau de la cellule endothéliale, une aminopeptidase de surface
qui est absente dans l’endothélium non tumoral. Le rôle de cette
aminopeptidase dans l’angiogenèse tumorale n’est pas encore
élucidé.
• Cornea-derived transcription 6 (CDT6)
Le CDT6, apparenté aux angiopoïétines, est un facteur qui a été
identifié après hybridation différencielle dans le stroma de la
cornée humaine [82]. Des cellules de mélanome humain transfectées
avec le CDT6 présentent une inhibition de la croissance tumorale et
de l’angiogenèse et une induction de la production de collagène I
et V.
• Endorépelline
L’endorépelline comporte la partie C-terminale du perlecan
incluant les trois domaines laminine 1, 2 et 3 de la molécule [83].
Ce fragment possède un effet anti-angiogénique in vitro et
in vivo prononcé.
Par ailleurs, des sites de haute affinité au niveau de la cellule
endothéliale ont été mis en évidence. Curieusement, l’endorépelline
est capable de se lier à l’endostatine et de neutraliser son effet
inhibiteur.
• Proliférine
La proliférine est exprimée au cours du développement dans le
trophoblaste du placenta, dans la peau et dans des tumeurs de type
fibrosarcome [84]. Son expression est corrélée avec la progression
tumorale, faible dans les fibromes, forte dans les fibrosarcomes
chez les souris transgéniques pour le gène transformant du virus de
papillome de type 1. L’inhibition de la proliférine par des
anticorps anti-proliférine bloque l’activité angiogénique des
cellules tumorales. Ainsi, la proliférine pourra participer au
switch angiogénique dans le fibrosarcome.
• RECK
Le RECK est une glycoprotéine de membrane qui inhibe les
métalloprotéinases de la matrice (MMP). Des souris
RECK-/- meurent à E10.5 en raison d’un développement
vasculaire anormal. RECK surexprimée dans des cellules de
fibrosarcome entraîne une réponse angiogénique et une croissance
in vivo altérée [85].
Facteurs de régulation de la lymphangiogenèse et leur rôle dans
la dissémination métastatique
Depuis la description du développement du système lymphatique
par Florence Sabin au début du siècle, on ne savait rien jusqu’à
très récemment de sa régulation au niveau moléculaire. Florence
Sabin avait clairement montré que le système lymphatique est dérivé
du système veineux et que son développement est amorcé par la
formation de sacs lymphatiques.
Les travaux de Oliver, Alitalo et Detmar ont permis de jeter les
bases pour l’étude moléculaire de la lymphangiogenèse [86, 87].
Oliver a identifié et cloné un gène, le gène Prox, qui est le gène
responsable de l’induction du phénotype lymphangiogénique. Des
analyses récentes par puce d’ADN de cellules endothéliales
microvasculaires transfectées par l’ADN codant pour Prox montrent
l’acquisition du phénotype lymphatique. Par ailleurs, le
développement des vaisseaux lymphatiques est stimulé par le VEGF-C
in vitro et in vivo.
Par exemple, le VEGF-C induit la prolifération et la migration des
cellules endothéliales lymphatiques. Son expression dans la peau
sous la dépendance du promoteur K14 stimule aussi la formation
des vaisseaux lymphatiques cutanés. Pour induire la
lymphangiogenèse, le VEGF-C se lie exclusivement au récepteur
VEGFR3 (FLT4). Ce récepteur peut aussi être activé par le VEGF-D.
Cependant, le VEGF-D est aussi un inducteur non négligeable de
l’angiogenèse, ce qui peut être expliqué par sa forte affinité pour
le VEGFR2. Le seul autre facteur identifié à ce jour possédant la
capacité de stimuler la lymphangiogenèse est le FGF2. Il a été
montré que le FGF2 exerçait cet effet d’une manière indirecte par
stimulation de l’expression du VEGF-C.
La dissémination tumorale par voie lymphatique est une
caractéristique de certaines tumeurs. Le système lymphatique
participe-t-il passivement ou activement à la dissémination
métastatique ? Des résultats intéressants ont été
publiés récemment appuyant la thèse d’une participation active de
la lymphangiogenèse dans ce processus [88]. Par exemple, la souris
RipTag, qui développe des insulinomes spontanés, ne montre
normalement pas de métastases. Son croisement avec une souris
présentant une expression ciblée du VEGF-C sous la dépendance du
même promoteur dans le pancréas endocrine montre une
lymphangiogenèse tumorale et une dissémination lymphatique de la
tumeur.
Paradigme fondamental de la régulation de l’angiogenèse et son
rôle dans l’angiogenèse tumorale
Le paradigme fondamental de l’angiogenèse concerne la formation,
la maturation et le remodelage vasculaire. Le développement
vasculaire normal a besoin de l’action concertée de plusieurs
facteurs. Des facteurs comme le VEGF entraînent la prolifération,
la migration et la survie des cellules endothéliales qui induisent
la formation de vaisseaux désordonnés, non hirarchisés et immatures
(facteurs de classe I). D’autres facteurs, comme l’Ang1,
activent ensuite le programme de stabilisation et de remodelage
vasculaire (facteurs de classe II) dont le PDGF est l’un des
principaux effecteurs entraînant le recrutement des péricytes
(facteurs de classe III). Le recrutement péricytaire est
indispensable pour stabiliser les vaisseaux et les rendre
insensibles aux facteurs de prolifération et de survie, mais il ne
semble pas requis pour le remodelage et la hiérarchisation de
l’arbre vasculaire. Il semble donc que l’action concertée de trois
classes de facteurs est requise pour former un arbre vasculaire
correctement hiérarchisé.
La vascularisation tumorale est caractérisée par son développement
anarchique fait de vaisseaux défectueux, présentant une couverture
péricytaire incomplète et une association péricytaire faible au
tube vasculaire. On peut donc inférer que les rapports entre les
facteurs de classes I, II et III sont perturbés avec une
augmentation relative de facteurs de classe I par rapport aux
facteurs de classes II et III.
On peut appeler ce modèle le modèle minimal de l’angiogenèse
tumorale. L’action des inhibiteurs endogènes de l’angiogenèse se
situe principalement au niveau des facteurs de classe I mais, très
vraisemblablement, non exclusivement. L’inhibition de facteurs de
classe II concomitante à celle des facteurs de classe I pourrait
contribuer au maintien d’un arbre vasculaire immature et le rendre
sensible à l’inhibition des facteurs de classe I.
Corrélations cliniques et perspectives thérapeutiques
Stratégies anti-angiogéniques versus stratégies de
ciblage vasculaire
Comme il a été dit plus haut, un certain nombre de cancers
humains sont dépendants de l’angiogenèse et traversent deux phases,
une phase préangiogénique latente et une phase angiogénique
agressive.
Des corrélations cliniques significatives ont été établies entre
le pouvoir invasif et métastasiant d’un certain nombre de cancers,
la présence d’une néoangiogenèse intratumorale, la surexpression
des ARNm de facteurs angiogéniques comme le VEGF et le FGF2 dans
les cellules tumorales et un taux sérique ou urinaire anormalement
élevé des molécules correspondantes. Les inhibiteurs de ces
facteurs tels que des anticorps spécifiques, des oligonucléotides
anti-sens ou encore des molécules pharmacologiques inhibant les
voies de signalisation correspondantes, comme les inhibiteurs du
VEGFR2, sont très étudiés actuellement (ZD6474 de Astra Zeneca,
SU5416 de Sugen, PTK/ZK 222584 de Novartis-Schering) [8, 61] (les
différentes possibilités pour inhiber l’angiogenèse sont illustrées
dans la figure 4,
A). Ces inhibiteurs sont actuellement en étude clinique (phase
I-III) et pourraient intervenir avec succès dans des protocoles
thérapeutiques en association avec les traitements classiques. De
même, des molécules mimant l’activité anti-angiogénique de la TSP1,
du PF4 et de l’endostatine pourraient offrir une perspective
d’utilisation thérapeutique séduisante.
Un peptidomimétique de la TSP1 activant le récepteur CD36 est
actuellement en étude clinique [89]. Par ailleurs, des fragments
mutés du PF4 présentent une activité anti-angiogénique
significativement augmentée par rapport au fragment sauvage et
inhibent très fortement le développement tumoral in vivo
chez la souris [78]. Ces fragments pourraient être utilisé pour le
développement thérapeutique. Par ailleurs, la chimiothérapie à
faible dose par voie orale, comme cela a été montré pour le
cyclophosphamide, agit principalement comme un traitement
anti-angiogénique et pourrait constituer une nouvelle arme dans
l’arsenal thérapeutique [90]. On est en droit de spéculer sur une
faible toxicité de ces molécules sur l’arbre vasculaire normal du
fait de l’état quiescent des cellules endothéliales de la plupart
des tissus de l’adulte.
Une autre approche constitue le ciblage vasculaire de la tumeur
(vascular tumor targeting) (figure 4, B). Burrows et
Thorpe [91] ont été les premiers à montrer la validité de cette
approche. Ils ont couplé un anticorps dirigé contre le complexe
majeur d’histocompatibilité de classe II avec la chaîne A de la
ricine et montré qu’il se fixait spécifiquement à l’endothélium
tumoral et entraînait une régression de la tumeur. Plus récemment,
Halin et al. [92] ont obtenu un anticorps monoclonal de très
haute affinité (L19) dirigé spécifiquement contre le domaine ED-B
de la fibronectine. La fusion de cet anticorps avec l’interleukine
12 augmente considérablement l’effet de l’IL12 seule et
diminue considérablement la masse tumorale. L’approche du ciblage
de la vascularisation tumorale est très certainement
prometteuse.
Thérapie combinée
Une question importante concerne l’utilisation et l’efficacité
thérapeutique des inhibiteurs de l’angiogenèse à plus au moins long
terme. L’angiostatine, l’endostatine ou le PEX ont été utilisés en
« thérapie combinée » à une chimiothérapie à faible dose.
Kerbel et al. [90, 93] ont proposé que la chimiothérapie à
faible dose cible principalement l’arbre vasculaire tumoral. Ils
avaient aussi montré que l’association de vinblastine à faible dose
et d’un anticorps neutralisant bloquant l’activité du récepteur
VEGF2 avait une efficacité considérable dans l’inhibition tumorale
[93]. Utilisant un autre protocole qui associe le PEX avec
l’étoposide et le carboplatine, Bello et al. [67] ont obtenu
des résultats spectaculaires sur l’inhibition du développement des
glioblastomes chez la souris. Par ailleurs, l’association de
plusieurs molécules anti-angiogéniques a été également
proposée.
L’association de plusieurs molécules anti-angiogéniques pourrait
avoir un effet additif, voire synergique, sur l’inhibition de la
progression tumorale dans le modèle de souris transgéniques Rip-Tag
[94]. Il est donc important de clairement valider une stratégie
thérapeutique anti-angiogénique combinée sur le plan clinique afin
d’augmenter le bénéfice à long terme pour les malades atteints de
cancer.
Finalement, la thérapie anti-angiogénique est également capable de
ralentir l’apparition de la récidive tumorale. Le fragment
anti-angiogène du PF4 (PF4 CTF) ou le PEX sont capables d’inhiber
la récidive des gliomes chez la souris après exérèse chirurgicale
[95]. Néanmoins, le traitement, pour être efficace, doit être
commencé rapidement après chirurgie.
▼
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