ARTICLE
L'ISSVA (International society for
the study of vascular anomalies) est née en 1992 après
16 ans de workshops bisannuels et continue à se réunir
tous les 2 ans. Elle est le lieu d'une confrontation multidisciplinaire
internationale et elle nous a permis de créer un système
fort simple de classification, permettant de parler un même langage
et donc de communiquer et confronter les expériences. Ce système
repose sur les différences cliniques, radiologiques, histologiques
et hémodynamiques qui existent entre les différentes lésions
vasculaires, ainsi que sur les données biologiques définies
en 1982 par Mulliken et Glowacki [1].
Classification des « angiomes »
superficiels (ISSVA, Rome 1992)
On distingue [2] deux grands groupes de lésions : les tumeurs
et les malformations vasculaires.
* Les tumeurs vasculaires sont définies par une prolifération
de cellules (cellules endothéliales, péricytes, cellules
musculaires lisses, etc.) en proportions variables selon le type de tumeur
et son stade évolutif. La plus fréquente des tumeurs vasculaires
est l'hémangiome du nourrisson. Nombre de ces tumeurs vasculaires,
présentes à la naissance ou se développant peu après,
ont un potentiel de régression et de disparition spontané.
Certaines tumeurs vasculaires congénitales sont pleinement développées
à la naissance ; l'affinement des techniques de diagnostic échographique
prénatal permet de les détecter et parfois de noter in
utero leur extension, voire, exceptionnellement, déjà
leur régression.
* Les malformations vasculaires sont constituées de vaisseaux
dysplasiques sans prolifération cellulaire. N'importe quel secteur
du réseau vasculaire peut être concerné par ces malformations :
capillaire, veineux, lymphatique (formant des malformations à flux
lent) et artériel (anévrisme), avec fistules artérioveineuses
(groupes à flux rapide, dits hémodynamiquement actifs).
Toutes les combinaisons sont possibles dans des malformations combinées
et complexes. Celles-ci ont une prédilection pour les membres et
sont fréquemment assorties de perturbation de la croissance du
membre concerné (gigantisme ou, au contraire, hypotrophie) ; elles
ont, de longue date, été désignées par des
terminologies éponymiques : syndrome de Klippel et Trenaunay, syndrome
de Parkes Weber, syndrome de Servelle et Martorell...
Intérêt du
regroupement multidisciplinaire en matière d'angiomes superficiels
Les workshops de l'ISSVA et la création de nombreuses
consultations multidisciplinaires, lieux d'échange d'expérience,
nous ont beaucoup aidés dans ce domaine de pathologies « orphelines »
où l'isolement des thérapeutes génère des
erreurs de diagnostic et, partant, des prises en charge inadaptées,
sources de complications. Cette confrontation interdisciplinaire a grandement
amélioré nos performances en matière de diagnostic
et a permis de définir les outils les plus adaptés dans
l'approche du diagnostic.
Nous espérons du futur une amélioration des traitements
des malformations vasculaires, ainsi qu'une approche moins empirique du
traitement des tumeurs vasculaires, notamment celui de l'hémangiome
et celui des tumeurs qui font le lit du grave syndrome de Kasabach-Merritt.
Le futur dans ce domaine c'est aussi l'apport croissant de la biologie
moléculaire, tout particulièrement celui de la génétique
moléculaire. Elle éveille un espoir de thérapie génique
[3, 4] qui évitera peut-être un jour à ces malades
des évolutions défigurantes et des parcours thérapeutiques
pénibles, interminables, et trop souvent peu satisfaisants.
Caractéristiques
cliniques et physiopathologiques des différents types d'angiomes
superficiels
Tumeurs vasculaires
Hémangiome du nourrisson
Encore appelé immature, capillaire, cellulaire, tubéreux,
régressif, phasique, juvénile, infantile, etc., c'est la
plus banale des tumeurs du nourrisson. C'est une tumeur bénigne,
plus fréquente chez la fille. Elle se développe durant la
première année de vie et régresse ensuite en quelques
années. Dans plus de 80 % des cas, elle sera de petite taille (moins
de 2 cm de diamètre) et ne posera guère de problèmes,
régressant bien, parfois avec une séquelle cicatricielle
spontanée à type d'aire cutanée dyschromique et inélastique,
plane ou sacciforme.
Dans 20 % environ des cas, la croissance alarmante de l'hémangiome,
son siège, mettant une fonction en péril (exemple : régions
palpébrales et orbite, lèvres, nez, oreille, sein) ou une
exceptionnelle localisation viscérale (foie, larynx, tube digestif,
etc.) associée [5-7] vont justifier des traitements destinés
à en bloquer la croissance et, si possible, à en accélerer
la résorption.
Traitements pharmacologiques : corticothérapie orale (figures
1 et 2) ou intralésionnelle,
interféron alpha 2a (figures
3 et 4) ou 2b. Un certain
empirisme règne dans les prescriptions en ce qui concerne le choix
des produits, les doses et les durées thérapeutiques [7-17].
En outre, leurs effets secondaires ne sont pas négligeables [18-22].
Traitements physiques : chirurgie d'exérèse précoce,
cryochirurgie, lasers (par exemple : laser pulsé à colorant
pour les formes en nappe dermique mince, ou laser NdYAG interstitiel pour
des formes plus épaisses) [23], embolisation thérapeutique
par voie endovasculaire ; le résultat de ces traitements dépend
inévitablement de la qualité des opérateurs.
Les données physiopathologiques sont différentes au cours
des phases de prolifération et de régression de l'hémangiome.
En phase de croissance, l'aspect histologique de l'hémangiome est
celui d'une prolifération cellulaire compacte, découpée
en lobules centrés sur un vaisseau afférent [50]. Ces lobules
sont constitués essentiellement de cellules endothéliales
exprimant le facteur Willebrand et le CD34 et de péricytes exprimant
l'* actine de muscle lisse. Ces cellules forment des capillaires, à
lumière le plus souvent virtuelle au début, l'organisation
en capillaires étant bien mise en évidence par les colorations
des membranes basales (réticuline) ou par l'immunohistochimie.
Des mitoses de cellules endothéliales et de péricytes sont
présentes ; la lésion contient des mastocytes, en nombre
diversement apprécié en fonction du stade de l'évolution
de la lésion, et des dendrocytes exprimant le facteur XIIIa. En
phase de résorption, la lésion est moins densément
cellulaire. Les lumières capillaires sont bien visibles et leur
nombre va progressivement décroître, pour ne laisser, le
plus souvent, que quelques capillaires à basale épaisse,
hyalinisée, feuilletée en ultrastructure [1, 25, 50], parfois
encore regroupés autour des vaisseaux afférents des lobules.
Les séquelles cutanées sont parfois uniquement dues à
la distension ou à la disparition des fibres élastiques
cutanées étirées lors de la croissance de l'hémangiome.
Elles peuvent être constituées d'un reliquat fibro-adipeux
qui a remplacé les lobules hémangiomateux, ou correspondre
à la cicatrice des ulcérations éventuelles.
L'hémangiogenèse de la phase de prolifération est
une angiogenèse active dépendant d'une balance entre facteurs
d'angiogenèse et facteurs d'inhibition [24]. En phase de prolifération,
l'hémangiome exprime fortement le bFGF, le VEGF, l'urokinase, la
collagénase IV, le PCNA [26], et la sélectine E [27], autant
de points qui témoignent d'une angiogenèse active. De même,
la molécule d'adhésion intercellulaire ICAM-3 est également
fortement exprimée par les cellules endothéliales proliférantes,
comme au cours de l'angiogenèse tumorale [28]. Parallèllement,
en phase de croissance de l'hémangiome, des taux élevés
de bFGF sont retrouvés dans les urines des nourrissons, dans presque
tous les cas [29, 30].
En phase de régression, le TIMP-1, inhibiteur de la formation de
néo-vaisseaux, est fortement exprimé. La régression
des hémangiomes a été rapportée à une
apoptose [31] alors que, en phase précoce de prolifération
de l'hémangiome, il existerait une inhibition de l'apoptose dont
témoignerait l'expression de MIB1 et celle de bcl-2 par les cellules
endothéliales et plus encore par les cellules associées
interstitielles [32]. L'apoptose sélective des vaisseaux angiogénétiques,
marquant l'involution, pourrait être induite en particulier par
des antagonistes de l'intégrine **ß3. Cette intégrine,
identifiée comme un marqueur de vaisseaux en prolifération,
permet aux cellules endothéliales des interactions avec de nombreux
composants de la matrice extracellulaire [33-35]. Toutes ces données
biologiques font espérer des approches thérapeutiques nouvelles
et ciblées pour les hémangiomes en phase de prolifération.
Sur le plan étiopathogénique, le rôle d'éventuels
virus est débattu mais non établi à ce jour ; en
particulier l'HHV8, associé au sarcome de Kaposi, ne semble pas
jouer de rôle dans la genèse des hémangiomes [36].
Autres tumeurs vasculaires
Elles sont bien plus exceptionnelles et de gravité variable.
Beaucoup sont de reconnaissance relativement récente.
* Une situation mérite une attention spéciale du fait
de la gravité du tableau clinique et des difficultés de
traitement : le syndrome de Kasabach-Merritt [37]. Décrit en 1940
comme une « lésion très inhabituelle » avec une
tumeur extensive associée à du purpura et une thrombopénie
profonde, le syndrome de Kasabach-Merritt (SKM) fut longtemps considéré
comme un phénomène biologique compliquant l'« hémangiome
capillaire » du nourrisson. Grâce à un travail de coopération
entre des équipes française, américaine, hollandaise
et algérienne, nous avons pu analyser les données concernant
22 malades atteints de SKM [38] dont 15 biopsies étaient disponibles
pour une relecture. Il est clairement apparu que la tumeur qui fait le
lit de ce phénomène biologique très particulier (thrombopénie
profonde par piégeage des plaquettes dans la lésion vasculaire,
associée à des concentrations très basses de fibrinogène
et une élévation plus ou moins nette des D-dimères),
qui peut être létal, n'était pas un hémangiome
infantile classique. En phase active du phénomène, ni la
clinique (une masse ecchymotique et inflammatoire à la fois, à
la croissance rapide, brutale même souvent, figure
5) ni l'histologie n'évoquaient un hémangiome classique
« immature ». Histologiquement, on retrouvait soit un aspect
d'hémangioendothéliome kaposiforme, soit un angiome en touffes,
et une composante lymphatique plus ou moins marquée était
associée. Reprenant ce même travail de coopération,
mais cette fois avec 48 cas de SKM analysés (dont 30 biopsiés),
nous avons également vérifié que la lésion
résiduelle, après guérison du phénomène
biologique, n'était en rien semblable cliniquement aux séquelles
d'hémangiomes involués [39]. Il s'agissait en fait de véritables
résidus lésionnels tumoraux, d'aspect très particulier,
souvent variables dans le temps et douloureux, nécessitant parfois
des prises d'aspirine pour calmer les douleurs. Histologiquement, ils
comportaient au sein d'une fibrose dense le plus souvent des aspects d'angiomes
en touffes, et parfois ceux d'hémangioendothéliome kaposiforme.
Ces tumeurs sont de description assez récente [40, 41] et sont
connues pour être soit congénitales, soit acquises. Elles
ont été individualisées par rapport aux angiosarcomes
et aux sarcomes de Kaposi. La liaison du SKM à l'hémangioendothéliome
kaposiforme, soulignée dès la description de cette tumeur
par Zuckerberg et al. [40], est confirmée par deux autres
publications : une de 21 cas de SKM dont 16 biopsiés [42] et une
de 3 cas de SKM tous biopsiés [43]. La liaison du SKM à
l'angiome en touffes est confirmée par 2 autres cas rapportés
dans la littérature [44, 45]. L'étiologie de ces proliférations
tumorales est, comme pour l'hémangiome classique, inconnue : pas
de notion d'infection VIH et la recherche d'infection virale à
HHV8 s'est avérée négative (en PCR sur sang et tissu
pathologique) dans 3 cas [43].
* Une autre tumeur mérite une attention particulière :
l'hémangioendothéliome à cellules fusiformes (HECF).
Décrite d'abord comme une lésion de malignité intermédiaire
[46] puis, après révision de 78 cas, comme une lésion
bénigne [47], cette tumeur vasculaire peut exister isolément
[47, 48], ou se voir au cours du très rare et sporadique syndrome
de Maffucci. Ce dernier associe des enchondromes (pouvant évoluer
en chondrosarcomes), sources de déformations osseuses graves, et
des nodules de malformations veineuses cutanées, particulièrement
nombreux aux extrémités. On ignore si l'HECF se greffe occasionnellement
sur des lésions veineuses préexistantes, ou s'il est constamment
présent dans les lésions veineuses du syndrome de Maffucci
[49].
* De nombreux autres types de tumeurs vasculaires ont été
décrits ces dernières années [50, 51] ceci témoignant
d'un renouveau d'intérêt pour ce secteur de la pathologie.
Une meilleure connaissance clinico-pathologique de ces entités
permettra probablement, associée aux avancées de la biologie
et de la génétique moléculaires, de nouvelles avancées
dans la compréhension de la physiopathologie de ces lésions.
Malformations vasculaires
Elles sont moins fréquentes que les tumeurs et sans prédominance
de sexe. Nous avons bien établi à ce jour leurs caractéristiques
cliniques et histologiques [52]. Dans une majorité de cas nous
pouvons les reconnaître sur les données de l'inspection,
ce qui permet de mieux orienter les bilans et d'éviter aux malades
des excès d'investigations, pénibles et coûteux. On
les classe selon le type des vaisseaux concernés de façon
prédominante et on en décrit quatre groupes principaux :
ce sont les malformations capillaires (angiomes plans surtout, télangiectasies,
angiokératomes), veineuses, lymphatiques et artérioveineuses
[52-54].
Angiomes plans
Ces « taches de vin » présentes à la naissance
sont aisément reconnues cliniquement. Histologiquement elles correspondent
à la dilatation des capillaires dermiques. On conseille de les
traiter le plus tôt possible dans la vie avec des lasers adaptés
(le plus performant semblant acuellement le laser pulsé à
colorant). Certains angiomes plans sont des marqueurs de syndromes dysmorphogénétiques
plus complexes. Ainsi, le risque de syndrome neurocutané de Sturge-Weber-Krabbe
est annoncé par l'existence d'un angiome plan en territoire sensitif
trigéminé haut (V1= front et paupière supérieure)
pour des raisons de communauté d'origine embryologique, sur le
primordium neural antérieur, entre les trois tissus pathologiques
au cours de cette affection : derme cutané V1, choroïde oculaire
et pie-mère. Le syndrome de Sturge-Weber est sporadique et supposé
la conséquence d'une mutation somatique ; il existe de nombreux
exemples de jumeaux monozygotes dont un seul est atteint. Environ 10 %
des nourrissons ayant un angiome plan en zone V1, isolé ou avec
d'autres localisations cutanées (figure
6), vont avoir des localisations associées, oculaire (avec
glaucome) et méningée (avec comitialité). Le diagnostic
précoce est souhaitable pour mettre en route un traitement anticomitial
avant même les premières crises convulsives, afin de limiter
leurs conséquences motrices (déficit controlatéral)
et psychomotrices (retard d'éveil et perte des acquisitions). Il
est rendu aisé par les techniques modernes de l'imagerie cérébrale
non invasive (scanner avec injection de contraste iodé et IRM avec
injection de gadolinium) complétée si possible de données
(très précoces) d'imagerie cérébrale fonctionnelle
telle que celles fournies par le SPECT [55].
Il existe quelques formes familiales d'angiomes plans dont on espère
beaucoup pour comprendre la génétique moléculaire
des nombreux cas sporadiques.
Malformations veineuses
On les reconnaît facilement grâce à leur couleur
bleue, leur gonflement en déclive ou proclive, et à l'effort
(cris, pleurs, exercices physiques). Elles sont à flux lent et
le siège de thromboses localisées qui se chargent de calcium
donnant des phlébolithes aisément repérables sur
les radiographies simples. Le meilleur moyen d'en confirmer le diagnostic
et d'en vérifier l'extension est l'IRM [56]. Leur siège
est ubiquitaire, cutané et muqueux, et leurs conséquences
esthétiques et fonctionnelles sont largement fonction des localisations
: conséquences esthétiques liées à leur couleur
et leur volume et retentissement sur l'articulé dentaire (figure
7), syndrome d'apnées du sommeil, exo-enophtalmie positionnelle,
etc. pour les diverses localisations cervicocéphaliques, association
à des anomalies de développement du système veineux
cérébral pour ces même localisations craniofaciales
[57] ; conséquences à type de douleurs et d'impotence fonctionnelle
pour les localisations des membres qui envahissent volontiers non seulement
la peau mais aussi les muscles et les articulations [58]. Histologiquement
les malformations veineuses sont constituées de vaisseaux de grande
taille mais à paroi fine, dont la média est mal organisée,
très mince, voire par endroits absente. Ces vaisseaux sont très
anastomosés et dissèquent le tissu hôte.
L'approche thérapeutique des malformations veineuses associe des
gestes de sclérothérapie percutanée et d'embolisation
endovasculaire à des gestes de chirurgie réglée,
respectant en particulier les unités de face, et veillant à
éviter les mutilations.
L'avenir thérapeutique viendra t-il de la thérapie génique
? La plupart des malformations veineuses sont sporadiques mais il existe
des formes familiales à transmission autosomique dominante. Vikkula
et al. [4] et Boon et al. [59] ont pu montrer que ces anomalies
veineuses avaient un nombre diminué de cellules pariétales
musculaires lisses par rapport au nombre de cellules endothéliales.
Ils ont, dans deux familles, localisé un gène muté
sur le chromosome 9p, identifiant une substitution d'un seul acide aminé
dans le domaine kinase de TIE2. Ils suggèrent que, dans ces malformations
veineuses, cette mutation altère un signal entre l'endothélium
et les cellules musculaires lisses pariétales, dans la mesure où
TIE2 est un récepteur exprimé de façon prédominante
sur les cellules endothéliales, et où ses ligands, l'angiopoïétine-1
et 2, sont sécrétés par les cellules mésenchymateuses
entourant les tubes endothéliaux en développement. D'autres
facteurs que TIE2 et d'autres gènes sont sans doute impliqués,
car il existe une hétérogénéité génotypique
parmi les familles atteintes de malformations veineuses cutanéomuqueuses.
Malformations lymphatiques
Certaines sont microkystiques et infiltrantes (lymphangiome), parsemées
de vésicules claires ou hématiques, visibles sur la peau
ou les muqueuses atteintes. D'autres sont macrokystiques (hygroma cysticum),
volumineuses, et elles sont parfois alors détectées in
utero dès les 5e-6e mois de grossesse
par les examens échographiques. Les malformations lymphatiques
sont localisées, circonscrites ou diffuses, très étendues
(figure 8) et d'approche
thérapeutique difficile, voire impossible.
Leur histologie retrouve des vaisseaux, des lacs ou des kystes aux parois
fines, souvent optiquement vides (mais des hémorragies intralésionnelles
peuvent les remplir d'hématies) ou contenant quelques lymphocytes
qui peuvent aussi former des amas juxtavasculaires [52]. Un facteur d'angiogenèse
spécifique des vaisseaux lymphatiques a été récemment
découvert : le VEGF-C [60].
Malformations artérioveineuses
Ce groupe est sans doute le plus rare, et le plus mal compris, dans
le domaine des anomalies vasculaires. Certes nous reconnaissons ces lésions
qui sont hémodynamiquement actives : elles sont roses, ou rouges,
chaudes, battantes, soufflantes. Les formes « dormantes » simulent
un angiome plan trop chaud, infiltré, ou un hémangiome en
phase de régression mais qui ne s'améliore plus, reste chaud,
est battant. Les formes évoluées sont cernées de
veines de drainage tendues et serpigineuses où la palpation retrouve
des frémissements (thrills). Les formes distales en s'aggravant
sont le siège de phénomènes ischémiques cutanés,
de nécroses et d'ulcérations douloureuses, qui donnent lieu
à des hémorragies. Des syndromes de gigantisme monomélique
peuvent s'observer (syndrome de Parkes Weber) et des lésions osseuses
lytiques peuvent compliquer le tableau [61]. Les malformations artérioveineuses
sont le plus souvent présentes dès la naissance (68 des
200 cas analysés récemment par notre groupe avaient été
notés dès la naissance) ou apparaissent dans l'enfance (42/200
cas), à l'adolescence (17 cas/200) ou plus rarement ne deviennent
évidentes qu'à l'âge adulte (43/200 cas). Elles s'aggravent
au cours de la vie, et tout particulièrement à la puberté,
lors de grossesses et lors de traumatismes au rang desquels prennent place
les traitements partiels et inadaptés [62]. Nous avons des outils
performants pour en faire le diagnostic lorsque celui-ci est suspecté
cliniquement. Moyens simples comme l'écho-doppler, l'IRM, l'angio-IRM
et l'angio-scanner. Moyens plus invasifs comme l'artériographie
sélective. Nous sommes, en revanche, souvent démunis lorsqu'une
évolution sévère démarre (figure
9). L'embolisation thérapeutique seule est rarement capable
de traiter une MAV efficacement [63] et surtout de manière durable.
Incomplète elle peut induire une évolution secondaire de
contrôle plus délicat, comme c'est le cas avec les ligatures
artérielles systématiques. Les traitements combinés,
embolisation + chirurgie d'excision complète, posent souvent des
problèmes de reconstruction, comme on en rencontre en chirurgie
carcinologique. Même lorsque les traitements semblent satisfaisants,
un suivi à long terme est nécessaire avant de pouvoir affirmer
une guérison car le taux de récidives est élevé.
On ignore tout de la biologie de ces lésions à flux rapide
aux shunts artérioveineux souvent multiples, qui prennent cliniquement
des allures tumorales, avec un potentiel d'invasion locale agressif, alors
qu'il n'existe histologiquement que des vaisseaux artériels, veineux
artérialisés, ou inclassables, associés à
une composante capillaire plus ou moins marquée [52]. Il n'y a
pas d'augmentation des concentrations urinaires des facteurs d'angiogenèse
tels le bFGF ou le VEGF. Il est urgent de progresser dans ce domaine car
les traitements actuels ne sont absolument pas satisfaisants.
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