ARTICLE
Les substances lipidiques sont à la base de l'industrie cosmétique,
elles intègrent tous les constituants qui sont liposolubles et
qui constituent la phase grasse d'un produit cosmétique.
L'utilisation de lipide comme substance pour le soin du corps remonte
à l'Égypte ancienne. Depuis lors, les lipides ont été
mieux identifiés et définis pour devenir, de nos jours,
des éléments d'une formule de produit cosmétique.
Ils participent à la forme galénique du produit fini et
pour certains d'entre eux à la performance que le consommateur
final est en droit d'attendre pour nettoyer, protéger, maintenir
en bon état les diverses parties superficielles du corps humain.
Cet article a pour objet de présenter les principaux lipides
qui ont une efficacité sur la surface cutanée.
Les acides gras essentiels
Deux acides gras sont essentiels : l'acide linoléique (C18:2,
n-6) et l'acide linolénique (C18:3, n-3), qui sont les éléments
indispensables pour la biosynthèse des acides gras à longues
chaînes.
La famille n-6 est la plus importante, la famille n-3 a fait l'objet
de nombreux travaux et apparaît d'un intérêt certain
pour la surface cutanée [1].
La carence en acides gras essentiels a pour conséquences :
- la tendance à l'infection cutanée
- la perte de cheveux
- les démangeaisons
- l'érythème avec écailles
- l'accroissement de la perte en eau par voie transépidermique
La bioconversion des acides linoléique et alpha linolénique
est donnée dans le tableau
1. Trois séries de prostaglandines sont formées
à partir respectivement des acides dihomogammalinolénique,
arachidonique et eicosapentaénoïque.
Par la voie de la cyclo-oxygénase, l'oxydation produit des prostaglandines
séries 1,2,3 respectivement qui peuvent être converties en
thromboxanes.
Par la voie de la lipoxygénase, l'oxydation produit des leucotriènes.
La fonction barrière
La perte d'eau est une première conséquence de la carence
en acides gras essentiels [2-3]. L'acide linoléique restaure la
fonction barrière, réduit l'érythème et les
écailles.
Cette fonction barrière est expliquée par la structure
de la surface cutanée. Elle est liée à la présence
de granules lamellaires.
Les céramides sont le type de lipides polaires [4] qui est présent
en forte proportion dans le stratum cornéum.
Toutes les céramides contiennent de la sphingosine ou de la phytosphingosine
et une fonction amide liée à un acide gras hydroxylé
ou non. L'acide linoléique est l'acide gras insaturé le
plus couramment présent. L'acide linoléique est lié
à une partie du glucose d'un céramide glycosylé [5].
À l'intérieur des granules lamellaires, les lipides sont
arrangés sous forme de disques [6] et ils sont très riches
en acide linoléique lié à un acyl glycosyl céramide
[7].
On émet l'hypothèse que la présence d'acide linoléique
est essentiel pour la formation de granules et de leur structure lamellaire
[8,9]. Dans le cas d'une déficience en acides gras essentiels,
l'acide linoléique est remplacé par son homologue le plus
proche à savoir l'acide oléique (C18:1,n-9), ce qui change
la conformation du céramide qui se trouve alors incapable de former
des granules lamellaires, donc d'apporter l'effet barrière à
l'évaporation de l'eau de la surface cutanée [10]. L'acylglucosylcéramide
se retrouve déglucosylé dans le ciment intercellulaire du
stratum cornéum et c'est le céramide que l'on retrouve en
plus grande quantité.
Il est un fait que les sujets qui présentent un eczéma
atypique ont des anomalies dans la structure des corps lamellaires [11].
Melnik [12] fait l'hypothèse que ce phénomène peut
être dû à une diminution des céramides totales,
confirmée par le fait que les sujets atypiques présentent
un taux de céramide 1 très faible.
Métabolisme des
eicosanoïdes
La delta 6 désaturase est l'étape limitante de la bioconversion
des acides gras essentiels. L'enzyme est absent de l'épiderme humain
atteint de psoriasis [13] et il y a accroissement du taux d'acide arachidonique
libre.
Les acides gras précurseurs des prostaglandines sont liés
à l'intérieur des membranes cellulaires dans la fraction
phospholipidique (différentes classes de phospholipides). Il semble
que chaque classe de phospholipides a des fonctions différentes.
Les différentes phospholipases libèrent les acides gras
des membranes. Il apparaît que l'activité de la phospholipase
A2 (PLA2) augmente à l'intérieur de la peau des patients
atteints de psoriasis et que l'inhibition de la PLA2 est absente permettant
une augmentation de l'acide arachidonique (AA) et une augmentation d'eicosanoïdes
pro-inflammatoires.
L'altération de la ration lipidique peut modifier la synthèse
des eicosanoïdes [14]. La supplémentation avec de l'huile
d'onagre a comme résultat d'accroître l'acide dihomogammalinolénique
(DHGL) avec un accroissement du rapport DGLA/AA. Cela semble résulter
d'un accroissement de la production des prostaglandines de la série
1 (PGE1).
L'huile d'onagre apportée à des cochons augmente les PGE1
de l'épiderme [15]. De la même manière, l'augmentation
dans l'alimentation des acides gras n-3 change la composition lipidique
de l'épiderme avec une réduction marquée de l'acide
linoléique et le remplacement de l'AA par l'EPA et le DHA dans
les membranes.
Cela résulterait d'une génération locale de prostaglandines
de la série 3 non inflammatoires dans la peau.
La modification des lipides membranaires par des moyens alimentaires
a pour conséquence de modifier la fluidité membranaire et
les propriétés physiologiques associées telles que
les fonctions réceptrices et activité enzymatique. En général,
plus les acides gras sont saturés, moins fluide est la membrane.
La fluidité de la membrane montre la capacité des molécules
lipidiques à diffuser latéralement, un procédé
dans lequel chaque molécule peut échanger avec sa voisine
avec une très grande rapidité. Ce sont les acides gras présents
en position 1 et 2 sur la molécule de phospholipide qui déterminent
et maintiennent la fluidité.
L'application cutanée d'acides gras essentiels diminue la perte
en eau de l'épiderme par incorporation dans les phospholipides
épithéliaux.
La biosynthèse des prostaglandines se produit dans la fraction
microsomiale des cellules de la peau. La principale contribution des eicosanoïdes
(PGE1) au maintien d'une peau saine semblerait consister à régulariser
la kératinisation en réduisant la biosynthèse des
stérols. La chaîne de bioconversion ne se poursuit pas au-delà
de l'acide dihomogammalinolénique [16] dans l'épiderme.
Cela implique que les PGE2 ne résultent pas d'applications locales
d'acides gras essentiels.
Le modèle suggéré par ces observations implique
la production initiale d'acide gras par la lipase cutanée à
partir du lipide appliqué. L'acide gras essentiel n-6, étant
incorporé dans les phospholipides épithéliaux, restaure
la répartition normale d'acide gras dans la membrane des cellules
et sa fonction de barrière. La biosynthèse des acides gras
essentiels se poursuit par l'intermédiaire de ce substrat phospholipidique.
La prolifération anormale de cellule de la peau peut maintenant
être régulée par les PGE1 au moyen de la biosynthèse
des stérols.
Composition en acides gras :
Les acides gras essentiels, leurs esters et autres dérivés
permettent d'élaborer des formules de crèmes, lotions...
très hydratantes ou nourrissantes.
Trois huiles qui contiennent des acides gras essentiels et leurs métabolites
sont très intéressantes :
* l'huile d'onagre
* l'huile de bourrache
* l'huile de pépins de cassis
Toutes ces huiles ont en commun de contenir de l'acide gamma linolénique
(C18:3,n-6) en plus ou moins grande quantité et uniquement pour
l'huile de pépins de cassis des acides gras de la série
n-3, à savoir l'acide alpha linolénique et l'acide stéaridonique
(C18:4, n-3).
* L'huile d'onagre
C'est l'huile qui a été étudiée depuis de
nombreuses années pour l'intérêt de sa teneur en acide
gamma linolénique et la production de cet acide a bien été
confirmée par les prospections effectuées sur les graines
d'espèces d'autres sections et sous-sections d'onagre. La littérature
est riche en tests effectués en nutrition humaine et en application
topique.
Cette huile est disponible sous la forme vierge et raffinée.
* L'huile de bourrache
C'est une huile qui est plus récente quant à sa disponibilité
sur le marché. Elle présente l'avantage par rapport à
l'huile d'onagre de contenir un taux plus important d'acide gamma linolénique,
plus du double. Il est à noter que la composition de cette huile
contient un faible pourcentage d'acide érucique qui pourrait présenter
un inconvénient au niveau de la tolérance cutanée.
Cette huile est disponible sous la forme vierge et raffinée.
* L'huile de pépins de cassis
C'est une huile qui a fait l'objet de nombreux travaux quant à
ses applications, par la Société Nestlé. C'est la
seule huile qui contienne les acides gras des deux séries n-6 et
n-3 ainsi que les deux métabolites C18:3, n-6 et C18:4,n-3 [17,18].
Cette huile est disponible sous la forme raffinée uniquement
(brevet Nestlé).
Seul un raffinage adapté peut garantir la stabilité de
l'huile en l'état et au sein de formulations cosmétiques.
Ces huiles sont, en général, protégées à
l'aide d'antioxygène (mélange synergique de vitamines E,
C et B3 et d'une fraction phospholipidique par exemple) et conditionnées
à l'abri de l'air avec saturation d'azote par exemple.
De nouvelles sources [19] d'acide gamma linolénique et d'acide
stéaridonique ont été découvertes en examinant
neuf espèces de Mongolian Boraginaceae. Des taux d'acide
gamma linolénique variant de 6,6 à 13 % ont été
trouvés et de 2,4 à 21,4 % pour l'acide stéaridonique.
L'acide tétraène est un composant significatif des graines
de Hackelia defexa (21,4 %) et de 3 espèces de Lappula
(17,2-18,1%).
Les céramides
Sept séries de céramides ont été identifiées
parmi les lipides du stratum cornéum humain. Les structures des
différents céramides sont précisées figure
1 [20].
Les céramides de type 1,2,4,5 ont pour base la chaîne sphingosine,
les céramides 6I et 6II, confondus en chromatographie en couche
mince et le céramide 3 sont formés à partir d'une
phytosphingosine.
La liaison amide s'établit avec un acide gras non hydroxylé
pour les céramides 2 et 3, alpha hydroxylé pour les céramides
4,5,6I,6II et oméga hydroxylé pour le céramide 1.
Outre l'acide gras amidifié, deux céramides portent un acide
gras supplémentaire, estérifié à l'hydroxyle
en position oméga de la céramide 1, pour former l'acyl céramide,
estérifié à l'hydroxyle en C4 du céramide
6I.
La composition chimique particulière des céramides influe
grandement sur la présentation spatiale de la molécule.
Elle intervient de la même façon dans la relation des céramides
aux autres lipides des bicouches du stratum cornéum et permet d'expliquer,
d'une part leur rôle de cohésion et d'autre part leur action
d'opposition aux pertes hydriques.
La répartition des céramides est donnée ci-après
pour une peau saine et une peau desquamée :
La structure chimique des céramides leur confère un rôle
structural et protecteur prêt à répondre à
toutes les situations d'agression cutanée, qu'elles soient d'ordre
climatique, chimique ou métabolique.
La fonction de protection solaire de la couche cornée vis-à-vis
des rayons ultraviolets est étroitement liée à sa
teneur en céramides.
Dans le cas des peaux sèches, il y a disparition des céramides
en même temps que la fonction barrière. L'Oréal a
montré qu'il existe une relation entre les peaux sèches
et un déficit en céramides de la série 2.
Dans le cas de peaux sèches pathologiques, il y a déficience
en acides gras essentiels en particulier de la série n-6, l'examen
des céramides montre que le linoléate des acylcéramides
est remplacé par l'oléate, l'application topique de linoleylcéramides
rétablit la fonction barrière.
Les céramides sont également mis en cause dans les maladies
de la peau qui relèvent des troubles de la différenciation
cellulaire comme le psoriasis, l'acné.
Les céramides sont un maillon essentiel pour la protection de
l'épiderme : ils assurent la cohésion du ciment intercellulaire,
agissent contre le dessèchement de la peau, enfin, et possèdent
des propriétés modulatrices de la prolifération cellulaire.
Il est évident que les céramides sont des lipides actifs
très intéressants pour le formulateur de produits cosmétiques.
Les céramides sont apparus sur le marché voici une dizaine
d'années. En premier lieu, les céramides étaient
issus du règne animal, extraits du tissu cérébro-spinal
de bovins. La suspicion du consommateur pour les produits d'origine animale
et plus particulièrement bovine, à la suite des différents
cas d'encéphalite spongiforme bovine, a obligé les fabricants
à trouver des sources de céramide non animales. Il existe
actuellement sur le marché des céramides d'origine végétale
et des céramides synthétiques.
La tendance, pour l'extraction de céramides végétales,
est de partir de céréales, soja, avoine, blé... Les
céramides extraits sont des céramides simples et des céramides
liés à une ou plusieurs molécules de sucre.
Les céramides de synthèse ne présentent pas la
forme stéréochimique identique aux céramides naturelles,
mais ils s'intègrent parfaitement aux espaces intercellulaires
du stratum corneum.
Quelle que soit leur origine, les céramides présentent
de bonnes capacités pour la lutte anti-déshydratation et
sont, à l'heure actuelle, des matières premières
de choix pour le formulateur.
Les liposomes
Les liposomes sont produits par dispersion de phospholipides dans l'eau
dans des conditions définies, c'est d'ailleurs une des propriétés
des phospholipides de se mettre sous forme de bicouches multi-lamellaires.
Ce sont des vésicules idéales pour les applications cosmétiques.
Elles offrent une méthode aisée pour solubiliser les substances
actives dans le cur de la bicouche. Elles formeraient une structure
cristalline lamellaire sur la peau et de ce fait, compatible avec celle
du stratum corneum.
Les phospholipides utilisés doivent être purs pour éviter
les irritations cutanées dues aux impuretés contenues dans
ces émulsifiants. L'oxydation est un risque potentiel et l'utilisation
d'émulsifiants synthétiques est une alternative, par exemple
néosomes produits avec des non ioniques, d'émulsifiants
polymérisables qui peuvent aussi produire des vésicules
stables.
Les céramides liposomés se transforment spontanément
en bi-couches dans des conditions qui correspondent aux conditions physiologiques,
c'est une excellente manière d'optimiser les céramides car
ils permettent une meilleure intégration dans l'épiderme
avec, comme principaux effets, le pouvoir réparateur et hydratant.
Les liposomes, bien qu'étant utilisés déjà
depuis une dizaine d'années, sont des vecteurs performants pour
le transport d'actifs dans l'épiderme.
Les vitamines liposolubles
Les vitamines [21] additionnées aux formulations cosmétiques
ont un rôle de protection des cellules et des tissus cutanés
contre les attaques extérieures, les plus intéressantes
sont les vitamines A, E, C et le bêta-carotène, le rôle
des deux premières est précisé ci-dessous.
Le palmitate de vitamine A
La vitamine A est utilisée sous sa forme estérifiée
stable, le palmitate de vitamine A. Il semble, dans certains cas, offrir
des résultats fort peu différents de ceux que l'on obtient
avec l'acide, sans ses inconvénients, puisque l'ester est bien
toléré par la peau.
La vitamine A stimule la production d'en-zymes, l'activité mytotique,
la prolifération cellulaire, la formation de collagène et
de kératine. Elle augmente l'élasticité de la peau,
aide à la cicatrisation et prévient la formation des rides
dues aux UV. Les UVA réduisent de manière considérable
la teneur en vitamine A du derme et la situation a du mal à revenir
à la normale. L'application topique du palmitate de vitamine A
permet une augmentation très nette de l'épaisseur de l'épiderme
(études T. Kunt et D.F. Counts).
La vitamine E
L'acétate de vitamine E est un antioxydant et un anti-radicalaire.
C'est une substance qui permet de rompre la peroxydation lipidique dans
le plasma sanguin et les membranes cellulaires. Il convient de maintenir
un taux suffisant de vitamine E dans l'épiderme pour pallier les
effets des radiations UV.
Les insaponifiables
Les insaponifiables de nombreuses huiles végétales présentent
une activité biologique démontrée tant chez l'animal
que chez l'homme.
Parmi eux, des produits classiques comme les insaponifiables d'avocat
et de soja [22] sont susceptibles d'améliorer certains états
pathologiques liés à des troubles du tissu conjonctif et
du collagène.
Les insaponifiables de karité donnent des propriétés
complémentaires aux filtres UV utilisés dans les produits
solaires grâce au karitène qu'il contient ; ce sont, en outre,
des provitamines (vitamine A) qui agissent au niveau de la peau en favorisant
la différenciation cellulaire, donc en empêchant le dessèchement
de la surface cutanée. Les phytostérols qu'ils contiennent
sont des précurseurs biologiques de certains stérols et
stéroïdes dont on connaît le rôle dans la croissance
cellulaire.
Un produit nouveau sur le marché est l'extrait essentiel d'huile
de sésame [23] obtenu par distillation moléculaire d'huile
de sésame biologique. Cet extrait comprend deux antioxydants naturels,
la sésamine et la sésamoline, constituants spécifiques
de cette huile, une forte teneur en insaponifiable et un pourcentage important
d'acide linoléique. Cette composition permet d'obtenir une très
forte résistance à l'oxydation et un pouvoir antioxydant
qui accroît la résistance à l'oxydation des bases
grasses couramment utilisées en cosmétique. Deux activités
peuvent être revendiquées, à savoir l'activité
anti-radicalaire et l'action régénératrice et hydratante
due à la présence de grandes quantités d'insaponifiables.
Les esters de polyglycérol
Ces tensioactifs permettent d'éviter les composés mineurs
indésirables que l'on peut rencontrer dans les esters de polyéthylène
glycol, comme le dioxane 1-4. Ce sont des composés entièrement
végétaux, inodores, totalement biodégradables, qui
permettent de conférer aux formules fabriquées avec ces
produits une bonne stabilité rhéologique et thermique des
émulsions.
Les plus intéressants seraient les esters de tri, hexa, décaglycérol.
En outre [24], les esters de polyglycérol sont les molécules
qui permettent d'hydrater la peau. Les plus performants sont les monoesters
d'hexa et décaglycérol, avec des acides gras mono et polyinsaturés.
Les recherches ont montré que les propriétés d'hydratation
de la peau de ces esters ont pu être quantifiées. Les esters
présentant un fort HLB ont la capacité d'être retenus
à l'intérieur du stratum corneum et ne sont pas facilement
éliminés par lavage à l'eau. Cette substantivité
procure à la peau les bénéfices d'une bonne hydratation.
Les esters de polyglycérol ont une solubilité limitée
dans l'eau et ne forment pas des micelles dans l'eau. Au lieu de cela,
le tensio-actif s'associe dans un arrangement parallèle produisant
des cristaux liquides lamellaires, l'espace inter-couche est accru lorsque
la longueur de chaîne polaire est plus importante (hexa, déca).
De cette manière, appliqués sur le stratum corneum,
les esters de polyglycérol à haut HLB permettent d'augmenter
la pénétration d'eau dans les espaces inter-couches.
Parmi les chaînes grasses de ces esters que l'on rencontre dans
le commerce, nous pouvons citer le dipalmitostéarate, l'huile de
noisette, la cire d'abeille. Pour cette dernière, il y a combinaison
des propriétés de la cire d'abeille et l'activité
non ionique des esters. Dans les émulsions, le produit agit comme
stabilisant en empêchant les cristallisations de la phase grasse
et en agissant comme co-émulsifiant des émulsions H/E et
E/H. Dans les produits anhydres, le produit donne avec les huiles de paraffine
des gels très stables et très doux. Dans les produits de
maquillage, le produit aide à la désagglomération
des pigments et améliore la dispersion des ingrédients.
Dans les sticks, le produit améliore la dispersion des ingrédients.
Les alkylpolyglucosides
Ce sont des produits obtenus par éthérification de glucose
naturel sur un alcool gras naturel. Leurs propriétés ne
correspondent pas à celles des tensio-actifs non ioniques c'est-à-dire
les alcools gras éthoxylés. Leur comportement est plus proche
de celui des tensio-actifs anioniques. Cet aspect est fondé non
seulement sur des recherches physico-chimiques de nature fondamentale,
mais aussi sur l'expérimentation au niveau de ses applications.
Ce sont des produits qui respectent l'équilibre physiologique de
la peau et n'ont pas d'effet sur l'eau liée du stratum corneum.
Ils sont en outre parfaitement bien tolérés par la peau.
Ce sont des produits issus de matières premières naturelles
qui respectent l'environnement.
Produits à base de dérivés
du lait
Les lipides du lait sont uniques dans leur composition et ils offrent
des caractéristiques spéciales aux formulations de produits
cosmétiques [25]. Les lipides du lait sont un mélange de
triglycérides et d'insaponifiables. Les acides gras des lipides
du lait contiennent des chaînes courtes, moyennes et longues. Les
chaînes courtes sont incorporées facilement, les chaînes
moyennes et longues procurent les performances d'émollience et
la sensation après application.
Ces sont des produits doux, non irritants, non toxiques, ainsi ils peuvent
être utilisés dans les formulations pour enfant et pour les
produits de nettoyage du visage.
Les produits rencontrés sur le marché sont des triglycérides,
quelques tensio-actifs comme des amidopropyl bétaïnes, utilisés
dans les shampooings, produits pour le corps...
Les caractéristiques recherchées
Une des caractéristiques importantes des lipides est l'émollience
[26]. Emollient est un des plus communs adjectifs utilisé comme
descripteur d'huiles et esters cosmétiques et encore sa définition
est vague. On peut définir ce terme comme un ensemble de caractéristiques
variables perçu à un moment donné par le toucher
et la vue, qui évoque la douceur, l'élasticité et
le pouvoir glissant pour le toucher, et le brillant ou le mat pour la
perception visuelle.
L'émollient est utilisé pour rendre souple une peau sèche
et améliorer l'élasticité. Les émollients
ne sont pas seulement les huiles, esters ou cires. Les polymères
hydrophiles augmentent la perception émolliente ainsi que le talc
et d'autres poudres en synergie avec les substances lipophiles.
Une idée intéressante serait de pouvoir corréler
les propriétés des émollients à leur structure.
Les chercheurs pensent que la masse molaire n'est pas un indicateur pertinent
pour apprécier la perception finale sur la peau, mais la notion
d'état de «gras» semblerait plus corrélée.
Les groupes polaires donnent un effet négatif sur l'émollience
tandis que le niveau d'instauration et/ou la présence de chaînes
grasses ramifiées semblent corrélés, probablement
à cause de l'abaissement du point de fusion de la phase lipidique
résiduelle sur la peau.
Le glissant est directement lié au coefficient de friction.
L'étalement est lié à l'angle de contact d'une
goutte de liquide sur un substrat standardisé.
L'émollience peut être définie comme une combinaison
linéaire du glissant et de l'étalement.
Deux valeurs d'émollience peuvent être définies
: l'émollience à l'application et l'émollience résiduelle,
par différence des deux valeurs, il est possible de classer les
produits comme protecteurs, par exemple le dimérate de diisopropyle,
l'isostéarate d'isopropyle, comme graissants, par exemple l'isostéarate
de glycérol, l'huile de jojoba, l'huile de ricin, comme donnant
l'impression de sec, par exemple l'oléate de décyle, l'isostéarate
d'isopropyle, l'alcool isostéarylique, le palmitate d'isopropyle,
comme astringents, par exemple le myristate d'isopropyle, l'octanoate
d'octyle, le cocoate d'octyle, les cyclométhicones et les diméthicones
à bas poids moléculaire.
Un produit cosmétique contenant une forte proportion d'huile
végétale ou minérale peut être considéré
comme gras, avec l'incorporation d'un émollient à fort pouvoir
d'étalement, le produit fini présentera une amélioration
sensible au niveau de la texture et de la sensation à l'application.
La polarité est un terme utilisé pour les huiles cosmétiques.
En simplifiant, si une molécule est symétrique, elle est
non polaire, si elle est asymétrique, elle est polaire et si, en
plus, elle contient des chaînes ramifiées ou des atomes fortement
ionisables, la polarité augmentera.
La tension superficielle est une propriété des huiles
en cosmétique, ICI Speciality Chemicals a proposé [27] un
index de polarité fondé sur les mesures de tension superficielle.
C'est une liste disponible avec des valeurs qui permettent de classer
les matières premières par polarité.
Les paramètres de solubilité sont définis comme
la racine carrée des énergies de cohésion à
l'intérieur d'une molécule et ces énergies de cohésion
sont directement liées à la polarité. De cette manière,
ces valeurs peuvent être utilisées pour différencier
les matières premières. Plus les paramètres de solubilité
sont proches pour deux substances, plus facile sera la combinaison de
ces deux matières premières.
Un autre point important pour la sélection des esters et huiles
destinées à la formulation de produits cosmétiques
est la comédogénécité [28]. Malheureusement,
beaucoup d'émollients qui ont de bonnes propriétés
d'étalement et de glissant peuvent aussi conduire à la formation
de comédons. Le myristate d'isopropyle, utilisé pour réduire
l'impression de gras et améliorer l'étalement, est un promoteur
bien connu de comédons.
Tous les esters isopropyliques sont comédogènes. Les ramifications
et insaturations accroissent le pouvoir comédogène dans
une même série. Les esters diisopropyliques ne sont pas comédogènes
mais possèdent un fort pouvoir irritant.
La série des silicones n'est pas comédo- gène.
L'éthoxylation réduit la comédogénécité.
Les huiles ont aussi un pouvoir comédogène, il n'y a pas
de corrélation entre le pouvoir comédogène et l'insaturation,
par exemple l'huile de tournesol est de loin moins comédogène
que l'huile d'amande douce, alors que cette dernière a un indice
d'iode moins élevé que celui de l'huile de tournesol. Le
tableau ci-dessous indique pour quelques huiles le pouvoir comédogène,
classé sur une échelle de notation de 0 à 3 et l'indice
d'iode :
La glycérine est elle-même non comédogène
et peut limiter la comédogénécité des acides
comédogènes lorsqu'ils sont sous forme d'esters, mais ceci
n'explique pas la raison pour laquelle l'huile d'avocat, qui est du trioléate
de glycérol presque pur, n'est pas comédogène alors
que l'huile d'amande de pêche, qui est très similaire, est
fortement comédogène. Les impuretés contenues dans
ces huiles pourraient expliquer cette différence.
Les acides sont plus comédogènes que leur équivalent
alcool. L'acide stéarique est faiblement comédogène,
alors que l'alcool stéarique ne l'est pas. Les acides ramifiés
sont fortement comédogènes.
Les glycols et polyglycols ne sont pas comédogènes, à
rapprocher de leur forte solubilité dans l'eau.
L'huile de ricin et ses dérivés ne sont pas comédogènes.
Les substances à caractère comédogène doivent
faire l'objet d'une attention particulière pour l'élaboration
des formules :
* Il convient de limiter les huiles et cires fortement comédogènes.
* Les émulsions diluent physiquement les substances comédogènes.
Les systèmes pulvérulents tels les fards... ne font pas
diminuer le pouvoir comédogène d'une substance comédogène.
* L'incorporation de substance non comédogène mais irritante,
tels le savon, le lauryle éther sulfate de sodium, le propylène
glycol, peut promouvoir l'effet comédogène dans une formule.
* Les substances fortement comédogènes ne réagissent
pas de manière linéaire c'est-à-dire que leur dilution
ne fait pas baisser de manière significative le pouvoir comédogène
du produit dilué.
* Certaines substances parfumantes potentialisent la comédogénécité
et doivent être évitées.
* Les substances partiellement comédogènes peuvent être
substituées avec des dérivés qui diluent l'effet
comédogène. Le formulateur peut, en effet, utiliser l'oléate
d'isodécyle au lieu de l'oléate de décyle, le stéarate
d'hexadécyle au lieu du stéarate de butyle.
La recherche de lipides présentant une activité réelle
sur la surface cutanée est la voie que les chercheurs privilégient,
c'est la raison pour laquelle les lipides identiques ou ayant une activité
identique à ceux rencontrés dans le stratum corneum font
partie des recherches menées à ce jour. Ces lipides sont
issus du règne végétal ou marin.
Les tensioactifs utilisés pour créer la forme galénique
du produit fini, outre leur propriété de surface, peuvent
aussi présenter une action d'efficacité sur la surface cutanée
comme l'hydratation, la régénération. Certaines molécules
actives peuvent être modifiées pour obtenir des molécules
amphiphiles susceptibles de pouvoir remplacer en totalité ou partie
les tensio-actifs classiques.
En outre, ces lipides doivent présenter des caractéristiques
de non-comédogénécité, non occlusivité
et d'émollience.
La recherche de lipides innovants doit être tout à la fois
fondée sur l'efficacité qu'ils procurent sur la peau et
l'exotisme qu'ils peuvent évoquer pour le consommateur.
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