ARTICLE
Contexte historique
Il est nécessaire d'avoir présent à l'esprit les
circonstances historiques d'apparition des syndromes lipodystrophiques
des patients traités pour une infection par le VIH. Jusqu'en 1996,
les seuls antirétroviraux disponibles étaient les inhibiteurs
nucléosidiques de la transcriptase inverse, que l'on commençait
alors à associer en bithérapie. Très grossièrement,
on peut considérer qu'une monothérapie par analogue nucléosidique
pouvait avoir une efficacité virologique appréciable pendant
quelques mois, une bithérapie pendant peut-être 1 an. La
durée médiane de survie d'un malade ayant un sida déclaré
était de l'ordre de 18 mois et l'évolution vers le sida
des patients asymptomatiques paraissait inéluctable. L'arrivée
des antiprotéases a bouleversé cet état de fait :
associées aux inhibiteurs nucléosidiques dans les maintenant
classiques trithérapies, ces molécules ont apporté
un formidable gain en efficacité antivirale puisqu'elles ont rendu
possible, chez une majorité de patients, l'arrêt apparemment
complet de la réplication virale, reflété par l'obtention
de charges virales plasmatiques indétectables. En corollaire, on
a assisté à une correction du déficit immunitaire,
sous la forme d'une réascension souvent spectaculaire et persistante
du nombre des lymphocytes T CD4 circulants. La morbidité et la
mortalité s'en sont rapidement trouvées réduites,
dès 1998 [2, 3], et tous les indicateurs (hospitalisation, consommation
de médicaments anti-infectieux) vont dans le même sens.
Ce rappel historique montre que l'apparition des anti-protéases
dans les régimes thérapeutiques n'a pas représenté
uniquement l'introduction d'une nouvelle classe de molécules mais
a au contraire entraîné plusieurs bouleversements. Ces patients
à la durée de vie sans symptôme très nettement
allongée se sont trouvés avec des durées cumulatives
d'exposition à toutes les molécules antirétrovirales
très supérieures à ce que l'on avait pu observer
jusqu'alors. La quasi-disparition des maladies infectieuses opportunistes
chroniques a pu aussi rendre apparentes des manifestations cliniques auparavant
noyées dans les syndromes cachectiques du VIH et les grandes dénutritions
liées aux infections, en particulier digestives. Enfin, en raison
de la chronologie parallèle de l'évolution des cohortes
de patients et du développement des molécules antivirales
(tableau 1), certaines combinaisons
thérapeutiques se sont trouvées très majoritaires
au moment où les antiprotéases ont pu être prescrites
et où les syndromes lipodystrophiques ont commencé à
être observés. Ainsi, en 1996-1998, deux combinaisons rendaient
compte de plus de 70 % des prescriptions : AZT, 3TC et indinavir chez
les sujet vierges de traitement antirétroviral, d4T, 3TC et indinavir
chez les sujets prétraités par nucléosides (en pratique
ayant déjà reçu de l'AZT).
Description des syndromes
lipodystrophiques
Résumées dans le tableau
2, les manifestations cliniques des syndromes lipodystrophiques
associent diversement des signes de lipoatrophie périphérique
et d'accumulation de graisse thoracoabdominale, particulièrement
viscérale. La plupart des auteurs s'accordent à reconnaître
des formes cliniques dans lesquelles prédomine la lipoatrophie
(figure 1) ou l'obésité
tronculaire (figure 2),
et des formes mixtes, les plus fréquentes, associant les deux éléments
[4-6]. Toutefois, cette classification clinique (parfois assise sur des
mesures anthropométriques) n'est pas exempte de critique dans la
mesure où l'accumulation de graisse thoracoabdominale est surtout
viscérale et pourrait être négligée en l'absence
de réalisation systématique de scanner ou d'imagerie par
résonance magnétique de l'abdomen. Sont parfois associés
à ces anomalies de répartition des graisses d'autres signes
cliniques comme la sécheresse cutanée, l'alopécie
(cheveux et pilosité corporelle) ou l'apparition d'ongles incarnés,
dont la place n'est pas évidente. S'agit-il d'éléments
d'un même syndrome, relevant d'un processus physiopathologique commun,
ou d'effets secondaires toxiques médicamenteux des antirétroviraux
et, en particulier, des antiprotéases, fréquemment associés
aux lipodystrophies pour des raisons épidémiologiques évidentes
?
Des anomalies biologiques ont été décrites dans
ce contexte : augmentation de la cholestérolémie totale
(par augmentation de la fraction LDL, au détriment de la fraction
HDL), de la triglycéridémie, de la glycémie et de
l'insulinémie [5, 7-9]. En réalité, il semble que
les anomalies de la glycorégulation soient particulièrement
fréquentes : même avec une glycémie à jeun
normale, il est possible de mettre en évidence une hyperinsulinémie,
témoignant d'une insulinorésistance [5, 7, 10-14]. Dans
certains cas, un diabète franc est diagnostiqué [7, 14,
15], pouvant nécessiter la prescription d'insuline, parfois à
très fortes doses, ce qui confirme l'état d'insulinorésistance
de ces patients.
Il est important de relever que ces anomalies peuvent être dissociées
: les anomalies biologiques ou cliniques peuvent être isolées
et les perturbations biologiques peuvent ne porter que sur le versant
lipidique ou glucidique. Toutefois, il semble bien que les anomalies biologiques,
particulièrement l'insulinorésistance et l'hypertriglycéridémie
ont une valeur prédictive de l'apparition des anomalies cliniques
[16]. Le devenir des patients indemnes de lipodystrophie clinique, mais
présentant ces anomalies biologiques doit donc être examiné
avec une grande attention, même à très long terme.
Ce point est d'autant plus important qu'il est actuellement difficile
de préciser l'incidence exacte du syndrome. En effet, sans consensus
opérationnel sur sa définition, les études descriptives,
ayant adopté des critères différents, donnent des
indications de fréquence très variables, allant de quelques
pourcents à plus de 80 % à partir d'un an de trithérapie
antirétrovirale avec antiprotéase. À l'issue de la
récente conférence tenue à San Diego sur ce thème
en juin 1999 (1st International workshop on adverse drug reactions
and lipodystrophy in HIV), les participants ont par conséquent
travaillé à la définition de critères, étape
indispensable à une analyse cohérente du phénomène,
retenant grosso modo pour ce faire les éléments indiqués
dans le tableau 2 et la
présence des anomalies biologiques décrites ci-dessus.
Comme il apparaît que la durée d'exposition aux traitements
semble être un facteur prédictif très fort, il est
probable que la population des patients sous antirétroviraux n'est
pas actuellement stabilisée en ce qui concerne la survenue de cette
complication. En effet, la plupart des études s'accordent à
reconnaître que le syndrome lipodystrophique survient après
une médiane d'environ 18 à 20 mois d'exposition à
la multithérapie antirétrovirale, mais les courbes de survie
sans lipodystrophie, établies à partir de différentes
cohortes de patients, ne montrent pas encore de plateau.
Compte tenu de l'ensemble de ces données clinicobiologiques,
il est évident qu'une des interrogations majeures concernant les
syndromes lipodystrophiques porte sur le risque cardio-vasculaire qui
pourrait y être lié. De fait, plusieurs publications documentent
la survenue d'infarctus du myocarde chez des patients, souvent jeunes,
infectés par le VIH et recevant une trithérapie antirétrovirale
avec inhibiteur de protéase [17-23]. Faute d'études contrôlées,
il est toutefois difficile de conclure à une éventuelle
augmentation d'incidence de ces accidents, et encore plus délicat
d'établir un lien de causalité entre les syndromes lipodystrophiques,
les anomalies biologiques qui leur sont associées (qui ne pèsent
probablement pas toutes le même poids en termes de risque vasculaire)
et un éventuel processus d'athérogenèse accélérée.
Il faut noter que dans l'immense majorité des cas rapportés,
les patients présentaient au moins un autre facteur de risque vasculaire,
qui était le plus souvent le tabagisme. Toutefois, les facteurs
de risque vasculaire ayant un effet multiplicatif, il est sans doute raisonnable
de conclure que, si les modifications du bilan lipidique observées
sous traitment antirétroviral véhiculent un risque propre
vraisemblablement modeste, leur association à d'autres facteurs
(antécédents familiaux, tabagisme) peut aboutir à
la définition d'un risque vasculaire élevé.
Hypothèses physiopathologiques
Rôle de l'infection rétrovirale
Deux courants d'hypothèse ont été proposés
pour lier l'apparition des syndromes lipodystrophiques à l'infection
rétrovirale elle-même ou aux désordres immunologiques
induits par celle-ci.
Il était ainsi possible de considérer que ces syndromes
reflétaient l'évolution continue, à très bas
bruit, de l'infection malgré le traitement [24] : dans cette hypothèse,
la trithérapie, autorisant simplement un suivi prolongé,
permettrait de démasquer des symptômes jusqu'ici noyés
parmi d'autres ou n'ayant jamais eu le temps d'apparaître. En effet,
on sait bien que l'infection non ou insuffisamment traitée entraîne
des désordres métaboliques, expliqués par la production
de cytokines pro-inflammatoires, se traduisant par une cachexie, souvent
accompagnée et précédée d'une hypertriglycéridémie
et d'une hypocholestérolémie. Toutefois, les syndromes lipodystrophiques
des patients traités sont différents : la composante lipohypertrophique
leur est propre et, contrairement à ce qui est observé dans
la cachexie du VIH, plusieurs études ont échoué à
démontrer ici une élévation des taux circulants des
cytokines pro-inflammatoires comme le TNFalpha, l'interleukine (IL)-1
et l'IL6 ou l'interféron alpha. Même si ces dosages ne reflètent
que très imparfaitement l'activation des voies de l'inflammation,
cette différence est notable. De plus, on expliquerait mal une
situation très paradoxale où la réplication virale
persistante serait trop faible pour être détectée,
mais suffisante pour pérenniser une activation du système
inflammatoire de nature à entraîner des désordres
métaboliques aussi importants. Il demeure que l'analyse des paramètres
inflammatoires à l'échelle tissulaire ou cellulaire reste
à faire : des données préliminaires indiquent que
la lipodystrophie pourrait être liée à l'accumulation
dans la circulation de cellules T CD8 productrices de TNFalpha [9].
Il était par ailleurs frappant de constater, au moins dans les
descriptions initiales, que les syndromes lipodystrophiques semblaient
survenir essentiellement chez des patients dont le traitement antirétroviral
était particulièrement efficace, comme en témoignaient
le parfait contrôle de la charge virale et la bonne remontée
des lymphocytes T CD4. Des effets métaboliques liés à
la correction des désordres immunitaires induits par l'infection,
voire une intervention directe des effecteurs immunitaires restaurés
sous traitement ont pu ainsi être évoqués. En réalité,
la lipodystrophie peut survenir même en cas de contrôle imparfait
de la charge virale plasmatique [6]. Par ailleurs, dans les quelques études
préliminaires disponibles, le tissu adipeux biopsié ne montre
pas à l'évidence d'infiltrat inflammatoire. Il faut cependant
garder en mémoire l'existence de syndromes lipoatrophiques succédant
à des infections virales aiguës ou associés à
une atmosphère auto-immune.
Anomalies du tissu
adipeux
Peu de données sont disponibles sur les anomalies du tissu adipeux
chez les patients lipodystrophiques. Une étude portant sur 11 biopsies
de tissu adipeux sous-cutané a montré dans 10 cas des signes
plus ou moins importants en faveur d'une apoptose adipocytaire [25]. Des
études morphologiques et métaboliques approfondies du tissu
adipeux des patients lipodystrophiques demeurent donc absolument nécessaires
et hautement prioritaires. La notion d'une insulinorésistance fréquente
et les similarités que l'on ne peut manquer d'évoquer avec
les diabètes lipoatrophiques congénitaux [26, 27], dont
la caractérisation génétique est en cours, incitent
en effet à se pencher avec une grande attention sur d'éventuelles
anomalies de la différenciation et du métabolisme adipocytaires.
Anomalies hormonales
La plupart des études disponibles à ce jour ont échoué
à mettre en évidence, par les dosages plasmatiques, des
anomalies des axes hormonaux : les hormones thyroïdiennes, corticosurénaliennes
et l'axe somatotrope semblent normaux. Il n'a pas non plus été
mis en évidence de dérégulation évidente de
la leptine, dont les taux circulants restent corrélés à
l'index de masse corporelle. Une étude récente a cependant
mis en évidence, chez des hommes lipodystrophiques recevant des
antiprotéases, une diminution du taux circulant de déhydroépiandrostérone
(DHEA) et une augmentation du rapport de concentrations cortisol/DHEA,
corrélée à l'élévation des taux des
fractions lipidiques athérogènes [9]. Ces anomalies, si
elles sont confirmées, pourraient contribuer à expliquer
le déséquilibre entre lipolyse et lipogenèse, dans
la régulation desquelles interviennent le cortisol et les androgènes,
mais il faut reconnaître que l'explication des rapports entre ces
désordres hormonaux et la prise des médicaments antirétroviraux
ou l'infection virale sous-jacente n'apparaît pas clairement pour
l'instant.
Responsabilité des médicaments
antirétroviraux
Le contexte épidémiologique et la chronologie ont naturellement
conduit à formuler des hypothèses physiopathologiques faisant
intervenir la responsabilité directe des antiprotéases.
Il a été suggéré que ces drogues pouvaient
interférer avec le clivage de la pro-insuline en insuline ou avec
le catabolisme de l'insuline [28], ce qui a été infirmé
par les dosages de pro-insuline et d'insuline chez des patients lipodystrophiques
diabétiques [7, 14]. Un schéma physiopathologique séduisant
a été proposé par Carr et al. [29].
Constatant une similarité de séquence entre la protéase
du VIH et la protéine cytoplasmique liant l'acide rétinoïque
(cytoplasmic retinoid acid binding protein ou CRABP) et la LRP
(récepteur de la lipoprotéine de faible densité),
ces auteurs ont proposé que les antiprotéases puissent interférer
avec la différenciation adipocytaire. Aussi séduisante qu'elle
soit et aussi bien « vendue » qu'elle ait été,
cette hypothèse n'est pour l'instant soutenue par aucun résultat
expérimental. De fait, les données sur l'influence des antiprotéases
sur les adipocytes in vitro sont assez contradictoires, allant
d'un effet inhibiteur de la lipogenèse ou lipolytique à
un effet stimulant l'adipogenèse [30]. Sans doute plus significatifs,
des résultats préliminaires indiquent que les antiprotéases
semblent diminuer l'expression des récepteurs à l'insuline
sur des adipocytes cultivés in vitro [31]. De même,
les essais préliminaires d'administration d'antiprotéases
à des rats et souris ne permettent pas pour l'instant de dégager
un schéma simple, les effets semblant dépendre largement
du régime (teneur en lipides) et de l'acide rétinoïque.
Par ailleurs, il est maintenant clair que les antiprotéases ne
portent pas la responsabilité exclusive de la survenue des lipodystrophies.
En effet, plusieurs équipes ont décrit des syndromes similaires
chez des sujets n'ayant reçu que des inhibiteurs nucléosidiques
de la transcriptase inverse [32-34]. Dans certaines études, il
s'agit de façon prédominante de syndromes lipoatrophiques
[33]. Dans d'autres séries, des formes mixtes, semblant en tous
points identiques aux formes habituellement observées en présence
d'antiprotéases, ont été décrites, et il s'y
associe fréquemment des anomalies hépatiques et une acidose
lactique [34]. Cette constatation d'une grande importance laisse penser
que les lipodystrophies, comme d'autres effets secondaires des nucléosides
pourraient relever d'une toxicité mitochondriale [34]. En effet,
les myopathies à la zidovudine et les acidoses lactiques observées
chez certains patients traités par analogues nucléosidiques
sont liées à une altération de l'ADN mitochondrial,
par interférence avec l'ADN-polymérase gamma, et il est
hautement probable que les autres effets secondaires de cette famille
de médicaments (anémie, neuropathies, pancréatites)
obéissent à la même physiopathologie, ce qui pose
d'ailleurs l'intéressant problème de la spécificité
tissulaire de leur toxicité (tableau
3) [35-37]. L'altération mitochondriale n'a pas été
prouvée pour toutes ces atteintes tissulaires, mais l'existence
d'une toxicité mitochondriale a été établie
in vitro pour plusieurs de ces molécules. Cette hypothèse
est d'autant plus séduisante que certaines maladies, qui présentent
des similarités cliniques avec les lipodystrophies des patients
infectés par le VIH traités, comme la maladie de Madelung
et la lipomatose de Launois-Bensaude, s'accompagnent d'anomalies mitochondriales.
Parmi les analogues nucléosidiques, certains pourraient être
particulièrement impliqués, comme la stavudine, mise en
cause par plusieurs études, tout spécialement comme élément
inducteur de lipoatrophie [33]. Le fait que la durée d'exposition
globale aux nucléosides en général semble être
un facteur prédictif de survenue des formes lipoatrophiques de
lipodystrophie [6] soutient également cette hypothèse. Il
faut cependant bien souligner à nouveau l'extrême difficulté
à interpréter les données tendant à mettre
en relation l'exposition aux médicaments et la lipodystrophie :
la durée totale de traitement antirétroviral reste un facteur
prédictif des plus significatifs, les médicaments ont été
séquentiellement introduits dans les traitements au fur et à
mesure de leur mise à disposition, les régimes thérapeutiques
et leur successions sont très hétérogènes
d'un patient à l'autre, et il est un peu délicat d'en isoler
les composantes individuelles, même avec des outils statistiques
puissants.
Même si leur responsabilité n'est pas exclusive, il est
néanmoins hautement probable que les antiprotéases ont un
effet propre dans la survenue des syndromes lipodystrophiques. D'une part,
les antiprotéases provoquent une élévation des triglycérides,
du cholestérol et une insulinorésistance, indépendamment
de la lipodystrophie clinique, ce qui n'est pas observé avec les
inhibiteurs de la transcriptase inverse [6] (figure
3). D'autre part, Mallal et al. ont montré
que la fréquence de survenue des syndromes lipodystrophiques a
été considérablement accélérée
par l'introduction des antiprotéases [38].
Les deux types de molécules, inhibiteurs nucléosidiques
de la transcriptase inverse et inhibiteurs de protéase, pourraient
donc conjuguer leurs effets pour aboutir au syndrome complet. On pourrait
proposer à titre d'hypothèse le scénario suivant
: les nucléosides agiraient par une toxicité cumulative
sur la mitochondrie, pouvant entraîner une apoptose adipocytaire,
et ils seraient plus directement responsables de la lipoatrophie ; les
antiprotéases seraient directement responsables de l'insulinorésistance,
en particulier adipocytaire, des désordres biologiques observés,
dont l'hyperlipidémie, et favoriseraient la lipohypertrophie.
Perspectives et pistes
thérapeutiques
Le problème thérapeutique des syndromes lipodystrophiques
peut être posé à deux niveaux.
Les anomalies biologiques peuvent éventuellement être corrigées
pour elles-mêmes. Les mesures hygiéno-diététiques,
particulièrement dans le but de corriger l'hypertriglycéridémie,
sont certainement utiles. Les médicaments hypolipémiants
et les antidiabétiques oraux destinés à diminuer
l'insulinorésistance (metformine, troglitazone) trouveront ici
certainement une place, qui reste encore à préciser [39,
40]. Il est peu probable toutefois qu'ils permettent de corriger le syndrome
dysmorphique. Des tentatives anecdotiques de traitement par l'hormone
de croissance ont été faites, avec des résultats
apparemment intéressants, mais difficilement quantifiables, sur
la lipodystrophie clinique.
Si l'on considère la responsabilité très probable
des antirétroviraux, il est licite de tenter des modifications
du traitement. La part de responsabilité revenant aux antiprotéases
pourra être appréciée par des protocoles contrôlés
de remplacement par des inhibiteurs non nucléosidiques de la transcriptase
inverse, pour autant que les anomalies cliniques et biologiques soient
réversibles. Les données actuellement disponibles sont d'interprétation
difficile, car les études sont de courte durée, le plus
souvent non contrôlées et les critères cliniques de
succès sont très flous. Il semble, mais il faudra le confirmer,
que ce type de manuvre puisse corriger au moins partiellement les
anomalies biologiques.
À défaut de conclusion, on peut dresser la liste des quelques
certitudes acquises et de quelques hypothèses fortes. Les syndromes
lipodystrophiques sont probablement hétérogènes,
ne sont pas exclusivement liés à la prescription d'une classe
thérapeutique mais semblent vraiment liés à la durée
d'exposition aux traitements antirétroviraux, l'insulinorésistance
et l'hyperlipidémie paraissent aller de pair et semblent dépendre
étroitement de la prescription des antiprotéases. Les anomalies
de répartition du tissu adipeux restent, quant à elles,
à expliquer, mais on peut proposer que les inhibiteurs nucléosidiques
de la transcriptase inverse et les inhibiteurs de protéase aient
des effets propres et distincts sur cette population cellulaire et les
éléments régulateurs de leur physiologie. On ne peut
que regretter l'absence de cohortes de patients traités ayant fait
l'objet d'études métaboliques et anthropométriques
dès la mise en route du traitement, même si l'étude
multicentrique française APROCO (patients sous antiprotéases)
a secondairement incorporé ces éléments dans son
recueil de données [41]. On peut espérer par ailleurs quelque
lumière des investigations menées dans les syndromes d'insulinorésistance
d'origine génétique.
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