ARTICLE
L'exploration étiologique d'un accident ischémique
cérébral est d'abord guidée par les constatations
cliniques. Il convient cependant de rappeler qu'il n'est pas exceptionnel
d'observer plusieurs causes potentielles de ce type d'accident chez le
même malade. Ainsi, de 10 à 15 % des malades en fibrillation
auriculaire ont une sténose serrée de la carotide. Un inventaire
étiologique minimal est donc justifié chez tous les malades.
Ce bilan comporte des examens biologiques, un électrocardiogramme,
une radiographie du thorax et un écho-doppler couleur des artères
cervicales.
Les examens biologiques incluent hémogramme, vitesse de sédimentation,
dosage des électrolytes, créatininémie, glycémie,
cholestérolémie, électrophorèse des protides
sériques, analyse d'urine par bandelette réactive. Ils permettent
de dépister des maladies comme la polyglobulie, la micro-angiopathie
thrombotique ou la maladie de Horton, rarement en cause mais qui requièrent
un traitement spécifique.
L'électrocardiogramme met en évidence l'arythmie complète
par fibrillation auriculaire, beaucoup plus rarement des signes d'infarctus
du myocarde récent et cliniquement silencieux ou des troubles de
la repolarisation qui témoignent de la présence d'un anévrisme
ventriculaire. Des signes d'hypertrophie ventriculaire gauche sont fréquents,
mais ils n'ont pas de signification étiologique précise
chez ces malades souvent hypertendus.
Le cliché du thorax est utile pour juger de l'existence d'une
cardiomégalie ou de calcifications valvulaires ou aortiques. Exceptionnellement,
il révèle une fistule artério-veineuse pulmonaire
responsable de l'accident ischémique cérébral.
L'étape suivante du diagnostic étiologique est de rechercher
et, le cas échéant, de quantifier une sténose athéromateuse
de la carotide cervicale.
Détection et quantification
des sténoses athéromateuses de la carotide cervicale
Cette étape du diagnostic est très importante car elle
conduit à sélectionner les malades qui peuvent tirer bénéfice
d'une endartériectomie carotidienne ou, dans l'avenir et si cette
méthode thérapeutique est validée, de la mise en
place d'une endoprothèse carotidienne.
L'écho-doppler couleur est l'examen initial effectué
chez tous les malades. L'échographie permet la visualisation de
la plaque d'athérome et de la sténose qui en résulte.
La matérialisation du flux sanguin grâce au codage coloré
permet d'identifier les sténoses dues à des plaques anéchogènes
(figure 1). À partir
de ces images, il est possible de mesurer le diamètre résiduel
de l'artère, puis de calculer le degré de sténose
en utilisant les mêmes méthodes que pour l'artériographie.
Il est possible aussi, sur une coupe transversale de l'artère au
niveau de la sténose, de mesurer la surface résiduelle de
la lumière artérielle et de la rapporter à la surface
originelle. Ces méthodes de quantification planimétrique
ne sont pas toujours applicables (plaque calcifiée, sténose
irrégulière, très serrée). Elles sont toujours
complétées par une quantification utilisant des critères
vélocimétriques (la vitesse de l'écoulement du sang
est inversement proportionnelle à la surface résiduelle
de la lumière artérielle) qui sont la vitesse systolique
maximum, la vitesse télédiastolique et la dispersion du
spectre du signal doppler au niveau de la sténose. La normalisation
des vitesses à ce niveau par rapport aux vitesses au niveau de
la carotide primitive permet de tenir compte de l'influence d'éventuelles
modifications hémodynamiques générales (hémodilution,
anémie, insuffisance cardiaque, troubles du rythme) ou secondaires
à des lésions artérielles associées (sténose
de la carotide controlatérale, ou de la carotide primitive ipsilatérale,
ou encore de l'artère cérébrale moyenne ipsilatérale).
On utilise enfin des critères vélocimétriques indirects
qui permettent d'apprécier le retentissement d'une sténose
serrée en amont et en aval : augmentation de l'index de résistance
de la carotide primitive, diminution de la pulsatilité, voire inversion
de l'artère ophtalmique.
L'utilisation combinée de ces critères permet une quantification
des sténoses carotidiennes précise et fiable [1]. Il convient
cependant de souligner que les résultats de l'examen écho-doppler
dépendent étroitement du matériel utilisé
et de l'expérience de l'opérateur. Par conséquent,
il est indispensable que chaque laboratoire d'ultrasons neurovasculaires
s'astreigne à la vérification de la validité de ses
résultats en les comparant à ceux obtenus avec l'angiographie
numérisée sélective [2].
L'angiographie numérisée sélective (figure
2) est réalisée par méthode de Seldinger
après ponction de l'artère fémorale sous anesthésie
locale. C'est la technique de référence pour mesurer les
sténoses carotidiennes. Deux méthodes de quantification
sont couramment utilisées [3]. Dans la méthode américaine,
le diamètre de la sténose résiduelle est rapporté
à celui de la carotide en aval de la sténose et du bulbe
carotidien. Dans la méthode européenne, le diamètre
résiduel de la carotide est rapporté au diamètre
estimé de la carotide au niveau de la sténose. La méthode
européenne, compte tenu de la dilatation physiologique du bulbe
carotidien, où siègent la plupart des sténoses athéromateuses,
conduit à surestimer la sténose par rapport à la
méthode américaine. Ainsi, une sténose de 70 % selon
la méthode européenne correspond à une sténose
de 50 % d'après la méthode américaine et il faut
une sténose de 82 % avec la première méthode pour
atteindre 70 % avec la seconde.
Les résultats des deux essais thérapeutiques qui ont
montré l'intérêt de l'endartériectomie carotidienne
en cas de sténose symptomatique supérieure ou égale
à 70 % sont fondés sur la mesure de la sténose, sur
un angiogramme carotidien, avec la méthode européenne dans
l'ECST [4] et la méthode américaine dans le NASCET [5].
L'une des deux méthodes peut donc être appliquée pour
décider si une endartériectomie carotidienne est indiquée
chez un malade donné, en sachant que l'utilisation de la seconde
conduit à sélectionner des malades qui ont une sténose
plus serrée que les autres.
L'angiographie numérisée permet aussi d'analyser la
morphologie de la plaque et de distinguer les plaques lisses des plaques
d'allure ulcérée. Il est probable que, à degré
de sténose serrée égal, une image d'ulcération
franche implique un risque de récidive d'accident ischémique
cérébral plus élevé [6].
Enfin, l'angiographie numérisée fournit une vue d'ensemble
de l'arbre artériel, de l'aorte jusqu'aux artères cérébrales.
Elle permet ainsi la détection de lésions artérielles
associées proximales (sténose de la carotide primitive)
ou distales (sténose ou anévrisme d'une artère cérébrale),
en pratique assez rares mais dont la présence peut modifier radicalement
les indications thérapeutiques.
L'angiographie numérisée sélective reste un examen
risqué. En dépit des progrès techniques et quelles
que soient les précautions, environ 1 % des patients atteints de
maladie cérébro-vasculaire présentent un accident
vasculaire cérébral ischémique du fait de l'angiographie.
La réalisation d'une angiographie numérisée sélective
pour quantifier une sténose de la carotide cervicale ne se conçoit
donc que dans une perspective chirurgicale, lorsque l'écho-doppler
a détecté une sténose serrée et si le patient
accepte le principe d'une endartériectomie carotidienne.
Les risques de l'angiographie numérisée sélective
justifient la recherche et la mise au point de méthodes d'angiographie
non invasives. L'angiographie par résonance magnétique (ARM)
permet l'exploration des troncs supra-aortiques, des artères cervicales
et du polygone de Willis. La technique en temps de vol est la plus utilisée
et la mieux étudiée. L'acquisition tridimensionnelle est
la plus performante pour la quantification des sténoses, tandis
que l'acquisition bidimensionnelle, plus adaptée aux flux lents,
est utilisée pour le diagnostic des occlusions.
La quantification des sténoses est effectuée sur des
angiogrammes reconstruits avec les mêmes méthodes que pour
l'angiographie numérisée sélective (figure
3). Cependant, l'algorithme de reconstruction tend à surestimer
le degré de sténose. Lorsque celle-ci dépasse 70
%, le signal peut disparaître, ce qui empêche une quantification
plus précise. L'analyse des séquences d'origine permet alors
de mieux estimer le degré de sténose. Enfin, une séquence
axiale T1 est toujours nécessaire, sinon un thrombus hyperintense
peut être pris pour l'hypersignal normal du sang circulant sur les
images reconstruites.
La concordance de l'angiographie par résonance magnétique
avec l'angiographie numérisée sélective pour le diagnostic
de sténose supérieure à 70 % est très satisfaisante
[7]. La première technique permet en outre l'exploration du polygone
de Willis au cours de la même séance (figure
4). Elle fournit ainsi rapidement et de façon non invasive
l'ensemble des données nécessaires pour décider si
une endartériectomie carotidienne est indiquée. Elle pourrait
remplacer l'angiographie numérisée dans l'évaluation
angiographique des malades ayant une sténose carotidienne, mais
le sous-équipement de la France en appareils assez performants
retarde une telle évolution.
L'acquisition hélicoïdale en tomodensitométrie
[8] repose sur le principe de la rotation continue associée à
une translation à vitesse constante de la table d'examen, ce qui
permet d'explorer tout un volume en un temps très court et la pratique
de reconstructions en trois dimensions de surfaces et d'images de projection
MIP (Maximal Intensity Projection). Les reconstructions de surface
fournissent des images comparables à celles de l'angiographie avec
un degré de concordance élevé dans la détermination
du degré de sténose, à condition que les calcifications
pariétales soient peu importantes. Les images MIP ne permettent
pas une évaluation précise des sténoses quand les
calcifications sont importantes, mais visualisent mieux les ulcérations.
Les limites de l'acquisition hélicoïdale sont liées
à son coût, supérieur à celui de l'écho-doppler,
à l'utilisation de produits de contraste iodés et, surtout,
à la méconnaissance de lésions associées du
siphon carotidien, du polygone de Willis ou de la naissance des troncs
supra-aortiques, dont l'exploration nécessiterait une nouvelle
acquisition et une nouvelle injection de produit de contraste.
Le doppler transcrânien permet l'étude de l'écoulement
du sang dans les artères cérébrales qui forment le
polygone de Willis. Le signal doppler est recueilli à travers l'écaille
temporale, l'orbite, ou par voie sous-occipitale. L'absence de fenêtre
temporale empêche la réalisation d'un examen complet chez
près de 10 % des sujets âgés. Le doppler transcrânien
permet le diagnostic des occlusions et des sténoses de l'artère
cérébrale moyenne et de la carotide interne intracrânienne,
plus difficilement de l'artère vertébrale, du tronc basilaire
et de l'artère cérébrale postérieure. Il permet
aussi, en conjonction avec le doppler cervical, le diagnostic du rare
syndrome du vol de la sous-clavière.
En cas d'occlusion ou de sténose serrée de la carotide
cervicale, le doppler transcrânien donne des informations sur le
retentissement hémodynamique en aval (diminution de la pulsatilité
de l'artère cérébrale moyenne) et sur les suppléances
éventuellement développées (inversion du flux de
l'artère cérébrale antérieure qui témoigne
de la reprise du réseau sylvien en aval de l'occlusion carotidienne,
par le système carotidien controlatéral, via la communicante
antérieure).
Le retentissement hémodynamique d'une sténose carotidienne
peut encore être évalué par l'étude de la réserve
circulatoire, c'est-à-dire par la mesure de la variation de la
vitesse circulatoire au niveau de l'artère cérébrale
moyenne, après injection intraveineuse d'acétazolamide ou
inhalation de dioxyde de carbone. Les malades dont la réserve circulatoire
carotidienne est amoindrie, à degré de sténose égal,
sont probablement exposés à un risque accru d'accident ischémique
cérébral [9].
Enfin, l'enregistrement prolongé du signal doppler de l'artère
cérébrale moyenne permet la détection d'éventuels
signaux microemboliques (figure
5), qui traduisent l'instabilité de la plaque carotidienne
en amont et sont associés à un risque élevé
de récidive précoce [10].
Ces méthodes utilisant le doppler transcrânien sont très
intéressantes car elles permettent d'affiner l'évaluation
du risque de récidive. Cependant, leur application requiert beaucoup
de temps et de rigueur. Pour le moment, elles ne sont disponibles que
dans un petit nombre de laboratoires d'ultrasons neuro-vasculaires spécialisés.
Le choix des investigations complémentaires nécessaires
à la sélection des malades qui peuvent bénéficier
d'une endartériectomie carotidienne dépend surtout des possibilités
locales. Certaines équipes décident de l'indication opératoire
sur la base de la quantification de la sténose par l'écho-doppler
carotidien et de l'appréciation du lit artériel d'aval par
doppler transcrânien. Cette approche n'est envisageable que si le
laboratoire d'ultrasons concerné a très précisément
validé ses critères de quantification.
D'autres équipes retiennent l'indication en cas de résultats
concordants des ultrasons et de l'angiographie par résonance magnétique.
Enfin, l'attitude la plus rigoureuse, sans doute encore la plus répandue,
consiste à poser l'indication d'après le résultat
d'une angiographie numérisée sélective, effectuée
lorsque l'écho-doppler a détecté une sténose
supérieure à 70 % ou proche de ce seuil.
Diagnostic des dissections
des artères cervicales
L'échographie carotidienne permet habituellement de suspecter
le diagnostic, mais il est rare qu'elle visualise l'hématome
de la paroi, trop haut situé. L'angiographie par résonance
magnétique est aussi performante que l'angiographie numérisée
sélective dans les dissections de la carotide (figure
6). Le diagnostic des dissections vertébrales est plus
difficile, surtout dans leur segment intratransversaire. Dans cette
localisation, l'angiographie numérisée sélective
reste souvent nécessaire [11].
Autres artériopathies
Le diagnostic de ces lésions rares (dissection intracrânienne,
anévrisme, maladie de Moya-Moya, dysplasie fibro-musculaire,
artérites) repose sur l'angiographie numérisée.
Sauf exception, elles ne sont recherchées que chez le sujet jeune,
en l'absence de cause évidente d'accident ischémique cérébral.
Recherche d'une cardiopathie
emboligène
La plupart des cardiopathies emboligènes sont détectées
par l'examen clinique, l'électrocardiogramme et la radiographie
du thorax.
Chez un patient en rythme sinusal, en l'absence de cause apparente
d'accident ischémique cérébral, la question d'une
fibrillation auriculaire paroxystique peut être soulevée.
Cependant, la recherche systématique d'un tel trouble du rythme
chez les patients victimes d'un accident ischémique cérébral
n'est pas plus souvent positive qu'au sein d'une population de sujets
sains et d'âge comparable [12]. Le rendement de cette recherche
peut être amélioré si on la réserve aux malades
qui ont des antécédents de palpitations et à ceux
qui sont affectés d'une cardiopathie réputée arythmogène.
Des trois approches possibles pour saisir une fibrillation auriculaire
paroxystique, la plus simple, qui consiste à effectuer plusieurs
électrocardiogrammes au cours des premiers jours suivant l'accident
ischémique cérébral, semble aussi performante que
l'enregistrement continu ambulatoire ou le monitoring électrocardiographique
initial. Une fibrillation auriculaire paroxystique décelée
dans ces conditions devient habituellement permanente au cours des mois
suivants [13].
Recherche de vulnérabilité auriculaire
Chez les patients en rythme sinusal sur un enregistrement prolongé
mais qui ne présentent pas d'autre cause d'accident ischémique
cérébral, certains proposent d'étudier la vulnérabilité
auriculaire. Elle peut se définir comme la facilité avec
laquelle il est possible d'induire, chez un patient donné, un trouble
du rythme supraventriculaire soutenu par stimulation endocavitaire [14].
Elle est dépendante des substrats électrophysiologique et
anatomique, ainsi que de l'intervention du système nerveux autonome.
En ce qui concerne le substrat électrophysiologique, les circuits
de ré-entrée sont déterminés par la vitesse
de conduction de l'influx et la période réfractaire auriculaire.
Ces deux paramètres sont évalués en priorité
par les études de vulnérabilité auriculaire. Leur
produit définit la longueur d'onde du front d'activation. L'oreillette
est d'autant plus vulnérable que sa période réfractaire
auriculaire est courte et/ou que sa vitesse de conduction est réduite,
c'est-à-dire que la longueur d'onde est basse. En pratique, la
période réfractaire auriculaire effective est définie
par l'intervalle le plus long entre deux extrastimuli, S1 et S2, pour
lequel S2 ne produit pas de réponse auriculaire A2. Lorsque cette
période est très courte (< 190 ms), la spécificité
est très bonne en ce qui concerne la vulnérabilité
de l'oreillette étudiée (95 %) [15]. Par ailleurs, elle
diminue pour des fréquences cardiaques élevées chez
l'individu normal. Lorsque les périodes réfractaires auriculaires
ne se raccourcissent plus avec l'accélération de la fréquence
cardiaque, des zones à conduction rapide coexistent avec des zones
à conduction lente, ce qui contribue à créer les
conditions de blocs unidirectionnels, propices à la survenue de
ré-entrées. Ainsi, une inadaptation dynamique des périodes
réfractaires auriculaires au cycle cardiaque contribue à
l'inhomogénéité du front d'activation et constitue,
par conséquent, un critère de vulnérabilité
auriculaire accrue. En ce qui concerne le temps de conduction loco-régional,
évalué par la durée de l'activation des auriculogrammes
enregistrés dans la région para-sinusale entre les deux
électrodes distales d'un cathéter d'électrophysiologie,
pour un cycle le plus court possible (durée de l'auriculogramme
A2), ce paramètre apparaît très prolongé, aussi
bien chez les patients souffrant de fibrillation auriculaire que chez
ceux pour lesquels on peut induire une arythmie. Même si cet allongement
de la conduction peut sembler physiologique à des fréquences
rapides, en raison de la présence de zones à conduction
lente au sein de tissus à conduction rapide, il contribue indéniablement
à la genèse de l'arythmie auriculaire.
L'indice de vulnérabilité latente correspond au rapport
de la période réfractaire à la durée de l'auriculogramme
A2. Lorsque ce rapport est inférieur à 2,5, sa valeur prédictive
positive atteint 100 %. De ce fait, il est considéré aujourd'hui
comme un indice diagnostique mais surtout pronostique du degré
de vulnérabilité du tissu auriculaire chez un patient en
rythme sinusal, au même titre que la longueur d'onde du front d'activation
chez l'animal.
Le substrat anatomique est constitué, à l'échelle
macroscopique, par l'augmentation de taille de l'oreillette [16] ainsi
que par les obstacles anatomiques physiologiques (orifices veineux, sinus
coronaire, sinus tricuspidien) ou acquis (hypertension artérielle,
insuffisance coronaire, infarctus du myocarde) et, à l'échelle
microscopique, par des lésions de fibrose, de dégénérescence
graisseuse et d'hypertrophie myocytaire.
Enfin, bien que la distinction entre fibrillation auriculaire vagale
et cathécholergique ait été soulignée [17],
il apparaît difficile de différencier ces deux types de fibrillations
auriculaires en termes de vulnérabilité auriculaire. En
effet, le système vagal est à l'origine d'une inhomogénéité
des périodes réfractaires : il contribue, d'une part, à
raccourcir le potentiel d'action et, par conséquent, les périodes
réfractaires, et, d'autre part, à allonger le cycle et ainsi
augmenter les périodes réfractaires.
La recherche de vulnérabilité auriculaire est réalisée
au plus tôt 3 semaines après l'accident vasculaire cérébral,
afin d'éviter les faux positifs qui pourraient être induits
par l'hyperexcitabilité consécutive à la lésion
cérébrale aiguë. Il s'agit d'une exploration électrophysiologique
endocavitaire réalisée par ponction de la veine fémorale
après anesthésie locale. Deux cathéters d'électrophysiologie
ayant quatre électrodes chacun sont mis en place dans l'oreillette
droite sous contrôle radioscopique (dans la région para-sinusale
et para-hisienne), permettant ainsi à tour de rôle la stimulation
et le recueil des potentiels électriques endocavitaires. Après
la mesure des paramètres électrophysiologiques habituels,
la recherche des paramètres de vulnérabilité auriculaire
décrits plus haut est effectuée. Enfin, une arythmie supraventriculaire
peut être provoquée.
L'étude de la vulnérabilité auriculaire est intéressante
car elle permet d'estimer le potentiel fibrillatoire spontané
d'un malade dont l'accident cérébral est par ailleurs
inexpliqué. Il faut néanmoins souligner que le risque
de récidive d'accident ischémique cérébral
chez les patients dont l'oreillette est vulnérable n'est pas
connu. Des études longitudinales sont nécessaires pour
préciser ce risque et la place de la recherche de vulnérabilité
auriculaire dans le bilan étiologique d'un accident ischémique
cérébral.
Échocardiographie
Les causes cardiaques ou aortiques d'accident ischémique cérébral
sont toutes accessibles à l'exploration échocardiographique
qui représente la méthode diagnostique de référence.
Le rendement très faible de l'échographie transthoracique
a été considérablement amélioré par
l'échographie transsophagienne. L'indication de l'examen
échographique et de son mode doit tenir compte de l'âge,
du contexte clinique et des objectifs (thérapeutique, pronostic)
[18, 19]. En général, l'échographie cardiaque est
indiquée lorsque le bilan initial n'a pas montré de cause
carotidienne et s'il existe des arguments cliniques ou neuroradiologiques
en faveur d'un mécanisme embolique. On distingue deux grands
types de causes potentielles d'embolie : les causes directes et les
causes indirectes [20, 21].
Causes directes
Les causes directes correspondent aux pathologies dont le potentiel
embolique est reconnu.
Les thrombus intraventriculaires (figure
7) s'observent dans un contexte de cardiopathie ischémique
(infarctus, anévrisme). Ils siègent le plus souvent à
l'apex où ils peuvent être également détectés
par échographie transthoracique.
Les thrombus de l'oreillette gauche ne sont retrouvés par l'échographie
transthoracique que lorsqu'ils sont volumineux. En réalité,
la plupart d'entre eux siègent au niveau de l'auricule où
ils ne peuvent être détectés que par l'échographie
transsophagienne (figure
8) [22].
L'athérome aortique est bien mis en évidence par l'échographie
transsophagienne multiplan qui précise la topographie, l'étendue
et les caractéristiques des plaques d'athérome. Leur potentiel
embolique est évalué selon plusieurs critères : épaisseur,
calcification, surface (régulière ou ulcérée)
et présence de composants mobiles (figure
9) [23, 24].
Les végétations endocarditiques sont responsables d'environ
3 % des accidents emboliques. L'échographie transsophagienne
est très fiable dans le diagnostic (surtout en présence
d'une prothèse), le bilan lésionnel et l'appréciation
du risque de migration embolique (taille, mobilité) [25].
Parmi les tumeurs cardiaques, le myxome de l'oreillette gauche en est
le plus souvent responsable. L'échographie transsophagienne
apporte des éléments importants : pédicule d'insertion,
mobilité, extension, diagnostic différentiel.
Causes indirectes
Les causes indirectes regroupent les causes potentielles d'embolie
dont l'imputabilité n'est pas encore formellement établie.
Dans les cardiomyopathies non ischémiques, l'hypokinésie
pariétale favorise la stase et la formation de thrombus au niveau
du ventricule gauche.
L'effet de contraste spontané est l'expression échographique
d'une stase sanguine importante. En échographie transsophagienne,
le contraste spontané se présente sous la forme d'images
mobiles, en volutes de fumée, animées de mouvements circulaires
ou spiralés. On l'observe en cas de dilatation cavitaire, de sténose
mitrale, de fibrillation auriculaire et de dysfonction ventriculaire gauche.
Il existe une relation entre la présence de contraste spontané
et l'apparition d'un thrombus ou la survenue d'une embolie systémique.
Le prolapsus valvulaire mitral est exploré par échographie
transthoracique. Plusieurs facteurs semblent en accroître le risque
embolique : sexe masculin, âge inférieur à 40 ans,
feuillets mitraux épaissis, fuite valvulaire, arythmie et association
à un prolapsus tricuspidien ou aortique.
Le risque embolique des prothèses valvulaires est plus marqué
avec les prothèses mécaniques en position mitrale. L'échographie
transthoracique permet d'évaluer les gradients et les surfaces.
L'échographie transsophagienne détecte les causes
réelles d'embolie (thrombus, végétation) ou les facteurs
qui la favorisent.
Les pathologies du septum interauriculaire sont explorées par
échographie transsophagienne. L'anévrisme du septum
interauriculaire réalise une protrusion septale souvent mobile
qui favorise la survenue de thrombi ou de troubles du rythme (figure
10). Le foramen ovale perméable est mis en évidence
par injection intraveineuse de produit de contraste. Il est impliqué
dans le phénomène d'embolie paradoxale. Enfin, il semble
que les calcifications de l'anneau mitral puissent être impliquées
dans la survenue d'accidents emboliques cérébraux. Le
rôle des strands (images échogènes en forme
de filament et mobiles) valvulaires est en cours d'évaluation.
Recherche d'une coagulopathie
Un accident ischémique cérébral est rarement
révélateur d'un état prothrombotique. Certaines des
maladies responsables (par exemple une coagulation intravasculaire compliquant
un cancer, un syndrome néphrotique, une thrombocytémie)
sont dépistées par l'examen clinique ou les examens biologiques
de routine.
La recherche d'une thrombophilie (déficit en protéines
C et S, en antithrombine III, résistance à la protéine
C activée, anomalie du plasminogène) et d'anticorps antiphospholipides
[26] n'est justifiée qu'en présence d'antécédents
personnels ou familiaux de thrombose artérielle ou veineuse inexpliquée,
ou chez le sujet jeune si le bilan étiologique n'a pas montré
de cause cardiaque ni artérielle.
Autres recherches étiologiques
La recherche d'une cause rare d'accident ischémique cérébral
peut impliquer un bilan approfondi. Les moyens d'investigation nécessaires
sont choisis en fonction des observations cliniques et des données
des examens neuroradiologiques. Il peut s'agir de sérologies (VIH,
syphilis, anticorps antinucléaires), de dosages biochimiques (alpha-galactosidase
A leucocytaire, homocystéine plasmatique, acide lactique artériel),
d'une recherche de cocaïne, d'amphétamine ou d'autres substances
illicites, d'une analyse génétique, de biopsies de divers
tissus (peau, artère temporale, muscle, méninges et cerveau).
CONCLUSION L'exploration
étiologique d'un accident ischémique cérébral
a pour but principal de reconnaître les sténoses athéromateuses
serrées de la carotide interne et les cardiopathies emboligènes,
car ces affections sont fréquentes et requièrent des mesures
de prévention secondaire spécifiques. La recherche d'une cause
inhabituelle est surtout justifiée chez le sujet jeune dont l'accident
ischémique cérébral est rarement provoqué par
l'athérosclérose. REFERENCES
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