ARTICLE
La somatostatine est un peptide présent dans de nombreux tissus
dont les effets principaux sont l'inhibition de la prolifération
cellulaire et de la plupart des sécrétions endocrines et
exocrines. Ses analogues sont utilisés dans le traitement symptomatique
de certaines tumeurs endocrines sécrétantes. Les effets
de la somatostatine et de ses analogues sont relayés par des récepteurs
membranaires spécifiques. Cinq types de récepteurs de la
somatostatine ont été clonés chez l'homme [1-3].
L'effet de l'octréotide (SMS 201-995, Sandostatine®),
l'analogue de longue durée d'action de la somatostatine le plus
utilisé actuellement en France, exerce ses propriétés
biologiques par l'intermédiaire du récepteur de type 2 [4].
Les autres types de récepteurs ont une affinité nettement
moins élevée pour l'octréotide [4].
Les récepteurs
de la somatostatine
Les récepteurs de la somatostatine et de l'octréotide
sont présents au niveau de différentes parties du cerveau,
de l'antéhypophyse, du pancréas endocrine et exocrine, du
tube digestif, des surrénales et des tissus lymphatiques : lymphocytes
circulants, tissu lymphatique associé au tube digestif, rate, thymus,
ganglions [5-7].
La plupart des tumeurs provenant de tissus contenant physiologiquement
des récepteurs de la somatostatine expriment ces récepteurs.
Jusqu'à présent, la mise en évidence, in vitro,
des récepteurs de la somatostatine dans les tumeurs était
faite par autoradiographie [5]. Il est maintenant possible de
mettre en évidence dans les tumeurs les ARNm des différents
sous-types de récepteurs de la somatostatine [4]. Cela
a été récemment fait pour un petit nombre de tumeurs
endocrines diverses (2 glucagonomes, 4 insulinomes, 3 phéochromocytomes,
1 carcinoïde) [4]. Dans une même tumeur, différents
sous-types de récepteurs peuvent être exprimés [4].
De grandes quantités de récepteurs de la somatostatine ayant
une grande affinité pour l'octréotide ont été
mises en évidence dans la plupart (70 à 100 %) des tumeurs
neuro-endocrines [8] (Tableau
1). Les insulinomes ont souvent des récepteurs à
haute affinité pour la somatostatine native, mais à faible
affinité pour l'octréotide [9]. D'autres tumeurs
endocrines tels les cancers médullaires de la thyroïde et
les tumeurs non sécrétantes de l'hypophyse contiennent moins
fréquemment des récepteurs [8] (Tableau
1). La fréquence de 100 %, notée dans certains types
tumoraux, est probablement surestimée en raison du faible nombre
de tumeurs étudiées in vitro. Dans les tumeurs endocrines,
les récepteurs sont situés au niveau des cellules tumorales
et non dans le stroma [5]. Certaines tumeurs cérébrales,
méningiomes essentiellement, mais également astrocytomes,
sont riches en récepteurs de la somatostatine [8].
Des récepteurs de la somatostatine ont également été
mis en évidence dans des tumeurs non endocrines, parfois issues
de tissus qui en sont normalement dépourvus, ainsi que dans certains
tissus pathologiques non tumoraux [8] (Tableau
2). Aucun des adénocarcinomes pancréatiques étudiés
in vitro n'avait de récepteurs à l'octréotide
[10], à l'inverse des cholangiocarcinomes [11].
Les adénocarcinomes coliques et gastriques ont très rarement
des récepteurs de l'octréotide [12, 13], mais plus
fréquemment des sous-types de récepteurs à faible
affinité pour d'autres analogues de la somatostatine tels le RC
160 et la somatuline [13]. Parmi les tumeurs non endocrines, le
cancer du sein est à part. Environ la moitié des tumeurs
du sein ont des récepteurs, qui sont toutefois distribués
de façon inhomogène au sein des tumeurs [14]. La
plupart des lymphomes, hodgkiniens ou non-hodgkiniens, ont des récepteurs
[8-15] et les thymomes n'en ont pas [7]. Enfin, des récepteurs
de l'octréotide ont été trouvés dans des tissus
pathologiques non tumoraux, entre autres les granulomatoses [8].
Il semble, d'une part, que les récepteurs de la somatostatine ne
soient pas présents au niveau de la couronne lymphocytaire des
granulomes sarcoïdosiques et, d'autre part, que leur présence
reflète l'activité de la maladie [16].
La
scintigraphie des récepteurs de la somatostatine
Traceurs
L'équipe de Lamberts a été le pionnier de
cette technique qui permet de visualiser les zones riches en récepteurs
de la somatostatine après injection d'un analogue de la somatostatine
radioactif [8]. Le traceur utilisé initialement ([123I-Thyr3]-octréotide)
a été abandonné et remplacé par l'[111-In-DTPA-D-Phe1]-octréotide
(111In-pentetréotide, Ostreoscan® commercialisé
par Mallinckrodt Diagnostica) [17, 18]. Le marquage de [Thyr3]-octréotide
à l'123I est difficile. De plus, ce traceur, essentiellement
éliminé par voie biliaire, s'accumule dans le tube digestif,
créant de ce fait des artéfacts digestifs rendant difficile
l'interprétation des images de la partie haute de l'abdomen. L'111In-pentetréotide
a une demi-vie plus longue que l'[123I-Thyr3]-octréotide
(2,8 jours contre 13,2 heures), ce qui permet la réalisation d'images
jusqu'à 48 heures après son injection [18]. De plus,
l'111In-pentetréotide est principalement éliminé
par voie rénale, ce qui diminue les artéfacts liés
à son accumulation dans le tube digestif, mais ne supprime pas
l'obligation d'utiliser systématiquement des laxatifs. Enfin, le
bruit de fond radioactif est plus faible avec l'111In-pentetréotide
et les images de meilleure qualité [18].
Réalisation pratique
La dose injectée recommandée, en un bolus intraveineux,
est de 111 MBq pour des images planaires et, pour certains, 222 MBq si
une tomoscintigraphie (SPECT) est réalisée [8].
L'irradiation correspond à peu près à celle induite
par une angiographie ou une tomodensitométrie thoracique [8].
La dose d'octréotide injectée est d'environ 10 µg.
Les 3 jours précédant l'examen, nous proposons un régime
sans résidu ainsi que, 6 heures avant l'injection et 24 heures
après, l'ingestion d'un litre de PEG 4000 si l'abdomen est la région
étudiée [19]. Il a été recommandé
de suspendre transitoirement, 3 jours avant l'examen, un éventuel
traitement par analogues de la somatostatine, la somatostatine non radioactive
pouvant saturer les récepteurs [8]. Néanmoins, l'interruption
du traitement est potentiellement dangereuse chez certains malades (syndrome
carcinoïdien sévère, insulinome, VIPome). De plus,
l'intérêt d'interrompre le traitement par analogues de la
somatostatine n'a jamais été démontré.
Dans notre équipe, des images planaires sont effectuées
4 heures et 24 heures après l'injection, centrées sur le
crâne et le cou (face et profil), le thorax (antérieur et
postérieur) et l'abdomen (antérieur, postérieur,
2 profils et obliques antérieur gauche, antérieur droit,
postérieur gauche et postérieur droit). Les images sont
parfois répétées à la 30e heure,
principalement s'il existe une accumulation digestive ou s'il est nécessaire
de préciser la localisation d'un foyer d'hyperfixation. Chaque
acquisition dure environ 10 minutes. La qualité des images dépend
clairement du temps d'acquisition et de la qualité de la préparation
intestinale. L'examen est obligatoirement long et dure au moins 2 heures
avec une caméra à deux détecteurs. Les images corps
entier semblent moins performantes que les images planaires [20].
Dans notre expérience, la SPECT, qui rallonge la durée de
l'examen, apporte peu d'informations [19]. De ce fait, nous préférons
multiplier les images planaires selon différentes incidences. La
réalisation d'incidences obliques permet clairement de découvrir
des foyers d'hyperfixation masqués par un organe dans lequel le
traceur s'accumule physiologiquement et permet également de mieux
localiser les foyers d'hyperfixation. La SPECT a possiblement un intérêt
quand on dispose d'une caméra à trois détecteurs
en raison du gain de comptage apporté par ce matériel. Toutefois,
celle-ci n'est disponible que dans de rares services très spécialisés
[8].
A l'état normal, la radioactivité s'accumule faiblement
dans la thyroïde, la rate, le foie, les reins et les voies urinaires.
La vésicule biliaire est parfois visualisée. Le thymus normal,
qui contient pourtant des récepteurs, n'est jamais visualisé
[7].
Résultats de la scintigraphie des
récepteurs de la somatostatine
L'intérêt principal de l'examen n'est pas tant de
visualiser des lésions connues que de mettre en évidence
des lésions, primitives ou métastatiques, qui n'étaient
pas connues, soit parce que ces lésions n'étaient pas visibles
avec les autres techniques d'imagerie médicale, soit parce que
ces zones tumorales n'avaient pas été explorées auparavant.
La scintigraphie des récepteurs de la somatostatine peut permettre
également de révéler ou de confirmer une récidive
tumorale postopératoire d'une tumeur qui contenait des récepteurs
de la somatostatine et permet de juger de l'intérêt d'un
traitement par analogues de la somatostatine [21]. Différents
exemples de fixation pathologique sont illustrés dans les figures
1 à 4.
Les types tumoraux et les tissus pathologiques fixant le 111In-pentetréotide
sont indiqués dans les Tableaux
1 et 2.
Tumeurs neuro-endocrines
Les tumeurs neuro-endocrines sont l'indication privilégiée
de la scintigraphie des récepteurs de la somatostatine. Soixante-dix
à cent pour cent d'entre elles peuvent être mises en évidence
par cet examen, hormis les insulinomes qui ne sont visualisés que
dans environ la moitié des cas (Tableau
1) [8, 22-24]. La sensibilité globale de la technique
dans la détection des tumeurs endocrines digestives et pancréatiques
est difficile à évaluer, les différentes séries
n'ayant pas été étudiées de façon homogène.
Si on prend l'exemple des tumeurs endocrines du pancréas, la sensibilité
de la scintigraphie est moins élevée si l'examen de référence
est l'écho-endoscopie que si l'examen de référence
est la tomodensitométrie dont la sensibilité dans la détection
des tumeurs de petite taille est médiocre [19, 25]. Le
travail initial de Lamberts et al. avait estimé la sensibilité
de la scintigraphie des récepteurs de la somatostatine pour le
diagnostic de tumeur endocrine pancréatique à 78 % [26].
Un travail plus récent l'a estimé à 47 %, chiffre
identique à celui de la tomodensitométrie, mais nettement
inférieur à celui de l'écho-endoscopie (94 %) [27].
Toutefois, dans ce travail, 8 des 17 tumeurs pancréatiques étudiées
étaient des insulinomes visualisés seulement une fois sur
8 par la scintigraphie car ne contenant probablement pas de récepteurs
de la somatostatine [27]. Le chiffre le plus proche de la réalité
semble être celui récemment déterminé par Scherübl
et al. (67 %) [28]. Dans le syndrome de Zollinger-Ellison,
nous avons également estimé, sur une première série
e 48 malades, la sensibilité de cette technique dans la détection
des gastrinomes duodénaux et pancréatiques à 67 %
[19]. De plus, parmi 20 malades chez qui aucune tumeur de la région
duodéno-pancréatique n'avait été mise en évidence
par les techniques d'investigation conventionnelles (endoscopie, échographie,
tomodensitométrie), la scintigraphie a dépisté des
foyers d'hyperfixation dans cette région chez 10 d'entre eux (50
%) alors que l'écho-endoscopie n'a visualisé des images
tumorales que chez 5 d'entre eux (25 %) (dont 4 avaient également
été visualisées par la scintigraphie), probablement
parce que la scintigraphie dépiste des gastrinomes duodénaux
non visualisés par l'endoscopie et l'écho-endoscopie [19].
En ce qui concerne les tumeurs carcinoïdes digestives, la scintigraphie
peut être le seul examen visualisant la tumeur primitive [28-31].
Les métastases endocrines sont le plus souvent visualisées
par la scintigraphie. La sensibilité dans la détection des
métastases hépatiques a été estimée
à 93 % dans une série de 40 tumeurs endocrines de types
différents [28]. Toutefois, une autre étude a montré
que seulement 50 % des métastases hépatiques de carcinoïdes
étaient visualisées par la scintigraphie [29]. Ces
mauvais résultats peuvent être expliqués par l'utilisation
de l'123I-octréotide dont l'importante accumulation
hépatique masque l'hyperfixation tumorale. En effet, d'autres auteurs
ont montré qu'avec l'111In-pentetréotide, les
métastases hépatiques de carcinoïdes avaient été
visualisées 9 fois sur 11 (82 %) [32]. Dans notre expérience
dans le syndrome de Zollinger-Ellison, les métastases hépatiques
connues ont toujours été confirmées par la scintigraphie,
l'examen permettant en plus de découvrir des foyers hépatiques
chez 4 des 35 malades ayant une exploration hépatique normale en
tomodensitométrie [19]. En ce qui concerne les autres types
tumoraux endocrines, nous n'avons eu, dans notre expérience qui
porte actuellement sur 120 examens, qu'un seul faux négatif au
niveau du foie (carcinoïde). Dans toutes les séries de tumeurs
neuro-endocrines, la scintigraphie a détecté des foyers
d'hyperfixation inconnus auparavant chez 10 à 54 % des malades
[8, 19, 20, 23, 24, 26-32, 40, 42]. Il s'agit, outre les tumeurs
primitives, de foyers métastatiques hépatiques, pulmonaires,
osseux ou ganglionnaires intra-abdominaux, médiastinaux ou superficiels.
Dans les néoplasies endocrines multiples de type 1, la scintigraphie
peut également visualiser des foyers hypophysaires et surrénaliens
[19].
Dans les cancers médullaires de la thyroïde, la scintigraphie
des récepteurs de la somatostatine confirme une grande partie des
tumeurs primitives connues [8, 33], ce qui en soi n'a pas un intérêt
considérable puisque le traitement en est la thyroïdectomie
totale et visualise les récidives macroscopiques au niveau du cou
et du médiastin supérieur vues par l'IRM [33, 34],
mais mal les métastases hépatiques [33]. La preuve
que la scintigraphie détecte les récidives microscopiques
n'a pas encore été apportée [35]. La plupart
des adénomes hypophysaires non sécrétants ou sécrétants
de la GH ou de la TSH sont visualisés en scintigraphie, à
l'inverse des adénomes hypophysaires sécrétant de
la prolactine ou de l'ACTH qui fixent plus rarement le traceur [8,
36-38]. Les tumeurs ectopiques (localisées en dehors de l'hypophyse),
sécrétant de l'ACTH ou de la CRH, responsable d'un syndrome
de Cushing, sont fixantes dans 80 % des cas [37]. Tous les méningiomes
étudiés ont été visualisés en scintigraphie
[8, 39] à l'inverse des neurinomes de l'acoustique [39],
ce qui peut être une aide au diagnostic différentiel. La
détection des autres tumeurs du système nerveux central
contenant des récepteurs de la somatostatine (astrocytomes) dépend
de l'intégrité de la barrière hémato-encéphalique
qui n'est pas franchie par l'111In-pentetréotide [8].
Dans ces tumeurs, la scintigraphie avec des analogues de la somatostatine
qui franchissent la barrière hémato-encéphalique,
tel le RC-160, pourrait être intéressante [40].
Autres situations
L'intérêt de la scintigraphie n'est pas limité
aux tumeurs neuro-endocrines. Les autres pathologies dans lesquelles la
scintigraphie a été le plus étudiée sont les
lymphomes [8, 15, 43] et les cancers pulmonaires [8, 44].
Chez 10 malades atteints de lymphomes hodgkiniens ou non hodgkiniens,
le tissu tumoral a été visualisé par la scintigraphie
qui, de plus, a révélé d'autres localisations dont
la nature tumorale a été confirmée quand les prélèvements
ont pu être obtenus [43]. Toutefois, le nombre de malades
étudiés reste assez faible dans cette pathologie. Si les
cancers pulmonaires de tous types peuvent être visualisés
en scintigraphie, seuls les cancers à petites cellules (d'origine
endocrine) semblent bénéficier de cette technique [44].
En effet, dans les autres formes histologiques, la fixation de l'isotope
ne se fait pas au niveau des cellules tumorales qui ne contiennent pas
de récepteurs de la somatostatine. De ce fait, seules les métastases
des cancers à petites cellules sont détectées par
la scintigraphie [44]. Dans une série de 26 malades porteurs
de cancers pulmonaires à petites cellules, la scintigraphie a découvert
chez 5 malades des foyers d'hyperfixation au niveau cérébral
correspondant avec certitude à des métastases cérébrales
chez 4 de ces 5 malades [44]. Dans les autres situations comme
les granulomatoses, le faible nombre de malades étudiés
ne permet pas de conclure sur l'intérêt réel de cet
examen [16, 45].
Limites de la scintigraphie
des récepteurs de la somatostatine
La visualisation des tumeurs en scintigraphie dépend de
leur taille et surtout de leur concentration en récepteurs. En
pratique, la visualisation des foyers pathologiques pose rarement des
problèmes puisque l'intensité de la fixation au niveau des
tumeurs dépasse celle du bruit de fond. Il a été
montré que la sensibilité de la scintigraphie était
plus basse pour les tumeurs endocrines de moins de 2 cm (35 %) que pour
celles mesurant plus de 2 cm (87 %), mais ce travail ne précisait
pas si les tumeurs non détectées comportaient des récepteurs
de l'octréotide [27]. Des tumeurs de moins de 5 mm ont
été visualisées en scintigraphie [28], ce
qui correspond à notre expérience. De plus, cet examen révélant
des lésions impossibles à mettre en évidence par
les autres techniques d'imagerie et donc non mesurables, il n'est pas
exclu que le seuil de détection soit inférieur.
En dehors des cas où les tumeurs n'ont pas de récepteurs
de la somatostatine, il existe des faux négatifs de la scintigraphie,
en particulier quand la fixation pathologique n'est pas dissociable de
celle d'un organe accumulant physiologiquement le traceur. C'est le cas
par exemple de certaines métastases hépatiques de carcinoïdes
[29], des métastases costales se superposant à des
métastases hépatiques ou des tumeurs se projetant sur les
reins ou la rate [19]. Toutefois, certaines de ces tumeurs devraient
être visualisées par des incidences obliques ou par tomoscintigraphie.
De plus, il a été suggéré que l'administration
d'octréotide non marquée pouvait améliorer la détection
des métastases hépatiques des tumeurs carcinoïdes en
réduisant la fixation physiologique du traceur au niveau du foie
[46]. Enfin, en cas de tumeurs multiples, proches les unes des
autres, les foyers d'hyperfixation de chaque tumeur peuvent se confondre
[19]. Le degré de différenciation des métastases
endocrines peut être différent de celui de la tumeur primitive.
De ce fait, il est possible que l'expression des récepteurs de
la somatostatine soit différente dans la tumeur primitive et dans
ses métastases [37]. Cela suggère qu'un résultat
négatif de scintigraphie ne doit pas être interprété
comme une absence de tumeur.
La spécificité de la technique est excellente pour les lésions
riches en récepteurs de la somatostatine. A notre connaissance,
en dehors du cas particulier de certains cancers broncho-pulmonaires qui
fixent le traceur en scintigraphie, mais dont les cellules tumorales ne
contiennent pas de récepteurs de la somatostatine [44],
les foyers pathologiques visualisés par la scintigraphie puis étudiés
in vitro présentaient tous des récepteurs de la somatostatine
[5, 7, 8, 12, 15, 26, 29, 36, 37, 41, 43, 44]. A l'inverse, aucune
des tumeurs non visualisées en scintigraphie et étudiées
in vitro, sauf une [34], n'avait de récepteurs de
l'octréotide. Dans certaines circonstances exceptionnelles la radioactivité
peut également s'accumuler, sur un site d'inflammation chronique
[34], sur le site d'une récente intervention chirurgicale,
au niveau pulmonaire en cas d'irradiation préalable ou au niveau
des fosses nasales et des hiles pulmonaires en cas de virose respiratoire
[8]. Un cas de fixation au niveau d'un neurome traumatique a également
été décrit [34]. Dans ces dernières
circonstances, la recherche de récepteurs de la somatostatine n'a
pas été effectuée.
Cet examen pouvant visualiser des lésions d'origines diverses,
tumorales ou non tumorales, la mise en évidence d'un foyer d'hyperfixation
ne permet pas, dans l'absolu, comme c'est le cas avec les autres techniques
d'imagerie médicale, d'affirmer le type histologique. Néanmoins,
dans le contexte d'un individu atteint d'une tumeur dont le type histologique
est connu, des lésions hyperfixantes visualisées dans un
site habituel de localisation de ce type tumoral ont une grande probabilité
de correspondre à des lésions du même type histologique.
Si on prend l'exemple des tumeurs endocrines, il est peu probable que
des foyers d'hyperfixation du foie ou de la région duodéno-pancréatique
correspondent à un lymphome, à une tuberculose ou à
un autre type de tumeur. En revanche, dans le cadre des néoplasies
endocrines multiples de type 1 [19] ou de type 2 [34],
la scintigraphie peut visualiser des tumeurs endocrines de types différents.
La confirmation histologique de tous les foyers découverts en scintigraphie
est impossible quand ils ne sont pas vus par l'imagerie conventionnelle
et quand la chirurgie n'est pas indiquée ou, quand ils sont vus,
ne sont pas accessibles à une biopsie. La confirmation de la nature
tumorale de certains de ces foyers scintigraphiques a ainsi été
apportée par le suivi dans le temps, quand les tumeurs devenaient
visibles radiologiquement, devenant ainsi accessibles à une biopsie,
ou par autopsie [47].
Place de la scintigraphie
des récepteurs de la somatostatine dans la prise en charge des
malades
L'apport de l'examen est considérable tant d'un point
de vue diagnostique que thérapeutique. La scintigraphie peut permettre
de confirmer la nature tumorale d'un aspect radiologique évoquant
une récidive post-opératoire ou une lésion métastatique
quand la tumeur primitive était riche en récepteurs de la
somatostatine. La découverte de foyers évocateurs de métastases
peut contre-indiquer un geste chirurgical qui serait alors non curatif
[8, 19]. Le plus souvent, la découverte de foyers d'hyperfixation
conduit à la réalisation d'autres explorations radiologiques
non prévues initialement par la situation clinique du malade. En
ce qui concerne les tumeurs endocrines du pancréas et les carcinoïdes,
il nous apparaît clair que cet examen est indispensable avant un
geste chirurgical pour, d'une part, dépister d'éventuelles
localisations tumorales qui contre-indiqueraient la chirurgie ou qui nécessiteraient
des explorations ou un traitement spécifiques et, d'autre part,
permettre un suivi si la lésion tumorale initiale contient des
récepteurs de la somatostatine. Ainsi, les résultats de
la scintigraphie ont modifié notre attitude thérapeutique
dans 19 cas sur une série de 72 malades étudiés [48].
L'intérêt du suivi des malades traités par chimiothérapie
ou radiothérapie n'est pas certain, car la visualisation des tumeurs
dépend plus de leur contenu en récepteurs que de leur taille.
La radiothérapie pulmonaire pourrait induire des images faussement
positives en scintigraphie [8], de plus, la modification éventuelle
de l'expression des récepteurs par la chimiothérapie n'est
pas connue. Toutefois, nous avons pu observer que des métastases
hépatiques et osseuses de gastrinomes, qui n'étaient plus
visibles après chimiothérapie, respectivement en tomodensitométrie
et en scintigraphie osseuse, l'étaient toujours en scintigraphie
des récepteurs de la somatostatine.
Certains ont déjà proposé que dans les tumeurs endocrines
du pancréas, de l'estomac et du duodénum, les deux premières
techniques d'exploration soient l'écho-endoscopie et la scintigraphie
des récepteurs de la somatostatine [27]. Dans le syndrome
de Zollinger-Ellison également, l'association de ces deux examens
a la meilleure sensibilité dans la détection des gastrinomes
duodéno-pancréatiques [19]. La comparaison, actuellement
en cours, de la scintigraphie des récepteurs de la somatostatine
à la scintigraphie osseuse va peut-être conduire à
réduire les indications de la scintigraphie osseuse dans les tumeurs
endocrines [49]. Chez les malades atteints d'une tumeur endocrine
sporadique, la visualisation de foyers dans d'autres glandes endocrines
peut faire évoquer un diagnostic de néoplasie endocrine
multiple et faire reprendre les explorations.
L'autre grand intérêt de la scintigraphie des récepteurs
de la somatostatine est la prédiction d'un effet thérapeutique
bénéfique des analogues de la somatostatine sur l'inhibition
hormonale [8, 20, 21, 24, 29, 38]. Il a été montré
chez un petit nombre de malades que l'effet inhibiteur de l'octréotide
sur les sécrétions hormonales des tumeurs endocrines n'était
observé que pour les tumeurs contenant des ARNm du récepteur
de type 2 [4]. De même, il a été observé
une corrélation entre le contenu en récepteurs de l'octréotide
mis en évidence in vitro par audioradiographie et l'effet
de l'octréotide sur les sécrétions hormonales [26,
40, 50], et plusieurs travaux ont montré que l'effet inhibiteur
de l'octréotide n'était observé qu'en cas de fixation
tumorale à la scintigraphie [20, 21, 24, 29, 38]. En revanche,
il ne semble pas exister de relation entre la visualisation tumorale scintigraphique
et l'effet antitumoral de l'octréotide [42]. Ceci est probablement
lié au faible effet antitumoral de l'octréotide [51].
CONCLUSION La
scintigraphie des récepteurs de la somatostatine apporte des informations
d'une importance considérable sur l'extension des tumeurs qui contiennent
des récepteurs de la somatostatine quand sa réalisation est
faite dans des conditions techniques strictes après un « apprentissage
» de la lecture de ce nouvel examen. Les tumeurs neuro-endocrines
ont été les plus étudiées et sont l'indication
privilégiée de cette technique. La place de la scintigraphie
dans la prise en charge des malades mérite encore d'être confirmée
sur des séries plus larges, mais paraît à ce jour apporter
des informations complémentaires importantes par rapport aux autres
techniques d'imagerie. Les indications principales de la scintigraphie chez
les malades atteint de tumeurs endocrines digestives et pancréatiques
semblent être actuellement le bilan préopératoire, la
recherche d'une récidive ou de métastases si la tumeur initiale
contenait des récepteurs de la somatostatine et le bilan avant traitement
par octréotide.
Une ère nouvelle de l'imagerie médicale en gastroentérologie
a été ouverte grâce à l'Octréoscan®.
D'autres peptides (VIP) [52] et d'autres analogues de la somatostatine (RC-160)
[40] sont à l'étude. Il semble que l'123I-VIP permette la
visualisation des adénocarcinomes pancréatiques, gastriques
et coliques ainsi que celle des insulinomes [52]. La détection per-opératoire
des tumeurs fixant l'octréotide marqué est également
à l'étude [53]. Enfin, cette technique ouvre la voie à
la radiothérapie « interne » par couplage d'un peptide
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