ARTICLE
Les nombreuses publications concernant le champ des soins palliatifs
témoignent de l'importance dorénavant accordée à
ce domaine, en particulier en cancérologie. Le temps des pionniers
est dépassé, ils ont en grande partie convaincu. La connaissance
des besoins, mais aussi des moyens, a fait des progrès évidents.
La question du « comment » est de mieux en mieux résolue,
en particulier grâce aux recommandations édictées
par divers organismes, mais les questions du « où » et
du « quand » restent extrêmement délicates. Les
objectifs de qualité de vie, de contrôle des symptômes
sont acceptés par tous ; peut-être que la notion de «
bonne mort », qui appartient à ce champ, reste plus délicate
à assumer par des soignants (bien qu'elle n'ait pas à être
confondue avec l'euthanasie). Elle nécessite de savoir anticiper
la réflexion, la décision médicale afin de conduire
à un décès qui ait lieu dans des circonstances telles
que :
il n'y ait pas de douleurs ni de désarroi évitables,
accessibles à une thérapeutique et/ou à une prise
en charge, pour le patient et les proches ;
les préférences du patient et de sa famille soient
prises en compte en ce qui concerne le lieu des soins terminaux, les derniers
projets de soins ;
les thérapeutiques utilisées soient conformes aux
recommandations médicales et aux lois du pays en vigueur.
Ces trois dimensions sont discutées très vivement dans
la presse médicale, mais aussi dans les journaux, et on sait que
toutes les enquêtes d'opinion témoignent de la préoccupation
du grand public sur ces thèmes.
Comment changer les pratiques
?
Une étude américaine ambitieuse, l'étude Support
(Study to Understand Progresses and Preferences for Outcomes and Risk
of Treatments) [1], conduite sous la direction de A. Knauss et J.
Lynn, avec le soutien de la fondation Robert Wood Johnson (elle a duré
5 ans et coûté 26 millions de dollars !), a apporté
de nombreuses données, toutes largement commentées depuis.
Bien que les patients cancéreux n'aient représenté
qu'environ 24 % de l'échantillon total (2 x 4 000 malades), son
importance justifie que les soignants en cancérologie en aient
connaissance. Cette étude se déroulait dans cinq hôpitaux
représentatifs de l'ensemble hospitalier des États-Unis.
Le diagnostic porté au moment de l'hospitalisation était
le critère principal d'inclusion. Neuf diagnostics étaient
retenus : état de coma, décompensation respiratoire aiguë,
formes évoluées (pronostic de survie estimée : 6
mois) de certaines pathologies, en particulier le cancer du côlon
métastatique, le cancer du poumon non à petites cellules,
la défaillance polyviscérale dans un cancer évolué.
L'étude était divisée en deux étapes (tableau
I). L'étape 1 (1989-1991 : 4 300 malades) était
une étude prospective du processus de décision et une évaluation
à la fois de l'expérience vécue par le patient et
des circonstances de son décès. À partir de deux
interviews successives du patient, d'un entretien avec sa famille dans
le trimestre qui suit son décès, et de l'analyse de ses
dossiers médicaux, une première évaluation a été
effectuée et un programme d'intervention établi, en accord
avec les médecins. Dans ces interventions, conduites par des infirmières,
un élément important sera la discussion à propos
des facteurs pronostiques sélectionnés au cours de cette
étape. On peut retenir comme résultats :
22 % des patients se plaignaient de douleurs modérées
ou fortes au moment de l'inclusion ;
50 % des patients qui sont décédés avaient
eu des douleurs dans les 3 derniers jours de leur vie ;
si 31 % des patients disaient vouloir renoncer à une réanimation,
1 fois sur 2 seulement le médecin en était informé,
et le document écrit, prévu par la législation américaine
(Do Not Resuscitate ou DNR), n'était rempli que dans 49
% des cas, et le plus souvent très tardivement.
L'étape 2 (1992-1994 : 4 800 patients) était une étude
randomisée de l'impact de l'intervention définie à
l'étape 1, à partir de cinq critères d'évaluation
: douleur, recours aux traitements « lourds » dans la phase
de fin de vie, durée d'hospitalisation, connaissance par le médecin
des attentes du patient, délai entre l'entrée à l'hôpital
et la discussion du document DNR.
L'hypothèse posée était que l'intervention infirmière
« spécialisée » rationalise les décisions
médicales en améliorant et systématisant la communication
et la discussion à propos des facteurs pronostiques (tableau
II).
Les résultats furent jugés très décevants
par les auteurs et considérés par la presse grand public
comme un échec symptomatique de l'inadaptation de l'organisation
des soins aux États-Unis. En effet, malgré l'apparente bonne
collaboration des médecins, très peu de différences
significatives ont été retenues dans l'évaluation
entre les services médicaux « bénéficiant »
de l'intervention et les services témoins 2 ans plus tard. Cependant,
c'est dans le groupe de patients cancéreux que l'on note une modification
considérée comme un objectif positif : le raccourcissement
du délai à discuter du document DNR.
On peut penser qu'un protocole aussi sophistiqué est une étape
nécessaire mais non suffisante au changement des pratiques soignantes
; il manque la mise en place ultérieure d'une procédure
de type assurance qualité.
L'élaboration de facteurs pronostiques doit être considérée
comme pertinente et utile. Les facteurs retenus dans le Support Pronostic
Model sont surtout physiologiques, appartenant pour la plupart à
un modèle déjà établi (modèle Apache),
trop complexe et guère plus prédictif que l'appréciation
subjective d'un médecin expérimenté. L'importance
d'une « grille » des symptômes plus particulièrement
à analyser pour établir un pronostic fiable et consensuel
des patients en phase évoluée est un enjeu en cancérologie.
Elle permettrait d'étayer le délicat processus de décision
lorsqu'un malade, à la suite de traitements successifs, présente
une nouvelle évolution ou aggravation. Par exemple, la dyspnée
est un marqueur clinique probable d'évolution terminale plus spécifique
à certains cancers [2]. Bozzetti et al. [3] insistent plutôt
sur l'importance de la dysphagie et de la perte de poids. Des travaux
plus anciens (D. Reuben, 1988) avaient permis de compléter les
prévisions attachées à l'indice de Karnofsky lorsqu'il
est inférieur à 30, par la prise en compte de certains symptômes.
Le rôle des facteurs psychosociaux devrait être aussi envisagé.
Pourrait-on mieux décrire un « syndrome terminal commun
» aux différentes maladies cancéreuses, et en préciser
la sémiologie, la physiopathologie ? (Par exemple sur le modèle
du syndrome d'épuisement et du rôle des cytokines décrit
par Dantzer en expérimentation animale.)
La description d'un tel syndrome pourrait aider à l'élaboration
d'un thésaurus et favoriser sa reconnaissance par le PMSI.
Les soins de support
En cancérologie, le concept de soins de support tend à
se substituer à celui de soins palliatifs. Ahmedzai [4] propose
une modification du schéma utilisé habituellement (le schéma
OMS concernait la distribution des moyens financiers, il a été
extrapolé ensuite à la pratique clinique) (figure).
Selon ce modèle, l'objectif « prolonger la vie », se
substitue précocement aux visées curatives. Il implique
un souci particulier pour la qualité de vie du patient et de ses
proches. Les diverses thérapeutiques anticancéreuses peuvent
être considérées alors comme des moyens efficaces
d'améliorer le confort, de tempérer les handicaps liés
à la maladie (des travaux récents, en particulier en ORL,
confirment la pertinence de cette approche).
Le schéma ne prévoit pas d'accompagnement des familles
au moment du deuil, ce qui, surtout dans le cadre de l'oncopédiatrie,
devrait être développé.
Le traitement de la douleur reste un enjeu décisif, il
est un objectif prioritaire reconnu par de nombreux textes officiels.
Chacun s'accorde à reconnaître une évolution profonde
des pratiques, ce dont témoigne l'augmentation très nette
de la consommation de morphine en France. On peut rappeler que l'OMS recommande
de privilégier la voie orale pour l'administration des antalgiques.
Les effets secondaires de la morphine peuvent être mieux maîtrisés,
en particulier les effets centraux (obnubilation, onirisme...). Le recours
à l'hydratation et à la rotation des opioïdes a permis
de diminuer très significativement la fréquence de tels
troubles dans les services nord-américains (l'autorisation prochaine
de l'hydromorphone en France répond à ce besoin). Dans les
douleurs d'origine osseuse (métastase, myélome), les bisphosphonates
(pamidronate) sont efficaces (Purohit).
Les patients (et parfois les équipes) sont encore souvent réticents
à accepter le principe d'un traitement antalgique continu, après
une première amélioration des symptômes. L'introduction
récente des patchs transcutanés de Fentanyl®
peut faciliter une meilleure observance. Les solutions buvables de morphine,
dont le patient a la « gestion », complètent très
efficacement un traitement de fond, en permettant de mieux adapter les
doses selon les moments d'acmé douloureuse. Des campagnes telles
que « Vers un hôpital sans douleur » (Ch. H. Rapin) contribuent
à l'éducation du public.
L'expérience acquise ces dernières années dans
le traitement de la douleur permet actuellement la mise en place de démarches
de qualité. Comme l'écrivent Larue et al. [5], l'objectif
de ces procédures pour le traitement de la douleur est d'introduire
un ensemble de principes et de méthodes permettant de systématiser
la prise en charge au sein d'un service ou d'une institution, de vérifier
l'application de ces méthodes et d'en mesurer les effets sur le
soulagement des patients. Ces auteurs rapportent l'élaboration
d'un référentiel, le PAQ douleur, et son introduction dans
certains services à propos de la douleur postopératoire.
Il serait aisément applicable dans la douleur cancéreuse.
Les recommandations pour une bonne pratique de la FNCLCC préconisent
d'ailleurs une telle démarche. Elle peut paraître lourde,
car elle implique des audits répétés, un investissement
de tous les acteurs, en particulier des décideurs administratifs,
mais dans l'exemple rapporté elle fait la preuve de son efficacité.
Les problèmes de nutrition au stade avancé de la
maladie (30 à 70 % des patients cancéreux présentent
une anorexie sévère et/ou une cachexie à cette étape)
sont un motif de discussion très fréquent dans les équipes.
Le maintien d'une alimentation et/ou d'une hydratation orales volontaires
reste la solution à privilégier.
Les décisions à propos d'une nutrition artificielle peuvent
parfois être interprétées par les équipes ou
par les familles comme un témoin du pronostic fait par les médecins,
de leur implication dans le projet de soins. Cependant, l'analyse de la
littérature montre que le recours à la nutrition artificielle,
en particulier parentérale, varie beaucoup selon les pays et même
selon les hôpitaux et relève plus des habitudes que de certitudes
documentées. Les indications sont posées trop souvent sans
que des objectifs aient été fixés. La perte de poids
et l'anorexie sont-elles une cause ou une conséquence de la dégradation
de l'état des patients ? Relèvent-elles d'une correction
systématique et dans quel but ?
L'Association européenne de soins palliatifs a incité
un comité d'experts, ayant d'ailleurs fait intervenir un patient
et un membre de la famille d'un patient en nutrition parentérale
à domicile, à rédiger des recommandations concernant
la nutrition artificielle (NA) dans cette indication [3]. Ce comité,
animé par F. Bozzetti, a élaboré un guide de décision
en trois étapes.
La première étape définit les huit éléments
indispensables à la prise de décision : état général
et histoire tumorale, signes cliniques liés ou non à la
déshydratation-malnutrition, espérance de vie escomptée,
degré de déshydratation et/ou malnutrition, maintien et
quantification de l'alimentation orale, attitude psychologique vis-à-vis
de la prise en charge, fonction digestive et voie d'administration éventuelle
du support, besoins et disponibilité de structures pour la NA.
La deuxième étape consiste à décider du
type (nutrition ou hydratation) et de la voie d'administration du support
en accord avec le patient et sa famille. Les proches interviennent fréquemment
dans la prise de décision, spécialement si le patient est
mal informé de son évolution. Ils se retrouvent de fait
souvent impliqués à domicile dans les soins ou la gestion
de la NA.
La troisième étape consiste à réévaluer
périodiquement et/ou en cas de nécessité les effets
et la condition du patient, afin de s'assurer que les objectifs fixés
initialement sont atteints dans des conditions optimales. Une dégradation
persistante de l'état physique et des capacités fonctionnelles
du patient doit faire douter du bénéfice de l'alimentation
artificielle.
Organisation et pratiques en
soins palliatifs
Les modalités d'intervention en soins palliatifs restent discutées
(unité d'hospitalisation spécialisée, équipes
mobiles, soins à domicile...). Weissman [6] rapporte l'expérience
d'une équipe de consultation dans un hôpital du Wisconsin,
réunissant médecin et infirmière. Il décrit
les six étapes essentielles de son travail.
Évaluer et aider à la prise en charge des symptômes
physiques. Si le premier motif de consultation est souvent la douleur,
il conduit vite à une évaluation plus large et, pour certains
symptômes, à savoir faire accepter au patient qu'il n'y ait
pas d'investigations plus poussées.
Aider le patient à définir ses objectifs prioritaires,
à exprimer ses attentes.
Évaluer et aider à la prise en charge des manifestations
psychologiques avec le souci de déterminer l'impact des difficultés
affectives sur les décisions, les demandes du patient. Une question,
très souvent débattue dans la littérature, est le
lien délicat à établir entre dépression et
demande d'arrêt de traitement, voire euthanasie. La plupart des
auteurs s'accordent pour ne pas interpréter systématiquement
de telles demandes comme un symptôme dépressif (dans plusieurs
études, elles ne sont pas influencées par un traitement
antidépresseur).
Apprécier les possibilités de l'entourage, de la
famille ; explorer en particulier les préoccupations si fréquentes
pour les patients d'être une charge insupportable, les aider à
discuter plus ouvertement avec leurs proches. Cette étape est essentielle
dans la discussion du retour à domicile.
Provoquer la discussion sur les interrogations pronostiques.
Les consultants en soins palliatifs doivent aider à ce que de telles
questions puissent être évoquées avec les médecins,
malgré les craintes légitimes de chacun. Un abord moins
« subjectif » des facteurs pronostiques, qui restent souvent
en litige au sein même des équipes soignantes, est nécessaire.
Les soignants sont « embarrassés » par l'appréciation
de la réalité du besoin d'information des patients gravement
atteints, ou par la crainte d'ouvrir la « boîte de Pandore
» de la demande euthanasique.
L'étude Support montre que moins de 25 % des patients ont discuté,
en début d'hospitalisation avec leurs médecins, des choix
à l'égard d'une éventuelle réanimation cardiorespiratoire.
Parmi ceux qui ne l'ont pas fait, 58 % ne souhaitent pas avoir à
le faire, même si un quart d'entre eux voudraient éviter
un tel traitement. Ces résultats sont donc un peu discordants avec
ceux des enquêtes d'opinion.
Dans un article récent, Emanuel et al. [7] apportent quelques
éléments de réflexion. À partir d'interviews
réalisées aux États-Unis auprès de cancérologues
(355), de patients cancéreux (155), du grand public (193), ils
observent que les patients et le grand public acceptent qu'un acte euthanasique,
ou de suicide assisté, puisse être autorisé dans les
situations de douleurs rebelles extrêmement sévères,
alors que le groupe de patients ayant les manifestations les plus douloureuses
est celui qui y est le moins favorable. C'est plutôt le souci de
l'extrême dépendance dévalorisante qui est le motif
d'une telle demande quand elle est faite par des patients. Dans une étude
néerlandaise, la douleur n'est que dans 10 % des cas le motif principal
des euthanasies réalisées depuis leur légalisation.
Les demandes euthanasiques restent rares, mais non exceptionnelles en
cancérologie. Selon cette étude, 2 % des patients disent
avoir eu une discussion sur ce thème avec les médecins,
10 % avec leurs proches, 25 % reconnaissent avoir de fréquentes
idées à ce sujet et 3,5 % stockent des médicaments.
D'autre part, la majorité des cancérologues craignent
qu'une discussion à ce propos avec le patient altère la
confiance de ce dernier, mais seulement 37 % des patients pensent ainsi,
41 % considèrent au contraire qu'elle la conforte.
Abord du devenir de la prise en charge : l'enjeu le plus fréquent
est la question du retour à domicile, souhaité par les patients
surtout en début de maladie en stade avancé seulement pour
un peu plus de la moitié des cas. Il nécessite une coordination
étroite avec les intervenants à domicile et l'implication
de la famille. L'évolution actuelle qui tend à rendre ce
retour plus accessible (création d'équipes d'hospitalisation
à domicile, meilleure information des soignants...) renouvelle
bien des enjeux du soin palliatif. En effet, à l'hôpital,
c'est bien souvent la surestimation par le patient des possibilités
curatives qui génère des attentes inadaptées et conduit
à des choix peu pertinents. À domicile, les circonstances
sont différentes, l'implication des différents acteurs est
moins hiérarchique, le cadre permet un modèle plus naturellement
consensuel, les objectifs peuvent être plus réalistes. Une
discussion précoce avec la famille s'impose sur les modalités
du recours à l'hôpital en cas d'aggravation, sur les conditions
d'un décès à domicile. C'est une situation probablement
exigeante pour les soignants qui doivent faire preuve d'initiative et
de qualités de communication.
La question du « où » connaît parfois actuellement
une réponse inadaptée : trop souvent des malades au stade
évolué de leur maladie sont adressés dans des unités
de moyen séjour, certes médicalisées et avec une
bonne qualité de soins, mais éloignées de leur lieu
de vie habituel, de leurs familles.
Évaluation
La publication récente du rapport de l'Inserm (U. 88) à
propos du stress infirmier montre que [8] :
75 % des infirmières des six hôpitaux étudiés
(dont trois centres régionaux de lutte contre le cancer) travaillent
régulièrement auprès de malades en fin de vie ;
19 % soignent presque exclusivement des malades présentant
une importante dégradation physique ;
41 % assistent régulièrement à des décès.
Parmi le sous-groupe de 645 infirmières très régulièrement
confrontées aux décès, le recours (souvent ou très
souvent) à des cocktails lytiques (?!) dans le service où
elles travaillent est rapporté par 20 % d'entre elles, 15 % désapprouvent
un tel recours, mais 15 % le considèrent comme une solution possible.
Le temps consacré aux soins palliatifs représente moins
d'un quart de leur temps de travail pour 58 % d'entre elles et plus de
la moitié pour 20 %. Un peu plus d'un tiers d'entre elles peuvent
discuter (souvent ou très souvent) avec les médecins à
propos des décisions en fin de vie et seulement 10 % ont des conflits
à ce sujet.
Les situations qu'elles considèrent comme un acharnement thérapeutique
sont peu fréquentes, mais une très large majorité
considère apporter une aide insuffisante aux malades (en particulier
dans le traitement de la douleur : 60 % des motifs cités).
Ces réponses indiquent que, si des progrès importants
sont actuellement réalisés, beaucoup restent à faire
pour généraliser, à l'ensemble des unités
de soins, les acquis des soins palliatifs. Bien évidemment, cela
implique une meilleure formation de tous les acteurs (jeunes médecins,
infirmières), une évolution de l'organisation institutionnelle
(décisions plus consensuelles, réunions d'équipe...),
peut-être une redistribution des moyens. Mais comme l'expérience
de l'étude Support le montre, ce ne serait probablement pas suffisant.
C'est par une systématisation des procédures d'évaluation
que l'on peut espérer instaurer de réels changements. Bien
sûr, l'évaluation dans le domaine des soins palliatifs est
extrêmement délicate. De nombreux travaux rapportent les
difficultés (et même les échecs) pour obtenir des
résultats valides. En effet, il est très difficile d'isoler,
de contrôler les nombreux facteurs déterminants dans la séquence
: spécificité de la structure, processus de soins, résultats.
Deux outils d'évaluation des résultats sont actuellement
proposés : le STAS (Support Team Assessment Schedule
I. Higginson) [9] explore par hétéro-évaluation
17 items (physiques, émotionnels, existentiels, communication,
prévisions à l'égard du pronostic et du décès,
information du patient, de la famille...). Il existe une traduction française
proposée par une équipe grenobloise (Franco, Frossard, Lagabrielle)
qui a conduit une étude de faisabilité.
L'équipe de Bozzetti et al. [3] développe actuellement
l'EFAT (Edmonton Fonctionnal Assessment Tool), qui explore plutôt
les possibilités fonctionnelles des patients (mobilité,
équilibre...), mais aussi la vigilance, les capacités de
communication.
Les autoquestionnaires de qualité de vie (par exemple, l'EORTC
30) sont considérés par la plupart des auteurs comme mal
adaptés aux situations de fin de vie. Des évaluations plus
globales seraient suffisantes. C'est aussi le cas pour la dépression,
la simple question. « Êtes-vous déprimé ? »,
se révèle aussi valide que le recours à des outils
tels que l'échelle BDI (Beck Depression Inventory).
Remerciements
Nous remercions le docteur Marc Magner, chef de service de l'unité
des soins palliatifs à l'hôpital des Chaumettes de Lyon,
pour sa relecture attentive du manuscrit.
CONCLUSION L'évolution
du concept de soins palliatifs peut paraître paradoxale car les principes
fondamentaux (prise en compte de la singularité de l'expérience
vécue, des préférences...), les méthodes (évaluation,
souci du quotidien...) qui ont permis son développement, en influençant
très heureusement tout le champ de la pratique médicale, pourraient
s'y fondre. Cependant, comme référence, les soins palliatifs
doivent garder une spécificité. Ils offrent une dialectique
de représentations par l'alternative palliatif/curatif qui est très
efficace pour aider les protagonistes de la relation soignante à
élaborer des décisions, à discuter avec les patients
des limites de l'efficacité des thérapeutiques. La cancérologie
reste une discipline du défi, les progrès sont souvent acquis
du fait des risques pris par des patients et des soignants. Cela ne peut
être assumé que si leurs engagements s'étayent sur l'assurance
de soins de support de qualité et sur la possibilité de discuter
des enjeux pronostiques. La mise en place actuellement des procédures
d'accréditation devrait prendre en compte ces exigences. * REFERENCES
1. The support principal investigators, a controlled trial to
improve care for seriously ill hospitalized patients. JAMA 1995
; 274 : 1591-8.
2. Escalante CP, Martin CG, Elting LS, et al. Dyspnea
in cancer patients. Cancer 1996 ; 78 : 1314-9.
3. Bozzetti F, et al. Guidelines on artificial nutrition
versus hydration in terminal cancer patients. Nutrition
1996 ; 12 : 163-7.
4. Ahmedzai S. New approaches to pain control in patients with
cancer. Eur J Cancer 1997 ; 33 (suppl. 6) : S8-14.
5. Larue F, Monin S, Fontaine A, et al. Développement
d'un programme d'assurance qualité de l'analgésie postopératoire.
Évaluation et traitement de la douleur. 39e Congrès
national d'anesthésie et de réanimation. Actes du Congrès,
1997, Elsevier Paris.
6. Weissman DE. Consultation in palliative medicine. Arch
Intern Med 1997 ; 157 : 733-7.
7. Emanuel EJ, Fairclough DL, Daniels E, Clarridge BR. Euthanasia
and physician-assisted suicide : attitudes and experiences of oncology
patients, oncologists, and the public. Lancet 1996 ; 347 : 1805-10.
8. Lert F, Morcet JF. Organisation du travail, stress et épuisement
professionnel chez les infirmières exerçant à l'hôpital,
identification des situations à risque. Rapport de l'Inserm U.
88, mai 1997.
9. Higginson I. Clinical audit in palliative care. 1993, Radcliffe
Medical Press, Oxford UK.
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