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Cancer prevalence in France


Bulletin du Cancer. Volume 88, Number 10, 1019-22, Octobre 2001, Articles originaux


Résumé   Summary  

Author(s) : Catherine Hill, Françoise Doyon, Institut Gustave-Roussy, 94805 Villejuif Cedex..

Summary : To measure the frequency of cancer in a given country on a given year, one can use the number of new diagnosis or the number of deaths, but one can also consider the number of patients who have had a cancer diagnosed in the past and are still alive. This indicator is called prevalence. We present here estimations for the prevalence of cancer at 5 years in France, by sex and by site of cancer. These estimations are based on the number of new diagnoses in 1995 and on survival rates observed in Europe. In year 2000, 620,000 persons (310,000 men and 310,000 women) were followed up in France for a cancer diagnosed within the last 5 years. The most prevalent cancers were breast (136,000 cases), colorectal (91,000 cases) and prostate (83,000 cases) cancers.

Keywords : cancer, prevalence, incidence, survival, France.

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ARTICLE

Pour étudier la fréquence des cancers une année donnée, nous pouvons compter le nombre des nouveaux diagnostics, compter les décès, mais nous pouvons aussi compter le nombre de cas prévalents, c'est-à-dire ajouter au nombre de cas diagnostiqués cette année-là le nombre des cas diagnostiqués les années précédentes et encore en vie. Cela permet d'évaluer le nombre de patients vivants aujourd'hui en France et ayant eu un cancer précédemment. On peut bien entendu faire cette évaluation par localisation, par sexe ou en fonction de l'ancienneté du cancer. Ces chiffres nous sont souvent demandés, en particulier par les décideurs et les économistes de la santé étudiant les modalités de suivi après traitement, par les industriels cherchant à estimer un marché potentiel ou par des journalistes cherchant à mesurer l'étendue du problème.

Nous présentons ici la prévalence à 5 ans en 2000 pour les principales localisations de cancer, c'est-à-dire le nombre de patients ayant eu un diagnostic de cancer dans les 5 ans.

Résultats

Le tableau I donne le nombre de cas de cancer en vie exactement un an (respectivement 2, 3, 4 et 5 ans) après le diagnostic (colonne 6). La colonne suivante donne le nombre moyen de patients atteints de cancer chaque année, estimé comme la moyenne arithmétique des nombres de cas au début de l'année en cours et au début de l'année suivante. Ainsi, environ 192 000 personnes vivant en France sont dans la première année de traitement ou de suivi après diagnostic d'un cancer, 132 000 sont dans la seconde année de suivi, etc. La colonne 8 présente ces chiffres cumulés, c'est-à-dire le nombre de cas prévalents. Au total, 620 000 personnes environ sont actuellement suivies en France pour un cancer diagnostiqué dans les 5 années précédentes. Les estimations à long terme sont plus incertaines et d'ailleurs moins intéressantes car les besoins de soin liés au suivi de la maladie diminuent avec l'ancienneté de la maladie.

Le tableau II donne les cas prévalents par sexe pour les principales localisations de cancer. On voit que les cancers dont la prévalence est la plus grande sont le cancer du sein, le cancer colorectal et le cancer de la prostate. Les cancers du poumon, de la bouche et du pharynx et de la vessie ont une prévalence intermédiaire. Viennent ensuite les lymphomes, le cancer de l'endomètre et le mélanome. Ces données permettent d'estimer les coûts de la surveillance après traitement.

Discussion

Nous avons estimé, en France, les nombres de patients ayant eu un diagnostic de cancer dans les 5 ans et vivants en 2000. Parmi ces patients, certains sont en cours de traitement, beaucoup d'autres sont guéris et ont simplement besoin d'une surveillance régulière dont les modalités dépendent de la localisation du cancer.

Les données de survie utilisées sont celles observées en Europe pour les cas diagnostiqués dans la période 1985-1989. La survie des cas diagnostiqués en 1995 est probablement un peu augmentée par rapport à celle des cas de 1985-1989, en raison de l'amélioration des procédures diagnostiques et des traitements. Le nombre de cas prévalents est donc sous-estimé. Nous avons interpolé la mortalité entre 1 et 3 ans et entre 3 et 5 ans en supposant que les taux de décès étaient constants. Cette approximation a le mérite de la simplicité. Remplacer, dans le tableau I, les taux annuels de décès 1 et 2 ans après le diagnostic (supposés égaux et valant 0,163) par 0,215 et 0,108 respectivement correspondant à une décroissance rapide de la mortalité plus réaliste réduit la prévalence à 5 ans de 620 000 à 611 000, une différence tout à fait négligeable. Dans la même logique, nous avons estimé la prévalence à un an comme la moyenne du nombre annuel de cas incidents et du nombre de cas survivants un an après le diagnostic, ce qui suppose une mortalité uniforme dans la première année. Cela est différent de ce qui a été fait dans l'étude Eucan [1] qui a estimé la prévalence des cancers en Europe. Dans cette étude, la prévalence à un an a été calculée en multipliant le nombre de cas incidents par la survie à 6 mois estimée à l'aide d'un modèle de Weibull. De plus, les estimations de l'incidence sont différentes dans Eucan et dans Ménégoz, les différences pouvant être très importantes puisque Ménégoz trouve 65 à 69 % de tumeurs du cerveau ou de la thyroïde en plus, 34 % de cancers de la prostate en plus et 20 % et 21 % de cancers du col et de l'ovaire en moins.

Nous avons choisi d'utiliser la mortalité moyenne en Europe, plutôt que la mortalité observée dans les registres français de l'étude qui sont les registres généraux du Calvados, du Doubs et de la Somme, les registres des tumeurs digestives, gynécologiques et hématologiques de la Côte-d'Or, et les données du registre de l'Isère sur le cancer du sein ; en effet les estimations européennes portent sur une population beaucoup plus importante et sont donc beaucoup plus stables. L'utilisation de la survie observée dans les registres français conduit à augmenter les estimations de la prévalence à 5 ans de 11 % pour l'ensemble des cancers, de 32 % pour les tumeurs du cerveau, de 22 à 24 % pour les leucémies et les cancers du pancréas et du poumon, et à diminuer les nombres de cas prévalents pour les cancers de la vessie et du larynx respectivement de 4 % et 8 %. Nos estimations sont donc des ordres de grandeur à utiliser avec précaution, surtout pour les tumeurs du cerveau, les leucémies, les cancers du pancréas et du poumon.

Nous avons tenu compte de la mortalité intercurrente pour le calcul de la prévalence en utilisant la survie observée et non la survie relative qui est la survie observée divisée par la survie de la population générale de même sexe et de même âge.

Nos estimations sont tout à fait cohérentes avec celles de Colonna et al. [2] qui ont estimé la prévalence des cancers en France pour l'année 1992 à partir de l'incidence observée dans les registres du réseau Francim et des données nationales de mortalité entre 1975 et 1992. En effet, ces auteurs estiment qu'en 1992 la population française compte environ 960 000 cas prévalents de cancer dont 540 000 hommes et 420 000 femmes, ce qui est très supérieur à notre estimation de 620 000 cas prévalents à 5 ans en 2000 dont 310 000 hommes et 310 000 femmes. Cela est normal car notre estimation se limite aux cas diagnostiqués dans les 5 ans, alors que Colonna et al. ajoutent à ces cas tous les cas dont le diagnostic est plus ancien. Pour les localisations pour lesquelles la survie est très courte comme le cancer du poumon (survie à 5 ans de 8 %), les estimations sont très proches : 23 000 cas prévalents à 5 ans chez l'homme contre un total de 27 000 cas d'après Colonna et al. Pour le cancer du sein chez la femme dont la survie à 5 ans est de 65 %, on s'attend à une prévalence totale très supérieure à la prévalence à 5 ans (261 000 cas d'après Colonna et al. et 136 000 cas d'après notre estimation). Pour le cancer du côlon, dont la survie à 5 ans est de 36 %, la situation est intermédiaire : 140 000 cas d'après Colonna et al. et 91 000 à 5 ans dans notre estimation.

Matériel et méthodes

Pour estimer la prévalence des cancers en 2000, nous avons utilisé les nombres de cas de cancer diagnostiqués en 1995 en France, estimés par Ménégoz et Chérié-Challine [3] et la survie des cancers en Europe d'après l'étude Eurocare 2 [4]. La méthode est expliquée pour l'ensemble des cancers. Environ 240 000 cas de cancers ont été diagnostiqués en 1995. La survie à 1 an est de 60 %, on a donc 240 000 x 0,60 = 144 000 personnes vivantes un an après le diagnostic. La survie à 3 ans est de 42 %, ce qui veut dire que 100 800 personnes sont en vie 3 ans après le diagnostic et donc que 43 200 (144 000 - 100 800) personnes sont décédées dans la seconde ou la troisième année après le diagnostic. En supposant que le taux de décès est le même dans chacune de ces deux années, cela correspond à un risque annuel de décès de 16,3 %. On calcule de la même manière un taux de décès annuel constant entre 3 et 5 ans correspondant à 84 000 sujets en vie au bout de 5 ans.

La figure 1 montre la mortalité par cancer dans les 5 ans après le diagnostic, en Europe, pour chaque localisation de cancer, en fonction du nombre de cas diagnostiqués en 1995 en France. La mortalité par cancer est égale à 1 - survie relative [5]. Le tableau III contient les données sources. On peut distinguer quatre situations sur la figure 1. Tout d'abord, deux localisations de cancer qui représentent chacune plus de 20 000 nouveaux cas par an et ont une mortalité dans les 5 ans supérieure à 50 % : il s'agit du cancer colorectal (33 000 cas par an et une mortalité de 54 %) et du cancer du poumon (22 000 cas par an et une mortalité de 91 %). Ensuite deux localisations qui représentent chacune plus de 20 000 nouveaux cas par an et dont la survie est relativement bonne : il s'agit du cancer du sein (34 000 cas par an et mortalité dans les 5 ans égale à 27 %) et du cancer de la prostate (26 000 cas et mortalité à 5 ans de 44 %). On a ensuite de nombreuses localisations de cancer qui correspondent à moins de 20 000 cas par an et dont la mortalité à 5 ans est supérieure à 50 %, les cancers de la bouche et du pharynx représentent près de 13 000 cas par an et ont une mortalité à 5 ans de 64 %, les cancers du foie, du pancréas et de l'œsophage ont une mortalité supérieure à 90 %, etc. Enfin, le dernier groupe de localisations correspond à 10 000 cas par an ou moins et à une mortalité inférieure à 50 %. Le dernier groupe comprend des localisations rares et de très bon pronostic, comme la maladie de Hodgkin, le cancer du testicule et le cancer de la thyroïde qui représentent respectivement 1 100, 1 800 et 2 600 cas, avec une mortalité à 5 ans de 28 %, 10 % et 25 % respectivement.

CONCLUSION

En 2000, 620 000 personnes (310 000 hommes et 310 000 femmes) étaient suivies pour un cancer diagnostiqué moins de 5 ans auparavant. Les cancers les plus prévalents à 5 ans sont le cancer du sein (136 000 cas), le cancer colorectal (91 000 cas) et le cancer de la prostate (83 000 cas).

Article reçu le 14 mars 2001,accepté le 30 juillet 2001.

REFERENCES

1. Ferlay J, Bray F, Sankila R, Parkin DM. Eucan : cancer incidence, mortality and prevalence in the European Union 1995, version 2.0. IARC CancerBase No. 4. Lyon, IARCPress, 1999.

2. Colonna M, Hedelin G, Estève J, Grosclaude P, Launoy G, Buemi A, et al. National cancer prevalence estimation in France. Int J Cancer 2000 ; 87 : 301-4.

3. Ménégoz F, Chérié-Challine L. Le cancer en France : incidence et mortalité. Paris : La documentation française, 1998.

4. Berrino F, Capocaccia R, Estève J, Gatta G, Hakulinen T, Micheli A, et al. Survival of cancer patients in Europe : the Eurocare-2 study. Lyon : IARC, 1999.

5. Hill C. Quels taux de guérison pour le cancer ? Bull Cancer 1998 ; 85 : 745-6.


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